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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 18:00
Les douze merveilles de Poggiolo: de 7 à 12

Sur les douze merveilles de Poggiolo, l'article précédent en avait présenté six. Voici la suite du chemin qui pourrait être créé dans le village pour les faire découvrir.

 

 

Station 7: les restes de rigoles d'irrigation

Les douze merveilles de Poggiolo: de 7 à 12
Les douze merveilles de Poggiolo: de 7 à 12
Les douze merveilles de Poggiolo: de 7 à 12

A l'angle de la route et de la stretta, on peut encore voir des rigoles descendant en pente plus douce que le chemin. Malheureusement, le côté stretta a été cimenté et se devine à peine alors qu'il permettait autrefois de s'y asseoir. 

Les douze merveilles de Poggiolo: de 7 à 12

Ce sont les vestiges de l'ancien système d'irrigation. Depuis le réservoir situé en haut du village, l'eau était distribuée pour cultiver les jardins potagers selon un calendrier et un horaire très précis. Celui dont le tour arrivait bouchait ou débouchait telle ou telle rigole pour recevoir l'eau qui était nécessaire à ses plantes.

Voir les articles:

- les rigoles des Cévennes et de Poggiolo

- Tenir le mur (première partie)

Poggiolo vu par un adolescent de 1963 - 6/8: le travail agricole

 

 

 

Station 8: séchoir et four d'Ernestine

Les douze merveilles de Poggiolo: de 7 à 12

Juste au dessus des rigoles, se trouve la maison d'Ernestine avec un bâtiment rond. Il s'agit d'un ancien séchoir à châtaignes, d'où la possibilité de décrire l'importance de la culture des châtaigniers.

Par ailleurs, un four à pain a été installé devant le séchoir. Il est indispensable de parler de la douzaine de fours ayant existé au village, et dont certains sont parfois encore en activité.

Une station spécifique pour les fours peut se concevoir devant St Roch (sur la place Orazy) ou près de la place Inghju. 

four place Orazy

four place Orazy

Voir l'article Les fours de Poggiolo.

 

 

 

Station 9: maison Pinelli

Les douze merveilles de Poggiolo: de 7 à 12

La maison de la famille PINELLI serait la plus ancienne de Poggiolo: elle aurait été construite en 1610, d'après les recherches effectuées par Toussaint PINELLI et publiées en 1995 (un prochain article reviendra sur son travail).

Surtout, dans cette habitation, naquit et mourut l'abbé Gian Antonio PINELLI (1760-1832) qui fut surnommé "L'homme le plus cultivé de Corse". Il joua un rôle important en Corse pendant la Révolution française, devint secrétaire général du département sous Napoléon, puis conseiller général et rassembla une très grande bibliothèque.

Sa vie est raconté dans les articles:

L'homme le plus cultivé de Corse (1/3)

L'homme le plus cultivé de Corse (2/3)

L'homme le plus cultivé de Corse (3/3)

 

 

 

Station 10: croix de Tanellu

Les douze merveilles de Poggiolo: de 7 à 12

Cette croix, placée devant la maison CHABROLLE, permet de parler du grand nombre de croix placées sur les chemins et de raconter la vie du père ALBINI. Celle-ci rappelle sa prédication de 1838. L'importance du couvent de Vico est à évoquer. 

Voir les articles:

Tout sur le Père Albini

Les croix poggiolaises (2/5: les balises)

Solution de la devinette: croix de fer...

On peut prévoir de montrer la croix du Fragnu qui marque l'entrée du village mais elle est éloignée de ce circuit et n'est pas forcément liée au Père ALBINI.

 

 

 

Station 11: les oliviers

Les douze merveilles de Poggiolo: de 7 à 12

Plus haut, la stretta longe les oliviers de Dumé (Dominique PINELLI), beau prétexte pour décrire cette culture, qui n'existait pas avant le début du XIXème siècle dans le village et qui est possible grâce à l'exposition et à l'altitude de Poggiolo.

Voir l'article Les oliviers sont couverts

 

 

 

Station 12: église Saint Siméon 

Les douze merveilles de Poggiolo: de 7 à 12

Sans entrer dans l'église, plusieurs informations sont à donner:

- sa position correspond au croisement des sentiers d'autrefois qui permettaient de se rendre à Orto, Soccia et Guagno-les-Bains;

- elle fut le lieu du meurtre de 1634 (voir l'article "Du sang à Saint Siméon");

- elle était l'église piévane, son curé ayant autorité sur toute la pieve;

- elle est sur l'emplacement de l'ancienne église sous laquelle était l'arca, la fosse commune;

- elle est entourée du cimetière communal (derrière elle), d'un cimetière privé (au-dessus d'elle) et de trois caveaux familiaux (au-dessous).

On peut donc décrire l'organisation ecclésiastique ancienne et les pratiques funéraires.

Voir les articles :

A la recherche de l'arca perdue

Les caveaux poggiolais

Un cimetière privé

 

Quant à l'intérieur, le panneau pourrait énumérer les richesses de l'église:

- le tableau "la déposition du Christ" de Damaso MAESTRACCI (voir l'article Solution à la devinette du mois: pour les Poggiolais, le Christ était noir)

- le tabernacle en bois sculpté, de facture franciscaine, du XVIIème siècle, classé sur la liste des Monuments historiques

Les douze merveilles de Poggiolo: de 7 à 12

- les fonts baptismaux en marbre, de la même époque, classés également

- le tableau de "Vierge à l'Enfant remettant le Rosaire à saint Dominique et à sainte Catherine de Sienne", de la même époque. Voir l'article La seule carte postale actuelle.

 

 

Alors, existe-t-il, oui ou non, de la matière pour organiser un circuit de découverte des merveilles de Poggiolo?

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17 février 2018 6 17 /02 /février /2018 18:06

En regardant les vieilles photos, on tombe toujours sur des images de cérémonies religieuses: mariages, baptêmes ou communions. Il n'y a là rien d'étonnant car toutes les étapes de la vie étaient rythmées par la religion.

 

Ainsi, on peut être impressionné par le nombre des communiants poggiolais sur le perron de l'église St Siméon, par leur sérieux, par leur habillement... et par la longueur de leurs cierges. Bien entendu, il paraissait normal (on était avant la seconde guerre mondiale) de mettre les filles derrière.

 

(rappel: les photos et illustrations peuvent être agrandies en cliquant sur chacune d'elles)

L'effondrement religieux en France et en Corse

 

Longtemps après l'événement, il est toujours hasardeux de donner des noms sur les visages. Si l'identification proposée ci-dessous comporte des erreurs, n'hésitez pas à le signaler.

L'effondrement religieux en France et en Corse

 

Une telle photo devient de plus en plus rare.

Au milieu des années 1960, 94% des Français étaient baptisés, 80% des enfants faisaient leur communion solennelle et 25% de la population participait à l'office du dimanche. Bien sûr, au bout d'un an, la moitié des communiants arrêtait de pratiquer et, à 21 ans, 25% communiait encore, mais 80% des obsèques étaient religieuses.

A Poggiolo, chaque dimanche, la chapelle Saint Roch était pleine de femmes et d'enfants, les hommes, n'ayant pas de places, restaient sur la place pour fumer et discuter. Mais ils donnaient à la quête et certains entraient pour communier (voir l'article "Un méfait de la canicule à Poggiolo").

Maintenant, les villages ont été vidés par l'exode rural et, surtout, la société française connaît depuis un demi-siècle une transformation radicale avec le déclin de la pratique et de l'influence de la religion catholique.

Aujourd'hui, ce sont seulement 30 à 35 % de la génération qui sont baptisés, et le taux de pratique de la messe dominicale est tombé aux environs de 3 %.

Cette révolution de moins en moins invisible a été étudiée par un de nos meilleurs spécialistes d'histoire religieuse, Guillaume CUCHET, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Est Créteil. Il vient de publier "Comment notre monde a cessé d'être chrétien. Anatomie d'un effondrement" (ed. Le Seuil).

 

L'effondrement religieux en France et en Corse

 

CUCHET part de l'analyse de la célèbre carte de la pratique religieuse de la France rurale du chanoine Boulard dont la première édition date de 1947 et qui fut actualisée en 1966.

Version 1966 de la carte des pascalisants (adultes communiant à Pâques).

Version 1966 de la carte des pascalisants (adultes communiant à Pâques).

 

On remarquera que cette carte montre un taux important au nord d'Ajaccio, dans notre partie de la Corse. Serait-ce à mettre en rapport avec la présence du couvent de Vico?

Au-dessus de 45% de pascalisants, en sachant qu'il y avait plus de femmes pratiquantes que d'hommes et plus d'enfants que d'adultes, le chanoine BOULARD considérait que l'on était dans une zone profondément chrétienne.

Guillaume CUCHET montre que la déchristianisation est ancienne, au moins depuis la Révolution, mais que le véritable effondrement s'est déroulé dans les années 1960 et il le met en rapport avec le concile Vatican II (1962-1965). L'universitaire Michel WINOCK résume cette idée dans le compte-rendu qu'il publie dans le numéro de février du mensuel "L'Histoire":

"Cependant, ce qui se passe dans les années 1960 est nouveau: ce n'est plus un mouvement lent de désaffection religieuse, mais une rupture brutale.
Vatican II en a été non le créateur, mais le déclencheur. On pourrait dire en termes simples que le concile a changé la face de la religion traditionnelle à laquelle les catholiques français étaient habitués. Il y eut d'abord la réforme de la liturgie, la fin de la messe en latin. Les prêtres ont jeté leur soutane aux orties. On a cessé à l'église de parler du diable et de l'enfer. Dieu s'est arrêté d'être un super-juge, inflexible, pour devenir un Dieu-Amour, miséricordieux. Le péché a perdu sa charge de peur, qui contraignait à suivre les pratiques séculaires, la confession notamment. En profondeur, l'esprit du concile visait à rendre la religion plus exigeante. Elle ne devait plus être un folklore, une habitude familiale ou régionale, un comportement de routine. Il fallait désormais, aussi bien pour le baptême que pour le mariage religieux, que les fidèles élèvent leur foi à la hauteur des sacrements. On ne devait plus aller à la messe par accoutumance, mais y participer pleinement."


La religion sembla être devenue trop intellectuellement exigeante pour la moyenne des Français qui avaient besoin de manifestations concrètes, de processions, de musique et d'images. Or, le concile adopta en décembre 1963 le changement de la liturgie (messe en langue nationale et non plus en latin, prêtre face aux fidèles pendant la messe...) qui s'appliqua dès janvier 1964. La fin de l'obligation du manger maigre du vendredi s'opéra en janvier 1967. Le texte du concile sur la liberté religieuse ("Dignitatis humanae", 7 décembre 1965) déboussola les convictions de nombreux chrétiens.

Michel WINOCK ajoute à propos de ce livre qu'il qualifie de "passionnant":

"A ces causes proprement religieuses, Guillaume Cuchet ne manque pas d'ajouter les bouleversements de la société. C'est dans la décennie 1960 que l'on commence à parler de la société de consommation. Une « civilisation des loisirs » est alors en train de se mettre en place, avec les week-ends, l'automobile, les vacances, tandis que la télévision devient la fée du logis. Une nouvelle génération, celle des baby-boomers, arrivés à l'âge adulte, est la première à décrocher massivement de la religion."

Si l'on comprend bien, l'effondrement religieux (ou plus exactement catholique) est le fait d'une génération qui a porté dans sa jeunesse les robes d'enfants de chœur mais qui s'est détachée de l'Eglise en devenant adolescente ou adulte.

Finalement, les responsables de toutes les difficultés supportées par la France depuis plusieurs dizaines d'années sont toujours les mêmes.

Dessin de Denis Pessin paru dans "Le Monde"

Dessin de Denis Pessin paru dans "Le Monde"

Il est conseillé d'écouter l'émission de France Inter "La marche de l'histoire" du 13 février dans laquelle Guillaume CUCHET discute de ces questions avec Jean LEBRUN.

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6 février 2018 2 06 /02 /février /2018 17:48

Voici exactement dix ans, le 7 février 2008, tous les Poggiolais étaient effondrés par l'annonce du décès de Jean-Pierre FRANCESCHETTI, à 61 ans, après une courte mais très cruelle maladie.

 

jean-pierre-copie-1.jpg

 

  En souvenir, voici le très beau texte lu par Judith OTTAVI-POLI le jour de ses obsèques à Saint-Siméon.

 

Témoigner de ta vie, Jean-Pierre, c'est parler de toutes tes activités, de ta frénésie de vivre, de ton amour de ia vie. Mais trois mots dominent tout le reste ... Amitié, famille et terre.

   Déjà, enfants, les copains venaient de Marseille passer les vacances avec toi, Bernard, les cousins et tous les enfants de POGGIOLO. L'amitié a passé la barrière de l'âge et d'autres copains se sont ajoutés à ceux de l'enfance. "Copain... Manger le pain ensemble...".

   Aujourd'hui, ils sont tous là et ils partagent la même peine. Ils sont venus du continent, d'Italie et de toute la CORSE en avion, en voiture et même à cheval. Ils sont là, ceux de ta génération mais aussi tous ces jeunes avec qui tu as parcouru la montagne, la montagne de CAMPUTILE, cette montagne de CORSE où, jeune marié, tu as construit ta vie avec Marie-Claude.

   Tu lui as transmis l'amour de cette terre que Jean-Antoine, ton grand-père, t'avait donné. Comme lui, tu as mis en valeur châtaigniers, oliviers, et tu n'avais qu'un désir, transmettre tout cela en bon état comme ton grand-père l'avait fait: UMBRICCIA, SUPRANE, TEGHIA. Ton cœur était partagé entre PORTO où tu avais tes activités, Marie-Claude, Karine, Vanina, tes petits-enfants, et POGGIOLO, la terre de ta famille.

   Famille proche, mais aussi famille des ancêtres que tu voulais connaître à travers les photos, les anecdotes du passé. Famille que tu as fait connaitre aux plus jeunes.

   On dit en Afrique que les hommes ne meurent pas, qu'ils sont dans les branches des arbres. dans l'eau qui ruisselle. Jean-Pierre, toi, tu es dans tous les arbres que tu as soigné, dans les murs construits, dans les parcelles entretenues, mais tu restes surtout avec nous dans les sourires de Jean-Pierre, Jacques, Léa et Marc-Antoine...

   Il restera de toi, de ton jardin secret, une fleur oubliée qui ne s'est pas fanée...

 

"Ce que tu as semé

En d'autres germera.

Celui qui perd sa vie

Un jour la trouvera..."

 

Judith

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28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 17:45

L'histoire de Poggiolo et de Guagno-les-Bains est bien plus riche que ce que l'on croit souvent. Ce blog l'a prouvé par de nombreux articles. Près de 200 dates ont été recensées.

Cette année 2018 est remarquable car, chacun le sait, elle correspond au cent-dixième anniversaire de la fontaine du Lucciu. Mais, en faisant la liste des années se terminant par le chiffre 8 et pendant lesquelles sont eu lieu des événements concernant notre village, on arrive à un total de 33  dates!

En voici la liste. Certains faits se sont déroulés à Poggiolo ou Guagno-les-Bains, d'autres concernent l'ensemble des Deux Sorru et ont donc eu des conséquences sur la commune.

Chaque date est suivie d'un bref résumé et d'un lien vers un article donnant plus de renseignements.

Désormais, vous saurez quels anniversaires seront à fêter cette année!

 

 

Les années en 8 de l'histoire poggiolaise

1488: Rinuccio de Leca fait construire la place forte de la Zurlina, près de Murzo, et se joint à la révolte de son cousin Giovan Paolo contre les Génois.     
Le feuilleton de l'été - Z comme Zurlina
Le feuilleton de l'été - Les guerres des seigneurs - 3/3: la fin de la Cinarca
L’année suivante, Ambroggio da Negri dirige la répression et détruit et incendie les villages de Sorru in su, de Sevi in dentru et de l'ensemble du Vicolais. Il chasse les habitants de l'ensemble de ces régions pour plusieurs années. 

Poggiolo, les années zéro (1489)
 

1608: le registre des tailles mentionne un «Francesco di Rosignolo» à Poggiolo.
Les rossignols poggiolais

 

1698: visite de Mgr Giovanni Battista COSTA, évêque de Sagone, qui décrit l’église de St Siméon et mentionne l’existence dans le pavement de trois ouvertures d’arca (fosse commune): une pour les hommes, une pour les femmes et une pour les enfants.
A la recherche de l'arca perdue

Les années en 8 de l'histoire poggiolaise

25 juin 1728: visite de Mgr GIUSTINIANI, évêque de Sagone, qui recommande des travaux d’amélioration de l’ermitage de St Antoine et des bassins de la source thermale. Il ordonne au moine de «porter un habit propre aux ermites, se laisser pousser la barbe et se couper les cheveux».
La chapelle de Guagno-les-Bains

 

18 août 1808: Napoléon Ier nomme Louis DEFRANCHI médecin inspecteur des eaux minérales aux Bains de Guagno.

1808, la date connue de tous



De 1808 à 1810: construction de la partie de la Goccia abritant le bassin circulaire.
Heurs et malheurs de la Goccia. 2/3: un bâtiment bien conçu



11 mars 1818: l’abbé Jean Antoine PINELLI, surnommé «l’homme le plus cultivé de Corse», est nommé conseiller général du canton de Soccia par le roi Louis XVIII.
L'homme le plus cultivé de Corse (3/3)

 

28 novembre 1818: rapport du docteur DEFRANCHI décrivant pour la première fois de façon précise le fonctionnement des Bains.

Le médecin a bien travaillé pour Guagno-les-Bains.


24 mars 1838: naissance à Ajaccio de Simon UCCIANI qui devint avocat et fut, en 1877, et jusqu’en 1884, le premier conseiller général républicain du canton de Soccia. 
Péripéties municipales: on ne peut pas se fier au petit personnel (2/2)

 

1836-1838:  prédication du Père Albini à partir du couvent de Vico.
Tout sur le Père Albini

 

Les années en 8 de l'histoire poggiolaise

 

20 décembre 1838: plan général de Guagno-les-Bains dressé par l’architecte COTIN, première carte montrant l’établissement thermal et les maisons du hameau.
Depuis quand existe-t-il des maisons à Guagno-les-Bains? 2/2: naissance d'un village.

 

1848: naissance de Jean-Baptiste PINELLI (21 août) et de Jean-Baptiste FRANCESCHETTI (8 décembre).
Tous deux participèrent à la guerre de 1870, reçurent la Légion d’honneur et décédèrent pendant la première guerre mondiale.
1870, la guerre oubliée

 

5 octobre 1848-8 décembre 1848: Anto Francescu MARTINI maire de Poggiolo, le mandat le plus court de l’histoire de la commune: deux mois.
Péripéties municipales: tous les maires de Poggiolo

 

1858: élection du géomètre Etienne LECA comme conseiller général du canton de Soccia contre l’avocat CASANELLI, neveu de l’évêque d’Ajaccio, malgré la mobilisation des prêtres du canton et du séminaire dans la campagne électorale. LECA resta élu du canton jusqu’en 1872.

"Battue de prêtres" dans le canton de Soccia

 

13 janvier 1878: élections municipales perturbées par des bonapartistes de Guagno-les-Bains. Le maire, Martin DEMARTINI, emporte l’urne chez lui.
Péripéties municipales: une urne très convoitée

Les années en 8 de l'histoire poggiolaise

 

3 février 1878: naissance de Ghjuvan Martinu PINELLI. Surnommé Martinchjinu, il fut cordonnier, cafetier, négociant, mais surtout un très célèbre violoneux qui anima de nombreuses fêtes jusqu’à sa mort le 2 janvier 1951.
Cumandante et Martinchjinu


1888: l’avocat Jean-François GALLINI, d'origine vicolaise, quitte la Corse pour s’installer à Sousse en Tunisie. L’importance qu’il acquit dans ce protectorat lui permit d’y faire obtenir de nombreux emplois aux originaires des Deux-Sorru.
Les Poggiolais ont de l'initiative (n°3: l'empire sahélien des Sorrinesi)
                                                                                      

11 juillet 1888: un rapport demandé par le préfet conclut que la voie ferrée Ajaccio-Vico réclamée par le conseil général se heurte à de trop grandes difficultés techniques pour être réalisée.
Le train-fantôme

 

1888: naissance à Occhiatana de Damaso MAESTRACCI, auteur du tableau montrant la descente de croix avec un Christ noir, exposée à Saint Siméon. 
Solution à la devinette du mois: pour les Poggiolais, le Christ était noir

 

1898: mise en service de la fontaine du Lucciu.
U Lucciu est toujours là

 

Les années en 8 de l'histoire poggiolaise

 

14 octobre 1908: mort de Jean PAPADACCI, premier Grec de Cargese à s'être installé à Poggiolo en 1867.

Les Grecs de Poggiolo

 

13 décembre 1918: un mois après l'armistice, décès de Dominique Xavier DESANTI, de maladie contractée en service, dans l'ambulance alpine n°5 à Zajeca en Serbie. Il est enterré au cimetière militaire français de Skopje en Macédoine. Il est la dernière victime poggiolaise de la première guerre mondiale.

Ils étaient trente Poggiolais

 

mars 1938: Jean Hyacinthe DESANTI nommé gouverneur du Soudan français (Mali actuel).
Un Poggiolais au Mali

 

1948: Poggiolo est le dernier village du canton à recevoir l’électricité.
Poggiolo vu par un adolescent de 1963 - 5/8: les équipements publics


1958: nomination de Judith OTTAVI comme institutrice de Guagno-les-Bains. L’école des Bains et celle de Poggiolo fermèrent en 1965. 
Le savoir est-il socciais?


1968: installation de l’eau courante à Poggiolo.
Poggiolo vu par un adolescent de 1963 - 6/8: le travail agricole
Les rigoles des Cévennes et de Poggiolo

 

1968: le père ALBINI est déclaré «vénérable» par l’Eglise catholique.
Le pèlerinage au tombeau du Père ALBINI

 

mai 1968: mort de Martin PAOLI, maire de Poggiolo depuis 1959 et conseiller général depuis 1945. Son fils Bernard lui succède à la mairie et Jean GAFFORY, maire de Guagno, au conseil général.
1968: le canton passe à Guagno

 

11 septembre 1968: la Caravelle Ajaccio-Nice explose en vol faisant 95 morts dont 2 Poggiolais: Antoine et Jean-François CECCALDI.
L'affaire de la Caravelle définitivement close?
Caravelle Ajaccio-Nice: un anniversaire toujours douloureux

 

Les années en 8 de l'histoire poggiolaise

 

1998: le ministère de la Santé retire son agrément à l’établissement thermal de Guagno-les-Bains. 
Guagno-les-Bains: l'avenir d'un "patrimoine ancestral»

 

1998: ouverture de l’auberge des Deux-Sorru, au-dessus de Guagno-les-Bains.
Le moment des réouvertures: l'auberge des Deux Sorru

 

7 février 2008: décès de Jean-Pierre FRANCESCHETTI.
Jean-Pierre: il y a cinq ans

 

février 2008: le jour de la fête de Saint Siméon, mise en place de la croix de Tanellu, en souvenir de la prédication du Père ALBINI.
Solution de la devinette: croix de fer…

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9 janvier 2018 2 09 /01 /janvier /2018 18:00

Avec le temps, les vestiges du passé s'effacent peu à peu. Le paysage n'est pas immuable et le terroir de Poggiolo montre de moins en moins qu'il fut presque entièrement cultivé, avec des murets en pierres pour retenir la terre. Il existait aussi un intelligent réseau d'alimentation d'eau pour les jardins qui a été décrit dans l'article "Poggiolo vu par un adolescent de 1963 - 6/8: le travail agricole" publié le 19 février 2013:

  Les rues et les jardins du village étaient sillonnés d’un important réseau de rigoles amenant l’eau d’arrosage depuis des réservoirs municipaux. Chaque famille avait son jour et ses heures d’arrosage. On voyait ainsi, suivant le moment, untel ou untel courir avec sa binette pour édifier ou enlever de petits barrages de terre et de chiffons afin d’orienter le flux dans la bonne direction.
   Ce subtil et efficace réseau a presque totalement disparu avec l’arrivée de l’eau courante en 1968. Le vestige le plus visible de canalisation à ciel ouvert se trouve le long du mur, au coin de la stretta et de la route.

Ce système existait dans les villages voisins et dans de nombreuses zones montagneuses du bassin méditerranéen.

Le journal de 13 heures de TF1 a diffusé le 9 novembre 2017 un reportage sur des villages cévenols. Vous pouvez voir dans l'extrait ci-dessous un professeur retraité établi à Aumessas, son village d'enfance, qui explique bien à la journaliste l'utilisation des rigoles. Voici une partie du dialogue:

 

"- Journaliste: Quand il était petit, chaque habitant pouvait récupérer l'eau de ces rigoles pour son jardin à une heure très précise. 

- Retraité: On mettait du chiffon, une pierre par dessus pour qu'il s'en aille pas, et l'eau coulait par le tuyau.

- Journaliste: Et l'eau allait dans le jardin!"

 

Dans les Cévennes comme en Corse, les rigoles étaient essentielles.

Les rigoles des Cévennes et de Poggiolo
Les rigoles des Cévennes et de Poggiolo
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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 18:01
Deux livres pour se souvenir des poilus corses

L'année 2018 verra se succéder de nombreuses initiatives consacrées au centenaire de la fin de la première guerre mondiale.

Une des toutes premières sera, à Marseille, le rendez-vous littéraire organisé sous l'égide de l'association généalogique R.F.H.C. (Recherche sur l'Histoire des Familles Corses) le samedi 13 janvier à la Maison de la Corse (69 rue Sylvabelle).

 

Geneviève DELCHIAPPO présentera:

- "Du deuil à la mémoire: les monuments aux morts de la Corse (guerre 1914-1918)" de Jean-Paul PELLEGRINETTI et Georges RAVIS-GIORDANI

- "Pensez à nous dans vos fêtes du cœur! Roman d'un poilu corse" de Marie GUERRINI.

Deux livres pour se souvenir des poilus corses

Du premier, devenu ouvrage de référence pour l'étude de l'impact de la première guerre mondiale sur la Corse, nous pouvons citer la quatrième de couverture:

"La guerre de 14-18, dite la Grande, bien que se déroulant à plusieurs centaines de kilomètres de l’'île, y a pourtant décimé la population masculine. Le contingent d'insulaires fut proportionnellement un des plus importants et le nombre de morts au champ d'honneur certainement en rapport. Dès 1919, l'île, suivant en cela un mouvement national, vit ériger les premiers monuments du souvenir dédiés «aux morts». De nombreuses années durant, les souscriptions, les projets, les cérémonies inaugurales puis annuelles, furent l'objet, parfois l'enjeu des activités sociales villageoises. Aujourd'hui, quasiment aucun village qui ne possède son monument aux morts, sur lesquels sont venus s'ajouter les noms des victimes des guerres suivantes, de 39-45, coloniales, d'Indochine, d'Algérie…. Aucun de ces monuments, idéalement placés au centre du bourg, qui ne voient passer la population désormais indifférente ou presque."

 

 

Important: pensez à signaler à l'animateur de ce blog tout document concernant les Poggiolais pendant la Grande Guerre.
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6 décembre 2017 3 06 /12 /décembre /2017 18:00

Le décès de Johnny Hallyday a surpris et chagriné ses très nombreux fans pour qui le chanteur était un grand artiste mais aussi un symbole d'une génération, la génération des "baby-boomers", la génération des "trente glorieuses", la génération rock ou yéyé.

Pour beaucoup, Johnny était le symbole d'une jeunesse qui voulait profiter de la vie dans une France qui avait réparé les ruines de 39-45 et qui sortait de la guerre d'Algérie. L'été à Poggiolo, dans la chambre de l'un ou de l'autre, ou même le soir près des Trois Chemins ou du cimetière (c'est arrivé!), les adolescents de l'époque se mettaient à quelques-uns pour écouter, sur un électrophone à piles, les 33 ou 45 tours (on ne disait pas encore les vinyls) d'Hallyday, Richard Anthony, Dick Divers, Eddy Mitchell, Jacques Dutronc, Françoise Hardy, les Beatles, Antoine, etc. On passait la nuit à Soccia (chez François et Antoine Demartini) ou au "Robinson" de Saint Marcel.

Comme exemple de ces moments d'insouciance, regardez ce film intitulé "Le temps du 45 tours" et qui est sonorisé avec une chanson de Johnny Hallyday.

 

 

UN DOCUMENT D'IL Y A CINQUANTE ET UN ANS

Tourné par Michel FRANCESCHETTI, il réunit Jean-José BARTOLI et sa sœur Rose-Marie (maintenant épouse CHABROLLE), Marie-Thérèse MARTINI (maintenant épouse LECCIA) et Joël CALDERONI qui écoutent des disques, plaisantent, chantent et dansent sur la terrasse des BARTOLI. On y voit brièvement François OLIVA et, très furtivement, Raymonde, la "nounou" des BARTOLI.

Attention: il y a une erreur dans le carton de présentation du film. Il n'a pas été tourné en 1967 mais le samedi 20 août 1966, à l'issue d'un tournoi de belote des jeunes Poggiolais, remporté par Bernard FRANCESCHETTI et François OLIVA.

 

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5 décembre 2017 2 05 /12 /décembre /2017 18:00

Envoyée spéciale du quotidien «Le Monde» pour les élections territoriales, Ariane CHEMIN a choisi d’aller à Ortu pour montrer la montée de la prise de conscience corse dans les familles.
Elle décrit ce village comme faisant partie d’un canton dont les enfants se sont fortement engagés pour la France car «on ne compte plus les généraux, responsables de comptoirs coloniaux, prélats et même gouverneur (du Dahomey) ou sous-secrétaire d’Etat (à la marine marchande) qui en viennent».
La journaliste ne précise pas que ces deux derniers personnages (le gouverneur Jean Hyacinthe DESANTI et l’homme politique Noël PINELLI) sont originaires de Poggiolo. Mais il est probable que Madame CHEMIN a consulté le Blog des Poggiolais.

A ce propos, il est dommage que les grandes figures poggiolaises ne soient pas mises en valeur dans le village.



Le reportage publié le 2 décembre commence par la description de la fête des bastelle de samedi 4 novembre à Ortu, quelques heures avant l’assassinat de Patrick JULIEN à Soccia. Presque tous les villages (mais pas tous) du canton ont organisé cette fête traditionnelle.
La représentante du «Monde» décrit en détail la jeunesse et le carrière de l’Ortigais Jean COLONNA, préfet et homme de l’ombre dévoué à Jacques CHIRAC. Elle fait un parallèle avec son fils Romain, enseignant de corse à l’Université de Corte et candidat sur la liste Gilles SIMEONI. La précédente génération travaillait pour la France, sans renier sa corsitude (Jean a toujours parlé corse alors que son fils a dû la réapprendre à l’Université), alors que la génération nouvelle revendique son particularisme.


 

Edmond Simeoni et Romain Colonna (Facebook)

Edmond Simeoni et Romain Colonna (Facebook)

L’article se termine par la contemplation de la fresque du général de Gaulle réalisée par Raymond RIFFLARD sur le mur du Café de la Paix.
Le général, derrière lequel un drapeau tricolore est déployé, est impressionnant «mais de près, on peut voir que la peinture du bleu s’écaille sérieusement, comme si la bannière était rongée». Le symbole est évident.

A ce propos, ne pourrait-on pas tenter de faire classer cette fresque comme monument historique?

Une remarque encore: la photo de village corse montre Vico et Murzo et non pas Orto. Mais le dessin mêlant drapeau corse, croix de Lorraine et les sommets des aiguilles d'Orto est excellent.

 

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Voici l’intégralité de l’article. Les inter-titres et les illustrations ci-dessous sont de la rédaction du «Monde», sauf la dernière photo qui vient du compte twitter d'Ariane Chemin.

 

En Corse, la politique de père en fils


Préfet, Jean Colonna ne jurait que par l’« Etat » français. Enseignant, son fils Romain défend la cause nationaliste et se présente aux élections territoriales. Leur histoire résume l’évolution politique de l’île.

A Ortu, du Corse français au Corse corse

C’est la Fête des morts à Orto, « village du bout du monde », comme disent les guides touristiques de la Corse-du-Sud. Ce samedi de novembre, quelques jours après la Toussaint, ce bourg de montagne niché à une trentaine de kilomètres à vol de corneilles de Cargèse célèbre la mémoire des défunts.
Dès le matin, autour de tréteaux installés sur la place du village, les femmes roulent la pâte pour les bastelle, ces chaussons fourrés aux blettes, aux oignons ou à la courge qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Les hommes les cuisent dans le four à pain. Des chiens de chasse tournoient autour des gars en treillis qui débouchent les bouteilles comme s’ils chargeaient des munitions. Au fil de la journée et des verres qui se vident, les enfants s’égayent tandis que des jeunes vêtus de noir de la barbe aux pieds font cercle pour entonner des paghjelle – les polyphonies. Parmi eux, un brin sévère, l’intello du village, Romain Colonna, professeur de « socio-linguistique » à l’université de Corte.
Romain Colonna, 35 ans, fait partie de cette jeunesse qui écrit « Ortu » (prononcer « Ortou ») plutôt qu’Orto – « c’est ainsi depuis la fin des années 1980 », résume le maire, Nicolas Rutily. Aux élections territoriales de 2015, les 150 inscrits avaient voté « natio » à plus de 60 % des suffrages, comme presque tous les villages de l’intérieur de l’île. Il n’y a pas si longtemps, les mêmes penchaient pourtant à droite, empreinte de la résistance ou du gaullisme triomphant, même si la Corse fut autrefois très «Algérie française».
Sur l’île, les traces de l’engagement des Corses pour la France sont partout, sur les monuments aux morts, dans les cimetières, au fil des carrières encore parfois en cours… C’est le cas du canton de Romain Colonna. On ne compte plus les généraux, responsables de comptoirs coloniaux, prélats et même gouverneur (du Dahomey) ou sous-secrétaire d’Etat (à la marine marchande) qui en viennent. Evisa, à quelques vallées d’Orto, est le berceau de l’ancien préfet de police de Paris Philippe Massoni, décédé il y a deux ans; et Vico, celui de la première épouse de Nicolas Sarkozy et du père de Mgr Mamberti, aujourd’hui cardinal de la curie romaine.

A Ortu, du Corse français au Corse corse

« Maestru di cunfarenze » à l’université de Corte


Orto, lui, a offert à Jacques Chirac l’un de ses préfets les plus dévoués et aussi le plus discret : Jean Colonna, chargé à l’Hôtel de ville de Paris puis à l’Elysée des affaires « réservées », décoré du mérite et de la « commémo AFN », la médaille « des opérations de sécurité et de maintien de l’ordre en Afrique du Nord ».
Quant à son fils Romain, celui qui chante face à la montagne, la main sur l’oreille, c’est une des jeunes figures du nationalisme : candidat en 2012 à la législative d’Ajaccio, il est en position éligible (35e ) sur la liste qui réunit indépendantistes et autonomistes pour prendre les manettes de la future collectivité unique, le 3 décembre.
Maestru di cunfarenze à l’université de Corte, comme il se présente, Romain Colonna a consacré l’un de ses premiers livres à la « co-officialité », usage paritaire du français et du corse dans l’administration, une revendication nationaliste. Cet ouvrage, paru aux éditions Albiana, est tout entier écrit en corse. « Une langue que j’avais dans l’oreille, car mon père la parlait avec ma grand-mère, mais que j’ai réapprise pour passer mon Capes de langue et culture corse, en 2003 », raconte-t-il.


SUR L’ÎLE, LES TRACES DE L’ENGAGEMENT DES CORSES POUR LA FRANCE SONT PARTOUT, SUR LES MONUMENTS AUX MORTS, DANS LES CIMETIÈRES, AU FIL DES CARRIÈRES  PARFOIS TOUJOURS EN COURS.


C’est l’un des paradoxes de cette île dont l’électorat a glissé en dix ans d’un sarkozysme enthousiaste, dernier avatar de la droite gaulliste, à un nationalisme désormais victorieux dans les urnes : Jean Colonna parlait le corse bien mieux que son fils.
Après sa naissance, en 1931, le futur préfet avait grandi « au village », chez sa tante Angèle, à laquelle sa mère et son père, postier à Paris, l’avaient confié. Le gamin est charmeur mais rebelle. Il sèche l’école, seul lieu du village où la langue nationale s’impose, et ne parle pas un mot de français. A l’époque, on donne encore des coups de règle sur les doigts de ceux qui se risquent à prononcer un mot de corse en récré ou en classe.

A Ortu, du Corse français au Corse corse

 

 

La route est longue alors jusqu’à la capitale

« Jean courait toute la journée pieds nus dans le maquis », se souvient un villageois. « Cet enfant ne savait que s’échapper, scappà », raconte sa cousine Jeannine Moretti. « Comme tout le monde l’adorait, il était toujours chez quelqu’un, poursuit la vieille dame, chignon élégant, ongles peints et maintien impeccable. Il jouait de la guitare, il avait appris tout seul. Quand il a eu 12 ans, ses parents ont décidé de l’envoyer à Paris. »
La route est longue alors jusqu’à la capitale. Quand il descend d’Orto et passe pour la première fois de sa vie le golfe de Sagone, en bas de la montagne, le petit Jean Colonna croit qu’il s’agit d’un lac, comme celui de Creno, au-dessus du village, aujourd’hui étape obligée des randonneurs du GR20. Il n’a jamais vu la mer.
Par quel miracle de travail et de volonté ce gosse qui débarque en 1943 dans la capitale occupée, sans maîtriser le français, passe le bac au lycée Charlemagne, décroche une licence en droit puis devient ce préfet indispensable à Jacques Chirac ? Son fils Romain l’ignore et, dans la magnifique maison blanche qui domine Orto, surnommée « la préfecture », sa mère, Béatrice, originaire d’un village de Haute-Corse et elle aussi fonctionnaire, n’a guère envie de parler de son mari qui repose depuis 2009 dans le cimetière voisin.
Jean Colonna voyage, comme tant de Corses, gagne le Pacifique et devient, en 1973, sous-préfet des îles Loyauté. « Là, pas de hauteur ni de distance, se souvient l’ancien directeur du Monde Jean-Marie Colombani, qui l’y a croisé à l’adolescence. Les Corses sont souvent plus ouverts à l’autre à l’extérieur de leur île que chez eux : il passait son temps dans les cases avec ses administrés, pieds nus et avec sa guitare » – comme au village lorsqu’il était enfant.

 

 

« Mon père ne théorisait pas sa corsitude »
Quand son troisième fils, Romain, naît en 1982, le préfet Colonna est parisien depuis deux ans, enrôlé comme chargé de mission auprès du maire de Paris, Jacques Chirac. Qui le sait ? Ce bébé qui pose dans un magazine au creux des bras du fondateur du RPR n’est autre que Romain Colonna, le futur candidat nationaliste aux élections de décembre. « Rumanu » – il signe souvent ainsi, même si le prénom n’existe pas en corse – convient qu’il s’agit bien de lui, mais ne se montre « pas très chaud » pour évoquer ce lointain cliché.


« JEAN COLONNA ÉTAIT L’ARCHÉTYPE DU SERVITEUR DE L’ETAT, AU SENS PRESQUE PHYSIOLOGIQUE DU TERME. PUIS IL S’EST MIS AU SERVICE D’UN HOMME, DANS UNE DÉMARCHE AU FOND TRÈS BONAPARTISTE », DÉCRYPTE JEAN-MARIE COLOMBANI.


Dans le Paris des années Chirac, Jean Colonna s’occupe, notamment, des relations entre le RPR et les autres partis, « une sorte de préfiguration de l’UMP, au fond », se souvient l’ancien directeur du cabinet de Jacques Chirac Michel Roussin. Le préfet règne aussi sur la matière électorale, dont il sait tout, et sur la « cuisine » qui va avec. Il est de tous les coups, fourrés ou pas. En 1984, il fait partie de ceux qui pensent que la grande manifestation pour l’école libre, à Versailles, peut porter le maire de Paris plus tôt que prévu au pouvoir.
« Jean Colonna était l’archétype du serviteur de l’Etat, au sens presque physiologique du terme, puis il s’est mis au service d’un homme, dans une démarche au fond très bonapartiste », décrypte Jean-Marie Colombani. Durant toute la décennie 1980 défilent au téléphone, parfois même dans l’appartement familial du Marais, des personnalités comme Alain Juppé, Jacques Toubon, ou encore Roger Romani, l’autre Corse de l’hôtel de ville. Le jeune Romain n’en perd pas une miette.

Monsieur le préfet veut à son tour « faire des affaires ». Il se lance dans une association « pour le développement des relations arabo-françaises », froisse le « grand Jacques », et, alors que TF1 et l’hebdomadaire Valeurs actuelles le donnaient comme un homme « montant » de la chiraquie, à l’instar d’Alain Juppé, il se retrouve préfet hors cadre en mai 1989.
Quand vient l’heure de la retraite, il part s’installer à Ajaccio, tandis que sa femme reste à Paris avec les deux aînés qui poursuivent leurs études : l’un, normalien, devient docteur en philosophie, l’autre agrégé de géographie. Le petit dernier, Romain, choisit de déménager avec son père, en 1996, et donc de vivre à Ajaccio. A l’époque, l’île a pour lui le parfum d’Eden des vacances au village et de la « liberté radicale ».
« Tu vas faire quoi en Corse, garder les chèvres ? », lui demande son prof principal de troisième du collège Massillon, dans le 4e arrondissement. Non, il va entrer en seconde « au Fesch», le lycée le plus réputé de l’île, où sa rébellion adolescente s’imprègne de fièvre nationaliste. « Mon père ne théorisait pas sa corsitude. La mienne est en partie politisée et conscientisée, en partie sentimentale et pulsionnelle », confie-t-il.

A Ortu, du Corse français au Corse corse

 

De Gaulle, en uniforme, coiffé de son képi étoilé
 

Le jeune Romain a 16 ans quand, un soir de février 1998, son père frappe à la porte de la chambre : « Ils ont tué le préfet ! ». Un autre Colonna, l’un des patronymes les plus répandus de l’île, a tué Claude Erignac, à quelques centaines de mètres de leur appartement. Même cette nuit-là, père et fils ne croisent pas davantage le fer que durant ces longues soirées passées en tête à tête où le premier confiait son admiration pour De Gaulle et Bonaparte.
« Mon père a été la victime d’une francisation intense, parfois presque inconsciente », lâche le jeune prof de Corte avec ses mots militants. « Au fond, le fils cherche à se souvenir de ce que le père a voulu oublier. » L’obsession de l’universitaire, ce sont les « méfaits psycho-linguistiques » essuyés, selon lui, par des Corses « sous domination culturelle » jusque dans les années 1970 : sous l’emprise de l’« auto-odi », un « concept catalan » signifiant « haine de soi », ils délaissent inconsciemment leur langue, enseigne-t-il à ses étudiants de Corte.
« J’ai vécu mon arrivée dans cette université comme une seconde libération, le lieu où la culture corse est légitime », raconte-t-il. Etudiant, il avait adhéré à la Cunsulta di i Studienti (CSC), puissant syndicat né à Nice dans les années 1970.
En 2003, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui mène campagne pour le référendum sur la suppression des deux départements, s’arrête quelques heures dans un amphi de l’université. Alors porte-parole de la CSC, Romain Colonna l’interpelle sur le « racisme anti-corse » dont témoignerait Paris et lance : « En partant, vous pourrez dire veni, vidi, mais certainement pas vici. » Sarkozy, furieux, se renseigne sur le malotru. Son père préfet a déjà pris sa retraite. Que peut-il contre ce futur membre de Femu a Corsica, le parti de Gilles Simeoni, désormais l’homme le plus populaire de l’île ?
Chaque été, entre deux livres, trois thèses et quatre meetings, Romain Colonna retrouve famille et amis au Café de la Paix, le nom que s’est malicieusement donné le bar d’Orto. L’établissement est fermé l’hiver, mais les anciens du village laissent entendre que c’est là qu’il faut entrer pour saisir le paradoxe des Colonna et de la Corse actuelle.
Le maire va chercher la clef. Quand la porte s’ouvre, on ne voit que lui, entre le comptoir et la fenêtre qui donne sur le maquis : le général de Gaulle, en uniforme, coiffé de son képi étoilé. Il est l’unique sujet de la fresque un brin naïve qui dévore tout le mur du bistrot. Le héros français de la Libération a posé ses mains sur sa poitrine, comme s’il voulait parler au cœur d’une foule imaginaire. Derrière lui, un drapeau tricolore lui donne des ailes d’ange, mais, de près, on peut voir que la peinture du bleu s’écaille sérieusement, comme si la bannière était rongée.

Ariane CHEMIN

extrait du tweet d'Ariane Chemin

extrait du tweet d'Ariane Chemin

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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 17:04
L'attente des Poggiolais

Malgré une campagne électorale qui a été peu animée, les élections territoriales des 3 et 10 décembre sont ressenties comme importantes pour le destin de la Corse. Les résultats seront attentivement scrutés.

L'attente des Poggiolais

On comprend donc ces Poggiolais qui attendent les résultats avec patience.

Bien sûr, la photo n'est pas d'aujourd'hui; elle date des environs de 1930. Il s'agit de l'attente des résultats d'une élection, peut-être municipale. En dehors de Jean-Baptiste DESANTI, qui est debout à gauche, il est difficile d'identifier les personnages.

Le lieu est facilement reconnaissable: le muret qui est en face de l'actuel bar du Belvédère.

L'attente des Poggiolais

En comparant avec le même lieu photographié en 2008 par Google Maps, on voit peu de différences.

Le muret était autrefois continué par une palissade en bois qui a été remplacée par une clôture métallique grillagée.

Le poteau électrique n'existait pas puisque l'électricité n'est arrivée à Poggiolo qu'en 1948.

Le village est toujours le même mais une maison est maintenant cachée par un arbre qui a poussé sur le terrain MARTINI.

... et il y a toujours des élections.

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25 novembre 2017 6 25 /11 /novembre /2017 18:00

L'installation de Russes blancs en Corse en 1921a déjà fait l'objet de deux articles sur ce blog. Ce thème vient d'être repris le 24 novembre par "Settimana", supplément hebdomadaire de "Corse-Matin".

Le dossier de trois pages présenté par Caroline MARCELIN décrit l'arrivée du paquebot "Rion" à Ajaccio le 15 mai 1921 avec près de 3.800 Russes fuyant le régime bolchévique, et leurs difficultés à trouver du travail et à s'installer, pour ceux qui ne sont pas repartis.

Retour sur l'épopée des Russes de Corse

Ce dossier permet de préciser certains éléments. Ainsi, dans l'article paru sur ce blog le 20 novembre 2015, on pouvait lire:

 

"Un exemple d’enracinement existe dans la brochure consacrée à Muna par l’association A Mimoria (aimablement prêtée par Jean-Baptiste PAOLI, de Soccia). Faisant la liste des familles autrefois présentes dans ce village, il est écrit :

«BIKODOROFF, nom apparu vers 1939 à la suite du mariage d’une jeune fille NIVAGGIOLI avec un homme d’origine russe».

Des personnes ayant ce patronyme se trouvent maintenant à Murzo, Letia et Appietto."

"Settimana" donne plus de détails avec le témoignage de  Marie-Line BIKODOROFF, infirmière à l'hôpital d'Ajaccio, qui n'a pas connu son grand-père.

"Un Cosaque de la province du Don, enrôlé dans l'armée blanche. Il est mort quand mon père avait deux ans et mes oncles et tantes n'en parlaient pas. Ils ont souffert car ils sont nés hors mariage. Ma grand-mère, une NIVAGGIOLI de Muna, l'a rencontré à Vico. Il travaillait alors au garage qu'avait monté un autre réfugié, BARANOWSKI. Aujourd'hui, on dit que les Russes se sont très bien intégrés. Mais leurs conditions de vie étaient quand même très difficiles. Et pour leur famille aussi: ma grand-mère était partie avec un étranger, vous imaginez un peu cette histoire, ici, dans les années 20?".

 

Ce dossier est à lire. Vous y trouverez aussi la vie du célèbre TAO dont le cabaret de Calvi est célèbre et celle du peintre MESTCHERSKY.

 

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Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
  • Contact

Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

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Le calendrier poggiolais

 

 

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Le mercredi jusqu'au 2 septembre:

Marché communal de Vico du mercredi de 8h à 13h place Padrona.

 

Du 20 au 29 juillet:

Festival Sorru in musica.

La première soirée, en l'église Ste Marie de Vico, sera en hommage à Philippe DUBREUIL, fidèle ami et pilier du festival.

 

Mardi 4 août:

bénédiction des maisons à Poggiolo.

 

Dimanche 16 août après-midi.

Messe et procession de saint Roch:

 

Mercredi 19 août:

Récital Diana di l'Alba

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L'album de photos des Poggiolais:

Pour le commander, suivre le lien:

https://www.collectiondesphotographes.com/i-nostri-antichi-di-u-pighjolu-de-philippe-prince-demartini.html

 

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Votre ancêtre a participé à la guerre de 1914-1918?

Envoyez une photo de lui à l'adresse larouman@gmail.com

Elle pourra être publiée dans notre dossier des combattants poggiolais.

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