Plus de 120 personnes ont rempli la salle des fêtes de Soccia lundi 3 août pour écouter Benjamin Casinielli présenter les mazzeri et les rites magiques traditionnels. L'assistance a été captivée par le dynamisme et les connaissances de l'animateur.
Le blog des Poggiolais a publié un important article sur la nuit des mazzeri auquel chacun peut se référer.
Pendant longtemps, dans toute la Corse, la nuit du 31 juillet au 1er août était redoutée car elle était la nuit des mandrache pendant laquelle s'affrontaient les mazzeri. La pieve de Sorru-in-S...
Et si les légendes corses cachaient une part de vérité ?
L’Association Arthur vous invite à une conférence-spectacle hors du commun avec Benjamin Casinelli, pour une plongée fascinante au cœur des mazzeri, de la magie et des croyances qui font partie du patrimoine de notre île.
Lundi 3 août
21h
Salle des fêtes de Soccia
Entrée au chapeau
Une soirée entre histoire, traditions et mystère… Venez découvrir le côté obscur de la Corse.
Attention! La nuit du 31 juillet au 1er août va arriver.
Cette nuit était redoutée en Corse, et particulièrement dans les Deux Sorru, car elle était le moment des mandrache pendant lesquelles s'affrontaient les mazzeri à coups d'asphodèles.
Mandrache? Mazzeri? Asphodèles?
Pour savoir de quoi il s'agit, plongez dans la Corse mystérieuse avec l'article consacré l'an dernier à la nuit des mazzeri.
Pendant longtemps, dans toute la Corse, la nuit du 31 juillet au 1er août était redoutée car elle était la nuit des mandrache pendant laquelle s'affrontaient les mazzeri. La pieve de Sorru-in-S...
Les légendes sur Napoléon III et Eugénie sont nombreuses. La plus connue (et qui continue à être diffusée) est celle qui certifie que l'empereur et l'impératrice vinrent prendre les eaux à Guagno-les-Bains. Voir l'article "Une légende commençait il y a 160 ans".
De même, à Marseille, Napoléon III n'était pas présent à l'inauguration de la rue Impériale, devenue rue de la République, en 1864, malgré ce qui est inscrit sur une plaque posée par un Comité d'Intérêts de Quartier (voir l'article"Napoléon III ni à Marseille, ni à Guagno-les-Bains").
Autre légende concernant Marseille: le couple impérial aurait logé au palais du Pharo. Il n'en fut rien.
Après la fin du Second Empire, Eugénie entreprit une longue bataille juridique contre la mairie pour se faire reconnaître la propriété du lieu que son mari avait fait construire. Après l'avoir emporté, elle en fit cadeau... à la ville de Marseille.
Les rapports de l'impératrice avec les Marseillais jusqu'à la fin de sa vie en 1920 sont racontés par Michel FRANCESCHETTI dans l'article "Eugénie et Marseille, une histoire d'amour ratée". Il fait partie de "Marseille, ville impériale", livre rassemblant les Actes du colloque du Souvenir Napoléonien de novembre 2022 et qui vient d'être publié.
Cet ouvrage, au prix de 15 euros, peut être commandé au Souvenir Napoléonien de Marseille: aicm13@orange.fr
Les personnes se trouvant à Marseille samedi 30 novembre pourront se rendre au 32e Carré des Ecrivains organisé au Centre Bourse par la Comité du Vieux Marseille. Michel FRANCESCHETTI y présentera "Marseille, ville impériale" ainsi que ses œuvres précédentes "Pierre-Antoine Berryer, défenseur de la justice, des libertés et du roi" et "Une drôle d'année à Marseille (3 septembre 1939-10 mai 1940)".
La fin du poème drolatique de MAISTRALE sur la procession de Soccia (voir ICI) est un peu mystérieuse voire même incompréhensible.
Condamné à une amende, MATTONE s'écrit
Cusì vidu in prucissione
À San Roccu in lu stagnone !
"Jeannot" PAOLI avait traduit ces deux vers par:
Ainsi je vis en procession
Saint Roch dans le bidon ! (?...)
Traduction mot à mot car elle lui avait donné beaucoup de fil à retordre. Il avait montré cette difficulté par le point d'interrogation et les points de suspension mis entre parenthèses à la suite du dernier vers.
Le Poggiolais Jean-Baptiste PAOLI, qui a revu cette version, a fait de même mais il a ajouté en commentaire que cette expression peut être traduite par:
j'en ai vu de toutes les couleurs.
En tout cas, pourquoi est-il question de saint Roch et d'un bidon?
Cette allusion au protecteur de Poggiolo se trouve dans certains textes. Par exemple, dans les colonnes de "La Corse, Mon Hebdo" du 30 avril 2010.
Dans le cadre du dictionnaire français-corse qu'il remplissait alors semaine après semaine, l'écrivain Ghjuvan-Ghjaseppiu FRANCHI, ancien directeur de la revue RIGIRU, en était arrivé au verbe "baver" qui, de façon familière, donne l'expression "en baver"et "en faire baver à quelqu'un"qui se dit :"falli vede a San Roccu in lu stagnarone". Littéralement : "lui montrer Saint Roch dans un récipient étamé".
Pour comprendre cette curieuse expression, le rédacteur citait l'explication donnée par le grand universitaire Fernand ETTORI (1919-2001) dans son ouvrage: Anthologie des expressions corses, éd. Rivages, Marseille, 1984.
"Aux fêtes patronales, arrivaient des ermites portant sur la poitrine, suspendu au cou, une sorte de petit cadre en bois dans lequel était exposée, sous verre, l'image du saint qu'ils servaient, le plus souvent saint Roch. Ces cadres s'appelaient "paci" (paix); d'où le nom de "paciaghji" (porteurs de paix) donné dans le sud de la Corse à ces ermites qu'on appelait ailleurs "rimiti".
Moyennant aumône, chacun était admis à baiser l'effigie du saint, tandis que l'ermite effaçait, à chaque fois, avec un chiffon la trace des lèvres. On glissait l'aumône dans une sorte de tronc en fer blanc appelé "stagnalonu" par analogie avec le seau du même nom.
Vénérer ainsi saint Roch était gage de prospérité, mais si quelque jeune impertinent faisait mine d'esquiver l'aumône, l'ermite, furieux, menaçait de le prendre par les cheveux et de lui plonger la tête dans le bidon pour lui faire voir saint Roch".
Voir saint Roch dans le bidon était donc employé pour évoquer un moment difficile.
La légende de la Sposata a inspiré de nombreux artistes, écrivains, peintres ou chanteurs.
Le côté fantastique de cette histoire est accentué par l'incarnation du personnage principal dans la montagne.
Certains ne remarquent pas la tête de la méchante fille sur les rochers. Il suffit pourtant de bien lever les yeux.
Pour aider les visiteurs nouveaux, une aide leur avait été fournie dans le bulletin n°8 de l'Association Renno-Informations, en date du 25 juillet 2009. Marilyne Dufresne, originaire de la commune d'Azilone-Ampaza, dans le sud de la Corse, avait, en quelques coups de crayon, dégagé les traits de la Mariée et les plis de ses vêtements.
Ce procédé a été utilisé par le dessinateur de Canopé (l'ex-CRDP) dans la brochure "50 documents pour une culture corse" publiée en 2016.
Bien plus prosaïques, les alpinistes ont utilisé la Sposata pour calculer comment l'escalader.
Beaucoup plus poétique, Antoine CIOSI en a fait une chanson.
Composée par Dany REVEL, cette chanson s'intitule "La Sposata ou la légende de la mariée maudite". Elle est une réflexion sur la force de l'amour. Le chanteur se place plutôt du côté de la jeune femme:
Parfois, la légende et l'histoire sont si entremêlées qu'il est difficile de savoir ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas.
Avez-vous déjà entendu parler du seigneur de Sorro et de ses relations difficiles avec les habitants de Guagno?
L'affaire se serait déroulée au XIe siècle d'après l'article publié dans le quotidien "Le Petit Marseillais" du 1er juin 1923 par un nommé CIPRIANI dont le prénom n'est pas donné. Mais, de cette époque, nous n'avons pas de documents écrits, sûrement pas dans les archives génoises qui sont très fournies mais l'époque de cette histoire remonte à l'époque pisane.
Voici l'article paru voici 101 ans dans le quotidien de Marseille.
Dans le cadre d'une série sur "les centres d'excursion corses", ce texte décrit "l'état lamentable" de l'établissement thermal. Mais l'essentiel est d'expliquer pourquoi Guagno-Village "possède des biens communaux d'une étendue de plus de 200 hectares sur le territoire de la commune" de Poggiolo. L'origine serait à remonter jusqu'au XIe siècle, c'est-à-dire à peu près l'époque de la construction del'église Sant'Anarilla aux Trois Chemins (voir ici).
La population guagnaise se serait révoltée contre les abus du comte, seigneur de Sorru, et aurait obtenu la gestion des terres situées "entre la rivière de Grosso et la crête méridionale où se trouvent la forêt et la source d'eaux thermales". Ces terrains restent toujours à Guagno sauf la source et ses environs qui appartiennent au département.
Col de Sorru vu de Soccia (copie d'écran du reportage de D'Umani sur les Deux Sorru).
Un point de l'accord est à retenir: le seigneur s'engageait à "ne plus s'aventurer au-delà du ravin Rivo-Secco". Or, la rivière de Rioseccu, à mi-chemin des deux villages, marque la limite administrative entre les communes de Poggiolo et de Murzo depuis le décret de Louis-Napoléon attribuant Guagno-les-Bains aux Poggiolais. Le col de Sorru n'est pas du tout poggiolais.
Le seigneur avait-il voulu garder entièrement le col pour continuer à contrôler la pieve?
Pont de Rioseccu, limite entre Poggiolo et Murzo, vu dans le sens de la descente (photo Google).
Pont de Rioseccu vu dans le sens de la montée (photo Michel Franceschetti, 23 juillet 2009).
Qui était ce seigneur? Etait-il un membre de la famille qui s'était établie au château de la Catena, près de Letia? (voir l'article ici).
Si ce personnage n'est pas imaginaire, il faut retenir le nom de Petrù, le chef des Guagnais révoltés. Il serait certainement le premier des habitants de Sorru in sù dont nous aurions l'identité.
Mais peut-être est-ce une légende destinée à expliquer à la fois que les Guagnais refusaient d'avoir des maîtres et qu'ils considéraient la source des Bains comme étant à eux...
Pendant longtemps, dans toute la Corse, la nuit du 31 juillet au 1er août était redoutée car elle était la nuit des mandrache pendant laquelle s'affrontaient les mazzeri. La pieve de Sorru-in-S...
Un grand nombre de légendes locales se rapporte aux cloches et au carillon de minuit, le soir de Noël.
Ainsi, près d'Ajaccio, on peut entendre sonner des cloches dans la mer, au large de la tour de la Parata; ce sont les cloches du village de Zicavo que des pirates emportèrent un jour après avoir massacré les habitants. Mais, à la suite de la prière du curé du lieu qui avait échappé, le Seigneur fit couler les galères des assaillants.
Près des Deux-Sorru, juste en face de Poggiolo mais de l'autre côté du Tretorre, il existe la légende des cloches de Scanafaghiaccia.
Cette localité, au-dessus de la rive droite du Cruzzini, a souffert des actions militaires menées par la République de Gênes et l’Office de Saint-Georges contre les derniers seigneurs féodaux Cinarchesi au cours de la deuxième moitié du XVe siècle. Le repeuplement du territoire ne reprit qu’au début du XVIIIe siècle avec l’implantation d’habitants venus de la piève de Sorro in sù et notamment de Guagno.
Le village a pris le nom de commune de Rezza en 1921 car son nom était jugé trop compliqué par la Préfecture. Scanafaghiaccia désigne maintenant un de ses treize hameaux. Le député Laurent MARCANGELI est originaire de l'endroit.
Si l'on a le courage de s'aventurer, la nuit de Noël, à minuit, dans la pinède de Rezza, on entend, dit-on, des cloches d'une tonalité exquise sonner dans l'obscurité. Ce sont les cloches du hameau de Scanafaghiaccia, jadis placées dans le clocher de l'église et qui faisaient l'orgueil du pays, car elles étaient coulées dans un bronze merveilleusement sonore.
Durant l'occupation génoise, les habitants de Scanafaghiaccia se révoltèrent contre leurs oppresseurs et en abattirent quelques-uns. En représailles, la République envoya quelques mercenaires à sa solde avec mission de châtier les insurgés. Ces derniers s'empressèrent de cacher leurs biens: deux paysans eurent l'idée de décrocher les cloches et d'aller les dissimuler dans des rochers en un endroit connu d'eux seuls.
Malheureusement, ils furent tués tous deux, emportant leur secret dans la tombe. Les cloches ne purent jamais être retrouvées.
("Guide de la Corse mystérieuse" par Gaston d'ANGELIS et Don GIORGI)
Pendant longtemps, dans toute la Corse, la nuit du 31 juillet au 1er août était redoutée car elle était la nuit des mandrache pendant laquelle s'affrontaient les mazzeri. La pieve de Sorru-in-S...
Avec ses 41 kilomètres, le Liamone est un long fleuve pour la Corse. Prenant sa source près de Letia, sur le versant ouest du massif du Cimatella, il descend vers le golfe de Sagone après avoir traversé tout le canton des Deux Sorru. Le Fiume Grosso qui passe à Guagno-les-Bains est un de ses principaux affluents.
Ce cours d'eau qui paraît tranquille l'été connaît de fortes variations de débit en fonction des pluies et des saisons. Le phénomène de la fiumara est particulièrement impressionnant (voir l'article Gare à la fiumara).
Mais savez-vous que l'origine de ces dangers vient d'un pacte avec le Diable?
Daniela RADUT le raconte dans son livre "Vivant entre deux mondes" paru en 2013 (ed. Société des Ecrivains).
Golu, Tavignanu et Liamone étaient trois frères, nés dans les montagnes de l’île.
Un jour, comme ils ne pouvaient plus se résigner à continuer à vivre dans le terrible froid qui s'était installé dans les montagnes, les trois frères ont décidé de descendre vers les plaines, à la recherche d'un endroit avec des températures plus douces et c'est pour ça qu’ils sont partis, chacun sur un chemin, pour se réunir de nouveau, tous les trois, à un certain point sur le rivage.
Golu et Tavignanu ne perdirent pas de temps, ils descendaient donc le plus vite possible de la montagne et, en un temps assez court, ils atteignirent le lieu de rencontre prédéterminé.
Ce ne fut pas la même chose avec Liamone qui, après avoir erré à travers les montagnes et les vallées, tout à coup, s'est rendu compte qu'il était très en retard et ne serait pas en mesure d'atteindre le point de rencontre au bord de la mer, selon leur décision prise avant le départ. Alors, un grand désespoir l'envahit, car il ne savait pas comment tenir sa promesse envers ses frères.
Ce fut pour Satan le moment propice, très attendu, et il s'est présenté immédiatement devant Liamone, lui proposant une transaction simple mais horriblement cruelle: lui, Satan, permettrait à Liamone d'arriver à temps au point de réunion avec ses frères sur le rivage et, en échange de cela, Liamone donnera à Satan une âme chaque année. N'ayant pas le choix, Liamone accepta l'accord.
Donc, c'est comme ça que la légende corse explique pourquoi, dans les eaux de la rivière Liamone, ou dans les eaux de l’un de ses trois affluents, Catena, Fiume Grossu ou Cruzzini, chaque année, se noie au moins une personne, son âme étant le prix payé par Liamone à Satan.
Malgré son pont ultra-moderne, l'embouchure du Liamone reste dangereuse.
Pendant longtemps, dans toute la Corse, la nuit du 31 juillet au 1er août était redoutée car elle était la nuit des mandrache pendant laquelle s'affrontaient les mazzeri. La pieve de Sorru-in-S...
Les marcheurs connaissent bien Camputile par lequel ils passent pour rejoindre les lacs de Crena et de Ninu.
Le plateau de Camputile a été présenté sur ce blog dans un article racontant la bataille entre Naziunali corses et Grecs pro-Génoisen 1734 (voir l'article Les chaussures perdues des Grecs).
Il est également présent dans la Légende. Depuis de nombreuses générations, se transmet un récit se passant sur cet endroit proche du lac de Ninu et expliquant la particularité du Capo Tafunatu, montagne située à plusieurs kilomètres de Camputile.
Plateau de Campanile en juillet 1973 (photo Michel Franceschetti).
Sur le siteu-niolu.skyrock.com, aujourd'hui fermé, était donnée l'explication suivante:
Le Tafunatu percé d'unénorme trou de 35 m de large et 10 de haut, véritable énigme géologique. Sa roche verte contraste avec les teintes orangées du levant et c'est un régal pour les yeux lorsque les nuages qui le traversent fond croire à la présence d'un volcan en activitéé. Le trou aurait été fait, selon une légende, par lapercussion du soc de la charrue du diable.En effet, Satan, pour faire opposition à St Martin, s'était forgé une charrue à toute épreuve et creusait avec des chaussées larges comme des vallées. St Martin reprocha alors au diable de ne pas savoir tracer un sillon droit. Humilié et énervé, le Diable jeta le soc vers la mer de toute ses forces et le soc rencontra l'échine du Tafunatu sur sa trajectoire. Les boeufs de la charrue furent eux pétrifiés sur place par St Martin et une fois de plus, le Bien triompha du Mal...
photo extraite du site https://www.camptocamp.org/
Il existe plusieurs versions de cette légende mais elles ne se passent pas toutes entièrement à Camputile; elles ont toutes comme protagonistes le Diable et Saint Martin, et le trou dans la montagne s'explique par le lancer d'un outil du Diable. Selon les cas, l'objet est une charrue ou un marteau.
L'œil du Diable (site Wild Corsica)
La version reproduite ici est extraite de l'article deGeorges RAVIS-GIORDANIet intitulé"Organisation sociale et représentations fantasmatiques du travail et des conflits dans le cadre de la transhumance corse", paru dans"Mélanges de l'école française de Rome"en 1988.
Je voudrais pour cela comparer et analyser trois récits mythiques dont deux sont très connus dans l'île, et se présentent sous plusieurs versions. Je les résume rapidement : le premier est une légende qui vise à rendre compte d'une curiosité naturelle, une montagne trouée de part en part par un tunnel de 100 à 150 m de diamètre, u Capu Tafunatu; elle met en scène saint Martin et le Diable. Dans la version la plus longue que je connaisse, celle que Chanal a recueilli dans son voyage en Corse, en 1889, elle se subdivise en 4 temps :
1er temps : le Diable est berger salarié chez saint Martin, éleveur niolin;il passe contrat avec lui, et d'après les termes du contrat, «per mezzu», il convainc saint Martin de partager le troupeau en mettant d'un côté les bêtes cornues qui iront à saint Martin, et de l'autre les bêtes non cornues («motine») qui iront au Diable. Or la plupart des bêtes étaient «motine»; quand saint Martin s'en aperçoit il est trop tard, il a déjà consenti aux termes du contrat. Mais dans la nuit Dieu fait pousser des cornes à presque toutes les bêtes du troupeau et le Diable ne reçoit qu'une paire de bœufs.
2e temps : le Diable, pour se venger de saint Martin, se fait laboureur, sur les hauteurs du Camputile, près du lac de Ninu, qui passe pour être l'ancienne cheminée de la forge du Diable, et il tente les Niolins en leur faisant miroiter les bienfaits du pain de froment. Il essaie de les détourner de la consommation de la pulenta de farine de châtaignes, mais saint Martin pétrifie ses bœufs, et ruine aussi le projet du Diable.
3e temps : le Diable tente alors de séduire les Niolinsen leur proposant de rompre leur isolement hivernal ; pour cela il leur propose de remplacer la mauvaise passerelle qui permettait l'hiver de franchir le Golo par un solide pont. Saint Martin réussit à persuader les Niolins d'exiger que ce pont soit construit en une nuit. Le Diable y parvient presque, mais le coq, réveillé par saint Martin chante avant que le pont ne soit terminé et les Niolins gardent le pont, sans perdre leur âme.
4e temps : de rage le Diable remonte au lac de Ninu et, avant de s'y précipiter, jette son marteau à travers les airs; celui-ci traverse la montagne dite depuis Capu Tufunatu et va s'enfoncer dans la «plage» de Galeria, où il servira pendant de nombreux siècles de bitte d'amarrage pour les navires barbaresques qui viendront ravager les côtes. Après la défaite des Sarrasins, le sable a recouvert le marteau, et le maquis a repoussé par dessus.
Le Diable et St Martin (couverture de "Contes et légendes de Corse", édition 1953)
Georges RAVIS-GIORDANI termine son article par l'analyse suivante:
"La victoire du saint Berger sur le Diable laboureur aboutit à l'ouverture symbolique de la route de transhumance (qui passe au pied du Capu Tafunatu); cette victoire s'inscrit bien entendu sur le fond de la lutte plus générale du Bien contre le Mal, des chrétiens contre les infidèles. La transhumance y apparaît comme un enjeu dérivé puisque les enjeux principaux sont tour à tour l'acquisition de la maîtrise du feu, de l'agriculture et des communications avec l'extérieur. D'autre part, cette victoire n'est pas sans contrepartie puisqu'elle expose les bergers transhumant aux incursions barbaresques."
Avec deux autres légendes citées dans cette étude,"ces trois récits mythiques nous disent, me semble-t-il, une même chose: la transhumance n'est pas une pratique naturelle, mais c'est néanmoins une exigence culturelle que seul un exploit miraculeux ou héroïque permet d'accomplir. En même temps, elle apparaît liée au renversement des valeurs, à la victoire des plus faibles, la femme, le berger, le paysan humilié comme si elle était - et je crois qu'elle l'est - dans le système pastoral du moment, ou un des moments, où les rapports des hommes entre eux et des hommes avec la nature pouvaient s'inverser."
Pendant longtemps, dans toute la Corse, la nuit du 31 juillet au 1er août était redoutée car elle était la nuit des mandrache pendant laquelle s'affrontaient les mazzeri. La pieve de Sorru-in-S...
:
blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù).
Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité. POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici. Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO. Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images. Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).