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8 août 2024 4 08 /08 /août /2024 07:00

 

Les lacs ne sont pas toujours les repaires des démons. Même le lac de Crena (ou de Creno), après que Satan en eut été chassé (voir la légende numéro 3), abrite plusieurs fées dont la reine intervient dans le conte ci-dessous.

 

Cette histoire était racontée dans plusieurs endroits de Corse. Elle a donc plusieurs versions. Certaines localisent la famille de Francescu à Orezza et non pas dans le Niolu. D'autres citent la localité de Cervione, au lieu de Mariana, comme la ville du jeu. Mais il est évident que la seule véritable version que peut être que celle qui concerne les Deux-Sorru!

 

Le texte est celui de l'"Almanach de la mémoire et des coutumes de la Corse" écrit par Claire TIÉVANT et Lucie DESIDERI (Albin Michel, 1986) et dont sont extraites les deux premières illustrations.

 

FRANCESCU RENCONTRE LA FÉE DU LAC DE CRENA

Les légendes de chez nous (7/7): la fée du lac

Un beau jour, en temps de disette dans le Niolu, un pauvre père de famille dut déclarer à ses douze enfants qu'ils devaient quitter la maison paternelle pour aller gagner de par le monde le pain que le pays ne pouvait leur procurer.

 

Le pauvre petit Francescu, cadet de la famille, se mit à pleurer à chaudes larmes. Comment pourrait-il suivre ses frères, lui qui était boiteux? Le père consola l'enfant, fit promettre à ses fils aînés de ne jamais abandonner leur petit frère et la mort dans l'âme, dit adieu à ses enfants.

 

Ceux-ci décidèrent de gagner Bunifaziu (Bonifacio) afin de s'embarquer pour la Sardaigne. La route était longue et Francescu les retardait. Ils convinrent donc de l'abandonner. Lorsqu'ils atteignirent Bunifaziu, le temps se couvrit. Ils embarquèrent et la tempête se leva. Le bateau fit naufrage et les onze frères périrent en même temps. 

Les légendes de chez nous (7/7): la fée du lac

Mais retrouvons Francescu qui, délaissé en chemin, avait tant pleuré ses frères qu'il s'était endormi. Lorsqu'il s'éveilla, une vieille femme était assise à ses côtés et il réalisa soudain que sa jambe était miraculeusement guérie. Il comprit alors que la vieille femme avait profité de son sommeil pour lui frotter la jambe avec des herbes merveilleuses, et il lui manifesta une émouvante reconnaissance.

 

Touchée par la bonne nature de ce garçon, la vieille femme reprit donc son apparence de fée et, avec une grâce infinie, avoua à Francescu qu'elle était Belluccia, la reine des fées du lac de Crena, et proposa, avant de disparaître, de lui accorder deux bienfaits. Francescu obtint ainsi un sac dans lequel pouvait entrer tout ce qu'il désirait, et un bâton qui faisait toutes ses volontés. A peine les avait-il en main que la belle fatadisparut. Francescu demanda à son sac une perdrix rôtie qu'il dégusta séance tenante.

La fée du lac de Crena pouvait ressembler à celle d'Ulmetu, site Art et âme corse (https://art-et-ame-culture-corse.fr/)

La fée du lac de Crena pouvait ressembler à celle d'Ulmetu, site Art et âme corse (https://art-et-ame-culture-corse.fr/)

 

Une fois restauré, le garçon décida que ses pas le mèneraient à Mariana. Combien de fois n'avait-il pas entendu raconter que là-bas, tous les joueurs de Corse et d'Italie venaient jouer leur fortune? On disait encore que le diable, sous l'aspect d'un élégant jeune homme, y était le maître du jeu et que nulle victime, attirée là par l'appât du gain, ne savait lui résister. Ainsi donc, le diable achetait son âme et chaque jour, il trouvait une nouvelle proie. 

 

LA PARTIE DIABOLIQUE

Fort de son sac et de son bâton, Francescu se dirigeait d'un pas sûr en direction de Mariana. Arrivé aux portes de la ville, Francescu commanda : « Cent mille écus dans mon sac ! » et aussitôt les écus pesèrent de tout leur poids dans le sac. Le diable qui avait l'apparence d'un beau jeune homme n'avait pas tardé à repérer Francescu aux tables de jeu. Il lui proposa de jouer avec lui et, trois jours durant, ne cessa de gagner.

Les légendes de chez nous (7/7): la fée du lac

Au bout de trois jours, le diable pensa que son adversaire était sur le point d'être ruiné. Il lui proposa donc, s'il voulait recouvrer sa fortune perdue, d'aller violer la jeune fille qu'il lui désignerait. Ainsi achetait-il les âmes !

 

 "Saute dans mon sac", s'écria Francescu. Et le diable se retrouva aussitôt prisonnier dans le sac magique. Alors Francescu ordonna à son bâton de frapper le sac sans relâche. Le diable finit par crier grâce et accepta de rendre la vie à tous les jeunes hommes qui, ruinés par ses soins, s'étaient donné la mort de désespoir. Enfin, Francescu donna à chacun d'entre eux une petite somme d'argent pour quitter la ville et aller gagner honnêtement sa vie. Sa mission accomplie, Francescu décida de rentrer au pays. 

 

LE BON USAGE DE LA MAGIE

En chemin, il corrigea un certain docteur Brancaziu qui refusait de soigner un malheureux vieillard. Puis il arriva chez lui, dans le Niolu. Là, la famine qui l'avait jeté sur les routes avec ses frères continuait à sévir cruellement. Francescu ouvrit une auberge : grâce à son sac et son bâton, il put offrir deux repas par jour aux villageois, jusqu'à ce que l'abondance revînt. Alors il cessa ses largesses pour ne pas rendre son entourage paresseux. On ne peut dire que Francescu vécut heureux. Regrettant ses onze frères, il eut beau essayer de les faire rentrer dans son sac en les nommant un à un, il n'y recueillit que des os. 

 

Francescu vécut longtemps. Lorsqu'il fut très vieux, la mort vint le trouver. Mais souhaitant revoir une dernière fois la bonne fée qui avait favorisé sa vie, il demanda à la mort de lui accorder un délai. Devant son refus obstiné, le vieux Francescu usa une dernière fois de son pouvoir : 
« Saute dans mon sac », dit-il à la mort. Et celle-ci se trouva prisonnière dans le sac.

Les légendes de chez nous (7/7): la fée du lac

La reine des fées du lac de Crena lui apparut alors, toujours d'une égale beauté. «Tu as fait si bon usage du sac et du bâton, Francescu, dis-moi comment je puis te récompenser; je peux t'offrir la jeunesse, la richesse, le pouvoir, tout ce que tu désireras». Mais le vieux Francescu s'estimait rassasié de jours. Il demanda donc à la bonne fée que la Corse fût débarrassée à jamais des Sarrasins. Le vœu accordé, la fée disparut pour toujours. 

Quant à Francescu, il prépara un bon feu pour réchauffer ses pauvres membres déjà froids et, libérant la mort, il jeta son sac et son bâton dans le feu, craignant qu'on n'en fit mauvais usage. Et le feu n'était pas encore éteint que la mort était venue faucher la vie du brave Francescu. 

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6 août 2024 2 06 /08 /août /2024 07:00

 

Au Sud des villages d'U Pighjolu et d'A Soccia, le sommet du Tretorre attire tous les regards. Il a la forme d'un grand rocher arrondi, si bien arrondi que des enfants le voyant pour la première fois le comparent souvent spontanément à la carapace d'une tortue.

Les légendes de chez nous (5/7): les trois tours du Tretorre
Les légendes de chez nous (5/7): les trois tours du Tretorre

Photos de Michel Franceschetti

 

Pourtant, ce nom de Tretorre, qui signifie "trois tours", se justifie. Les trois tours existent bien mais il faut être de côté, comme à Guagnu qui est plus au Nord-Est, pour apercevoir les différentes éminences provoquées par la jument guagnaise du Diable. On pourrait même en compter quatre mais trois reste le chiffre officiel.

Photo extraite du blog http://corse-sauvage.com/

Photo extraite du blog http://corse-sauvage.com/

Le récit de cette cassure se trouve dans l'incontournable "Almanach de la mémoire et des coutumes de la Corse" écrit par Claire TIÉVANT et Lucie DESIDERI (Albin Michel, 1986). Nous reproduisons son texte.

 

     Satan a laissé de nombreuses traces de son passage dans le paysage corse, comme c'est le cas au sommet du mont Tretorre. La légende raconte qu'à l'origine, le mont Tretorre, entre Azzana et Guagnu, avait un sommet d'une seule pièce. Ce fut le passage de Satan qui le divisa en trois grosses tours de granite. Voici comment cela se produisit: 

 

   Dans la vallée du Cruzzini, au lieu-dit Pantanu, vivait un berger solitaire. Un soir, à la tombée de la nuit, alors qu'il se préparait à rentrer son troupeau, Orsu-Maria fut intrigué par l'attitude de son chien qui vint se blottir plaintivement contre lui. Une angoisse insaisissable monta en lui lorsque apparut au détour du chemin un cavalier fort élégant monté sur une superbe jument blanche. L'homme à la barbe rousse et aux yeux verts étincelants se rendait dans la pieve de Vivariu mais, surpris par la nuit, mandait à Orsu-Maria de bien vouloir lui accorder son hospitalité. 

 

  Malgré sa méfiance, Orsu-Maria accepta de bon cœur: un Corse ne refuse jamais l'hospitalité. Il alluma un bon feu dans la bergerie et, mettant à l'aise son hôte, alla rentrer la jument à l'écurie.

 

   Quel ne fut pas son étonnement d’entendre l’animal proférer les paroles suivantes :

 « - Méfie-toi de mon maître, Orsu-Maria. Folle fille de mon vivant, moi, Bianca de Guagnu, en punition de mes péchés, je suis devenue le coursier de Satan. Demain, nous  emporterons en enfer les âmes des mauvais chrétiens. N'oublie pas de te signer ce soir, avant de partager ton lait de brebis et tes châtaignes! »

 

    Tout ébahi, Orsu-Maria retourna auprès de son hôte. Suivant le conseil de la jument, Orsu-Maria se signa avant de partager son souper. Alors, au même instant, l’élégant visiteur se métamorphosa et reprit sa forme de diable aux pieds fourchus et tête cornue. Fou de rage, il enfourcha sa monture en rugissant:

« Ah ! Bianca, garce sans cervelle, tu m’as trahi; je vais te donner la plus belle course de ta vie éternelle ".

 

     Sous les coups de trident et d'éperons, la malheureuse jument, la bouche en sang, bondit à travers la pinède et, entourée d'une nuée de lagramanti (les génies des tempêtes), de mazzeri (les âmes des magiciens et des sorciers) et de streghe aux ailes de chauves-souris, elle s'élança avec son cavalier fou, faisant ébouler d'énormes roches, imprimant sa cuisse dans la falaise du Lancone où coule une cascade, et finalement, atteignant le sommet du Tretorre sur lequel, en une dernière ruade d'une violence incroyable, elle fendit la roche en trois énormes blocs avant de disparaître dans un éclair fulgurant.

 

     Cette nuit-là, dans tous les hameaux, on pria avec ferveur. Et, au matin, on découvrit que le sommet de la montagne était divisé en trois blocs qui ressemblaient à des tours. On l'appela désormais Tretorre. 

 

Le Tretorre n'est plus diabolique et ses pentes raides n'empêchent pas les randonneurs comme Hervé Calderoni d'atteindre son sommet (photo du 15 août 2012).

Le Tretorre n'est plus diabolique et ses pentes raides n'empêchent pas les randonneurs comme Hervé Calderoni d'atteindre son sommet (photo Michel Franceschetti du 15 août 2012).

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4 août 2024 7 04 /08 /août /2024 07:00

 

Les légendes de chez nous (1/7): Le lac de Satan

Les touristes se pressent chaque été pour aller admirer le lac de Crena. L'endroit est célèbre pour être le seul lac d'altitude corse bordé d'arbres qui donnent une ombre bienfaisante en plein cœur de l'été. Mais l'obscurité de cette forêt est également inquiétante car elle fait penser que ce lac est considéré comme le lac de Satan.

 

Les habitants de Soccia ayant décidé de chasser le Malin de la vallée du Liamone, celui-ci, d'un furieux coup de marteau, creusa une énorme cavité qui se remplit d'eau et dans laquelle il se réfugia. C'est le lac de Crena dont le fond communiquait avec la fournaise infernale.

Les légendes de chez nous (1/7): Le lac de Satan

Cependant, les Socciais, que le diable continuait à tourmenter durant leur sommeil, firent appel à un pieux ermite expert dans l'art de l'exorcisme. Le saint homme se rendit au bord du lac accompagné d'un berger. Les deux hommes se mirent en prière...

 

Peu à peu, le lac se vida de son eau, tandis que de magnifiques moutons blancs émergeaient pour tenter le berger. Mais ce dernier continua imperturbablement ses oraisons.

 

Alors, surgirent du lac des manteaux de pourpre, des chasubles d'or, des mitres étincelantes de diamants qui vinrent s'entasser au pied de l'ermite. Celui-ci, impassible, continua ses exorcismes, tandis que le niveau des eaux baissait toujours.

 

Quand le lac fut enfin à sec, Satan apparut agitant des ailes de chauve-souris couvertes de vase et avec un crinière de serpents. "Jésus! Marie!", s'écria le berger terrifié. Aussitôt, tout disparut et le lac reprit son niveau normal.

 

Aux berges du lac, les Droséracées, plantes carnivores, témoignent encore de cette présence maléfique ....

 
Pour plus de renseignements sur les droséras: http://www.dsot.fr/drosera.htm

Le texte de la légende est tiré du "Guide de la Corse mystérieuse" par Gaston d'Angelis et Don Giorgi. Les photos 2 et 3 viennent du site http://ortu.free.fr/ qui est malheureusement fermé.

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2 août 2024 5 02 /08 /août /2024 07:00

Depuis le col de Saint Antoine, quand on descend sur Vico et Murzo, des crêtes tourmentées se détachent sur les crêtes de la montagne. Et, parmi elles, un visage de femme tourné vers le couchant, vers la Cinarca: la SPOSATA, l'Epousée, la Mariée. Pourquoi est-elle là?

Les légendes de chez nous:  la Sposata ou la fille au cœur dur (2/10)

Il y avait jadis au petit village de Nesa, près de Vico, au pied des premiers contreforts de la montagne, une pauvre maison qui abritait Joanna Ambiegna et sa fille Maria. Les deux femmes avaient bien de la peine à vivre, étant des plus misérables parmi les plus misérables du hameau.

 

Joanna, âgée, devenue impotente par suite de fièvres mal soignées, restait à la maison et faisait la cuisine. Maria gardait le troupeau de chèvres d'un propriétaire de la localité. Par ce travail, elle gagnait quelques sous, le plus clair des ressources de la mère et de la fille, car, du maigre héritage du père, il ne restait à peu près que la maison et un indigent mobilier. Joanna était douce et bonne et elle souffrait sans se plaindre de la dureté de sa fille qui jamais, pour elle, n'avait un mot affectueux, jamais une de ces caresses qui vont au coeur des mères.

Les légendes de chez nous:  la Sposata ou la fille au cœur dur (2/10)

 

LA DEMANDE DU SEIGNEUR DE CINARCA

 

Seulement, si Maria Ambiegna manquait de coeur, elle était d'une grande beauté. Aucune fille dans toute la région n'avait d'aussi grands yeux noirs, aucune un visage aussi régulier, un profil aussi pur, aucune des tresses plus noires, plus longues, de cheveux plus fins.

 

Luciano de Tellano, seigneur de la Cinarca, un jeune et très riche gentilhomme, l'avait un jour aperçue, tandis qu'il chassait le mouflon sur les pentes de la montagne. A plusieurs reprises, il était revenu, il s'était même installé dans la maison qu'il possédait à Vico, alors que son château se trouvait à quelques lieues de là, à Orcino, afin de multiplier les occasions de rencontrer la jolie bergère. Lorsqu'il causait avec Maria, les mouflons pouvaient courir en paix, les perdrix s'envoler sous ses pieds, les lièvres déboucher du maquis, cet enragé chasseur ne s'en occupait plus.

 

Un beau jour, Luciano de Tellano demanda à brûle-pourpoint à Maria Ambiegna:

 

"Veux-tu être dame de la Cinarca?"

 

Maria, qui avait longtemps attendu ces mots, accepta.

 

Ce fut dans toute la région, de Vico à Evisa, à Sagone et jusqu'à Ajaccio, un cri d'étonnement. Jamais on n'eût supposé que le fier et beau seigneur, à qui étaient promises les plus riches héritières, les descendantes des plus nobles familles, pût songer à donner son nom à la moins fortunée des bergères.

 

 

LA DOT DE MARIA

 

Maria était heureuse, certes, mais son bonheur était mitigé par l'humiliation qu'elle éprouvait de n'apporter en dot à son époux que sa personne et les quelques misérables hardes qu'elle possédait.

 

Joanna Ambiegna était fière du mariage de sa fille, mais bien triste aussi. Elle sentait qu'elle la perdait à jamais. Loin de compatir à la peine de la vieille femme et de chercher à l'adoucir, la jeune fille passait ses derniers jours à la gourmander, l'accusant d'avoir mal géré son héritage, - si l'on peut appeler héritage deux chèvres, une cahute croulante et quatre meubles, - déclarant que le peu qui restait était à elle et qu'elle entendait l'emporter.

 

Tout ce qui se trouvait dans la cahute, jusqu'aux ustensiles de ménage, jusqu'aux couvertures, jusqu'aux assiettes d'étain, tout fut entassé dans des paniers. Ce n'est pas que Maria pensât que cela pût servir en aucune façon dans la riche demeure de son futur époux, dans ce château d'Orcino dont on vantait partout le luxe et les commodités, mais, comme elle le disait, elle ne voulait pas y entrer les mains vides.

 

 

LE CORTÈGE NUPTIAL

 

Enfin, le grand jour arriva.

 

Luciano, avec un imposant cortège d'amis, de serviteurs, de clients, tous superbement montés et harnachés, parut sur la place de Nesa. Des paniers soigneusement recouverts, afin que l'on ne vît pas les pauvres choses qu'ils contenaient, furent chargés sur le dos de mulets.

 

Maria, après avoir rapidement embrassé sa mère, plus pour l'édification de son fiancé et du public que par le moindre sentiment de tendresse, monta sur une belle jument blanche, caparaçonnée de velours rouge, aux côtés de son futur époux. Au milieu du tumulte joyeux des cavaliers de son escorte qui, en signe d'allégresse, tiraient des coups de fusil en l'air, l'épousée quitta, sans un regard en arrière, le village natal. En route pour l'église piévane d'Orcino où le mariage devait être célébré!

Les légendes de chez nous:  la Sposata ou la fille au cœur dur (2/10)

Sur le seuil de la cahute, maintenant vide de tout ce qui avait un semblant de valeur, de tous les souvenirs de défunt son mari, des petits riens auxquels elle était attachée, Joanna, les yeux baignés de larmes, regardait le cortège s'éloigner.

 

Le chemin d'Orcino grimpe à travers la montagne et s'élève dès la sortie du village. La pauvre veuve pouvait ainsi suivre la riante théorie, s'égrenant le long des flancs abrupts. Elle distinguait en tête du cortège sa fille sur sa jument blanche, à côté du seigneur de la Cinarca sur son cheval noir.

 

On eût pu croire que Maria, toute à son bonheur ou du moins à son triomphe, ne songeait plus qu'aux plaisirs qui l'attendaient, à cette vie de grande dame qu'elle allait mener à Orcino, aux immenses terres qu'elle allait partager avec son mari, aux forêts quasi impénétrables qui seraient son domaine, aux innombrables troupeaux sur lesquels elle régnerait en maîtresse, elle dont l'enfance s'était passée à garder les maigres chèvres des autres.

 

Mais non, dans son âpreté, elle n'avait de pensée que pour ce qu'elle emportait, pour les choses sans utilité désormais pour elle, qu'elle avait arrachées à la pauvreté de sa mère. Elle craignait d'en avoir oublié.

 

LE RACLOIR OUBLIÉ

 

Soudain, elle se frappa le front. Elle se rappela avoir omis de mettre dans ses bagages le racloir de son pétrin. Ce racloir, la conzula, cet ustensile servant à découper la pâte avant cuisson et à racler le fond du pétrin, sa mère s'en était servi la veille, puisque l'on avait fait de la galette. 

 

"Qu'y a-t-il, ma chère âme? demanda Luciano anxieux. Auriez-vous oublié quelque objet qui vous fût cher?

- Oui, mon doux seigneur, répliqua Maria. J'ai oublié à Nesa le racloir du pétrin."

 

Le seigneur de la Cinarca se mit à rire.

"Eh qu'importe, ma mie, le racloir de votre pétrin, votre mère s'en servira. N'en a-t-elle pas besoin? Vous n'aurez pas à Orcino à vous occuper de ces choses et je suis bien certain qu'il y en a tant qu'il en faut."

 

Le visage de Maria se ferma. Elle parut violemment contrariée.

"C'est ce racloir-là que je veux et non point un autre. Il m'appartient et je désire l'avoir. Donnez donc l'ordre à un de vos serviteurs d'aller le réclamer."

 

Luciano s'aperçut qu'il fâchait sa fiancée et il expédia un domestique à Nesa.

Racloir à pétrin

Racloir à pétrin

Joanna était toujours sur le seuil de sa demeure et n'avait pas perdu de vue le cortège maintenant arrivé tout en haut de la montagne à un endroit où, bientôt, il disparaîtrait à ses yeux.

 

Elle vit le cavalier qui se détachait du convoi et qui redescendait vers le village; quand le serviteur de Luciano de Tellano déboucha sur la place, la pauvre veuve s'imagina que sa fille avait eu un regret de sa dureté et que l'homme était chargé pour elle d'un message de tendresse. Ah! comme elle était prête à y répondre de tout son amour maternel !

 

Très poliment, elle s'adressa au domestique qui mettait pied à terre devant sa masure:

"Ma fille vous a-t-elle chargé pour moi d'une commission? Avait-elle quelque chose à me dire?

- Oui, répliqua l'homme, bourru et furieux d'avoir été envoyé en arrière et de devoir ensuite se presser pour rattraper ses maîtres, et tout cela pour si peu de chose. Oui, donna Maria vous fait dire qu'elle a oublié le racloir du pétrin et que vous avez à me le remettre tout de suite pour que je le lui apporte."

 

 

LA MALÉDICTION

 

Alors, pour la première fois, une révolte gronda dans le coeur de la vieille femme; cette ingratitude lui parut trop forte, trop dure, sa propre condition, seule, misérable, dépouillée.

Joanna tourna la tête vers le brillant cortège, là-haut sur la montagne; elle tendit un poing courroucé dans la direction de sa fille et s'écria:

 

"Tu seras punie, ô fille au coeur de pierre!"

Les légendes de chez nous:  la Sposata ou la fille au cœur dur (2/10)

 

On raconte aux veillées qu'à cet instant précis, dans le ciel bleu et sans nuage de cette journée de mai, un coup de tonnerre terrible éclata, secouant l'atmosphère, que tout le cortège nuptial fut environné subitement d'un épais brouillard et qu'un éclair vint frapper la montagne, dispersant chevaux et cavaliers.

 

Certains ajoutent que la terre trembla, que l'on entendit des voix menaçantes sortir des précipices, mais ce ne sont là sans doute que les effets d'une imagination en proie à la terreur, une terreur bien compréhensible.

 

Lorsque le brouillard se dissipa, Maria Ambiegna, la fille sans pitié, était changée en pierre, elle et son cheval. Et c'est la bergère corse, l'épousée du seigneur de la Cinarca, que les touristes peuvent voir juchée là haut sur le sommet, la tête tournée vers le château de la Cinarca qu'elle ne connaîtra jamais.

 

La Sposata, un roc, rien qu'un roc, comme son coeur.

 

-----------

Ce récit reprend en très grande partie les textes de cette légende qui sont nombreux sur internet. Mais, ici, la bonne orthographe de Nesa et Orcino a été rétablie.

Illustration tirée de "50 documents pour une culture corse" publié en 2016 par CANOPÉ de Corse

Illustration tirée de "50 documents pour une culture corse" publié en 2016 par CANOPÉ de Corse

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31 juillet 2024 3 31 /07 /juillet /2024 07:01

 

Pendant longtemps, dans toute la Corse, la nuit du 31 juillet au 1er août était redoutée car elle était la nuit des mandrache pendant laquelle s'affrontaient les mazzeri. La pieve de Sorru-in-Sù était directement concernée par ces événements. 

 

Les textes ci-dessous donnent une explication sur le sens de cette date. Les trois premières parties sont tirées du très utile "Almanach de la mémoire et des coutumes de la Corse" écrit par Claire TIÉVANT et Lucie DESIDERI (Albin Michel, 1986). La quatrième partie, consacrée à cette nuit dans notre canton, est inspirée de "Le mazzérisme: un chamanisme corse" de Roccu MULTEDO (Editions L'Originel, 1994). 

Précision préalable: Les mazzeri sont des humains ayant une vie sociale et personnelle mais qui sont considérés par le village comme des êtres surnaturels liant l'au-delà au monde des vivants. Dans la vie courante, les mazzeri sont des êtres pacifiques. On les reconnait à leur regard: ils ne vous regardent pas, mais regardent à travers vous.​ Ils sont capables de dire quels seront les prochains morts de la communauté.

 

LE MOMENT DE LA CANICULE ET DES MAZZERI

"Consécutive au solstice d'été (la Saint-Jean), la canicule marque l'entrée du soleil dans la constellation du Lion (i sulleoni). C'est une période redoutable, porteuse de menaces mortelles pour les animaux, les hommes, les cultures. La nature tout entière est comme embrasée. Tout risque de brûler ou de sécher. Les incendies se déchaînent et, attisés par les vents, se répandent jusqu'à prendre des proportions terrifiantes. La canicule qui tue toute vie est à l'image même des morts, êtres desséchés, affamés, assoiffés, noirs. Cette période, néfaste et dangereuse entre toutes, entame son déclin à la fin du mois de juillet, lorsqu'on entre dans les Calendes d'août. C'est pourquoi cette date est en Corse une date rituelle, et la nuit qui fait passer de juillet à août est investie par des pratiques magico-religieuses destinées à éloigner ce fléau mortel.

 

Dans de nombreux villages, notamment dans le Centre et le Sud, on allume un feu devant le seuil de la maison. Ce feu est appelé focu di i mazzeri (feu des mazzeri). On pose aussi, sur les fenêtres, des ustensiles remplis d'eau. Car, comme à d'autres dates, cette nuit-là, les morts se rapprochent des vivants. Leur présence est redoutée et on s'en protégera de plusieurs manières. (...)"

 

 

LA FÊTE DES MORTS ESTIVALE

"Dans la liturgie, le 1er août est la fête de Saint Pierre-aux-Liens. Cette fête religieuse est venue se superposer à celle qui, à une époque lointaine, était celle des Macchabées. Le 1er août est donc une fête des morts. Elle est symétrique de celle du 1er novembre; elle en est le doublet estival.

C'est dans ce contexte de mort que prennent place les batailles des mazzeri (...).

La nuit du 31 juillet s'engage une bataille contre la mort et la mortalité. Les mazzeri d'un village se regroupent, montent sur le col, ou se rendent à la limite qui sépare leur territoire du territoire voisin, et là, se battent contre les mazzeri de la communauté limitrophe. Les armes qu'ils utilisent dans ces combats sont des tiges d'asphodèle. (...)

L'enjeu de ces guerres végétales est d'importance." (...) 

Dans les villages des vainqueurs, la mortalité de l'année sera faible, et forte chez les vaincus.

Photo de Joan Fontcuberta.

Photo de Joan Fontcuberta.

L'ASPHODÈLE, LA REINE DES BATAILLES

L'asphodèle, appelé en Corse taravucciu, arbucciu. taravellu, luminellu, etc, est une plante bien connue dans les mythologies végétales, depuis l'antiquité grecque. C'est la plante des morts. Elle «pousse dans le royaume des Ombres ». Dans les Enfers et les Champs-Elysées où séjournent les Héros défunts, les asphodèles abondent.

Dans les siècles passés, en de nombreuses régions d'Europe, on en plantait autour des tombeaux car, disait-on, les morts aimaient cette plante et se nourrissaient de ses racines. (...) Elle produit l'abondance et assure l'immortalité de l'âme.

 

On comprend que, pour combattre la pénurie et la mort caniculaires, les mazzeri corses, la nuit du 31 juillet, brandissent l'arme la plus efficace en ce domaine. 

Un plant d'asphodèle

Un plant d'asphodèle

LES MANDRACHE GUAGNAISES

D'après Rocco MULTEDO, qui reprend des travaux de Dorothy CARRINGTON, les assemblées de mazzeri ont lieu de préférence le samedi. La bataille annuelle qui se déroule dans la nuit du 31 juillet s'appelle une mandraca.

 

Elle voit s'affronter deux groupes masqués en animaux et formés en milizie avec chacune un capitaine élu. Les deux camps viennent de deux communautés voisines et s'affrontent sur le col qui sépare celles-ci. Après avoir poussé des "cris effrayants", ils se battent à coup de tiges d'asphodèles jusqu'à la fuite d'un groupe ou l'arrivée du jour. Les asphodèles et les bâtons utilisés finissent dans un grand feu.

Illustration extraite de "50 documents pour une culture corse" édité en 2016 par CANOPÉ de Corse.

Illustration extraite de "50 documents pour une culture corse" édité en 2016 par CANOPÉ de Corse.

Notre canton étant quasiment enclavé dans la montagne, plusieurs mandrache se déroulent, ce qui laisse supposer que les batailles n'avaient pas toutes lieu la même nuit:

- Soccia contre Casamaccioli dans le Niolu

- Guagnu contre Vivario au col de Manganellu 

- Guagnu contre Venacu et Corti au col de Virdiola, près d'un ancien cimetière

 

La plus importante était la confrontation entre Guagnu et Pastricciola, au col de Missicella, à 1.191 mètres d'altitude. Ce lieu, qui a longtemps permis aux bergers de passer de Sorru-in-Sù aux pièves de Cruzzini et Cinarca, est particulièrement stratégique pour les mazzeri.

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N'allez surtout pas à Missicella les 31 juillet et 1er août. De toute façon, évitez de sortir cette nuit-là.

Des esprits forts peuvent dire que les mazzeri ont quasiment disparu et que les mandrache ne sont plus organisées. Mais peut-on en être certain? On murmure quelques noms d'initiés à Poggiolo, Soccia, Orto et Guagno. 

Il vaut mieux être très prudent.

Réalisé à l'occasion d'une chasse au sanglier, le film suivant  montre ce qu'est le col de Missicella et les paysages qui l'entourent.

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30 juillet 2024 2 30 /07 /juillet /2024 07:00
Pour ne pas mourir de froid, n'oublions pas les légendes de chez nous

 

Les légendes corses sont nombreuses et continuent à se perpétuer. Comme celles des autres régions françaises, il est important de ne pas les laisser tomber dans l'oubli car, comme écrivait le poète Patrice de La Tour du Pin, "Les peuples sans légende sont condamnés à mourir de froid".

 

Fanch POSTIC, ethnologue, spécialiste de la littérature orale bretonne, a écrit que les légendes "sont des réponses commodes aux interrogations, voire aux angoisses de l'existence. (...) (La légende) entretient un lien étroit avec un territoire, un paysage où des traces encore visibles sont appelées à témoigner". Texte publié le 21 octobre 2023 sur le site Bretons de Ouest-France.

 

Ces références pour la mémoire et l'identité d'une collectivité nous relient à d'autres époques et nous aident à comprendre qui nous sommes. Rien de plus dangereux pour un groupe ou une société que de n'avoir plus de légendes. Elles doivent être protégées contre une soit-disant "culture de l'effacement" ("cancel culture" en anglo-saxon) qui aboutirait à une humanité de zombies indifférenciés sans âme et sans cerveau.

 

Ce blog va publier des textes de légendes concernant U Pighjolu, A Soccia, Guagnu, Ortu, Vicu et les alentours. Il y en aura dix, à partir de mercredi 31 juillet, à raison d'un tous les deux jours. Plusieurs ont déjà été publiés voici dix ans, en 2014.

 

L'illustration en début de page est tirée de la couverture du livre "Contes et légendes de Corse" par Jean-Claude et Agnès ROGLIANO, éditions Clémentine.

 

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26 octobre 2023 4 26 /10 /octobre /2023 18:00

En dehors de la messe et de la bénédiction des cimetières, le temps de Toussaint est toujours marqué par les bastelle.

Tous les habitants de Poggiolo, de Guagno-les-Bains ou de Soccia sont invités à venir avec leurs amis pour cuire et partager ce plat typique de la Toussaint corse.

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Parmi les productions gastronomiques corses, on cite rarement la bastelle alors qu'elle est de consommation courante, notamment dans les Deux Sorrù. Une bastelle est un délicieux chausson aux oignons, aux blettes ou à la courge (il en existe aussi à la pomme de terre et aussi au raisin) et au brocciu.

Une recette en a été fournie dans l'article Les bastelle de Soccia chez Croqosel.

Une autre version, plus traditionnelle, peut être lue sur le site Marmiton (http://www.marmiton.org/recettes/recette_bastelle-de-ma-grand-mere-corse_37960.aspx) et en vidéo ici même. 

 

Si la bastella se déguste maintenant toute l'année et se trouve facilement dans les boulangeries de VICO et de SAGONE, la tradition est d'en fabriquer à la Toussaint en communauté. En dehors des Deux Sorru, elle est appelée scaccia et elle parsemée de raisins secs.

 

A Bastia, on confectionne pour la Toussaint un gâteau particulier, en forme de S (puisque c'est le gâteau d'I Santi), de 20 à 30 centimètres de long, la Salviata. Il est fait à base de farine de blé, d'œufs, de beurre, de liqueur d'anis et de sucre.

 

 

Pourquoi ces gâteaux de la Toussaint que l'on s'échange et que l'on mange en famille?

 

Pour les sociétés anciennes, les morts ne meurent jamais. La nuit du 1er au 2 novembre est le moment où les âmes des défunts peuvent rendre visite aux vivants. Il faut penser à les nourrir.

Image extraite du site Corsica Mea.

Image extraite du site Corsica Mea.

 

L'origine de ce "pain des morts" (bastella di i morti) est racontée dans la légende suivante (extraite de "L'almanach de la mémoire et des coutumes" de Claire TIEVANT et Lucie DESIDERI, Albin Michel, 1986):

Ce début de novembre semble être une période d'échange entre les vivants et les morts. (...) Selon la tradition, quelques vivres sont préparés à l'intention des morts le soir de la Toussaint. Ces pratiques se perpétuent encore sous la forme du "saint des morts" (a bastelle di i morti). Une légende établit cette relation:

Un soir du 2 novembre, un homme, passant à cheval près de la sépulture commune (l'arca)* d'un village, entendit les voix des défunts de sa famille. Ils se plaignaient de n'avoir eu que très peu comme repas: une corbeille de châtaignes, une gourde de vin, un croûton de pain noir... Le cavalier franchit la rivière en tremblant et, arrivé au village, il raconta l'histoire. Il jura que chaque année, à cette date, il ne manquerait pas de donner non seulement aux pauvres, mais encore à chaque famille du village, une belle fougace (scaccia). Ainsi, morts et vivants seraient rassasiés.
 

 

*L'arca a fait l'objet d'un article particulier qu'il est intéressant de consulter:
http://poggiolo.over-blog.fr/article-a-la-recherche-de-l-arca-perdue-38617522.html

 

 

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18 mai 2023 4 18 /05 /mai /2023 18:01

 

Quel plaisir que d'arriver au moment de l'Ascension. Comme cette fête chrétienne est toujours un jeudi, le 18 mai cette année, elle permet à beaucoup de profiter d'un "pont". 

 

Mais que savez-vous sur l'Ascension, du moins l'Ascension en Corse?

 

Marthe POLI, de Guagno, avait publié, sur son ancien blog, un texte que nous recopions et qui montre les coutumes corses de cette fête.

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L'herbe et l'œuf de l'Ascension

 

 

L’Ascension est, d'abord, une fête pour les chrétiens.

Célébrée 40 jours après Pâques, elle intervient toujours un jeudi.

L’Ascension rappelle l’élévation de Jésus vers Dieu, son Père, après sa résurrection. 

Jésus n’est plus présent sur terre. Mais il n’abandonne pas les hommes pour autant et leur envoie une force, L’ESPRIT SAINT (que l’on célèbre tout particulièrement lors de la Pentecôte).

Depuis, les Chrétiens vivent sa présence à travers l’Eucharistie (qui est le rappel du dernier repas avant sa mort, où il partage le pain et le vin avec ses apôtres).

Mais, en Corse, nous avons aussi des traditions.. des croyances...

 

 

 

L'HERBE DE L'ASCENSION

Aujourd'hui c'est jeudi de l'Ascension.

C'est ce jour-là qu'il faut cueillir l'herbe dite justement "Herbe de l'Ascension" (Arba di l'Ascinzioni en corse). 

Cette herbe pousse dans les murs, dans les coins des rochers. Ses feuilles sont très petites. Il faut la cueillir avec ses racines.

François Bianchini, héritier de certains dons transmis par ses aînés, cueillait cette herbe qui guérit et apaise, spécialement à la Trinité de Bonifacio; puis il en faisait de petits paquets à l'intention de ses amis. ("La Trinité de Bonifacio et du Grand Sud Corse", F. Canonici, A Stamperia, 2002)

Mais attention, il y a tout un programme à respecter.

Il faut se lever de très bonne heure le matin de l'Ascension pour aller cueillir cette fameuse herbe.

Il s'agit du "Sedum étoilé pourpier" que, depuis des générations, les Corses vont chercher dans la campagne avant l'aube (dès que le soleil est levé surtout ne pas cueillir !). 

Rapportée à la maison, l'erba di l'Ascinziune est attachée au mur avec un clou, la tête en bas. 

Au cours des jours suivants, les tiges remontent lentement; puis la plante fleurit le jour de la Saint Jean (24 juin) et se conserve jusqu'à Sainte Anne ( 26 juillet).

Mais attention ! ses vertus protectrices peuvent se retourner contre ceux qui la cueillent trop tard, quand le soleil est déjà levé. 

Dans ce cas, la plante meurt et cela ne présage rien de bon pour les habitants de la maison.... 

(La plupart des informations de cet article sont tirées de "l'Almanach de la Mémoire et des coutumes de la Corse", Claire Thiévant, Lucie Désideri, Albin Michel, et de "La Trinité de Bonifacio et du Grand Sud Corse", François Canonici, Stamperia).

 

 

Sedum étoilé pourpier. Photo extraite du site Corse par l'image (https://www.fromei.fr)

Sedum étoilé pourpier. Photo extraite du site Corse par l'image (https://www.fromei.fr)

 

L'OEUF DE L'ASCENSION

Il y a aussi l'oeuf de l'Ascension qui possède également ses vertus magiques.

L'œuf doit, bien entendu, être pondu précisément le jour du Jeudi de l'Ascension, sinon il n'a aucune vertu,

Phénomène magique ou don de Dieu ?

La première caractéristique de l'œuf de l'Ascension est qu'il est imputrescible. 

En effet, l'œuf de l'Ascension, à la différence des œufs ramassés à d'autres périodes de l'année, si il est cassé l'année d'après a simplement séché, il n'a ni pourri ni dégagé durant ce temps aucune odeur de décomposition.

Sa seconde vertu est, dit-on, de préserver les habitants de la maison de plusieurs maladies, ou à tout le moins de diminuer leur fréquence ou leur gravité.

Quand il est posé sur le rebord d'une fenêtre, Il protège également les membres de la famille qui se trouvent éloignés du foyer,

L'œuf de l'Ascension protège enfin les habitations de la foudre et des incendies. Il détourne l'éclair et éteint les flammes qui menacent de destruction l'ensemble d'une bâtisse. (source: Corsica News)

 

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21 novembre 2022 1 21 /11 /novembre /2022 18:02

 

En souvenir des travaux qu'il fit effectuer, Napoléon III garde une certaine popularité à Marseille comme en Corse.

 

Dans le livre qu'il vient de faire paraître sur "Le site du Centre Bourse" (c'est-à-dire la zone délimitée par la Canebière, le Cours Belsunce, la rue Colbert et la rue de la République), le Comité du Vieux Marseille rappelle que l'empereur fit détruire des vieux quartiers pour leur donner une allure "haussmannienne" comme à Paris. La rue Impériale (devenue rue de la République) en fut la vitrine, à tel point qu'un mythe s'est imposé avec une force aussi grande que celui qui persiste à Guagno-les-Bains.

 

Michel FRANCESCHETTI démonte cette légende dans ce livre en faisant un parallèle avec Poggiolo. Lisez l'article.

 

Le mythe de l’inauguration de la rue Impériale

 

Michel Franceschetti

Notre ville a inspiré de nombreuses « histoires marseillaises » dont les exagérations ont fait rire plusieurs générations. Mais il en est une qui est tellement énorme qu’elle est devenue une vérité quasi-incontestable.

Cette « histoire » est celle de l’inauguration de la rue Impériale par l’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie. Une plaque apposée le 30 mai 1964 sur un immeuble de la place Sadi Carnot par le Comité d’Intérêts du Quartier République-Colbert l’affirme : « en commémoration du centenaire de la rue de la République inaugurée par Napoléon III le 15 août 1864 ».

 

Plaque actuelle. Photo Michel Franceschetti.

Plaque actuelle. Photo Michel Franceschetti.

 

Or, l’empereur, s’il est bien venu cinq fois à Marseille durant son règne, se trouvait ce jour-là à Paris pour la saint Napoléon, fête officielle du régime, qui tombait le jour de l’Assomption.

La lecture du Moniteur Universel, journal officiel de l’Empire, du 16 août 1864, permet d’apprendre, en première page, que le couple impérial était au château des Tuileries en début de journée. Il y reçut le 15, à partir de onze heures et demie du matin, les hommages des grands personnages de la famille Bonaparte et des dignitaires de l’État, avant d’assister à une messe à partir de midi.

Un autre article, sur la même page, décrit l’arrivée, à neuf heures du soir, toujours le 15, au palais de Saint-Cloud, du train du roi d’Espagne et sa réception par Napoléon et Eugénie.

Leur présence à Marseille était donc impossible.

Extrait du "Moniteur universel" du 16 août 1864.

Extrait du "Moniteur universel" du 16 août 1864.

L’inauguration de la rue Impériale eut bien lieu le 15 août 1864 mais à l’initiative du conseil municipal et d’Émile de Maupas, sénateur chargé de l’administration du département et équivalent à Marseille du baron Haussmann. La préparation de la cérémonie fut affectée par le décès subit du maire Balthazar Rouvière le 27 juin. L’inauguration revint donc à son successeur, Théodore Bernex. L’aménagement de la nouvelle artère étant alors loin d’être terminé, il ne paraît donc pas logique que l’empereur soit venu pour inaugurer une œuvre inachevée.

Napoléon III n’était pas non plus présent à la consécration de la basilique Notre-Dame de la Garde, le 5 juin 1864.

Il vint bien à Marseille cette année-là, le 30 octobre pour une seule journée. Il s’entretint avec Maupas et alla visiter les travaux de la Joliette en passant par ceux de la rue Impériale qui n’était pas encore terminée.

Les deux dates, 15 août et 30 octobre, ont-elles ensuite été confondues dans l’esprit de certains Marseillais ? Peut-être mais le plus désolant est la paresse d’esprit de nombreux écrivains et d’animateurs de sites internet qui recopient inlassablement ce mythe sans vérifier leurs sources.

Loin de Marseille, la station thermale de Guagno-les-Bains, commune de Poggiolo, dans l’intérieur de la Corse-du-Sud, connaît une légende similaire. Une plaque officielle, reprise par tous les sites touristiques et historiques, prétend que Napoléon III et Eugénie « y prirent les eaux », alors que, dans leur voyage de 1860, ils ne s’aventurèrent pas hors d’Ajaccio.

Il paraît que l’on ne prête qu’aux riches. En voilà au moins deux preuves supplémentaires : Napoléon III, malgré le désastre final de son règne, garde une riche popularité.

 

 

Aussi bien à Marseille qu'à Guagno-les-Bains, les plaques commémoratives sont à revoir.

 

Photos Michel Franceschetti.
Photos Michel Franceschetti.

Photos Michel Franceschetti.

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30 juillet 2022 6 30 /07 /juillet /2022 18:00

 

Pendant longtemps, dans toute la Corse, la nuit du 31 juillet au 1er août était redoutée car elle était la nuit des mandrache pendant laquelle s'affrontaient les mazzeri. La pieve de Sorru-in-Sù était directement concernée par ces événements. 

 

Les textes ci-dessous donnent une explication sur le sens de cette date. Les trois premières parties sont tirées du très utile "Almanach de la mémoire et des coutumes de la Corse" écrit par Claire TIÉVANT et Lucie DESIDERI (Albin Michel, 1986). La quatrième partie, consacrée à cette nuit dans notre canton, est inspirée de "Le mazzérisme: un chamanisme corse" de Roccu MULTEDO (Editions L'Originel, 1994). 

 

Précision préalable: Les mazzeri sont des humains ayant une vie sociale et personnelle mais qui sont considérés par le village comme des êtres surnaturels liant l'au-delà au monde des vivants. Dans la vie courante, les mazzeri sont des êtres pacifiques. On les reconnait à leur regard: ils ne vous regardent pas, mais regardent à travers vous.​ Ils sont capables de dire quels seront les prochains morts de la communauté.

 

 

Photo Klape

Photo Klape

 

 

LE MOMENT DE LA CANICULE ET DES MAZZERI

   "Consécutive au solstice d'été (la Saint-Jean), la canicule marque l'entrée du soleil dans la constellation du Lion (i sulleoni). C'est une période redoutable, porteuse de menaces mortelles pour les animaux, les hommes, les cultures. La nature tout entière est comme embrasée. Tout risque de brûler ou de sécher. Les incendies se déchaînent et, attisés par les vents, se répandent jusqu'à prendre des proportions terrifiantes. La canicule qui tue toute vie est à l'image même des morts, êtres desséchés, affamés, assoiffés, noirs. Cette période, néfaste et dangereuse entre toutes, entame son déclin à la fin du mois de juillet, lorsqu'on entre dans les Calendes d'août. C'est pourquoi cette date est en Corse une date rituelle, et la nuit qui fait passer de juillet à août est investie par des pratiques magico-religieuses destinées à éloigner ce fléau mortel.

 

   Dans de nombreux villages, notamment dans le Centre et le Sud, on allume un feu devant le seuil de la maison. Ce feu est appelé focu di i mazzeri (feu des mazzeri). On pose aussi, sur les fenêtres, des ustensiles remplis d'eau. Car, comme à d'autres dates, cette nuit-là, les morts se rapprochent des vivants. Leur présence est redoutée et on s'en protégera de plusieurs manières. (...)"

 

 

 

LA FÊTE DES MORTS ESTIVALE

   "Dans la liturgie, le 1er août est la fête de Saint Pierre-aux-Liens. Cette fête religieuse est venue se superposer à celle qui, à une époque lointaine, était celle des Macchabées. Le 1er août est donc une fête des morts. Elle est symétrique de celle du 1er novembre; elle en est le doublet estival.

   C'est dans ce contexte de mort que prennent place les batailles des mazzeri (...).

   La nuit du 31 juillet s'engage une bataille contre la mort et la mortalité. Les mazzeri d'un village se regroupent, montent sur le col, ou se rendent à la limite qui sépare leur territoire du territoire voisin, et là, se battent contre les mazzeri de la communauté limitrophe. Les armes qu'ils utilisent dans ces combats sont des tiges d'asphodèle. (...)

   L'enjeu de ces guerres végétales est d'importance." (...) 

   Dans les villages des vainqueurs, la mortalité de l'année sera faible, et forte chez les vaincus.

 

Photo de Joan Fontcuberta.

 

 

L'ASPHODÈLE, LA REINE DES BATAILLES

   L'asphodèle, appelé en Corse taravucciu, arbucciu. taravellu, luminellu, etc..., est une plante bien connue dans les mythologies végétales, depuis l'antiquité grecque. C'est la plante des morts. Elle «pousse dans le royaume des Ombres ». Dans les Enfers et les Champs-Elysées où séjournent les Héros défunts, les asphodèles abondent. Dans les siècles passés, en de nombreuses régions d'Europe, on en plantait autour des tombeaux car, disait-on, les morts aimaient cette plante et se nourrissaient de ses racines. (...) Elle produit l'abondance et assure l'immortalité de l'âme.

 

   On comprend que, pour combattre la pénurie et la mort caniculaires, les mazzeri corses, la nuit du 31 juillet, brandissent l'arme la plus efficace en ce domaine. 

 

un plant d'asphodèle

un plant d'asphodèle

 

 

LES MANDRACHE GUAGNAISES

   D'après Rocco MULTEDO, qui reprend des travaux de Dorothy CARRINGTON, les assemblées de mazzeri ont lieu de préférence le samedi. La bataille annuelle qui se déroule dans la nuit du 31 juillet s'appelle une mandraca. Elle voit s'affronter deux groupes masqués en animaux et formés en milizie avec chacune un capitaine élu. Les deux camps viennent de deux communautés voisines et s'affrontent sur le col qui sépare celles-ci. Après avoir poussé des "cris effrayants", ils se battent à coup de tiges d'asphodèles jusqu'à la fuite d'un groupe ou l'arrivée du jour. Les asphodèles et les bâtons utilisés finissent dans un grand feu.

 

   Notre canton étant quasiment enclavé dans la montagne, plusieurs mandrache se déroulent, ce qui laisse supposer que les batailles n'avaient pas toutes lieu la même nuit:

- Soccia contre Casamaccioli dans le Niolu

- Guagnu contre Vivario au col de Manganellu 

- Guagnu contre Venacu et Corti au col de Virdiola, près d'un ancien cimetière

 

   La plus importante était la confrontation entre Guagnu et Pastricciola, au col de Missicella, à 1.191 mètres d'altitude. Ce lieu, qui a longtemps permis aux bergers de passer de Sorru-in-Sù aux pièves de Cruzzini et Cinarca, est particulièrement stratégique pour les mazzeri.

 

Les légendes de chez nous (4/7): la nuit des mazzeri

 

 

   N'allez surtout pas à Missicella les 31 juillet et 1er août. De toute façon, évitez de sortir cette nuit-là. Des esprits forts peuvent dire que les mazzeri ont quasiment disparu et que les mandrache ne sont plus organisées. Mais peut-on en être certain? On murmure quelques noms d'initiés à Poggiolo, Soccia, Orto et Guagno.

 

Il vaut mieux être très prudent.      

                                                 

 

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Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
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Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

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Le mercredi jusqu'au 2 septembre:

Marché communal de Vico du mercredi de 8h à 13h place Padrona.

 

Jeudi 13 août:

Grand bal animé par Sirocko.

 

Dimanche 16 août après-midi.

Messe et procession de saint Roch, suivies par un apéritif convivial.

 

Lundi 17 août:

- Messe à la mémoire de Marie-Antoinette PRINCE-DEMARTINI à 10h30 église St Siméon.

- Messe à la mémoire de Christiane TRAMINI à 18h église St Siméon.

 

Mercredi 19 août:

Récital Diana di l'Alban Poggiolo.

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L'album de photos des Poggiolais:

Pour le commander, suivre le lien:

https://www.collectiondesphotographes.com/i-nostri-antichi-di-u-pighjolu-de-philippe-prince-demartini.html

 

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Votre ancêtre a participé à la guerre de 1914-1918?

Envoyez une photo de lui à l'adresse larouman@gmail.com

Elle pourra être publiée dans notre dossier des combattants poggiolais.

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