Il est banal de partir en excursion en passant par des chemins bien connus et empruntés par de nombreux promeneurs, comme pour le lac de Crena.
L'esprit d'aventure (ou d'imprudence?) se caractérise par le choix d'un but inédit et d'un itinéraire approximatif. Cet esprit souffla sur les jeunes en vacances à Poggiolo en été 1965.
Leur lieu de rendez-vous habituel était constitué, au croisement de la route et de la "stretta", par les deux marches de la maison Martini sur le bord de la chaussée. Là, se racontaient toutes sortes d'histoires délirantes, se reconstruisait le monde et se décidaient les prochaines activités.
Or, de cet endroit, en regardant vers le monument aux morts, on distinguait alors, dans l'axe approximatif du toit du bar "Le Belvédère", un chêne, sur la crête de la montagne de Soccia.
Image tirée de Google Street View
L'idée émergea que cet arbre, pour être si visible, devait être particulièrement élevé et que l'on devrait aller le voir de près. La décision fut prise de façon impromptue et l'expédition préparée en 48 heures pour aller à ce lieu appelé Canale.
En voici le récit écrit d'après Michel Franceschetti. Ce souvenir d'un événement d'il y a soixante ans est donc PARTIEL et PARTIAL. Il pourra être modifié éventuellement.
Le samedi 31 juillet 1965, se rassemblèrent treize audacieux: Rose-Marie BARTOLI (maintenant épouse CHABROLLE), Joël et Hervé CALDERONI, Paule FATTACIOLLI (maintenant épouse ALLARD), Jean-Pierre et Michel FRANCESCHETTI, Jacques-Antoine MARTINI, François OLIVA, François ORAZY, Hervé et Jean-Marc OULIÉ, Christian et Dominique PINELLI.
Ils avaient alors entre 15 et 20 ans, sauf Christian qui était le plus jeune. Michel partait pour sa première excursion sans son grand-père avec qui il était, entre autres, allé au lac de Ninu en 1963 (et dont il avait ramené sur ses jambes le plus grand coup de soleil de sa vie).
Le départ eut lieu à 3 h 30 du matin car la promenade risquait d'être longue et car il fallait éviter la chaleur, et le groupe n'avait pas de voiture. L'excursion commença à la lueur des lampes torches.
On commença par marcher sur la route goudronnée jusqu'aux premières maisons de Soccia d'où l'on descendit vers le ruisseau de Filiccioni (que les Socciais appellent "le fleuve"). Le sentier fut rapidement perdu, peut-être à cause de la semi-obscurité, mais le groupe parvint à un pont (1 sur la carte). Ce groupe ne comprenait que les plus rapides (Jacques-Antoine, Dominique, Jean-Marc, Christian et Michel). Les randonneurs s'étaient déjà fractionnés.
Pas la peine d'attendre les autres: après tout, il suffisait d'emprunter le sentier s'amorçant sur l'autre rive !
Malheureusement, le sentier, absolument pas balisé, fut vite perdu. Qu'importe: il fallait simplement monter puisque le fameux arbre était au sommet !
Mais la montée fut très pénible. Il fallait grimper de près de 400 mètres en peu de distance.
Vue depuis l'héliport: Soccia est à droite, son cimetière au milieu et le but à atteindre à gauche.
Après une petite halte pour se restaurer, Christian et Michel furent distancés et s'égarèrent. Près de la crête, ils furent longuement bloqués par un épais rideau d'arbustes difficile à contourner. Leurs réserves d'eau étant vidées, ils n'avaient plus qu'une gourde dans laquelle Christian avait apporté du vin venant de la vigne familiale (car on pratiquait alors la viticulture à Poggiolo): c'était un vinaigre particulièrement infect.
Ils parvinrent en haut (2 sur la carte), complètement assoiffés, vers 7 h 30, peu après les trois autres. Les huit retardataires lâchés avant le pont arrivèrent une heure plus tard. Ils étaient passés plus à droite et avaient affronté des pentes beaucoup plus raides. François OLIVA avait même été complètement coincé et s'était râpé le ventre en glissant sur un rocher. Jean-Pierre avait dû prendre sur son dos plusieurs sacs de copains trop épuisés.
Les lieux de l'excursion vus depuis depuis l'ancien restaurant "A Merendella".
Mais pas d'arbre géant sur le sommet.
Etait-ce la proximité de deux petits chênes qui avait fait croire à un seul? Peut-être les randonneurs s'étaient-ils trompés et se trouvaient-ils trop à l'écart? Sur le coup, ils n'en savaient rien.
Jean-Pierre se servit d'une grande branche comme mât auquel fut attachée une serviette pour montrer malgré tout que l'expédition avait réussi.
Après un bon repos, tous allèrent manger près d'une source, certainement Funtana Bono (1 sur la carte). Certains s'allongèrent sur des fougères coupées pour faire la sieste tandis que d'autres, dans une maisonnette, consommèrent force vin et eau-de-vie. Ils étaient très gais et bruyants en reprenant le chemin du retour.
Les "siesteurs" (Joël, François ORAZY, Paule, Hervé OULIÉ et Michel) démarrèrent beaucoup plus tard et prirent un autre chemin qui les conduisit à une passerelle (2 sur la carte) située plus en amont que le pont du matin. C'est d'ailleurs celle-ci qu'ils auraient dû emprunter à l'aller pour suivre le bon sentier. Ils descendirent la rivière jusqu'au pont du matin, pensant y trouver les autres.
Comme il faisait chaud et que la marche avait été fatigante, ils se baignèrent près du pont (3 sur la carte). Un seul ayant apporté son maillot de bain, ils se mirent à l'eau en jeans et torse nu, sauf Paule évidemment.
Hervé savonnant son pantalon avant de le rincer dans la rivière.
Quand les vêtements furent secs, les cinq grimpèrent la côte vers Soccia, longèrent le cimetière (4 sur la carte) et retrouvèrent la route départementale à la hauteur de la boulangerie (5 sur la carte) qui fonctionnait alors et dont le nom "Pane bianco" subsiste toujours.
Image tirée de Google Street View
Finalement, c'est auprès de la fontaine de Saint Marcel (6 sur la carte) que tous les marcheurs poggiolais purent se regrouper.
Il était plus de 17 h quand tous rentrèrent à Poggiolo, fatigués des efforts fournis, déçus de ne pas avoir trouvé l'arbre mais finalement très heureux d'une belle journée au grand air dans une bonne ambiance.
Deux jours après, on comprit que l'expédition n'avait pas atteint son but car elle était allée trop à gauche. L'arbre géant n'avait peut-être jamais existé!!!
En tout cas, cette sortie avait excité les désirs d'exercice et, une semaine plus tard, le 7 août, ils furent cette fois dix-huit à partir en montagne, vers le col de Bocca Soglia. Mais ils n'avaient pas retenu les leçons de la première excursion (ne pas se séparer et être attentif au tracé des sentiers), ce qui leur provoqua de nouvelles aventures.