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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 18:29

Suite de l'article "Les Poggiolais actifs".

   

Le grand nombre de Poggiolais habitant en TUNISIE est le fait qui frappe quand on examine la liste des adhérents du Syndicat d'Initiative de Poggiolo en 1924 et des années suivantes (voir articles des 15 et 21 juin).

SI carnet

  

   A cette époque, nombreux étaient les insulaires qui, chassés de leurs villages par la misère, servaient dans les colonies. Charles CASTELLANI écrit, dans "Le mépris des urnes":

   "On estime qu'en 1934 l'administration coloniale comprenait 20% de Corses, jusqu'à 50% dans certains territoires, et que 22% étaient présents dans l'armée coloniale." 

 

    Mais l'originalité des Sorrinesi (les Corses originaires des DEUX SORRÙ) est leur concentration en TUNISIE où ils avaient formé un véritable empire sahélien.

 

      Le carnet des cotisations révèle que 10 membres du Syndicat d'Initiative (18,87% du total des adhérents ou 55,55% de ceux vivant dans les colonies) travaillaient en Tunisie dans l'administration: 5 dans l'enseignement (Martin DEMARTINI, Charles, Dominique et Jean DESANTI, Julie LAMON et Dominique NIVAGGIOLI), 3 dans la police (César et Noël ANTONINI et Jean-Baptiste DESANTI), 1 dans les PTT  (Charles COLONNA) et 1 à la Direction de l'Agriculture (Thimaute COLOMBANI).

   Mais cette liste est trop incomplète pour connaître l'importance réelle de cet empire sahélien.

 

GALLINI avant guerre: l'implantation de l'empire

     Les Corses ont été nombreux en Tunisie dès avant le début du protectorat français. Mais leur nombre, et surtout celui des Sorrinesi, augmenta rapidement grâce à un compatriote qui était décédé un an avant la création du Syndicat d'Initiative: Jean François GALLINI.

 gallini jean francois0492r3

 

    Né à AJACCIO en 1860, d'une mère POZZO di BORGO, Jean François GALLINI, après ses études secondaires dans sa ville natale, va faire son droit à MONTPELLIER tout en y accomplissant le service militaire. De retour à AJACCIO en 1885, il s'inscrivit au barreau.

    Dans le même temps, il faisait son apprentissage politique comme rédacteur en chef du "Journal de la Corse", le vieil organe républicain de l'île, et comme élu du canton de SALICE au conseil d'arrondissement d'AJACCIO (1886-1888).

    Puis, dès 1888, GALLINI quitta la Corse pour SOUSSE, dans le Sahel tunisien, où l'on créait un tribunal de première instance. C'est là que désormais sera sa vie. Il y épousa en 1889 Virginie BALZAN.

    Devenu avocat-défenseur depuis 1894, il fut nommé vice-président de la municipalité de SOUSSE, et accomplit dans sa petite patrie d'adoption des travaux considérables.

    Il représenta la circonscription de SOUSSE-KAIROUAN (3e collège) à la Conférence consultative de la Régence. Elu en mai 1896, il fut réélu en 1900, 1905, 1912 et 1920. Il fut secrétaire de cette assemblée en 1906 et 1909.

    Comme l'écrivit "La Dépêche tunisienne" du 10 juin 1929, il était un "bon serviteur à la chose publique qui, jusqu'à sa dernière minute, se dévoua pour elle et pour sa chère cité, dont il était si fier, qu'il voulait toujours plus belle, en un mot en faire non plus seulement la perle du Sahel, mais la perle de toute la Tunisie."

    Mais la Corse lui restait également très chère et il y continua une importante carrière politique.

    Ses compatriotes l'élirent, en 1909, conseiller général du canton de VICO. Il fut membre du Parti Républicain Démocratique et Social (PRDS) que fonda Adolphe LANDRY en 1919.

    La distance entre ses deux bastions électoraux ne semblait troubler personne.

   Il est vrai que, en même temps, le canton de SOCCIA était représenté au conseil général par Antoine LECA, alternativement consul à Palerme, Naples et Cagliari !!!

    Ses fonctions lui permettaient ainsi d'être tout naturellement un "Grand pourvoyeur de places" dans la Régence, ainsi que l'indique CASTELLANI (dans "Le mépris des urnes"). Beaucoup de Corses obtinrent ainsi des postes grâce à celui qui fut surnommé "l'Empereur du Sahel".

 

GALLINI empereur Sahel 1922   (caricature de "l'empereur du Sahel" en 1922)

 

Entre les deux guerres mondiales: l'apogée de l'empire

  Les Sorrinesi purent s'installer en nombre dans ce territoire. Dans le "Dictionnaire illustré de la Tunisie" publié par Paul LAMBERT en 1915, 64 personnages sont mentionnés comme nés en Corse, dont 7 dans les Deux Sorru:

  Nés à SOCCIA:

   - Joseph DEFRANCHI, directeur d'école et receveur des Postes et Télégraphes

    - Octave OTTAVY, entrepreneur de travaux publics

    - O. RUTILY, entrepreneur et directeur de journal

  Né à ORTO:

    - Jean PAOLI, avocat, capitaine de réserve et conférencier.

  Nés à VICO:

    - Philippe-Toussaint ANDREANI, collecteur aux Contributions diverses.

    - Bernard VERSINI, huissier

    - Jean François GALLINI

    On peut ajouter GIANNESINI François, né en 1878 à VICO, en Tunisie depuis 1895, directeur d’école et président de la Coopérative oléicole de Ghardimaou. (Source : Arrouas : "Le Livre d’or de la présence française"). Aucun Poggiolais n'est cité mais plusieurs s'installèrent entre les deux guerres  mondiales, comme le prouve la liste des adhérents du SI.

    Le zénith de "l'Empereur du Sahel" se place immédiatement après la première guerre mondiale, toujours sur ses deux espaces géographiques.

    - Dans la Régence, il était administrateur de "La Dépêche tunisienne", journal qui avait à l'époque le quasi-monopole sur la presse quotidienne en français de Tunisie.

    - En Corse, en janvier 1920, il devint vice-président du Conseil général.

    Trois mois après, les délégués corses l'élirent sénateur. Le 11 avril 1920, il obtint 417 voix contre 346 à son concurrent, TUTTI-FERRANDI, sur 794 inscrits, 780 votants et 772 suffrages exprimés. Il remplaçait ainsi le sénateur GAVINI qui, élu député de la Corse, avait démissionné le 7 janvier précédent.

    Au renouvellement du 9 janvier 1921, Jean François GALLINI ne retrouva son siège qu'après une lutte passionnée. Il eut pour collègues de département SARI élu au premier tour, et Paul DOUMER, élu comme lui, mais devant lui, au deuxième tour (DOUMER 414 voix, GALLINI 400 voix). DOUMER était sénateur de Corse depuis 1912 et le resta jusqu'à son élection à la présidence de la République  en 1931. Avec 398 voix seulement, le parfumeur François COTY était battu (voir ICI).

    Cependant, GALLINI venait d'obtenir, le 11 décembre 1922, sa consécration de Français de Tunisie. Elu en novembre membre du Grand Conseil - qui remplaçait la Conférence administrative - par la région de SOUSSE-KAIROUAN-THALA, il fut, bien que la maladie le tienne éloigné des travaux de l'assemblée, porté, à l'unanimité, à la plus haute fonction élective de Tunisie : celle de vice-président du Grand Conseil.

    Jean François GALLINI mourut le 20 avril 1923. "Aussi ses obsèques, tant à Tunis où l'on vit l'archevêque de Carthage, le maréchal Franchet d'Esperey et le général Robillot, qu'à Sousse où accourut la foule émue de ses administrés, sont-elles particulièrement imposantes."  («Dictionnaire des Parlementaires français», Jean Jolly)

    Le conseil municipal fit construire un mausolée, et une souscription qui obtint un grand succès permit d'ériger une statue qui fut inaugurée en juin 1929.

Gallini monument

    Il était officier de la Légion d'honneur, grand-officier du Nicham-Iftikhar et commandeur de la Couronne d'Italie.

    Son fils Charles fut nommé en 1934 vice-président de la municipalité de SOUSSE mais mourut rapidement et fut remplacé par Séraphin ZEVACO. Dans le Grand Conseil, siégeaient aussi son beau-frère, le colonel FELICI, et l'avocat Jean-Luc GALLINI.
    Né à Vico en 1902, Jean-Luc GALLINI avait fait ses débuts journalistiques dans "La Dépêche Tunisienne". Il devint président de la Fédération des Groupements Corses de Tunis. Fondateur du journal "La Corse Nord-Africaine", hebdomadaire en langue française et en langue corse, en 1925, il décéda en février 1936.

    Le frère de Jean François était receveur des PTT en Tunisie.

  Un boulevard de SOUSSE, entre la gare et le port, eut le nom de "Sénateur François GALLINI". Il s'appelle maintenant "avenue Muhammad MAAROUT".

 

Sousse plan

(plan de SOUSSE en 1937)

 

    Le texte publié par Emile RIPERT (dans "La Corse touristique", mai 1931) pour les 50 ans du traité du Bardo (qui institua le protectorat français sur la TUNISIE) s'applique bien à GALLINI et à tous les Sorrinesi:

    "A côté de ces Provençaux, les Corses ont constitué l'armature la plus ferme, officiers, douaniers, professeurs, instituteurs, employés, tous gardent au fond du cœur le souvenir de l'île enchantée, où l'été des navires directs les rapatrient de Tunis vers Ajaccio, tous, fidèles à leur passé, à leur pays, à leur famille, attendant l'heure du retour définitif, ou bien résignés à devenir aussi des Nord-Africains, et retrouvant, d'ailleurs, en Tunisie, comme en Algérie, toute une parenté qui leur refait une patrie."

 

Après-guerre: l'héritage maintenu

   Les positions de GALLINI en Corse s'effacèrent vite. En 1921, son élection de conseiller général de VICO fut annulée pour fraude électorale. Le 8 juillet 1923, François COTY fut élu sénateur à sa place. (voir ICI). Mais, en TUNISIE, l'empire des Sorrinesi survécut jusqu'à l'indépendance.

    Trois faits passés en 1949 le montrent très bien:

    1 - Cette année-là, Marie et Jean-Martin FRANCESCHETTI, de POGGIOLO, firent leur voyage de noces dans les propriétés de leurs cousins POLI, de GUAGNO, à SFAX.

    2 - 1949 fut l'année du mariage de Gisèle PAOLI, de SOCCIA, avec Georges VECCHIONACCE, à l'église St Joseph de TUNIS.

    3- Un film des Actualités Françaises, diffusé par l'INA, montre la visite, en novembre 1949, du résident général Jean MONS à SOUSSE, complètement reconstruite et modernisée après les ravages des combats d'avril 1943 entre Allemands et Alliés. A cette occasion,  MONS décora de la légion d'Honneur Maître ZEVACO.

    Séraphin ZEVACO (1893-1969) était originaire de VICO. Avocat, membre du Grand Conseil de Tunisie, rapporteur général du Budget de Tunisie, Vice-Président délégué de la municipalité de SOUSSE (de 1935 à 1956), il fut l'élève et le continuateur de "l'Empereur du Sahel".

   Cliquez sur la photo pour voir le reportage.

Gallini: Zevaco légion d'honneur

   Mais ce furent les derniers feux. L'empire sahélien des Sorrinesi disparut avec l'accession de la Tunisie à l'indépendance en 1956.

 

    Des Sorrinesi se souviennent-ils que leurs familles participèrent à l'histoire de cette enclave coloniale très particulière? Certains n'auraient-ils pas dans leur maison quelques objets de style oriental venant de là-bas?

 

P.S.: il est à signaler que Séraphin ZEVACO était le père de Mgr Pierre ZEVACO qui fut évêque à MADAGASCAR et qui passe ses vacances d'été dans la cité vicolaise.

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commentaires

Aime Dé 07/05/2014 12:03

Article très intéressant.
Effectivement,Octave Rutily (entrepreneur)et ses parents François-Marie Rutily(Entrepreneur) et son épouse Marie-Françoise Ottavj on du partir en Tunisie entre 1880 et 1890 puisqu'en 1895 ils demeuraient et étaient tous domiciliés à Tunis.

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