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21 novembre 2022 1 21 /11 /novembre /2022 18:02

 

En souvenir des travaux qu'il fit effectuer, Napoléon III garde une certaine popularité à Marseille comme en Corse.

 

Dans le livre qu'il vient de faire paraître sur "Le site du Centre Bourse" (c'est-à-dire la zone délimitée par la Canebière, le Cours Belsunce, la rue Colbert et la rue de la République), le Comité du Vieux Marseille rappelle que l'empereur fit détruire des vieux quartiers pour leur donner une allure "haussmannienne" comme à Paris. La rue Impériale (devenue rue de la République) en fut la vitrine, à tel point qu'un mythe s'est imposé avec une force aussi grande que celui qui persiste à Guagno-les-Bains.

 

Michel FRANCESCHETTI démonte cette légende dans ce livre en faisant un parallèle avec Poggiolo. Lisez l'article.

 

Le mythe de l’inauguration de la rue Impériale

 

Michel Franceschetti

Notre ville a inspiré de nombreuses « histoires marseillaises » dont les exagérations ont fait rire plusieurs générations. Mais il en est une qui est tellement énorme qu’elle est devenue une vérité quasi-incontestable.

Cette « histoire » est celle de l’inauguration de la rue Impériale par l’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie. Une plaque apposée le 30 mai 1964 sur un immeuble de la place Sadi Carnot par le Comité d’Intérêts du Quartier République-Colbert l’affirme : « en commémoration du centenaire de la rue de la République inaugurée par Napoléon III le 15 août 1864 ».

 

Plaque actuelle. Photo Michel Franceschetti.

Plaque actuelle. Photo Michel Franceschetti.

 

Or, l’empereur, s’il est bien venu cinq fois à Marseille durant son règne, se trouvait ce jour-là à Paris pour la saint Napoléon, fête officielle du régime, qui tombait le jour de l’Assomption.

La lecture du Moniteur Universel, journal officiel de l’Empire, du 16 août 1864, permet d’apprendre, en première page, que le couple impérial était au château des Tuileries en début de journée. Il y reçut le 15, à partir de onze heures et demie du matin, les hommages des grands personnages de la famille Bonaparte et des dignitaires de l’État, avant d’assister à une messe à partir de midi.

Un autre article, sur la même page, décrit l’arrivée, à neuf heures du soir, toujours le 15, au palais de Saint-Cloud, du train du roi d’Espagne et sa réception par Napoléon et Eugénie.

Leur présence à Marseille était donc impossible.

Extrait du "Moniteur universel" du 16 août 1864.

Extrait du "Moniteur universel" du 16 août 1864.

L’inauguration de la rue Impériale eut bien lieu le 15 août 1864 mais à l’initiative du conseil municipal et d’Émile de Maupas, sénateur chargé de l’administration du département et équivalent à Marseille du baron Haussmann. La préparation de la cérémonie fut affectée par le décès subit du maire Balthazar Rouvière le 27 juin. L’inauguration revint donc à son successeur, Théodore Bernex. L’aménagement de la nouvelle artère étant alors loin d’être terminé, il ne paraît donc pas logique que l’empereur soit venu pour inaugurer une œuvre inachevée.

Napoléon III n’était pas non plus présent à la consécration de la basilique Notre-Dame de la Garde, le 5 juin 1864.

Il vint bien à Marseille cette année-là, le 30 octobre pour une seule journée. Il s’entretint avec Maupas et alla visiter les travaux de la Joliette en passant par ceux de la rue Impériale qui n’était pas encore terminée.

Les deux dates, 15 août et 30 octobre, ont-elles ensuite été confondues dans l’esprit de certains Marseillais ? Peut-être mais le plus désolant est la paresse d’esprit de nombreux écrivains et d’animateurs de sites internet qui recopient inlassablement ce mythe sans vérifier leurs sources.

Loin de Marseille, la station thermale de Guagno-les-Bains, commune de Poggiolo, dans l’intérieur de la Corse-du-Sud, connaît une légende similaire. Une plaque officielle, reprise par tous les sites touristiques et historiques, prétend que Napoléon III et Eugénie « y prirent les eaux », alors que, dans leur voyage de 1860, ils ne s’aventurèrent pas hors d’Ajaccio.

Il paraît que l’on ne prête qu’aux riches. En voilà au moins deux preuves supplémentaires : Napoléon III, malgré le désastre final de son règne, garde une riche popularité.

 

 

Aussi bien à Marseille qu'à Guagno-les-Bains, les plaques commémoratives sont à revoir.

 

Photos Michel Franceschetti.
Photos Michel Franceschetti.

Photos Michel Franceschetti.

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30 juillet 2022 6 30 /07 /juillet /2022 18:00

 

Pendant longtemps, dans toute la Corse, la nuit du 31 juillet au 1er août était redoutée car elle était la nuit des mandrache pendant laquelle s'affrontaient les mazzeri. La pieve de Sorru-in-Sù était directement concernée par ces événements. 

 

Les textes ci-dessous donnent une explication sur le sens de cette date. Les trois premières parties sont tirées du très utile "Almanach de la mémoire et des coutumes de la Corse" écrit par Claire TIÉVANT et Lucie DESIDERI (Albin Michel, 1986). La quatrième partie, consacrée à cette nuit dans notre canton, est inspirée de "Le mazzérisme: un chamanisme corse" de Roccu MULTEDO (Editions L'Originel, 1994). 

 

Précision préalable: Les mazzeri sont des humains ayant une vie sociale et personnelle mais qui sont considérés par le village comme des êtres surnaturels liant l'au-delà au monde des vivants. Dans la vie courante, les mazzeri sont des êtres pacifiques. On les reconnait à leur regard: ils ne vous regardent pas, mais regardent à travers vous.​ Ils sont capables de dire quels seront les prochains morts de la communauté.

 

 

Photo Klape

Photo Klape

 

 

LE MOMENT DE LA CANICULE ET DES MAZZERI

   "Consécutive au solstice d'été (la Saint-Jean), la canicule marque l'entrée du soleil dans la constellation du Lion (i sulleoni). C'est une période redoutable, porteuse de menaces mortelles pour les animaux, les hommes, les cultures. La nature tout entière est comme embrasée. Tout risque de brûler ou de sécher. Les incendies se déchaînent et, attisés par les vents, se répandent jusqu'à prendre des proportions terrifiantes. La canicule qui tue toute vie est à l'image même des morts, êtres desséchés, affamés, assoiffés, noirs. Cette période, néfaste et dangereuse entre toutes, entame son déclin à la fin du mois de juillet, lorsqu'on entre dans les Calendes d'août. C'est pourquoi cette date est en Corse une date rituelle, et la nuit qui fait passer de juillet à août est investie par des pratiques magico-religieuses destinées à éloigner ce fléau mortel.

 

   Dans de nombreux villages, notamment dans le Centre et le Sud, on allume un feu devant le seuil de la maison. Ce feu est appelé focu di i mazzeri (feu des mazzeri). On pose aussi, sur les fenêtres, des ustensiles remplis d'eau. Car, comme à d'autres dates, cette nuit-là, les morts se rapprochent des vivants. Leur présence est redoutée et on s'en protégera de plusieurs manières. (...)"

 

 

 

LA FÊTE DES MORTS ESTIVALE

   "Dans la liturgie, le 1er août est la fête de Saint Pierre-aux-Liens. Cette fête religieuse est venue se superposer à celle qui, à une époque lointaine, était celle des Macchabées. Le 1er août est donc une fête des morts. Elle est symétrique de celle du 1er novembre; elle en est le doublet estival.

   C'est dans ce contexte de mort que prennent place les batailles des mazzeri (...).

   La nuit du 31 juillet s'engage une bataille contre la mort et la mortalité. Les mazzeri d'un village se regroupent, montent sur le col, ou se rendent à la limite qui sépare leur territoire du territoire voisin, et là, se battent contre les mazzeri de la communauté limitrophe. Les armes qu'ils utilisent dans ces combats sont des tiges d'asphodèle. (...)

   L'enjeu de ces guerres végétales est d'importance." (...) 

   Dans les villages des vainqueurs, la mortalité de l'année sera faible, et forte chez les vaincus.

 

Photo de Joan Fontcuberta.

 

 

L'ASPHODÈLE, LA REINE DES BATAILLES

   L'asphodèle, appelé en Corse taravucciu, arbucciu. taravellu, luminellu, etc..., est une plante bien connue dans les mythologies végétales, depuis l'antiquité grecque. C'est la plante des morts. Elle «pousse dans le royaume des Ombres ». Dans les Enfers et les Champs-Elysées où séjournent les Héros défunts, les asphodèles abondent. Dans les siècles passés, en de nombreuses régions d'Europe, on en plantait autour des tombeaux car, disait-on, les morts aimaient cette plante et se nourrissaient de ses racines. (...) Elle produit l'abondance et assure l'immortalité de l'âme.

 

   On comprend que, pour combattre la pénurie et la mort caniculaires, les mazzeri corses, la nuit du 31 juillet, brandissent l'arme la plus efficace en ce domaine. 

 

un plant d'asphodèle

un plant d'asphodèle

 

 

LES MANDRACHE GUAGNAISES

   D'après Rocco MULTEDO, qui reprend des travaux de Dorothy CARRINGTON, les assemblées de mazzeri ont lieu de préférence le samedi. La bataille annuelle qui se déroule dans la nuit du 31 juillet s'appelle une mandraca. Elle voit s'affronter deux groupes masqués en animaux et formés en milizie avec chacune un capitaine élu. Les deux camps viennent de deux communautés voisines et s'affrontent sur le col qui sépare celles-ci. Après avoir poussé des "cris effrayants", ils se battent à coup de tiges d'asphodèles jusqu'à la fuite d'un groupe ou l'arrivée du jour. Les asphodèles et les bâtons utilisés finissent dans un grand feu.

 

   Notre canton étant quasiment enclavé dans la montagne, plusieurs mandrache se déroulent, ce qui laisse supposer que les batailles n'avaient pas toutes lieu la même nuit:

- Soccia contre Casamaccioli dans le Niolu

- Guagnu contre Vivario au col de Manganellu 

- Guagnu contre Venacu et Corti au col de Virdiola, près d'un ancien cimetière

 

   La plus importante était la confrontation entre Guagnu et Pastricciola, au col de Missicella, à 1.191 mètres d'altitude. Ce lieu, qui a longtemps permis aux bergers de passer de Sorru-in-Sù aux pièves de Cruzzini et Cinarca, est particulièrement stratégique pour les mazzeri.

 

Les légendes de chez nous (4/7): la nuit des mazzeri

 

 

   N'allez surtout pas à Missicella les 31 juillet et 1er août. De toute façon, évitez de sortir cette nuit-là. Des esprits forts peuvent dire que les mazzeri ont quasiment disparu et que les mandrache ne sont plus organisées. Mais peut-on en être certain? On murmure quelques noms d'initiés à Poggiolo, Soccia, Orto et Guagno.

 

Il vaut mieux être très prudent.      

                                                 

 

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7 août 2021 6 07 /08 /août /2021 18:00

 

Les marcheurs connaissent bien Camputile par lequel ils passent pour joindre les lacs de Crena et de Ninu.

 

Le plateau de Camputile a été présenté dans un article précédent pour avoir été le lieu d'un fait historique: une bataille entre Naziunali corses et Grecs pro-Génois en 1734 (voir l'article Les chaussures perdues des Grecs).

 

Il est également présent dans la Légende. Depuis de nombreuses générations, se transmet un récit se passant sur cet endroit proche du lac de Ninu et expliquant la particularité du Capo Tafunatu, montagne située à plusieurs kilomètres de Camputile.

 

Plateau de Campanile en juillet 1973 (photo Michel Franceschetti).

Plateau de Campanile en juillet 1973 (photo Michel Franceschetti).

 

 

Sur le site u-niolu.skyrock.com, est donnée l'explication suivante:

Le Tafunatu percé d'un énorme trou de 35 m de large et 10 de haut, véritable énigme géologique. Sa roche verte contraste avec les teintes orangées du levant et c'est un régal pour les yeux lorsque les nuages qui le traversent fond croire à la présence d'un volcan en activitéé.
Le trou aurait été fait, selon une légende, par la percussion du soc de la charrue du diable. En effet, Satan, pour faire opposition à St Martin, s'était forgé une charrue à toute épreuve et creusait avec des chaussées larges comme des vallées. St Martin reprocha alors au diable de ne pas savoir tracer un sillon droit. Humilié et énervé, le Diable jeta le soc vers la mer de toute ses forces et le soc rencontra l'échine du Tafunatu sur sa trajectoire. Les boeufs de la charrue furent eux pétrifiés sur place par St Martin et une fois de plus, le Bien triompha du Mal...

 

photo extraite du site https://www.camptocamp.org/

photo extraite du site https://www.camptocamp.org/

 

Il existe plusieurs versions de cette légende mais elles ne se passent pas toutes entièrement à Camputile; elles ont toutes comme protagonistes le Diable et Saint Martin, et le trou dans la montagne s'explique par le lancer d'un outil du Diable. Selon les cas, l'objet est une charrue ou un marteau.

 

L'œil du Diable (site Wild Corsica)

L'œil du Diable (site Wild Corsica)

 

 La version reproduite ici est extraite de l'article de Georges RAVIS-GIORDANI et intitulé "Organisation sociale et représentations fantasmatiques du travail et des conflits dans le cadre de la transhumance corse", paru dans "Mélanges de l'école française de Rome" en 1988.

 

 

Je voudrais pour cela comparer et analyser trois récits mythiques dont deux sont très connus dans l'île, et se présentent sous plusieurs versions. Je les résume rapidement : le premier est une légende qui vise à rendre compte d'une curiosité naturelle, une montagne trouée de part en part par un tunnel de 100 à 150 m de diamètre, u Capu Tafunatu; elle met en scène saint Martin et le Diable. Dans la version la plus longue que je connaisse, celle que Chanal a recueilli dans son voyage en Corse, en 1889, elle se subdivise en 4 temps : 

 

1er temps : le Diable est berger salarié chez saint Martin, éleveur niolin; il passe contrat avec lui, et d'après les termes du contrat, «per mezzu», il convainc saint Martin de partager le troupeau en mettant d'un côté les bêtes cornues qui iront à saint Martin, et de l'autre les bêtes non cornues («motine») qui iront au Diable. Or la plupart des bêtes étaient «motine»; quand saint Martin s'en aperçoit il est trop tard, il a déjà consenti aux termes du contrat. Mais dans la nuit Dieu fait pousser des cornes à presque toutes les bêtes du troupeau et le Diable ne reçoit qu'une paire de bœufs.

 

2e temps : le Diable, pour se venger de saint Martin, se fait laboureur, sur les hauteurs du Camputile, près du lac de Ninu, qui passe pour être l'ancienne cheminée de la forge du Diable, et il tente les Niolins en leur faisant miroiter les bienfaits du pain de froment. Il essaie de les détourner de la consommation de la pulenta de farine de châtaignes, mais saint Martin pétrifie ses bœufs, et ruine aussi le projet du Diable. 

 

3e temps : le Diable tente alors de séduire les Niolins en leur proposant de rompre leur isolement hivernal ; pour cela il leur propose de remplacer la mauvaise passerelle qui permettait l'hiver de franchir le Golo par un solide pont. Saint Martin réussit à persuader les Niolins d'exiger que ce pont soit construit en une nuit. Le Diable y parvient presque, mais le coq, réveillé par saint Martin chante avant que le pont ne soit terminé et les Niolins gardent le pont, sans perdre leur âme. 

 

4e temps : de rage le Diable remonte au lac de Ninu et, avant de s'y précipiter, jette son marteau à travers les airs ; celui-ci traverse la montagne dite depuis Capu Tufunatu et va s'enfoncer dans la «plage» de Galeria, où il servira pendant de nombreux siècles de bitte d'amarrage pour les navires barbaresques qui viendront ravager les côtes. Après la défaite des Sarrasins, le sable a recouvert le marteau, et le maquis a repoussé par dessus. 

 

 

Le Diable et St Martin (couverture de "Contes et légendes de Corse", édition 1953)

Le Diable et St Martin (couverture de "Contes et légendes de Corse", édition 1953)

Georges RAVIS-GIORDANI termine son article par l'analyse suivante:

"La victoire du saint Berger sur le Diable laboureur aboutit à l'ouverture symbolique de la route de transhumance (qui passe au pied du Capu Tafunatu); cette victoire s'inscrit bien entendu sur le fond de la lutte plus générale du Bien contre le Mal, des chrétiens contre les infidèles. La transhumance y apparaît comme un enjeu dérivé puisque les enjeux principaux sont tour à tour l'acquisition de la maîtrise du feu, de l'agriculture et des communications avec l'extérieur. D'autre part, cette victoire n'est pas sans contrepartie puisqu'elle expose les bergers transhumant aux incursions barbaresques."

Avec deux autres légendes citées dans cette étude, "ces trois récits mythiques nous disent, me semble-t-il, une même chose: la transhumance n'est pas une pratique naturelle, mais c'est néanmoins une exigence culturelle que seul un exploit miraculeux ou héroïque permet d'accomplir. En même temps, elle apparaît liée au renversement des valeurs, à la victoire des plus faibles, la femme, le berger, le paysan humilié comme si elle était - et je crois qu'elle l'est - dans le système pastoral du moment, ou un des moments, où les rapports des hommes entre eux et des hommes avec la nature pouvaient s'inverser."

 

Les 17 pages de l'article complet peuvent être consultées à l'adresse:  https://www.persee.fr/doc/mefr_0223-5110_1988_num_100_2_2989

 

Troupeau en transhumance à Guagno-les-Bains dans les années 1960 (photo Maryse Moretti)

Troupeau en transhumance à Guagno-les-Bains dans les années 1960 (photo Maryse Moretti)

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 18:00
Ninu et Camputilu vus par Paul et Karine

 

Dans la nouvelle série de "Fora di strada", la série documentaire de France 3 - Via Stella, votre blog vous propose de regarder deux vidéos de lieux proches de notre petite région: 

 

- Sur les berges du lac de Ninu (diffusé le 23 mars 2021)

 

- Le monde féérique de Camputilu (diffusé le 29 mars 2021)

 

Ninu et Camputilu vus par Paul et Karine

 

L'ensemble des émissions se trouve à l'adresse:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/emissions/fora-di-strada

 

 

Camputilu:

 

 

 

Ninu:

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 18:00

 

"La Corse n'est pas pour moi un département comme un autre, c'est ma famille !"

 

Voici exactement 160 ans que, le 14 septembre 1860, Napoléon III prononça cette phrase à Ajaccio, déchaînant l'enthousiasme des milliers de Corses (peut-être 30.000) qui étaient venus le voir et l'acclamer.

 

L'empereur ne vint, avec son épouse Eugénie, qu'une seule fois en Corse, et simplement pour 24 heures, les 14 et 15 septembre 1860. Mais ce voyage est le point de départ d'une légende toujours très forte. Napoléon III et l'impératrice auraient "pris les eaux" à Guagno-les-Bains.

 

La plaque fixée sur  la façade de l'établissement thermal s'en glorifie.

 

Une légende commençait il y a 160 ans

 

Jean-Pierre GIROLAMI, dans un article paru dans "Corse-Hebdo" le 17 février 2012, donne le programme exact de cette visite sur l'île. Il peut être consulté à l'adresse: https://www.corsematin.com/articles/quand-ajaccio-accueillait-napoleon-iii-24916

 

 

Les renseignements qui y sont donnés, et qui sont corroborés par le livre de Paul SILVANI "La Corse des Présidents" (éditions Albiana), montrent qu'il était matériellement impossible pour le couple impérial de se rendre dans les Deux Sorru. Il ne visita qu'Aspretto et Ajaccio.


 

Napoléon et Eugénie embarquant à Marseille pour la Corse.

Napoléon et Eugénie embarquant à Marseille pour la Corse.

 

Neuf ans plus tard, à l'occasion des cérémonies du centenaire de la naissance de Napoléon Ier, Eugénie de Montijo revint, avec son fils mais sans son mari. "Corse-Hebdo" du 24 février 2012 (non mis en ligne) a donné le compte-rendu de cette visite. L'impératrice débarqua à Bastia pour une journée, puis elle reprit le bateau pour aller le 29 août 1869 à Ajaccio où elle resta une journée avant de revenir sur le continent. Donc, là également, pas de passage possible à Guagno-les-Bains.

 

 

Mais la légende avait commencé et elle persiste de nos jours.

 

 

L'inscription de la plaque est à revoir totalement, d'autant plus que d'autres personnalités corses sont réellement venues profiter des bienfaits de l'eau sulfureuse de Guagno-les-Bains: Sampiero, Pascal PAOLI, Letizia et son fils Napoléon BONAPARTE.

 

Une légende commençait il y a 160 ans
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23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 17:41

 

Avez-vous déjà entendu parler du seigneur de Sorro?

L'histoire de ses relations avec les habitants de Guagno permet pourtant de comprendre la situation actuelle de Guagno-les-Bains.

Elle a été contée dans le quotidien "Le Petit Marseillais" du 1er juin 1923 par un nommé CIPRIANI dont le prénom n'est pas donné dans l'article.

 

Petrù et le seigneur de Sorru
Petrù et le seigneur de Sorru

 

Dans le cadre d'une série sur "les centres d'excursion corses", ce texte décrit "l'état lamentable" de l'établissement thermal. Mais l'essentiel est d'expliquer pourquoi Guagno-Village "possède des biens communaux d'une étendue de plus de 200 hectares sur le territoire de la commune" de Poggiolo. L'origine serait à remonter jusqu'au XIe siècle, c'est-à-dire à peu près l'époque de la construction de l'église Sant'Anarilla aux Trois Chemins (voir ici).

 

La population guagnaise se serait révoltée contre les abus du comte, seigneur de Sorru, et aurait obtenu la gestion des terres situées "entre la rivière de Grosso et la crête méridionale où se trouvent la forêt et la source d'eaux thermales". Ces terrains restent toujours à Guagno sauf la source et ses environs qui appartiennent au département.

 

Col de Sorru vu de Soccia (copie d'écran du reportage de D'Umani sur les Deux Sorru).

Col de Sorru vu de Soccia (copie d'écran du reportage de D'Umani sur les Deux Sorru).

 

Un point de l'accord est à retenir: le seigneur s'engageait à "ne plus s'aventurer au-delà du ravin Rivo-Secco". Or, la rivière de Rioseccu, à mi-chemin des deux villages, marque la limite administrative entre les communes de Poggiolo et de Murzo depuis le décret de Louis-Napoléon attribuant Guagno-les-Bains aux Poggiolais. Le col de Sorru n'est pas du tout poggiolais.

 

Le seigneur avait-il voulu garder entièrement le col pour continuer à contrôler la pieve?

 

Pont de Rioseccu, limite entre Poggiolo et Murzo, vu dans le sens de la descente (photo Google).

Pont de Rioseccu, limite entre Poggiolo et Murzo, vu dans le sens de la descente (photo Google).

Pont de Rioseccu vu dans le sens de la montée (photo Michel Franceschetti, 23 juillet 2009).

Pont de Rioseccu vu dans le sens de la montée (photo Michel Franceschetti, 23 juillet 2009).

 

Qui était ce seigneur? Etait-il un membre de la famille qui s'était établie au château de la Catena, près de Letia? (voir l'article ici).

 

Si cette histoire n'est pas une légende, il faut retenir le nom de Petrù, le chef des Guagnais révoltés. Il serait certainement le premier des habitants de Sorru in sù dont nous aurions l'identité. 

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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 17:57
Napoléon III et Guagno-les-Bains: légendes et réalité

A Bastia, on peut voir jusqu'à fin décembre une exposition sur "Napoléon III et la Corse".

 

Ce thème a été celui de la conférence de Jean DAL COLLETTO, président de la Fédération des groupements corses de Marseille et des Bouches-du-Rhône, à la Maison de la Corse de Marseille jeudi 24 octobre.

 

L'orateur s'est particulièrement attaché à décrire l'entourage corse de l'empereur, notamment Tito Franceschini Pietri dont l'importance a été racontée par Sampiero Sanguinetti dans un excellent livre.

 

Passant ensuite aux réalisations, Jean DAL COLLETTO a évoqué le renouveau du thermalisme et l'a illustré avec cette carte postale des Bains de Guagno datant de la fin du XIXe siècle.

 

Napoléon III et Guagno-les-Bains: légendes et réalité

 

Il a insisté sur le style architectural typique du Second Empire. En fait, l'établissement en forme de U dont on voit ici les deux bouts a été construit à partir de 1845, sous le règne de Louis-Philippe. Il fut achevé en 1856, sous Napoléon III. En tout cas, il est vrai que la majorité des bâtiments publics corses date de l'époque du neveu de Napoléon Ier.

 

Dans la discussion qui suivit l'exposé, l'animateur du Blog des Poggiolais, présent à cette conférence, rappela que le territoire des Bains de Guagno fut attribué à la commune de Poggiolo par le décret du Prince-Président Louis-Napoléon BONAPARTE (qui n'était pas encore empereur) en date du 19 septembre 1852 (voir l'article "Poggiolo n'existe pas").

décret des 19 septembre 1852

décret des 19 septembre 1852

Il signala également que la venue de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie à Guagno-les-Bains pour suivre une cure est une légende toujours présente dans de nombreux guides touristiques (voir l'article "Napoléon Ier à Guagno-les-Bains et pas Napoléon III"). 

 

Un grand merci à Jean Dal COLLETTO pour sa conférence et pour le dynamisme qu'il manifeste aussi bien à la Maison de La Corse qu'au Cesec (Conseil économique social environnemental et culturel de Corse) où il est président de la commission Europe, relations internationales Euro-région, Méditerranée, diaspora . 

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10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 17:00

 

France 3 Via Stella vient de diffuser un nouveau reportage de la série "D'UMANE", maintenant présentée par Celia PETRONI: "Deux Sorru. La Corse grandeur nature".

 

Celia Petroni (extrait de sa page Facebook)

Celia Petroni (extrait de sa page Facebook)

 

Elle a choisi de rencontrer quatre personnages pour lesquels "le terroir reste une valeur sûre pour la créativité". Parmi eux, deux sont Poggiolais.

 

L'émission commence par Jean-Mathieu CORIERAS qui, avec ses mules, amène des matériaux à la chapelle Saint Elisée. Il en profite pour montrer le lac de Crena et évoquer la légende diabolique de sa création.

 

Les Deux Sorru: une mosaïque de la Corse audacieuse et innovante

 

Celia rencontre ensuite à Soccia Cécile GRIMALDI qui dit bien clairement qu'elle est "Poggiolaise et mariée à un Socciais" et qui explique sa passion pour le travail des bijoux.

 

Les Deux Sorru: une mosaïque de la Corse audacieuse et innovante

 

Près de Vico, Johanna SOTTON, l'éleveuse de chèvres, fait goûter son camembert corse.

 

Enfin, à Sagone, Pierre GERONIMI présente son laboratoire où il prépare des glaces en alliant toutes sortes de parfums inattendus.

 

Un reportage très plaisant à regarder.

 

Il comporte simplement une grosse erreur. Saurez-vous la remarquer?

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28 mai 2019 2 28 /05 /mai /2019 17:45
L'herbe et l'œuf de l'Ascension

 

Les gens sont contents quand ils peuvent  profiter d'un "pont". L'Ascension, qui est un jeudi, le 30 mai cette année, offre cette possibilité.  

Mais que savez-vous sur l'Ascension, du moins l'Ascension en Corse?

Marthe POLI, de Guagno, avait publié, sur son ancien blog, un texte que nous recopions et qui montre les coutumes corses de cette fête.

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L’Ascension est, d'abord, une fête pour les chrétiens.

Célébrée 40 jours après Pâques, elle intervient toujours un jeudi.

L’Ascension rappelle l’élévation de Jésus vers Dieu, son Père, après sa résurrection. 

Jésus n’est plus présent sur terre. Mais il n’abandonne pas les hommes pour autant et leur envoie une force, L’ESPRIT SAINT (que l’on célèbre tout particulièrement lors de la Pentecôte).

Depuis, les Chrétiens vivent sa présence à travers l’Eucharistie (qui est le rappel du dernier repas avant sa mort, où il partage le pain et le vin avec ses apôtres).

Mais, en Corse, nous avons aussi des traditions.. des croyances...

 

 

 

L'HERBE DE L'ASCENSION

Aujourd'hui c'est jeudi de l'Ascension.

C'est ce jour-là qu'il faut cueillir l'herbe dite justement "Herbe de l'Ascension" (Arba di l'Ascinzioni en corse). 

Cette herbe pousse dans les murs, dans les coins des rochers. Ses feuilles sont très petites. Il faut la cueillir avec ses racines.

François Bianchini, héritier de certains dons transmis par ses aînés, cueillait cette herbe qui guérit et apaise, spécialement à la Trinité de Bonifacio; puis il en faisait de petits paquets à l'intention de ses amis. ("La Trinité de Bonifacio et du Grand Sud Corse", F. Canonici, A Stamperia, 2002)

Mais attention, il y a tout un programme à respecter.

Il faut se lever de très bonne heure le matin de l'Ascension pour aller cueillir cette fameuse herbe.

Il s'agit du "Sedum étoilé pourpier" que, depuis des générations, les Corses vont chercher dans la campagne avant l'aube (dès que le soleil est levé surtout ne pas cueillir !). 

Rapportée à la maison, l'erba di l'Ascinziune est attachée au mur avec un clou, la tête en bas. 

Au cours des jours suivants, les tiges remontent lentement; puis la plante fleurit le jour de la Saint Jean (24 juin) et se conserve jusqu'à Sainte Anne ( 26 juillet).

Mais attention ! ses vertus protectrices peuvent se retourner contre ceux qui la cueillent trop tard, quand le soleil est déjà levé. 

Dans ce cas, la plante meurt et cela ne présage rien de bon pour les habitants de la maison....

(La plupart des informations de cet article sont tirées de "l'Almanach de la Mémoire et des coutumes de la Corse", Claire Thiévant, Lucie Désideri, Albin Michel, et de "La Trinité de Bonifacio et du Grand Sud Corse", François Canonici, Stamperia).

 

 

Sedum étoilé pourpier. Photo extraite du site Corse par l'image (https://www.fromei.fr)

Sedum étoilé pourpier. Photo extraite du site Corse par l'image (https://www.fromei.fr)

 

L'OEUF DE L'ASCENSION

Il y a aussi l'oeuf de l'Ascension qui possède également ses vertus magiques.

L'œuf doit, bien entendu, être pondu précisément le jour du Jeudi de l'Ascension, sinon il n'a aucune vertu,

Phénomène magique ou don de Dieu ?

La première caractéristique de l'œuf de l'Ascension est qu'il est imputrescible. 

En effet, l'œuf de l'Ascension, à la différence des œufs ramassés à d'autres périodes de l'année, si il est cassé l'année d'après a simplement séché, il n'a ni pourri ni dégagé durant ce temps aucune odeur de décomposition.

Sa seconde vertu est, dit-on, de préserver les habitants de la maison de plusieurs maladies, ou à tout le moins de diminuer leur fréquence ou leur gravité.

Quand il est posé sur le rebord d'une fenêtre, Il protège également les membres de la famille qui se trouvent éloignés du foyer,

L'œuf de l'Ascension protège enfin les habitations de la foudre et des incendies. Il détourne l'éclair et éteint les flammes qui menacent de destruction l'ensemble d'une bâtisse. (source: Corsica News)

 

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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 18:28

La fin décembre n'est pas forcément le meilleur moment de l'année pour aller faire des promenades en montagne. Toujours est-il que "Corse-Matin" publie actuellement chaque semaine la description d'un itinéraire sur le relief insulaire.

La dernière publiée est consacrée à la montée du Tretorre en partant de Guagno. La vidéo la décrit très bien, aidée par des vues de drone. On peut même apercevoir Poggiolo.

Pour ceux qui ne se souviennent plus de la légende sur l'origine de la division du sommet en trois parties, ils trouveront ci-dessous la référence de l'article de ce blog qui l'expliquait.

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  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
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Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
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