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7 décembre 2022 3 07 /12 /décembre /2022 18:00

 

   Une allusion à la disparition du lustre de l'église de Soccia avait été faite dans l'article sur le Père MILLELIRI .

 

   A l'époque, de nombreux habitants du village avaient critiqué l'enlèvement de cet éclairage qui pendait de la voûte de l'église construite en 1843. Au vu de commentaires parus sur la page Facebook de Soccia, le mécontentement subsiste plus d'un demi-siècle après cet événement.

 

   Une carte postale rarissime, venant de la série imprimée à l'initiative de l'abbé PASTINELLI, a été publiée par Jeanne OTTAVI. Elle montre l'intérieur du bâtiment religieux au début du XXe siècle.

 

Hier et maintenant: avec ou sans lustre

 

 

    Maintenant, le lustre, dont on ignore la destinée, a été remplacé par un tout autre système lumineux.

 

   Les photos ci-dessous, prises le 15 août 2017 et le 15 août 2018, donnent une idée de l'intérieur actuel de l'église. On remarquera (mais-ce une consolation?), que la vue est dégagée pour admirer le grand tableau du chœur et les fresques de la voûte peintes par Noël COPPOLLANI et bien restaurées.

 

Photos Michel Franceschetti.
Photos Michel Franceschetti.

Photos Michel Franceschetti.

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4 décembre 2022 7 04 /12 /décembre /2022 17:59

 

"Christian, arrête-toi! Ça commence à bien faire!".

 

Il est rare qu'un prêtre interrompe sa messe pour s'écrier ainsi. Mais il est vrai que, en ce dimanche de juillet 1965, Christian PINELLI était un enfant de chœur bien turbulent. Et puis, le curé, le Père MILLELIRI, connaissait tout le monde à Poggiolo et pouvait se permettre une certaine familiarité avec ses ouailles. 

 Cette familiarité, cette habitude de croiser un prêtre dans le village, voici trente ans, depuis son départ en 1972, que Poggiolo, Orto, Soccia et même Vico ne les connaissent plus.

Originaire de Sotta, dans le sud de la Corse, Paul MILLELIRI naquit le 1er décembre 1917. Mobilisé en 1939, il resta prisonnier en Allemagne du printemps 1940 jusqu'à la fin de la guerre. Il était dans le stalag V-B, en Forêt-Noire, où étaient rassemblés de nombreux soldats corses.

 

Extrait du n°386 (mai 1983) de "Le lien", bulletin de l'union nationale des amicales de camps de prisonniers de guerre.

Extrait du n°386 (mai 1983) de "Le lien", bulletin de l'union nationale des amicales de camps de prisonniers de guerre.

 

Ce séjour eut des conséquences sur sa santé qui était fragile et sur sa vocation religieuse qui fut renforcée par les malheurs qu'il vit autour de lui.

 

Sorti du séminaire en juillet 1951, il fut nommé curé de Poggiolo, Soccia et Orto en 1956. A cette date-là, après le décès d'Ange Mathieu PASTINELLI, curé depuis 1928, un accord fut conclu entre le diocèse et les Oblats, confiant aux Pères de Vico la responsabilité du culte à Guagno et Guagno-les-Bains.

Le nouveau curé déploya une grande activité dans ses trois paroisses. A Poggiolo, il était parfois relayé pour les messes par le Monsignore Martin DEMARTINI (voir l'article "Curés sac au dos!").

La photo ci-dessous (extraite d'un film de Michel Franceschetti) permet de voir, sortant de l'église Saint-Siméon, le visage émacié, orné de petites lunettes, de l'abbé MILLELIRI qui précède la statue de la Vierge portée par Jean-Marie PASSONI, Etienne PINELLI et François PINELLI le 15 août 1965.

 

 

Photo Michel Franceschetti.

 

Ce curé "très classique et parfois même intransigeant", ainsi qu'il est écrit dans l'article de "Corse-Matin" du 28 juillet 2003, faisait des homélies parfois un peu longues mais il ne rechignait pas devant l'effort.

A pied ou sur un âne, il gravissait le chemin vers Saint Elisée en gardant sa soutane. Elles aussi extraites d'un film double 8, ces autres photos, bien que très floues, le montrent dans ce vêtement traditionnel le 29 août 1968, sur les bords du lac de Creno.

 

Photos Michel Franceschetti.
Photos Michel Franceschetti.

Photos Michel Franceschetti.

Paul MILLELIRI appliqua les réformes décidées par le concile Vatican II qui eut de si grandes conséquences sur les célébrations religieuses (voir l'article "L'effondrement religieux en France et en Corse").

Certains fidèles socciais furent, paraît-il, mécontents de la disparition du vieux carrelage et d'un grand lustre de leur église.

 

Mais la grande affaire fut la construction du nouveau presbytère de Soccia, à gauche de l'église Sainte Marie.

Soccia avant la construction du presbytère (carte postale appartenant à Judith Ottavy-Poli).

Soccia avant la construction du presbytère (carte postale appartenant à Judith Ottavy-Poli).

L'église et le presbytère (photo Michel Franceschetti).

L'église et le presbytère (photo Michel Franceschetti).

 

L'édification de ce grand bâtiment fut financée grâce aux dons des habitants et par les produits des kermesses.

Dans ces grands rassemblements estivaux, les jeux étaient variés: jeux de massacre, lancers d'anneaux sur des bouteilles, lapinodrome (paris sur le numéro de la boîte dans laquelle entrera un lapin lâché au centre du jeu)...

On pouvait payer pour écouter des disques, manger des gâteaux ou acheter des livres d'occasion (pas toujours très catholiques puisque l'on y trouva une fois "L'amant de Lady Chatterley"!!!).

Des bénévoles mirent aussi la main à la pâte sur le chantier.

Le résultat fut une belle maison.

 

Photos Michel Franceschetti.
Photos Michel Franceschetti.

Photos Michel Franceschetti.

Destiné à servir de logement au curé et à abriter des groupes de scouts l'été, le presbytère fut, après le départ du Père MILLELIRI, l'objet d'un long litige. L'association paroissiale et la mairie croyaient en être propriétaires alors que l'édifice appartenait à l'évêché.

 

En 1969, l'abbé MILLELIRI fut nommé curé de Vico, puis en 1972, après dix-sept ans dans les Deux Sorru,  il devint curé de Bonifacio, la région d'où il était originaire.

 

A la suite de son départ, en vertu d'un accord conclu en 1967 entre Mgr COLLINI, évêque d'Ajaccio, et le supérieur des oblats, les paroisses de Poggiolo, Soccia et Orto furent désormais desservies par le couvent de Vico.

 

Dans la ville de l'extrême-sud corse, le curé fit montre d'une grande activité pastorale et fut très aimé de ses paroissiens.

 

Milleliri avec des communiants de Bonifacio en 1991 ou 1992 (photo François Canonici).

Milleliri avec des communiants de Bonifacio en 1991 ou 1992 (photo François Canonici).

Il contribua à mettre en valeur la patrimoine religieux de la cité, restaurant par exemple avec Geneviève MORACCHINI-MAZEL le vieux couvent St François et publiant, avec elle et le général SERAFINO en 1981 un cahier CORSICA sur "Les monuments et œuvres d'art de la Corse: Bonifacio" qui fait autorité.

Nommé chanoine honoraire juste avant sa retraite en 1995, Paul MILLELIRI se retira dans son village de Sotta où il décéda le 26 juillet 2003.

Apprenant son rappel à Dieu, ses anciens fidèles de Poggiolo, Soccia et Orto furent très déçus que le long article biographique qui lui fut consacré dans le "Corse-Matin" du 28 juillet ne fasse aucune allusion aux années passées dans ces villages. 

Milleliri, un prêtre de caractère
Milleliri, un prêtre de caractère

Merci à François Canonici pour ses renseignements sur la période bonifacienne et merci à Judith Ottavy-Poli pour ses souvenirs de l'époque socciaise.

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17 novembre 2022 4 17 /11 /novembre /2022 17:56

 

La fête traditionnelle de Sant'Andria sera célébrée dans la bonne humeur le samedi 26 novembre à Soccia, avec quatre jours d'avance sur le calendrier officiel. 

 

 

Sant'Andria à Soccia
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2 octobre 2022 7 02 /10 /octobre /2022 18:00

 

Dans les nombreuses histoires de banditisme et de réglements de comptes qui jalonnent l'histoire de notre canton et de toute la Corse, les récits insistent beaucoup plus sur les auteurs des meurtres que sur les victimes et sur l'immense chagrin de leurs familles. C'est le mérite de Marc GIORGI de nous rappeler ce point de vue.

 

 Son site est consacré au village de Pietra di Verde (Haute-Corse) et à la généalogie de sa famille (Giorgi-Valéry).


  Dans cet émouvant récit, il nous donne une version toute différente, celle de la famille du gendarme SALA, de l'affrontement sanglant qui eut lieu à SOCCIA en 1892 et qui a fait l'objet de trois articles sur ce blog.

 

   En voici le texte.

 

 

 

"LE MALHEUR"
 


Alata  Minnanna se tient devant le four à pain. Elle a en main la grande pelle, le pain est cuit, elle va le retirer du four. Dans son visage rond, ferme, énergique, dans ses yeux vifs qui fixent le photographe, on devine une femme de caractère. Elle est tout de noir vêtue. Elle porte un foulard noir sur la tête et, par dessus, le chapeau en paille des femmes alataises, “a paglietta”. Elle était d’ALATA, Minnanna, de familles alataises. Elle y était née en 1848, “l’année de la République“ précisait-elle à ses petits-enfants.

Elle y est revenue après “le malheur“.

Elle a eu trois enfants, Minnanna. Les deux garçons, l’armée les a accueillis, les a éduqués. Ils furent “enfants de troupe”. (...)
La fille de Minnanna resta avec sa mère à ALATA. Elle était belle, avec des yeux clairs. A dix-neuf ans, elle épousa l’instituteur dont elle eut cinq enfants. Minnanna vécut toujours avec eux, aimée de ses petits-enfants, aidant sa fille du mieux qu’elle pouvait, cousant, tricotant, crochetant, cuisant le pain de la famille, aidant aux travaux du ménage.
Personne ne parlait du “malheur” dans cette famille. Mais, les jours d’élection, la fille de Minnanna fermait les portes, les fenêtres et les volets, à l’heure du dépouillement...

 



gendarmes-en-groupe_p.jpgLe mari de Minnanna venait d’un village des Pyrénées catalanes conquises par la France au temps de Louis XIV et qui garde encore son nom catalan: Prats-de-Mollo. Nommé gendarme, il fut affecté en Corse où il connut sa future femme. Mariés, ils partirent dans le Sud de la France où sont nés leurs trois enfants. Puis le gendarme revint en Corse, à SOCCIA.



C’est là que “le malheur” s’est produit, le 26 septembre 1892. On sait parfaitement ce qui s’est passé ce jour-là. Les élections au Conseil d’Arrondissement venaient d’avoir lieu et on ne savait toujours pas qui avait gagné dans le canton de SOCCIA. Des gens d’un village voisin, GUAGNO, voulurent aller à SOCCIA, le chef-lieu, afin d’obliger le maire à proclamer vainqueur leur candidat. Le maire fit appel aux gendarmes pour les empêcher d’entrer dans le village. Les “Guagnesi” tirèrent. Deux gendarmes furent touchés, ils devaient mourir quelques instants plus tard. L’un d’eux était le mari de Minnanna. A son fils aîné, accouru aux coups de feu, il ne put que dire : “Pour moi, c’est fini”. L’adolescent rassembla tout son courage et alla prévenir sa mère, son jeune frère et sa petite soeur.

Pendant la nuit qui suivit le drame, il se passa dans ce village une chose incroyable. Les deux veuves et leurs enfants veillaient leurs morts. Dehors, on faisait la fête. On avait tiré tout à l’heure pour tuer, on tirait maintenant pour se réjouir. Ce fut une fête démente, sans pitié pour la douleur des familles, la douleur des enfants, une fête sauvage.

Il y eut un procès, des condamnations...

 


Les années ont passé, les trois enfants vont bien, les petits-enfants naissent... Mais comment vit-on avec le souvenir d’un époux, d’un père assassiné et de cette nuit de fête infernale ? Seuls ceux, qui, cinquante ans après, continuaient à fermer, les soirs d’élections, les portes, les fenêtres et les volets, auraient pu le dire. Dans cette famille, où l’on n’en parlait jamais, “le malheur” est resté dans toutes les têtes, génération après génération.

Parmi les petits-enfants et arrières-petits-enfants de Minnanna, plusieurs sont allés à SOCCIA, POGGIOLO, ORTO et dans le beau village de GUAGNO y compris, cent ans après, le 26 septembre 1992. Tous ont admiré ces paysages splendides, assurément parmi les plus beaux de Corse, où tant de rage meurtrière s’était déchaînée, parmi des gens que l’on avait excités, au fond, pour rien: la proclamation d’un simple conseiller d’arrondissement.

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2 octobre 2022 7 02 /10 /octobre /2022 07:08

 

 

TOUTES NOS CONDOLÉANCES.

 

 

Nouveau deuil à Soccia
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30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 13:41

 

L'expédition guagnaise de 1892 qui s'est soldée par la mort de deux gendarmes (voir les articles précédents) se termina par un grand procès.

 

 

DE LOURDES PEINES

 

Du 20 au 27 juin 1893, comparurent 44 accusés à la Cour d'Assises de Bastia. Une cinquantaine de témoins donnèrent des versions très différentes selon leur parti. La défense était assurée par Me AGOSTINI, Me de CARAFFA et Me Hyacinthe de MONTERA.

 

Le maire de Guagno et le père du candidat furent condamnés aux travaux forcés à perpétuité, sept Guagnais reconnus coupables eurent 15 à 20 ans de bagne en Nouvelle-Calédonie (dont certains ne revinrent jamais) et une dizaine d'autres écopa d'une peine de 3 à 10 ans. Le plus jeune, LECA dit LICONE, mineur au moment des faits, passa 5 ans en Guyane et composa une chanson sur ce séjour forcé.

 

La presse donna un large écho au procès, comme le montre la première page du "Petit Bastiais", qui donne même un  plan du tribunal.

 

tribunal 1893

 

 

  L'affaire avait eu aussi des répercussions sur le continent et même à l'étranger.

 

 

DANS LA PRESSE FRANÇAISE ET ÉTRANGÈRE

 

  En 1894, dans "La Revue de Paris", Maurice JOLLIVET publie une étude de dix-huit pages sur la Corse. Il décrit l'affaire de Soccia et la considère comme "la synthèse des élections corses où s'épanouissent dans toute leur beauté la surexcitation des appétits, le dédain de la loi et du droit, le culte exclusif de la force". Il trouve que "le jury ne se montra pas impitoyable". D'ailleurs, "les accusés pouvaient invoquer, à leur décharge, un état d'esprit général qu'ils n'avaient pas créé, qui préexistait de longue date aux événements de Soccia, que les politiciens de haut vol se plaisent à entretenir pour leur plus grande gloire, et qui fait du département insulaire, en temps d'élection, - en tout temps même - un foyer d'agitation et de troubles."

  Réaction typique des hommes de plume qui prirent plaisir à renforcer la légende noire de la Corse.

 

 

  L'affaire fut connue très loin, y compris aux Etats-Unis, dans la Ohiopetite ville de LOGAN (Ohio) où le journal local "The Ohio Democrat" du 9 décembre 1893 reprend un article de la "Contemporary Review" intitulé "Une petite difficulté" ou "Comment les journaux corses suppriment les nouvelles".

 

  Sans l'exprimer franchement, ce texte contient des insinuations sur les pressions qui peuvent exister sur l'exercice de la justice dans l'île.

 

  Le rédacteur remarque que le premier compte-rendu du quotidien bastiais "occupait environ sept pouces d'une colonne". Mais, "le lendemain, le rédacteur en chef avait eu le temps de réfléchir (ou peut-être a-t-il reçu un avertissement sérieux) et, dans un article de trois pouces de long, il y avait cette correction importante: "Il semble que nous n'avons pas eu raison de dire que c'était le maire de Guagno qui avait donné l'ordre de tirer sur les gendarmes". Le troisième jour, il y eut seulement deux lignes: "à la suite de la malheureuse affaire de Soccia, il est probable que le maire de Guagno enverra sa démission".

 

Salut! C'est tout: J'ai pris le journal pendant une semaine, car j'étais curieux, de voir comment l'affaire se terminerait, mais il n'y avait plus rien, apparemment aucune enquête, aucune poursuite des délinquants".

 

 

 Un autre journal américain, le "Boston Evening", décrivit beaucoup plus tard le destin de l'un des acteurs du drame: Jean-Charles CAVIGLIOLI, dit CARLONE, l'un des Guagnais les plus excités et qui tira sur le gendarme FERRAUDET.

Cette petite dépêche fut publiée le 29 décembre 1898 et s'intitulait: "Un célèbre bandit Corse capturé" (âmes sensibles s'abstenir).

 

Boston 1898
Traduction:

  "Jean CARLONE, le bandit le plus remarquable de la Corse, et qui est depuis six ans la terreur des cantons de Soccia et de Vico, a été capturé après un combat dans lequel plusieurs gendarmes et le bandit ont été blessés. En 1892, Carlone avait tué deux gendarmes qui tentaient de l'arrêter lors de l'élection de Guagno. Récemment, en se querellant sur un partage du butin, il a poignardé un autre bandit en plein cœur, et il lui coupa la barbe qu'il porta comme un trophée sur sa poitrine. Carlone a un palmarès de dix meurtres atroces. Il a été trahi par ses camarades, qui avaient été écœurés par ses brutalités."

 

(à suivre)

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29 septembre 2022 4 29 /09 /septembre /2022 07:11

 

LA RIPOSTE DU MAIRE DE SOCCiA


    (suite du récit publié dans "Le Journal de la Gendarmerie" du 21 juin 1893)

 

   A la nouvelle que que les Guagnais en armes marchaient sur Soccia pour faire modifier les résultats des élections, une inquiétude bien légitime s’était emparée de des habitants du village, et le maire, pressé de tous côtés, se décida à prendre un arrêté interdisant à tout individu armé de pénétrer dans la commune et de se tenir à une distance moindre de 200 mètres de la maison d’école où devait se tenir le bureau de recensement, réunion qui n’avait pu avoir lieu à l’heure fixée, le procès-verbal de Guagno notamment n’étant pas arrivé.

 

   Il alla lui-même afficher cet arrêté sur le mur de la maison Ottavioli situé à 80 mètres du village, et en remit une copie à la gendarmerie en l’invitant à en assurer l’exécution.


    Les gens de Guagno étaient encore à la fontaine Saint-Marcel lorsqu’ils apprirent l’existence de cet arrêté. L’un d’eux, Caviglioli (Jean-Charles), dit Carlone, s’écria aussitôt: “J’en ferai des bourres pour mon fusil”, et un autre, Casanova (Jean-Toussaint), s’empressa, suivant l’expression employée par un témoin, de rafraîchir son fusil, c’est-à-dire de le décharger pour en renouveler la charge.

 

   Enfin, vers deux heures, Poli, dit Formiculello, le maire de Guagno et Pinelli (Jean-Antoine) ayant rejoint leurs concitoyens, ceux-ci furent disposés en colonne par trois. Les hommes armés marchant en tête, puis Poli, dit Formiculello, et le maire de Guagno ayant repris leur place au premier rang, à côté de Poli (Antoine-Joachim), cette colonne reprit sa marche en avant.

 

 

LES GENDARMES S’INTERPOSENT


   gendarmes 1892    La brigade de Soccia ne comprenait que le gendarme Sala, commandant par intérim en l’absence du brigadier, et les gendarmes Ferrandet, Pisella et Jourdan; mais celui-ci, qui s’était foulé le poing la veille, était incapable de tout service. En recevant l’arrêté municipal, Sala avait ordonné à ses hommes de se mettre en tenue de résidence et revêtit lui-même cette tenue qui ne comporte que le revolver.


    Il se dirigea ensuite avec Pisella au-devant des Guagnais. Les ayant rencontrés à environ 200 mètres de la maison d’école, Pisella serra la main aux chefs, les engageant au calme et les invitant à respecter l’arrêté du maire.


   Leca (François-Xavier) et Poli, dit Formiculello, ayant demandé à lire ce document, ils s’avancèrent tous jusqu’à la maison Ottavioli; mais, après avoir pris connaissance de l’arrêté, le maire de Guagno s’écria: “Ni cet arrêté, ni les gendarmes, ni les habitants de Soccia ne nous empêcheront d’entrer dans le village, et le sang coulera”, et au cri “En avant”, aussitôt poussé par Poli (Antoine-Joachim), succéda le même cri poussé par Caviglioli (Jean-Charles), qui tout en brandissant son fusil prenait place lui aussi à la tête de la colonne.

 

 

  LA POUDRE PARLE


    Celle-ci s’ébranla de nouveau, entraînant les gendarmes Pisella et Sala qui, les bras tendus, s’efforçaient de l’arrêter. Les deux agents de la force publique venaient d’être refoulés jusqu’à 20 mètres de la maison d’école, lorsque survint le gendarme Ferrandet; à son tour il engagea vivement les Guagnais à déposer leurs armes, et il venait à peine de proférer les mots: “Nous mourrons plutôt que de ne pas faire notre devoir”, que Poli (Antoine-Joachim) commandait: “En tirailleurs”, et qu’une autre voix, qui, d’après le gendarme Pisella, ne serait que celle du maire de Guagno, commandait “Feu de peloton”.

 

   En commandant: “En tirailleurs”, Poli (Antoine-Joachim) s’était armé d’un revolver, et, pendant qu’il faisait feu, Caviglioli Jean-Charles, de son côté, épaulait son fusil et pressait la détente. Il avait visé le gendarme Ferraudet qui tomba inanimé, son revolver à la main, mais sans en avoir fait usage, frappé par deux balles au cou et à la poitrine. Une vive fusillade suivit ces deux premières détonations. Le gendarme Sala s’affaissa à son tour, déchargea son revolver sans résultat, et expira peu d’instants après. Il avait reçu plusieurs projectiles à la cuisse et à la hanche. Quant à Pisella, il n’a échappé à la mort que parce qu’il était mêlé aux Guagnais, qui ne pouvaient faire feu sur lui sans s’atteindre entre eux.


    Sur les cinquante-deux hommes qui avaient quitté Guagno pour se rendre à Soccia, six, dont deux parmi eux qui étaient armés, s’étaient éloignés de la troupe avant d’arriver dans cette dernière commune. Les quarante-six autres ont tous pris part aux faits criminels dont ils ont aujourd’hui à rendre compte à la justice.


    Les débats commencés le 20 juin, se sont terminés le 27. Les principaux accusés ont été condamnés aux travaux forcés à perpétuité.

 

(à suivre)

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26 septembre 2022 1 26 /09 /septembre /2022 18:00

 

Qui connait le drame sanglant du 26 septembre 1892 à Soccia? Voici 130 ans, pour une simple querelle électorale, une expédition armée de Guagnais se heurta violemment dans ce village à des gendarmes dont deux furent tués.

 

Cette affaire eut une telle ampleur qu'elle va faire l'objet de six articles dans ce blog. 

 

Pour la conter sans oublier ou déformer des détails, le plus simple est de reprendre l'article très documenté paru dans le numéro 1718 (21 juin au 1er juillet 1893) du "Journal de la gendarmerie" au moment du procès des responsables de l'affrontement. Evidemment, les commentaires sont ceux des représentants des forces de l'ordre de l'époque.

 

Afin d'en faciliter la lecture, l'animateur du blog a placé des inter-titres qui ne se trouvaient pas dans l'article originel.

 

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COUR D'ASSISES DE LA CORSE

 

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MEURTRE SUR DEUX GENDARMES
 


    La Cour d'assises de Bastia juge en ce moment les assassins des gendarmes Ferradet et Sala, de la brigade de Soccia (2° compagnie de la Corse). Les accusés, qui appartiennent tous à la commune de Guagno, sont au nombre de quarante-six.
    A aucune époque, dit "Le Petit Bastiais", on n'a vu comparaître devant la Cour d'assises de la Corse autant d'accusés à la fois. Le retentissement  qu'ont eu les faits de cette cause a été très considérable; on ne saurait trop déplorer la mort de deux braves soldats de la loi, qui ont poussé la consigne jusqu'à l'abnégation et peut-être même jusqu’à la témérité.
    L'acte d'accusation, que nous reproduisons en partie, donne une singulière idée des mœurs corses lorsqu'il s'agit de procéder à des élections.

 

 


UNE ÉLECTION ÂPREMENT DISPUTÉE 

  
     Le 25 septembre 1892, on avait procédé aux élections pour le conseil d'arrondissement dans le canton de Soccia, qui compte quatre communes: Soccia, Guagno, Poggiolo et Orto. Deux candidats étaient en présence: le sieur Pinelli (Philippe) de Poggiolo, et Poli (Antoine-Joachim), de Guagno. Ce dernier avait obtenu plus de suffrages que son concurrent à Guagno, Soccia et Poggiolo, mais la majorité acquise au sieur Pinelli à Orto était plus que suffisante pour modifier le résultat final et assurer son élection.


    Empêcher la proclamation du résultat d’Orto, tel fut le parti auquel on s’arrête dans le camp Poli, et voici comment on procéda. Pendant le dépouillement et alors que le président du bureau électoral d’Orto sur les 85 bulletins trouvés dans l’urne en avait déjà lu 76, dont 55 portant le nom de Pinelli et 21 seulement celui de Poli, un membre du bureau,  partisan de celui-ci, le sieur Battesti, qui avait eu soin de réunir sous sa main tous les bulletins déjà lus, les jeta de nouveau dans l’urne, puis s’emparant de la feuille de pointage et de la liste d’émargement les déchira.


 

 

Carte postale: farandole pour l'élection du maire de Guagno en 1907.

Carte postale: farandole pour l'élection du maire de Guagno en 1907.

 

LA TROUPE SE FORME


    Le bureau de recensement devait se réunir à Soccia le 26 à 10 heures du matin. Ce jour-là, dès 6 heures, Poli (Antoine-Joachim), assisté de son père Dominique-Mathieu, dit Formiculello, rassemblait chez lui, à Guagno, ses partisans, leur distribuait des armes, de la poudre et des balles, en leur disant: “Ecoutez-moi, et je réponds de tout”.   

 

    Une heure après, une bande de cinquante-deux hommes dont trente-quatre armés de fusils quittait Guagno, se dirigeant vers Soccia. Elle avait à sa tête Poli (Antoine-Joachim), marchant à pied, et son père Formiculello, ainsi que  Leca (Jean-François), maire de Guagno, ces deux derniers à cheval. Elle fit une première halte à Poggiolo, chez le maire, où l’on servit à boire à ceux qui la composaient, pendant que Leca (François-Xavier), Poli, dit Formiculello, et Pinelli (Jean-Antoine) se rendaient aux bains de Guagno pour conférer avec leurs amis politiques.                              


    La troupe des Guagnais, reprenant ensuite sa marche, alla attendre le retour de ses trois délégués à la fontaine Saint-Marcel, à 1.200 mètres de Soccia.

 

(à suivre)

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13 mars 2022 7 13 /03 /mars /2022 18:04
Bilan des signatures

 

 

L'élection présidentielle se déroulera dans moins d'un mois entre douze candidats. Plusieurs ont obtenu les signatures d'élus dans les derniers jours. Le blog avait fait un premier bilan de ces présentations le 17 février.

 

Finalement, pour quels candidats ont signé les élus de notre partie de la Corse? 

 

pour Yannick JADOT:

François COGGIA, maire de Coggia

Mathieu CECCALDI, maire de Marignana

 

Pour Jean LASSALLE: 

Jean-François BARTOLI, maire de Soccia

Nicolas RUTILY, maire d'Orto,

Xavier POLI, maire de Rosazia,

Jean-Pierre GIORDANI, maire de Salice

Christian Jean Joseph ANGELINI, maire d'Arro

Pierre NEBBIA, maire de Lopigna

 

pour Emmanuel MACRON:

François COLONNA, maire de Vico

 

pour Valérie PECRESSE:

Michel PINELLI, maire de Sari d'Orcino

le député Jean-Jacques FERRARA

 

pour Eric ZEMMOUR:

Paul-Joseph COLONNA, maire de Guagno

 

Le maire de Poggiolo n'a donné sa signature à aucun candidat.

 

 

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18 février 2022 5 18 /02 /février /2022 18:00
Les étoiles de Jean-Pi

 

A la suite du décès de Jean-Pierre OTTAVI le 4 février, Pascale CHAUVEAU a publié dans "Corse-Matin" du 17 février un touchant article qui rappelle bien comment Jean-Pi était un exemple de joie de vivre et combien il était important dans l'animation des soirées d'été à Soccia.

 

Les étoiles de Jean-Pi
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Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
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Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

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Le calendrier poggiolais

 

Vacances scolaires

 

Hiver:

du samedi 18 février au lundi 6 mars

Pâques:

du samedi 15 avril au mardi 2 mai

vacances d'été:

à partir du samedi 8 juillet

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Samedi 11 février

Pulenta à Soccia.

Réservations au 06-74-20-22-68.

La météo poggiolaise

Pour tout savoir sur le temps qu'il fait et qu'il va faire à Poggiolo, cliquez sur LE BULLETIN METEO

Un bulletin indispensable

  le bulletin des paroisses des Deux Sorru.

 

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