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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 17:06

La classe politique (et beaucoup moins les simples citoyens) se passionne pour les élections cantonales qui auront lieu dans la moitié des circonscriptions les 20 et 27 mars. Notre canton n'est pas concerné cette année mais il est arrivé que les affrontements électoraux de cette partie de la Corse aient eu une grande importance pour l'île et même au-delà. Ce fut le cas en 1921, voici tout juste quatre-vingts ans, quand s'affrontèrent Jean-François GALLINI et François COTY. GALLINI a déjà été présenté sur ce blog (voir ICI). Mais qui était COTY?

 

ENRICHI PAR SON NEZ

    Coty photoJean-Pierre SPORTUNO naquit à Ajaccio le 3 mai 1874, de Jean-Pierre SPORTUNO et de Marie COTI. Son arrière-grand-père, Jean-Baptiste SPORTUNO, fut maire de la cité impériale, entre 1822 et 1826. Mais, son père ayant abandonné le foyer et sa mère étant morte alors qu'il avait quatre ans, il fut élevé modestement par sa grand-mère Anne BELLONI.Coty l-origan

   A 22 ans, ayant pris comme nom celui de sa mère avec un "y", il alla à Paris où il fut initié au journalisme par Emmanuel ARENE (qui était aussi président républicain du conseil général de Corse, député puis sénateur: voir ICI et ICI) et à la chimie par un pharmacien, Raymond GOERY, qui lui donna l'idée de fabriquer des parfums. Ayant un "nez" exceptionnel et un grand sens de la publicité, il se tailla une grande place dans la parfumerie. Sa société COTY-LANCASTER, fondée en 1904, prit une taille internationale.


UNE TÊTE POLITIQUE

    Devenu très riche grâce à ses parfums, François COTY était torturé par le démon de la politique.

   Il acheta des journaux ("Le Figaro" en 1922, puis "Le Gaulois") ou en créa ("L'Ami du peuple" en 1928).

   Il finança des mouvements politiques monarchistes ou très à droite. De 1924 à 1928, il donna près de 2 millions de Francs au quotidien royaliste "L'Action Française" avant de se brouiller avec Charles MAURRAS. Il soutint financièrement le Faisceau de Georges VALOIS (1925) et les Croix de Feu (1927). Il en arriva à créer sa propre ligue, Solidarité Française, en 1933. Ce mouvement nationaliste, antiparlementaire, antisémite et antimaçonnique joua un rôle important lors de l'émeute du 6 février 1934.

    Le duc de GUISE, prétendant au trône de France de 1926 à 1940, le désigna comme conseiller de son fils le comte de PARIS. Au mariage de celui-ci, COTY offrit à la princesse Isabelle un cadeau qui fit sensation: un diadème de feuillages en diamants sertis de sept grosses émeraudes cabochon.


L'HUMILIATION SÉNATORIALE

    Il s'engagea également très tôt dans la politique insulaire. Il finança la revue autonomiste "A MUVRA" du Vicolais Petru ROCCA. Mais c'est à gauche qu'il débuta.

   Aux élections législatives de 1919, il soutint, avec ses gros moyens, les candidats dirigés par LANDRY et MORO-GIAFFERI. Seulement, il fut oublié sur la liste des sénatoriales de 1920. Dès lors, la rupture avec la gauche fut définitivement consommée et, lors des sénatoriales partielles du 9 janvier 1921, il fut candidat sur la liste de la Droite Gaviniste, aux côtés de Paul DOUMER, qui fut élu. La liste du PRDS (gauche) l'emporta et obtint 2 élus: EMILE SARI et Jean-François GALLINI, le maire de SOUSSE en Tunisie, qui fut proclamé élu avec, sur COTY, une majorité de deux voix venant de deux grands électeurs dont la Préfecture avait pourtant préconisé la radiation.Eveil titre

    COTY vécut ce déni de justice comme une humiliation et mit tout en œuvre pour se venger. Dans ce but, il devint propriétaire du quotidien ajaccien "Le COLOMBO" (fondé en 1913) qui devint, dès le 20 avril 1921, "L'Eveil de la Corse" ("journal quotidien de grande information politique, économique, agricole et littéraire"), dont les bureaux étaient 14 cours Grandval et qui fut dirigé par le journaliste et romancier HENRI OMESSA. Il lui fut vite très utile.


LE COMBAT DE SOCCIA

    En effet, le 11 septembre 1921, se joua le sort du siège de conseiller général de SOCCIA. Il fallait élire, au Conseil Général de la Corse (qui n'était alors qu'un seul département), le représentant de l'ancienne piève de Sorru in Sù (POGGIOLO, SOCCIA, ORTO, GUAGNO). Mais le hasard fit que, au même moment, il fallut trouver un nouveau titulaire pour le canton de VICO (l'ancien Sorru in giù: VICO, ARBORI,  BALOGNA, COGGIA, LETIA, MURZO, RENNO). En effet, l'élection de Jean-François GALLINI (pourtant conseiller général depuis 1909) avait été invalidée pour fraude électorale par le Conseil d'Etat.

    GALLINI ne se présenta pas à VICO et laissa la place au docteur Philippe CHIAPPINI, de MURZO, collaborateur de "A Muvra". Par contre, il ne pouvait accepter que François COTY prenne pied dans la terre voisine. Le parfumeur ne se présenta pas  au  premier tour mais réussit à obtenir le désistement en sa faveur de trois des candidats qui s'étaient affrontés le 3 septembre, MARTINI, OTTAVY et SANTINI. Ne restait en lice contre lui que Jean-François CECCALDI, maire de POGGIOLO depuis le 8 décembre 1919. Il était prévu que, en cas de victoire, CECCALDI cède ensuite le siège à GALLINI pour lui permettre un redémarrage de sa carrière. Voilà pourquoi la présence de COTY était insupportable à celui qui était surnommé "l'empereur du Sahel". La campagne du second tour fut très âpre et paradoxale, entre un candidat de dernière minute et une personnalité non-candidate.

    "L'Eveil de la Corse" en donne un récit, évidemment très partisan. Le texte complet peut en être lu en cliquant sur l'image ci-contre.Eveil campagne Coty

"M. GALLINI, non content d'avoir volé le siège sénatorial de M. COTY, résolut de tout tenter pour lui ravir le siège de conseiller général: l'homme malade de VICO puisa des forces nouvelles dans sa haine incompréhensible. (...)

Oui, il se traîna à SOCCIA, à GUAGNO, à POGGIOLO, partout; il alla de porte en porte quémander, promettre, supplier ou menacer, il se démena, semant en des oreilles naïves ou ignorantes la perfidie de propos fantaisistes dont M. COTY faisait naturellement les frais. (...)

Le vieil empereur du Sahel avait en même temps fait donner la garde: parallèlement à ses manœuvres stratégiques, la grosse artillerie des lettres et des télégrammes, sous le commandement du député LANDRY et du sénateur-maire SARI, dirigeait son tir sur tout le canton. C'étaient des appels désespérés, avec des trémolos et des attendrissements, au nom de la République, ou de la parenté, ou du passé, ou de l'avenir. (...) Tout le monde était sur le pont, et l'abordage fut mené par un ancien ministre et deux sénateurs, sans compter quelques comparses de moindre importance qui formaient l'équipage de cette galère.

Et la galère sombra."

    Toute autre est la description de la tournée électorale de François COTY le 10 septembre, la veille du scrutin. Voici quelques extraits: 

"A GUAGNO, une manifestation enthousiaste, accompagnée de salves de coups de fusil, l'a accueilli."

"A ORTO, un arc de triomphe avait été dressé. M. le capitaine PAOLI, assisté de M. le Maire, a prononcé l'éloge de M. COTY."

"A SOCCIA, au cours d'une réunion que présidait M. le capitaine COLONNA, maire de la commune, un échange de déclarations a eu lieu. La présence aux côtés de M. COTY de MM. MARTINI, OTTAVY et SANTINI, candidats du premier tour, a donné à cette manifestation le caractère le plus significatif."

    Bien sûr, la réception poggiolaise fut d'un autre genre:

"A POGGIOLO, un accueil affable a été réservé à M. COTY, dont la première visite de courtoisie a été pour le maire, M. CECCALDI, qu'on désigne comme son adversaire probable de demain, et avec lequel il s'est fort courtoisement entretenu."

Il ne restait plus qu'à attendre le verdict des urnes.


(à suivre)

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