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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 18:53

soupe Vico

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 12:05

MAISONS ET ATTENTE  

En ce samedi 14 novembre, les lecteurs du "PETIT PROVENÇAL" purent connaître "Les Hôtes du Maquis", c'est-à-dire la liste des douze bandits recherchés. Et, pour montrer leur dangerosité, une photo en première page montra la maison de PALNECA d'où BARTOLI avait tiré sur deux gendarmes peu avant sa mort.

 

novembre 14 PP

 

   De son côté, "L'HUMANITÉ" faisait voir la maison de SPADA sur une photo encadrée par le cliché d'un garde mobile "à l'affut dans le maquis. Il semble bien qu'il n'y court pas grand risque".

 

novembre 14 Huma

 

   Comme ce policier, l'envoyé spécial du "PETIT PROVENÇAL", François PRIEUR, pensait que "Les positions sont prises. Après l'émoi du débarquement et de l'offensive, c'est maintenant l'attente. Chaque jour peut amener sa surprise et de longs jours peuvent s'écouler sous le signe du communiqué bien connu: "rien à signaler"".

   En attendant des faits nouveaux, le service des renseignements avait été décentralisé. Deux inspecteurs de police mobile qui étaient à AJACCIO furent détachés "à demeure dans chacun des secteurs investis: à Sari-d'Orcino (région Spada), à Guagno (région Caviglioni) (sic), à Guitera (région Bornéa) et à Palneca (région Bartoli)."


PREMIÈRES CARICATURES

   Des caricatures avaient commencé à être publiées. Comme exemple, voici celle que montra ce jour-là le journal "L'ŒUVRE", dessin qui a été repris par Ralph SCHOR dans sa communication déjà mentionnée.

 

novembre 14 l'oeuvre 

 

A BAS LA RÉPUBLIQUE

   Le 14 novembre fut aussi le jour d'un nouvel éditorial enflammé de Léon DAUDET, intitulé "Le cabinet Laval et l'énigme corse", dans "L'ACTION FRANÇAISE".


novembre 14 AF2
novembre 14 AF1

 

    Il commençait par critiquer Pierre LAVAL, "larve montée en <<homme d'Etat>> par tous les suce-pieds de la presse de grandissime information" (l'A. F. n'aima jamais LAVAL). Puis, ce royaliste s'en prenait au système électoral: "ce bonneteau grotesque et honteux qui ramène, tous les quatre ans, sa provision de bavards, de cloportes et de filous au Palais-Bourbon".

   Pour lui, l'expédition en Corse était "une diversion bien cocasse". Le cocasse venait de la présence comme préfet de MARLIER, que l'écrivain accusait de la mort de son fils Philippe.

   Il relevait ensuite des faits troublants:

    - "l'orchestration de presse à grand orchestre" pour faire oublier des erreurs de Paul REYNAUD, alors ministre des Colonies: "Il n'est plus question de ce rat clignotant, tout de blanc habillé, avec le casque, depuis qu'on traque et emprisonne les ravitailleurs de Spada".

    - "le choix de la saison, qui est celle des tempêtes et des pluies, alors qu'il était loisible de procéder à cette épuration en juin, juillet et août, ce qui eût en outre épargné la vie des récentes victimes du banditisme".

    - "Enfin, la rigueur des mesures prises vis-à-vis de toute une population honnête, dont lahttp://storage.canalblog.com/83/66/146803/18135919.gif colère, m'assure-t-on, commence à gronder sourdement."

   Il mentionnait ensuite les hommes politiques (ANQUETIL, CELICE, STEEG, SARRAUT, MARLIER) qu'il accusait de crimes dans les colonies, "dans des conditions plus atroces que celles infligées à leurs victimes par les Spada et les Bartoli". Et comme les efforts de moralisation n'aboutissent pas, la France s'affaiblit et les Allemands en profiteront: "un beau matin, on apprendra que les "Casques d'acier" sont entrés simultanément en Lorraine et en Alsace".


  La conclusion royaliste s'imposait donc logiquement:

   "Tout cela prouve que le mal qui attaque la France est intimement lié au régime; qu'aucun changement de gouvernement, qu'aucune rotation, qu'aucune élection, qu'aucun changement du mode de scrutin ne saurait plus arrêter la marche de la pourriture de démocratie, comparable à la pourriture d'hôpital. Delenda est Republica. Il faut détruire la République. C'est la besogne urgente et nécessaire".

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 12:00

COMBIEN D'ARRESTATIONS? 

  Une nouvelle positive sur la "une" du "PETIT PROVENÇAL" du vendredi 13 novembre 1931: la photo de l'arrestation, près de PALNECA,  d'un complice anonyme. Pour compenser cet anonymat, le journal montra également le visage de SPADA, le bandit-vedette.

 

novembre 13 Spada


    "L'ACTION FRANÇAISE" et "LE POPULAIRE", organe du parti socialiste S.F.I.O., de ce jour donnèrent le même bilan de 77 arrestations, dont 2 à COGGIA et à MARIGNANE (la même faute de frappe se retrouve dans les deux journaux qui ont dû utiliser la même dépêche de l'agence Havas). "L'HUMANITÉ" arrivait au chiffre de 174: faute de frappe également ou volonté de montrer la lourdeur de la répression?

 

    Cette lourdeur était décrite par François PRIEUR, "envoyé spécial" du "PETIT PROVENÇAL"

    "Un hydravion survole la baie de la ville. L'aviso "Toul" défile au large. Des gardes mobiles rentrent au pas cadencé. (...) Il continue à pleuvoir sur Ajaccio qui commence à pavoiser pour la journée de l'Armistice.

    J'ai parcouru en auto quelques coins de montagne occupés par les détachements de gardes mobiles. (...)

    Tous les villages que nous rencontrons ont à peu près le même aspect d'humbles maisons de pierre nue, perchées sur des hauteurs, rangées le long de la route, accrochées à la pente d'un mont, et dès l'entrée, des fourgons automobiles, des uniformes de gardes mobiles, la popote en plein air.

    Les gardes ne sont pas logés chez l'habitant. On a fait évacuer un certain nombre de maisons, dont les occupants se sont logés chez les voisins comme ils ont pu."

 

L'ÉTAT DE SIÈGE EXISTE-T-IL?

   La polémique  s'était alors déclenchée pour savoir si la Corse subissait l'état de siège. Tous les quotidiens de ce jour publièrent le communiqué suivant émanant des autorités gouvernementales:

    "Si l'état de siège n'a point été proclamé, comme on l'a dit, la circulation des habitants et des automobiles est, du moins, strictement réglementée. A 21 heures, dans les villages de Sari-d'Orcino, domaine de Spada; de Guagno et de Vico, domaine de Caviglioli, au Nord d'Ajaccio; de Guitera, où opérait Bornéa, et Palneca, où opérait Bartoli, à l'Est du chef-lieu, tout le monde doit avoir regagné son habitation.

    Quant à la circulation des automobiles, elle est plus rigoureusement encore réglementée. Ne peuvent franchir les postes de gardes, installés sur toutes les routes, que les automobilistes dûment autorisés. Les consignes, données aux gardes, sont extrêmement sévères. En aucun cas, un garde ne peut circuler seul et tous doivent être constamment armés. Dans les secteurs où les bandits se sont réfugiés, gardes et gendarmes ont l'ordre de tirer sur toute personne qui ne s'arrêterait pas à la première sommation. Telle est la rigueur des consignes."

 

   Mais "L'HUMANITÉ" n'avait pas ce point de vue.   Un article, toujours non signé, s'intitulait: "Dans l'île en état de siège, la terreur policière s'étend", avec un inter-titre: "Défendons les paysans corses!":novembre 13 Huma



   "La Corse est en état de siège. Nous l'avons dit. Les journaux bourgeois l'ont avoué. Un demi démenti officiel a été publié hier par le journal Le Temps. Mais le fait n'est pas contrôlable.

   La circulation est interdite. Les routes sont coupées. Le cri: Haut les mains! retentit partout.

   On arrête en masse: 174 personnes sont déjà sous les verrous. Quel est donc ce régime, sinon celui de l'état de siège?

   (...)

   Dans la zone occupée, la population brutalisée par la soldatesque gronde sourdement. Plusieurs envoyés de journaux signalent l'attitude de fierté et de protestation des paysans corses maltraités par les pandores qu'ils regardent avec un mépris hautain et qu'ils se refusent à renseigner sur les "hors la loi".

   (...)

   "Des cantons entiers subissent une occupation militaire odieuse. Contre les politiciens et les gros bourgeois corses, seuls responsables de la résistance du banditisme, il faut défendre les honnêtes paysans de l'île, victimes de l'état de siège."

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 12:01

    Les Deux Sorru eurent une place de choix dans la presse du 12 novembre 1931.

 

LA LIBÉRATION DE GUAGNO-LES-BAINS

    "LE PETIT PROVENÇAL" décrivit ce jour-là, dans un article daté du 11, le déplacement de commissaires de la police mobile pour contrôler des informations sur la présence de SPADA:

    "Par la route en lacets qui longe d'abord le golfe de Sagone, découvrant à chaque tournant des sites sauvages et pittoresques, puis qui grimpe vers Sari-d'Orcino, l'automobile des policiers a atteint Vico.

    Les forces de la garde mobile et de la gendarmerie qui, depuis 3 jours gardent toutes les routes et tous les chemins de ce secteur, n'avaient constaté, au cours de la nuit, aucun déplacement suspect à Vico.

    A Guagno-les-Bains, la police mobile a été beaucoup mieux accueillie qu'autrefois. Le fait d'avoir arrêté la plupart de ceux qui, ouvertement, étaient en relation avec le bandit Spada a redonné confiance aux honnêtes gens terrorisés. Des renseignements intéressants ont été recueillis, qui pourront être utilisés dans un avenir que l'on croit très prochain."


    Ce texte est illustré par une photo d'un "type de bandit" conforme aux images de cette époque, qui permit de montrer l'adversaire.

 

nov 12 jeudi type bandit

   

   Le compte-rendu du déplacement des policiers est reproduit de façon totalement identique (à l'exception de la phrase sur la route de Sagone à Vico) dans plusieurs journaux, comme "OUEST-ECLAIR" ou "LE JOURNAL DES DÉBATS".

    Pour mettre de l'ordre dans l'esprit de ses lecteurs, "LA CROIX" donne la liste des "régions centrales de l'île (où) le banditisme (avait été) érigé en "industrie"":

 -"Balogna, Guagno, Vico, ancien fief de Caviglioli, où l'on traque ses alliés;

  -Lopigna, théâtre d'un massacre dont l'auteur est le bandit Spada;

 -Palneca, résidence du bandit Bartoli;

 -Cozzano et Zicavo, localités où Bartoli exerçait son industrie sanglante;

 -Prunelli, clé du Fium'Orbo, où se cachent de nombreux hors la loi,

 -et Vezzani, où fut tué le bandit Perfettini, apache marseillais réfugié     au  maquis."

 

 COMBIEN D'ARRESTATIONS? 

    Un premier bilan des arrestations parut ce jour-là dans les journaux, avec des chiffres différents. "LA CROIX" écrit que 48 personnes ont été "arrêtées à PALNECA, BALOGNA, SARI-d'ORCINO et GUITERA". "L'HUMANITÉ" en compte 61, tout comme "LE JOURNAL DES DÉBATS". Pour "LE PETIT PROVENÇAL", il y avait 74 arrestations "pour complicité ou recel de malfaiteurs:

1° L'affaire du bandit André Spada a amené six arrestations, sa maîtresse Antoinette Leca, 34 ans, sa mère, la veuve Antoinette Leca, 72 ans, Pascal Leca, 20 ans, fils naturel du bandit Romanetti et deux comparses.

2° Pour le recel des bandits Caviglioli et Torre, 22 arrestations ont été opérées dans le secteur de Guagno. Au nombre des individus appréhendés figurent un propriétaire, Paul Benedetti, 50 ans, une hôtelière de Sagone, Marie Casanova, 36 ans, l'entrepreneur du transport postal, François Cipriani, un commerçant d'Ajaccio, Amédée Di Fabio, tailleur; le chauffeur d'automobile André Gardella."

 

   La liste ajoutait six arrestations dans l'affaire BORNEA  et trente-six dans l'affaire de BARTOLI. On arrive ainsi à 69 au lieu des 74 annoncées.

 

DES PAUVRES BOUGRES MANIPULÉS

   De son côté, "L'HUMANITÉ" se distingua en répétant l'analyse assénée le 9 novembre:

  "Tous les "bandits" corses sont de pauvres bougres qui, après avoir pris le maquis à la suite d'un coup de tête ou d'un acte de vengeance, deviennent des voleurs et des assassins très vulgaires. Mais on ne peut oublier qu'il y a peu de temps encore tout le beau monde flirtait avec eux. Les gens de la Haute, mêles et femelles, leur rendaient visite dans le "Palais Vert". Les journalistes montaient jusqu'à leurs repaires pour les interviewer. Les Spada et les Bartoli posaient devant les photographes et les cinématographes. On nous relatait leurs exploits, leurs amours.

   Et pendant de temps les bandits faisaient de bonnes affaires avec les coquins capitalistes qui mettent en coupe réglée "l'Ile de Beauté" et avec les politiciens dont ils se constituaient, contre espèces sonnantes et trébuchantes, les agents électoraux."

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 12:00

   Le jour de la victoire de 1918, la première page de "LE PETIT PROVENÇAL" montra que l'opération policière en Corse était passée à un cran supérieur.


    Tout d'abord, la zone d'intervention s'élargit géographiquement: en plus de ZICAVO et de GUITERA, les cantons de SARI d'ORCINO  ("où Spada a établi son quartier général") et de VICO ("résidence de Torre et de Caviglioni, le neveu") devenaient les nouveaux objectifs. Une faute de frappe: l'orthographe de CAVIGLIOLI. Une photo était censée montrer le maquis de cette zone.

  novembre 11 mercredi 1

 

 

UN GOUVERNEUR EN CORSE  

    D'autre part, l'organisation de la répression était décrite comme quasiment miitaire:

    "A la fin de la première journée d'opérations, dans le cabinet du préfet, une sorte de Conseil de guerre était réuni. Tous ceux qui, depuis la veille au soir, avaient battu la montagne ou fouillé le maquis, venaient rendre compte de leur mission, la gendarmerie locale, puis les commissaires spéciaux, ces derniers guêtrés de cuir et sanglés de vareuses de drap fort, et, enfin, siégeant, près du préfet, le général Fournier, gouverneur de la Corse."


    Ce titre de gouverneur pouvait intriguer. Il était expliqué plus loin:

    "Pour ne pas entraver l'action de la force armée, afin qu'elle ne reçoive pas des ordres différents, le préfet de la Corse s'est dessaisi de ses pouvoirs de police, qu'il a transmis au général Fournier, commandant supérieur de la défense en Corse. De ce seul fait, les régions occupées sont placées sous le régime de l'état de siège. Cette situation, bien qu'entraînant parfois des cas difficiles, est supportée avec la plus grande résignation par la population qui comprend maintenant la nécessité qu'il y avait à prendre de pareilles mesures."

 

LA LUTTE CONTRE LES INTEMPÉRIES

   De son côté, "L'ACTION FRANÇAISE", hostile à cette opération, donnait une vision très différente en insistant sur les difficultés provoquées par les intempéries:

  "Un temps affreux a sévi sur la Corse pendant toute la journée;" (il s'agit du 10 novembre) "nulle opération nouvelle n'a été faite et les forces de police se sont contentées de veiller minutieusement aux abords des localités entourées hier" (donc, le 9 novembre). "Les routes sont détrempées par la pluie et l'on signale que quelques voitures militaires sont restées embourbées."

 

   Tout à fait opposée est la vision héroïque du journal marseillais:

   "Samedi (c'est-à-dire le 7 novembre, jour du débarquement), à minuit, lorsque les premières colonnes s'ébranlèrent, la tempête battait l'île tout entière. Parmi les rafales de vent, sous une pluis violente, les dix-huit pelotons de trente-cinq gardes mobiles s'étaient mis en route. Chaque groupe était précédé de deux auto-mitrailleuses blindées. Devant ce déploiement de forces imposantes, les paysans qui descendaient de la montagne s'arrêtèrent interdits."

   On peut se demander s'il y eut vraiment beaucoup de Corses qui virent ce spectacle en pleine nuit et dans la tempête.


   Le quotidien royaliste répercuta aussi le bilan publié par les autorités officielles:

   "soixante et une arrestations; en outre, une demi-douzaine ont été opérées dans la région de Vico, mais non encore officiellement annoncées".


   Sur la feuille marseillaise, on insista sur les découvertes d'armes:

   "A la bergerie de Punta, près de Calcatoggio, dans le fief de Spada, la gendarmerie saisit trente fusils, dont vingt Mauser, de nombreux para-bellum et des munitions en quantités impressionnantes".

 

   Une curiosité: sur les 25 articles consacrés par l'AF à la question corse en novembre 1931 (voir la communication de Ralph SCHOR déjà mentionnée), celui du 11 semble être le seul à être surtitré "L'épuration de la Corse".

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 22:10

 

Dom Dom 2

 

Dom Dom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


décès avis Dom Dom

 

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 12:01

   Le titre en "une" du "Petit Provençal" du 10 novembre 1931 put satisfaire les lecteurs: "Les opérations ont commencé contre les les bandits qui terrorisent l'Ile de Beauté".


DÉBUT DE L'EPURATION

    Le premier objectif était le canton de ZICAVO, fief de BARTOLI. On apprit aussi que "des avisos croisent le long des côtes" pour éviter les fuites par la mer.

    Pour faire comprendre les difficultés des policiers, une photo montrait: "Un coin sauvage de la Corse, qu'il est facile aux bandits de transformer en forteresse: Le moulin d'Aïtone".

   Pour la première fois, le sur-titre était "L'épuration de la Corse", expression qui fut l'intitulé de la rubrique corse dans de nombreuses feuilles pendant tout novembre 1931.

 

  novembre 10 mardi

 

 

 

LÉON DAUDET CONTRE LES BANDITS DE PARIS

   Mais un autre journal fit parler de lui ce jour-là: "L'ACTION FRANÇAISE".

   Le quotidien nationaliste et royaliste donna son point de vue sous la plume de Léon DAUDET (le fils de l'auteur des "Lettres de mon moulin") qui occupait journellement la colonne de gauche de la première page tandis que "La Politique"  de Charles MAURRAS se trouvait toujours au centre.

   Le titre de l'éditorial était "Bandits corses et bandits de Paris". Le truculent DAUDET faisait la comparaison entre les deux catégories, les bandits de la capitale étant les politiciens corrompus. http://www.lesmanantsduroi.com/Images15/leon-daudet.jpg

    Le texte débutait en rappelant que l'on disait la Corse était dangereuse et que "l'un des auxiliaires des redoutables rançonneurs avait obtenu le mandat de conseiller d'arrondissement! C'est cocasse. Mais il est encore plus cocasse de voir un garde des Sceaux (Raoul Péret) recevoir une enveloppe mensuelle d'un voleur (Oustric), et n'encourir de ce fait que le blâme des sénateurs-juges. Il est encore plus cocasse de voir un ministre des Finances (Klotz) signer des chèques sans provision".

   Pour DAUDET, comme pour tous les maurrassiens, jouer des muscles ne suffit pas à créer l'ordre. Le véritable ordre ne peut exister que par la Monarchie. Les vrais bandits sont dans les cercles politiques parisiens. Dans ce refus de se joindre au camp des conservateurs primaires, et dans la dénonciation du système en place, on voit là un point commun avec les communistes (voir l'article précédent).

 

 

 

   L'éditorialiste poursuivait le parallèle entre les deux sortes de bandits:

    "Les procédés des bandits corses étaient des procédés rudimentaires, primitifs, des chantages ouverts et sylvestres, respirant la solitude et les senteurs âcres de la brousse parfumée. Ils avaient comme décor une table d'auberge, une feuille de papier d'emballage, un verre et une bouteille de ce vin corse, que pour ma part je trouve exquis, de saveur unique et pouvant tenir tête à n'importe quel produit de Touraine, d'Anjou ou du Beaujolais. Quand la somme convenue était versée, le rançonneur et le rançonné se quittaient bons amis. (...)

   Quelle différence avec nos bandits de Paris, contre lesquels aucune expédition punitive n'est jamais dirigée, ni, si elle est amorcée, - sous la pression de l'opinion - n'aboutit jamais!"


   Il citait ensuite l'exemple de Georges ANQUETIL, indicateur de police et escroc protégé par plusieurs politiciens, et il continuait:

   "Pour ma part, je préfère de beaucoup un Romanetti, ou n'importe quelle autre terreur du maquis, à cet écumeur de la jungle parisienne. Anquetil est un de ces êtres d'abjection qui devraient avoir le col coupé... en commençant par les pieds.

   Rien ne nous dit qu'il ne sera pas député, sénateur, voire ministre, un de ces jours. Il commandera alors à la maréchaussée et organisera des expéditions punitives.

   Mais à la tête de la Corse elle-même, tout récemment, il y eut, comme préfet, le sanglant bandit Marlier, organisateur, avec Lannes, beau-frère de Poincaré, de l'assassinat d'un enfant de quatorze ans et demi. Comment s'étonner de l'état archaïque de la justice en Corse, quand ce beau pays a été commandé, pendant des années, par un "Soleilland"  de cette espèce, que la Chambre, en 1924, avait, à l'unanimité, flétri. Il était dès lors très facile à prévoir, et nous n'y manquâmes point, que des conséquences de sang suivraient le maintien en fonctions du protégé de Millerand."

 

   Albert Soleilland était un ébéniste qui, en 1907, viola, tua et dépeça une fillette de 11 ans et dont le procès entraîna un grand débat sur la peine de mort. Le préfet Marlier lui était ici comparé car Léon DAUDET l'accusait d'être l'instigateur d'une  machination policière qui avait abouti à la mort mystérieuse de son fils Philippe DAUDET en 1923.

AF 10 novembre

   "La vérité est que le banditisme est beaucoup plus virulent et mieux organisé dans la police politique de Paris que dans le maquis corse. Les auxiliaires des bandits de Paris: un Mouton, directeur des Affaires criminelles à la Chancellerie; un André Benoist, directeur de la Police judiciaire; un commissaire tel que Benezech, un "expert" tel que le fameux Bayle, ont certes une autre importance et une autre surface que ceux et celles qui gardaient les chevaux et abritaient les fusils des vedettes corses de l'attaque à main armée. Ajaccio n'a pas à rougir. La ville de Paris lui rend des points; et que dire de ce jury de la Seine qui a acquitté la meurtrière de Plateau, la fille de police Germaine Berton, le meurtrier de Petliura, et condamné PAR ORDRE à cinq mois de prison le père du petit Philippe assassiné!"

   DAUDET fait ici allusion à des assassinats de personnalités royalistes qui auraient été organisés par la police politique.  


   "Telles étaient les réflexions qui me venaient à l'esprit en lisant que "l'épuration de la Corse se poursuit avec énergie et méthode".. Et l'épuration de Paris, quand la commence-t-on?"

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 12:00

    En même temps qu'il décrivait le débarquement des policiers à Ajaccio, "Le Petit Provençal" du lundi 9 novembre annonçait les premiers résultats:

 

"Plusieurs amis et complices de Bartoli sont arrêtés à Ajaccio.

_________

Le bandit Santoni aurait été tué"

 

    En fait, on avait arrêté le beau-frère du bandit Séverin MORAZZANI et le conseiller d'arrondissement de Zicavo. Quant à SANTONI, il "aurait été tué dans une embuscade", sans plus de précisions.

    La plus grande partie de l'article du quotidien marseillais est consacrée à Antoinette MANCINI, fille de Nonce ROMANETTI et belle-sœur de Madeleine MANCINI.

    Elle était alors à Paris pour tenir des réunions pour faire l'éloge de son père et pour prouver l'innocence de Madeleine, toujours incarcérée à Montpellier. A ce propos, les lecteurs eurent droit à la version MANCINI de l'affaire de LAVA.


   Mais l'événement était dans une autre publication. Contrairement à l'ensemble de la grande presse, favorable à la répression, le quotidien communiste "L'HUMANITÉ" prit une position particulière, à propos de la mort de BARTOLI, sur laquelle peu de renseignements avaient encore filtré.

    L'article non signé, occupant une demi-colonne en première page, présentait le "bandit" BARTOLI (les guillemets sont du journal) comme la victime d'un patron et d'un hôtelier, ce qui était vrai. Pour le journal du P.C.F., BARTOLI et ses congénères avaient été manipulés par la bourgeoisie qui s'en débarrassait car ils ne lui étaient plus utiles. La justice bourgeoise n'est qu'une comédie qui ne s'occupe plus des formes pour défendre ses intérêts.Huma 9 nv pg 1

    Voici le texte complet du point de vue communiste:

   "Nous avons indiqué brièvement, hier, que Bartoli n'avait pas été tué par les  gendarmes, mais assassiné par un patron, de la bande novie des coupeurs de forêts, nommé Simonetti.

   C'est le "bandit" qui a succombé dans un guet-apens!

   En effet Bartoli était en contestation, d'une part avec l'entrepreneur de coupes forestières Simonetti, d'autre part avec le directeur de l'hôtel Continental à Ajaccio.

   Il paraît que Bartoli avait demandé de l'argent à ces deux capitalistes, qui pratiquent aussi "le coup de fusil", mais d'autre manière.

   A bandit, bandit et demi!

   Simonetti attira donc Bartoli à une entrevue près du col de Verde et tandis qu'il feignait de discuter les exigences du "roi de la montagne", traitreusement, il le tua de deux coups de revolver.

   La victime, c'est le bandit! L'assassin, c'est Simonetti! Le sentiment le plus élémentaire de la justice devait faire poursuivre en cour d'assises, Simonetti, le directeur de l'hôtel Continental et le préfet.

   La question ne se pose pas. La justice bourgeoise, en Corse plus encore  qu'ailleurs, n'est que comédie.

   Le crime de Bartoli, que nous avons d'ailleurs jugé hier comme un triste personnage, est d'avoir inquiété les puissants, les riches, au lieu de servir leurs intérêts.

   Les exploiteurs capitalistes de la Corse, après avoir tant utilisé les bandits, veulent, paraît-il, les faire disparaître.

   Alors, comme les bandits, et mieux que ceux-ci, ils tuent. Ils ont assassiné Bartoli, dans un guet-apens. Les dépêches d'hier soir annoncent qu'un autre "bandit", Santoni, a été tué. Procédés sommaires.

   Et les gardes mobiles vont débarquer. Ils vont, sous prétexte d'encercler les "seigneurs du maquis" se livrer en Corse à de véritables manœuvres générales de guerre civile.

   Ils vont aussi, comme nous l'avons dit, profiter de l'occasion pour créer en Corse des centres de force militaire.

   Les "bandits" ont du bon, même en les tuant, on peut s'en servir".

 

   La ligne du Parti était nettement fixée. Elle ne changera plus. A noter que le terme de "épuration" ne sera jamais utilisé par les communistes dans les 23 articles parus en novembre  dans "L'HUMANITÉ" et recensés par Ralph SCHOR (voir ICI).

   Mais les critiques envers l'initiative policière vinrent le lendemain d'un autre côté.

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 20:12

   Répondant à l'appel des organisateurs, la municipalité de GUAGNO a programmé le grand concert du groupe INSEME pour ce vendredi 11 novembre à 17 heures dans le centre du village.

                        L'entrée est gratuite.

   Tous les habitants des villages de Sorru in Su et du Vicolais sont invités à assister à ce récital exceptionnel. Le responsable du groupe, Christian PASSONI, réservera aux Guagnais et à leurs amis une programmation inédite, avant la tournée prévue sur le continent.

   Ajoutons que le marché de Noël de POGGIOLO, le 4 décembre, sera également animé par Christian PASSONI.

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 12:00

Le voile fut levé dimanche 8 novembre 1931. "Le Petit Provençal" de ce jour-là titra dans ses pages "Marseille", sur trois colonnes:


"LA CAMPAGNE DU MAQUIS

_______________________

Une action de grande envergure va être menée contre le banditisme en Corse 

_______________________

Près de six cents garde-mobiles se sont déjà embarqués, hier"


 

novembre 08 dimanche 1 

 

   L'expression "La campagne du maquis" donnait l'impression qu'une véritable guerre avait commencé et qu'elle devait durer assez longtemps. Très vite, les différents journaux utiliseront plutôt l'expression de "l'épuration de la Corse".

 

POURQUOI FAIRE?

 

L'article commençait par la justification de l'expédition:

"Après la sanglante tragédie de Bologna (sic! au lieu de BALOGNA), le gouvernement a pris des mesures énergiques pour tenter de réprimer l'action du banditisme en Corse. L'envoi du corps expéditionnaire avec un complet matériel de guerre pour lutter contre les hôtes indésirables du maquis indique la lutte sérieuse que le gouvernement a l'intention de mener. Jusqu'ici les gendarmes qui auraient la périlleuse mission de lutter contre les bandits ne disposaient que de moyens bien faibles."


    En fait, ce raisonnement ne tient pas car la fusillade de BALOGNA avait eu lieu le 2 novembre. Réussir à monter et à faire partir une telle expédition en cinq jours aurait été un véritable exploit. D'ailleurs, le journaliste, qui signe J. T., se contredit trois paragraphes avant la fin du texte en révélant: "Nous croyons savoir que les opérations seront dirigées par le général Huot, commandant la XVe région de gendarmerie, qui, dès mercredi dernier, s'est rendu en Corse, en hydravion". Ce mercredi était le 4 novembre.


UN PROJET ANCIEN


    Le projet était bien plus ancien. Dans sa communication sur "La presse française continentale et l’extermination des bandits corses en 1931", au colloque sur "LE BANDITISME ET LES REVOLTES DANS LES PAYS MEDITERRANÉENS"  (octobre 1981), Ralph SCHOR écrit: "A vrai dire, depuis le milieu de 1930, un policier, le commissaire Natali, avait été chargé de rassembler un maximum de renseignements sur les criminels et de préparer l'intervention des forces de l'ordre".


    Le gouvernement était présidé depuis janvier 1931 par Pierre LAVAL, qui était aussi ministre de l'Intérieur, et comprenait deux élus corses: François Piétri au Budget et Adolphe Landry au Travail et à la Prévoyance Sociale. Nul doute que tous les trois avaient discuté du projet depuis un bon moment.


    Il est à noter que le couplet sur les faibles moyens des gendarmes ne tenait pas beaucoup alors que les pandores corses venaient d'éliminer CAVIGLIOLI et BARTOLI les jours précédents.

 

LE CORPS EXPÉDITIONNAIRE


    De quoi se composait ce véritable corps expéditionnaire?

    "Le Petit Provençal" était assez disert sur le sujet:

"un matériel considérable de tanks, d'autos-mitrailleuses, de mitrailleuses,, appareils à gaz, grenades; etc...

    Le contingent comprenait plus de cinq cents gardes mobiles avec armes et bagages. Un colonel et plusieurs officiers commandent le détachement."

   Le journal du lendemain comptera: "vingt camions automobiles pour assurer le ravitaillement, cinq autos blindées et un avion".


    Tout ce monde-là monta sur le cargo "El Djem" mais une partie du matériel fut transportée sur le "Dougga".

    Même si J. T. écrit que la destination est un "secret de polichinelle", "le commandant du navire avait reçu un pli cacheté avec l'ordre de ne l'ouvrir qu'en mer."

 

novembre 08 dimanche El Djem

 

UN BATEAU LÉGENDAIRE

   A propos du bateau, une légende se retrouve dans de nombreux ouvrages sur cette répression.

   On peut souvent lire, et encore dans de toutes récentes études , que les policiers embarquèrent sur "Le Djebel". Certains y voient même une illustration de la situation quasi-coloniale dans laquelle la Corse était réduite. En réalité, le navire réquisitionné s'appelait "El DJEM", du nom d'une ville tunisienne célèbre pour son amphithéâtre, le plus grand de l'Empire romain après le Colisée de Rome et celui de Capoue.

   La coupure de presse nous apprend que ce cargo de 1.500 tonnes appartenait à la Société maritime Coloniale et était commandé par le capitaine Briand.

   Une photo de ce navire est au centre de l'article avec d'ailleurs une erreur: le cargo est qualifié de paquebot.

 

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