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24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 20:02

En 1815Antoine François CAVIGLIOLI avait perdu son traitement, son grade de lieutenant et, beaucoup plus humiliant, son titre de chevalier de la légion d’honneur

 

 

Un obstiné qui veut sa décoration

Mais Antoine François avait une famille à nourrir: une femme et deux enfants (sur les quatre qu’eut le couple). Giulia Maria étant morte en 1827, il se remaria avec Maria Flaminia LECA qui avait vingt ans de moins que lui et qui lui donna au moins une fille.

Comme il l’écrivit dans sa lettre du 31 octobre 1832 conservée dans son dossier de la légion d’honneur, il «fut réduit à accepter, pour pouvoir vivre, une place de sergent dans les voltigeurs corses» le 5 novembre 1826. Ce bataillon avait été créé le 6 novembre 1822 par le roi pour lutter contre le banditisme, et notamment contre Théodore POLI, originaire lui aussi de Guagno.

Voir à ce sujet la série des six articles du blog des Poggiolais intitulée «Les exploits de Théodore».

 

Voltigeur corse par Hippolyte Bellangé

Voltigeur corse par Hippolyte Bellangé

 

Il fut nommé sous-lieutenant le 31 mai 1831 mais il n’avait toujours pas sa légion d’honneur.

 

 

Cependant, la situation politique française avait changé. Louis-Philippe, proclamé roi des Français le 7 août 1830, commençait un règne dont les débuts étaient très libéraux.

 

Plein d’espoir, Antoine François CAVIGLIOLI envoya dès le 28 septembre au Grand Chancelier de la légion d’honneur une lettre pour solliciter auprès du roi «la confirmation de cette récompense nationale». Il fallut attendre un an et, le 28 novembre 1831, une ordonnance royale reconnut les nominations qui avaient eu lieu pendant les Cent Jours. Mais elle prenait effet à partir du 20 mars 1815 et rejetait donc aussi bien CAVIGLIOLI que MULTEDO qui avaient été nommés le 12 mars !

 

Heureusement, une ordonnance spéciale étendit ensuite cette reconnaissance aux nominations antérieures au 20 mars, pendant «le Vol de l’Aigle».

 

Notre Guagnais obstiné envoya son dossier à l’ordre de la Légion d’honneur dont le grand-chancelier était le maréchal MORTIER, ancien compagnon de Napoléon, et ses efforts furent couronnés de succès: Louis-Philippe le nomma chevalier en date du 30 août 1832.

 

Sa joie était incomplète car il lui fallait justifier son identité, prouver qu’il était bien le même personnage que celui qui avait été décoré en mars 1815. Et ce ne fut pas si facile que ça. Le dossier consultable sur la base de données LEONORE permet d'en suivre les péripéties.

 

Des documents, comme la lettre de félicitations du comte DEJEAN, grand trésorier de l’ordre, datée du 8 avril 1815, facilitèrent la procédure. DEJEAN assurait alors l’intérim du grand-chancelier, le comte de LACÉPÈDE, absent de Paris.

 

Lettre de félicitations du comte Dejean, datée du 8 avril 1815.

Lettre de félicitations du comte Dejean, datée du 8 avril 1815.

Comte DEJEAN, trésorier de l’ordre de la légion d’honneur en 1815

Comte DEJEAN, trésorier de l’ordre de la légion d’honneur en 1815

 

Ce fut un peu plus difficile pour Louis MULTEDO dont la lettre de confirmation avait été perdue avec ses bagages lors de la bataille de Waterloo.

 

Antoine François obtint un acte de notoriété établi le 26 février 1833 grâce au témoignage de quatre voltigeurs reconnaissant son identité.

 

La difficulté vint d’un autre document.

 

 

Trois versions pour un baptême

Antoine François avait envoyé en août 1832, demandée par la chancellerie de la légion pour établir son identité, une copie, établie par LECA, maire de Guagno, de son acte de baptême, acte faisant office d'acte de naissance pour la période où l'état-civil n'était pas laïcisé.

 

Acte de baptême : copie d’août 1832

Acte de baptême : copie d’août 1832

 

Elle lui fut refusée car elle était en italien et car elle ne contenait pas les noms de ses parents. Si, de son côté, Louis MULTEDO dut faire traduire son acte en français, CAVIGLIOLI ne le fit pas mais le problème important n’était pas la langue.

 

Dans la lettre accompagnant la nouvelle version, établie le 31 juillet 1833, il déclarait qu’elle était «exactement conforme aux registres existants entre (l)es mains (du maire de Guagno), ce qu’il a enfin fait, mais toujours rédigé en italien; cependant les noms de mes Père et Mère n’y sont pas omis».

Acte de baptême : copie de juillet 1833

Acte de baptême : copie de juillet 1833

 

Il est vrai que l’on peut parfaitement lire: «Antonio Francesco Caviglioli figlio legitimo di Carlo Luigi Caviglioli e Giulia di lui moglie nata Cipriani».

 

Cette copie n’est pas l’œuvre du maire mais de l’adjoint Pinelli qui, en l’absence du maire, l’a écrite «parola a parola per Copia Conforme» à l’original des registres paroissiaux. Tiens, c’est curieux mais la copie signée par le maire LECA porte la même mention. Pourquoi le premier magistrat de la commune aurait-il commis une erreur?

 

Le mieux est de se tourner vers le document original que la numérisation de l’état-civil permet de trouver sur le site des archives départementales de Corse-du-Sud.

 

L’acte de baptême original

L’acte de baptême original

 

Ô surprise, internet nous donne une troisième version qui, comme celle d’août 1832, ne donne pas les noms des parents ou pas exactement les mêmes!

 

Plus précisément, les prénoms du père, Carlo Luiggi, sont suivis d’un mot que l’on peut déchiffrer comme «fontana» mais qui, d’aucune manière, ne peut être Caviglioli. Le nom de Caviglioli est présent mais accolé à la marraine «Giustina moglie (épouse) di Domenico Caviglioli».

 

Dans la copie signé par le maire, le père est «Carlo Luigi», avec un seul «g» et sans nom de famille, tandis que Giustina est déclarée épouse de «Domenico fontana». Voilà qui pourrait changer totalement l’identité de notre soldat.

 

En dehors du curé, seul le parrain, «Polo francesco Poli», a signé. 

 

Enfin, il est bien spécifié que le père de l’enfant était absent. Où se trouvait-il pour cet événement important?

 

Comment interpréter ces variantes? Le jour du baptême, de LECA, le curé de Guagno avait-il été tellement distrait ou ému qu’il aurait inversé les noms du père et de la marraine?

 

Un point à remarquer: de LECA avait tenu à accompagner sa signature du titre de piévan que lui disputait alors farouchement le curé de Poggiolo Giovanni BONIFACY (voir article http://poggiolo.over-blog.fr/2016/10/permanence-et-mutations-de-sorru-in-su-1/2-les-origines-et-l-organisation-religieuse-de-la-pieve.html).

 

Peut-on aller jusqu'à imaginer que cet acte tente de cacher un secret familial? Ce serait exagéré.

 

Si la copie réalisée par le maire avait déjà supprimé «fontana», la version suivante, celle de PINELLI, est un tripatouillage éhonté du document originel: les deux mentions CAVIGLIOLI, pour l’enfant et pour son père, ont été délibérément ajoutées par l’adjoint au maire.

 

Sans cette astuce, Antoine François n'aurait peut-être jamais pu récupérer sa légion d'honneur en 1833, avec dix-huit ans de retard.

 

Quand, en 1857, Napoléon III créa la médaille de Sainte-Hélène pour distinguer les anciens soldats de son oncle, Antoine François CAVIGLIOLI la reçut.

 

 

Il mourut à Guagno le 27 octobre 1868, à l’âge de 87 ans. Et l’acte de décès mentionne bien «chevalier de la légion d’honneur», le titre qui symbolise toute sa vie.

 

 

Documents utilisés:

1- Site La Corse militaire:

 

2- Site Archives départementales de Corse-du-Sud: registres d’état-civil de Guagno 

(http://archives.corsedusud.fr/Internet_THOT/FrmSommaireFrame.asp)

 

3- Site Mémoire des hommes: bataillon de chasseurs de l’île d’Elbe

(https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/visionneuse/visionneuse.php?arko=YToxMDp7czoxMDoidHlwZV9mb25kcyI7czo3OiJhcmtvX2lyIjtzOjg6ImltZ190eXBlIjtzOjM6ImpwZyI7czo0OiJyZWYwIjtzOjM6IjEwOCI7czo0OiJyZWYxIjtpOjIyO3M6NDoicmVmMiI7czozOiIxNDMiO3M6NDoicmVmMyI7czowOiIiO3M6NDoicmVmNCI7czowOiIiO3M6MTI6ImltYWdlX2RlcGFydCI7czo3NjoiL1BBUkNPVVJTSU5ESVYvQ09OVFJPTEVUUk9VUEUvR1IyMFlDLzIwWUMwMTA1WC9TSERHUl9HUl8yMF9ZQ18wMTA1WF8wMDU5LkpQRyI7czoxNjoidmlzaW9ubmV1c2VfaHRtbCI7YjoxO3M6MjE6InZpc2lvbm5ldXNlX2h0bWxfbW9kZSI7czo0OiJwcm9kIjt9#uielem_move=456.296875%2C73&uielem_islocked=0&uielem_zoom=40&uielem_brightness=0&uielem_contrast=0&uielem_isinverted=0&uielem_rotate=F)

 

4- «Les troupes corses de la Révolution au 1er Empire (1789-1815). Des processus et des mutations, la Corse militaire une identité complexe» par Jean-François GIFFON-SCAPULA (http://bibliotheque-martial-lapeyre.napoleon.org/Default/doc/SYRACUSE/71704/les-troupes-corses-de-la-revolution-au-1er-empire-1789-1815-des-processus-et-des-mutations-la-corse-)

 

5- Base leonore de la Légion d’Honneur (http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/leonore_fr):

dossiers Antoine François CAVIGLIOLI et Louis MULTEDO.

 

6- Wikipedia : 

-les Cent Jours (https://fr.wikipedia.org/wiki/Cent-Jours)

-comte Dejean (https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-François-Aimé_Dejean)

 

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commentaires

POLI Michel 11/12/2019 09:54

Bonjour, je "laboure" les actes de Guagno et du Sorru-in-Su depuis plusieurs années pour établir la généalogie des POLI (j'y arrive depuis 1712!). Sur votre article, je vous fais la suggestion suivante: La Fontana (en italien) est ou était un hameau de Guagno. Compte tenu de la manière parfois rapide dont les actes étaient établis, Fontana n'est pas le nom, mais la localisation de l'habitation du père.
Le parrain, Polo Francesco POLI est vraisemblablement le "capitano", fils du comte canonico Ilario Poli.
Bravo pour votre blog, les informations et articles sont super, même pour quelqu'un qui n'est pas de Poggiolo. Cordialement, Michel Poli.

Blog Poggiolo 11/12/2019 19:11

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