19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 18:03

Pour les lecteurs qui ont apprécié le beau texte publié sous le titre «Les bonheurs et les malheurs de Francesca» et qui voudraient mieux connaître Francesca et Louis, quelques éléments historiques et biographiques peuvent être nécessaires.

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Francesca était la fille d’Antoine-Toussaint ANTONINI et de son épouse Julie DEMARTINI. Elle naquit à Soccia le 1er février 1889.

C’est à Bastia qu’elle fit la connaissance de Louis CLEMENTI, né le 8 avril 1881 dans cette ville. Il fut incorporé dans l’armée en 1902 et se rengagea en 1904 jusqu’en 1908. Il obtint le grade de caporal.

Libéré, il devint facteur à Paris où Francesca le rejoignit et mit au jour leur fils François-Antoine, surnommé Pierre, le 28 mai 1910, dans le Xe arrondissement.

Renié par sa famille, Louis fut adopté par les ANTONINI de Soccia.

Leur bonheur fut brisé par la guerre. Louis fut mobilisé en 1914. Sa fiche biographique du Ministère de la Défense montre qu’il mourut «tué à l’ennemi» dans l'Oise, le 6 juin 1915 à la Ferme d'Écafaut, à Moulin-sous-Touvent, commune de Tracy-le-Mont (Oise). Il fut inhumé dans le cimetière communal de ce lieu.

Le pompon rouge de Louis

Sur cette fiche, Louis était caporal alors que, d’après les Registres matricules du recrutement militaire, il l’était déjà depuis 1904 et qu’il devint sergent le 30 janvier 1915. Le graveur du monument aux morts de Soccia a donc eu raison d’accompagner son nom de ce grade.

Le pompon rouge de Louis

Contrairement à ce qui est écrit sur certains sites, son nom n’est pas inscrit sur le monument de Matra. Il s’agit d’un homonyme, Charles-Marie Joseph Louis Antoine CLEMENTI, aspirant décédé en 1918.

 

Louis était véritablement devenu Socciais, tout comme son fils Pierre qui tint à ce que son premier enfant, Louis-Pierre, naquit à Soccia en 1935.

Francesca termina sa vie le 20 mai 1978 à Sevran.

Pierre mourut à Paris le 16 avril 1982.

Comme beaucoup d’autres orphelins de guerre, il fut profondément marqué par la mort de son père. La preuve en est le texte suivant que le dernier fils de Pierre, René, né en 1967, posta sur le "Forum Pages 14-18" le 4 février 2007 :

« À la lecture d'un des fils de ce forum, j'ai appris qu'un pompon ornait le képi des soldats avant 1910. 

Cela a fait remonter un souvenir d'enfance à ma mémoire. Ma grand-mère paternelle, veuve de guerre en 1915, morte en 1978 alors que j'avais 11 ans, avait conservé dans ses affaires un pompon, un simple pompon rouge; je crois aussi me souvenir qu'on m'a dit en famille que mon père (né en 1910, mort en 1982), pleurait lorsqu'il tombait dessus (et pour faire pleurer mon père, vous pouvez me croire, il fallait que ce soit spécial). Personne dans la famille ne sait ce que c'était que ce pompon, et il va d'ailleurs falloir, maintenant qu'il est remonté de ma mémoire, que je m'inquiète de savoir ce qu'il est devenu. 

(…) 

Je devine maintenant que le fameux pompon rouge de ma grand-mère devait être un souvenir du grand-père. »

Exemple de képi à pompon d'avant 1910.

Exemple de képi à pompon d'avant 1910.

Dans de nombreuses maisons, il y avait des pompons rouges ou d’autres reliques qui peuvent paraître dérisoires mais qui étaient chargés de souvenirs et d’émotions. Cent ans après, combien a-t-on conservé de ces souvenirs de vies détruites par la Grande Guerre ?

Le pompon rouge de Louis

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 18:10

Si, en cette année du centenaire, l'on pense aux souffrances endurées par les combattants de 1914-1918, il serait injuste d'oublier les chagrins et les difficultés de leurs familles. 

L'article L'annonce du premier mort a montré la douleur de Dorothée MARTINI qui avait perdu son fils unique.

Le document suivant décrit la vie bouleversée d'une des nombreuses épouses à qui la guerre ravit leur époux. En racontant la jeunesse de Francesca à Soccia, il fait comprendre également la pauvreté des villages corses il y a un siècle et la difficulté à y survivre.

Ce texte a été rédigé par Marina CLEMENTI-DAVID, petite-fille de Francesca et de Louis CLEMENTI. La rédaction du blog a rajouté les intertitres. 

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FRANCESCA

NI PLUS MALHEUREUSE NI PLUS HEUREUSE QUE LES AUTRES ENFANTS CORSES

Elle avait  6 ans lorsque sa mère mourut d’une pneumonie. Dernière de six enfants, elle était chargée, à la maison, de toutes les petites corvées que les autres, trop occupés, lui confiaient: balayer le sol de terre battue de la pièce à vivre, aller chercher de l’eau, nourrir les poules; si elle réussissait à tout faire avant que la cloche ne sonne, elle avait le droit d’aller à l’école; cela n’arriva pas souvent. Elle courait pourtant sur le chemin pierreux, la petite Francesca, pour rapporter l’eau à la maison avant qu’il ne soit trop tard, mais en vain. Alors elle s’asseyait sur le chemin et pleurait. Elle pleurait sa maman absente, ses pieds meurtris, ses mains glacées. Elle ne le dit jamais à personne, sauf, beaucoup plus tard, à ses petits-enfants qui rechignaient eux, pour aller à l’école.

Francesca n’était ni plus malheureuse ni plus heureuse que la plupart des autres enfants du village: comme eux, elle allait pieds nus le plus souvent, même en hiver, mangeait la pulenta de châtaignes, la soupe de haricots et de lard de cochon, avec un peu de charcuterie ou de fromage les jours de fête. Les hivers étaient rudes, on s’enfermait et se calfeutrait autour de la cheminée; les journées d’été longues et éreintantes: il fallait profiter du jour pour avancer les travaux  (jardins, troupeaux, récolte des châtaignes, lessives, réparations).

Son père, affectueux mais déjà âgé, laissait les rênes de la maison à Marie sa sœur aînée, qui menait tout son monde avec autorité.

Comme beaucoup de jeunes au village, les garçons partirent pour les colonies; leurs pensions aidaient bien les familles, la subsistance était dure. Angèle-Marie fut mariée jeune à un Italien plus âgé qu’elle, mais qui prenait bien le relais à la maison. A 15 ans, Francesca fut «placée» à Bastia, dans une famille recommandée par le curé.

 

Les bonheurs et les malheurs de Francesca

UN BONHEUR FOUDROYÉ

Elle y était bien traitée, apprenant à tenir la maison, la cuisine, la couture, s’occuper du jeune enfant. Elle resta longtemps en relation étroite avec cette seconde famille. Ses rêves étaient ceux d’une jeune fille simple très croyante. Elle avait une confiance inébranlable en Dieu, la Sainte Vierge et tous les saints. Elle se rêvait religieuse.

Il en fut autrement: le jeune Louis, élevé par des pères jésuites, visitait souvent cette famille. Peut-être ses visites se firent-elles plus fréquentes et assidues après l’arrivée de Francesca ? Toujours est-il qu’il finit par la demander en mariage; elle accepta. Il quitta donc les pères jésuites et partit à Paris se faire une situation dans l’administration française: il fut facteur aux P.T.T.

Francesca, modestement dotée, mais avec une belle robe pour son mariage, le rejoignit un jour.

Ils vécurent leur bonheur simplement, lui travaillant, elle tenant son ménage dans ce grand Paris si différent de son village et même de Bastia! N’étant pas devenue religieuse, elle rêvait d’un autre grand destin féminin: devenir mère de famille nombreuse.

Ils eurent un fils, déclaré François Antoine. Qui décida de l’appeler finalement Pierre? Il était beau en tout cas, le plus beau des garçons du monde évidemment. Puis il y eut la guerre, Louis partit, il fallait bien, et, comme tellement d’autres, ne revint jamais.

Les bonheurs et les malheurs de Francesca
Les bonheurs et les malheurs de Francesca

LE CENTRE DE SA VIE

Restée seule avec son fils âgé de 4 ans, Francesca versa bien des larmes; puis elle fit face. Elle avait le caractère bien trempé, était habituée à lutter pour survivre. En tant que veuve de guerre, on lui offrit une place aux P.T.T.. Elle faisait des colis pour les soldats et les prisonniers le jour, des travaux d’aiguilles à domicile le soir et la nuit pour augmenter son petit revenu, et, de plus, apprit à lire et à écrire, pour améliorer sa situation aux P.T.T.

Pierre restait seul à la maison souvent, sa mère en courant revenait voir si tout allait bien pendant ses temps de pause; puis elle repartait, toujours courant, reprendre son poste. Payer une nourrice à cette époque était réservé aux gens riches;  pour une femme seule, même avec sa pension de veuve de guerre et le fruit de son travail, c’était un luxe peu accessible.

L’enfant devint le centre de sa vie, son bonheur, son trésor, son amour; le plus important tout de suite après Jésus-Christ, et même, à son cœur défendant, peut-être avant ?

Ainsi naquit de cette relation mère-fils un amour fusionnel qui jamais ne rompit et qui ne laissa la place à aucun autre; ils formèrent un couple indestructible. Elle ne se remaria évidemment pas, et Pierre, en âge de prendre femme, ne quitta jamais sa mère, et ne put jamais trouver celle qui l’égalerait; mais il lui fit beaucoup de petits-enfants qui tous furent peu ou prou élevés par leur grand-mère: elle était enfin (grand-) mère de famille nombreuse !

 

Au gré d’une vie mouvementée, l’un d’eux naquit à Soccia, le village de Francesca: Louis-Pierre; et deux autres, Marina et Eva, eurent la chance d’y vivre quelques mois de leur enfance, qui restèrent toujours l’un de leurs meilleurs souvenirs. Chacun d’eux, dans le secret de son cœur, rêvait d’une maison au village. Le besoin de renouer avec ses racines? Le souvenir de cette grand-mère irremplaçable? Un jour, le rêve devint réalité: «CASA FRANCESCA» est là, à SOCCIA, et vous attend, vous tous les descendants de la petite Francesca. N’oubliez pas d’y venir, d’y revenir, et bonne route à tous, dans vos vies.

Les bonheurs et les malheurs de Francesca

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 17:45

Peu avant le début de la Première Guerre Mondiale, en mars 1914, la publication du premier  (et unique) numéro de la revue «A Cispra» fut un événement très important pour l’histoire de la Corse du XXe siècle. Ce centenaire va être fêté samedi 18 octobre.            

«A Cispra» (le vieux fusil) était une revue bilingue (français et corse) politique et culturelle créée par deux instituteurs originaires de notre micro-région : Xavier PAOLI, né à LETIA, et Jacques-Toussaint VERSINI, de MARIGNANA.

Elle est accessible sur le site de la BNF: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6564542c​

Le centenaire de « A CISPRA »

 

Les sept premières pages, intitulées «Autonomie ou la Dégénérescence de l’Individualisme Corse», sont sous la signature de PAOLI et défendent l’idée autonomiste pour la Corse.

On trouve ensuite une proclamation qui fut souvent répétée :

« A Corsica un n’è mic’un dipartimentu francese : è una Nazione vinta ch’ha rinasce ! ».

C’est-à-dire :

« La Corse n'est pas un département français. C'est une nation qui a été conquise et qui renaîtra ».

C'est la première demande moderne d'autonomie pour la Corse.

 

Au sujet de l’orthographe, l’article «Notre orthographe» (pages 74 à 77) indique :

« entre deux formes également usitées, nous préférons celle qui s’éloigne le plus de l’italien ; nous préférons Côrzica et côrzu (prononciation de la province de Vico) à Corsica et corsu (formes purement italiennes). De même nous préférons pueta à poeta «.
(…)
« Il faut rompre le plus d’attaches possibles avec l’italien dont le prestige pèse sur notre patois au point de l’étouffer ».

 

Le déclenchement de la guerre mit fin à l’existence de « A CISPRA » mais cette revue avait donné le départ d’une véritable renaissance culturelle qui fut illustrée entre les deux guerres par plusieurs écrivains originaires de nos villages :

- Paul ARRIGHI, né à Renno, qui dirigeait "L'Annu Corsu",

- Petru ROCCA, né à Vico, qui créa "A Muvra",

- MAISTRALE, né à Marignana mais qui eut des liens très étroits avec Poggiolo.

 

Afin de commémorer la création de « A CISPRA », deux plaques vont être dévoilées sur chacune des maisons natales des deux fondateurs samedi 18 octobre

- à 11 h, à MARIGNANA pour Jacques-Toussaint VERSINI

- à 15 h, à LETIA, pour Xavier PAOLI

Ces cérémonies seront suivies dans les deux communes d’un apéritif offert dans les locaux des mairies.

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 18:00

Les monuments aux morts de nos villes et villages ne sont pas les seuls éléments officiels destinés à se souvenir des Français morts en 1914-1918. Il existe aussi les livres d'or.

La loi du 25 Octobre 1919 relative à "la commémoration et à la glorification pour la France au cours de la Grande Guerre" avait notamment pris les décisions suivantes:

Art.1er : Les noms des combattants des armées de terre et de mer ayant servi sous les plis du drapeau français et Morts pour la France, au cours de la guerre 1914-1918, seront inscrits sur les registres déposés au Panthéon.

Art.2 : Sur ces registres figureront, en outre, les noms des non combattants qui auront succombé à la suite d’actes de violence commis par l’ennemi, soit dans l’exercice de fonctions publiques, soit dans l’accomplissement de leur devoir de citoyen.

Art.3 : L’Etat remettra à chaque commune un livre d’or sur lequel seront inscrits les noms des combattants des armées de terre et de mer, Morts pour la France, nés ou résidant dans la commune.
- Ce livre d’or sera déposé dans une des salles de la commune et tenu à la disposition des habitants de la commune .
- Pour les Français nés ou résidant à l’étranger, le livre d’or sera déposé au consulat dont la juridiction s’étend sur la commune où est né, ou a résidé le combattant mort pour la Patrie.

Art.4 : Un monument national commémoratif des héros de la grande guerre, tombés au champ d’honneur, sera élevé à Paris ou dans les environs immédiats de la capitale.

Art.6 : Tous les ans le 1er ou le 2 Novembre, une cérémonie sera consacrée dans chaque commune à la mémoire et à la glorification des héros morts pour la Patrie.

Elle sera organisée par la municipalité avec le concours des autorités civiles et militaires.

Art.7: La présente loi est applicable à l’Algérie et aux colonies.

(J.O du 26 octobre 1919)

La loi précisait encore que la période de guerre considérée était comprise entre le 2 août 1914 et le 24 octobre 1919, date légale de la cessation des hostilités.

La rédaction des livres d'or de chaque commune a demandé un grand travail de rassemblement et de vérification des informations, qui sera interrompu par la guerre 39/45 et restera en l'état de brouillon. Pour être inscrits sur le monument aux morts et sur le livre d'or d'un endroit, il fallait soit y être né, soit y avoir eu 15 ans de domiciliation à la déclaration de la guerre. Il en résulta que des soldats purent être inscrits dans deux ou trois villages et certains furent oubliés.

Qu'en est-il pour Poggiolo?

Le livre d'or de Poggiolo, disponible sur le site des Archives Nationales (https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr), se présente sous la forme de trois feuilles dactylographiées. Il comporte 19 noms avec les dates de naissance et de décès, le régiment et le grade ainsi que le lieu du décès avec sa date.

Les oubliés du livre d'or
Les oubliés du livre d'or
Les oubliés du livre d'or

Mais trente noms sont gravés sur le monument aux morts du village. Qui sont les onze manquants et pourquoi ont-ils été oubliés du livre d'or?

Cinq de ces oubliés sont nés à Poggiolo et remplissent donc une condition importante: 

  • DEMARTINI François
  • FRANCESCHETTI Antoine François
  • PINELLI Baptiste
  • PINELLI François
  • PINELLI Laurent

Leur absence est inexplicable, sauf par un certain désordre administratif à la mairie, à la préfecture ou au ministère.

Quelles sont les lieux de naissance des six autres?

  • ANTONINI Pierre Toussaint: Guagno (inscrit sur le livre d'or et le monument aux morts de ce village)
  • BATTESTI Pierre-François: Guagno (inscrit sur le livre d'or et le monument aux morts de ce village)
  • DESANTI Jean: Eccica-Suarella (inscrit sur la plaque commémorative de ce village)
  • LOVICHI Jean: Constantine (inscrit sur le monument aux morts de Bône) (voir l'article "Enterré face au tombeau d'Achille")
  • MARTINI Jean-Dominique: Paris
  • PAOLI François Antoine: Marseille

L'absence de ces noms dans le livre d'or s'explique donc. Mais leur présence sur le monument aux morts est également parfaitement justifiée car ces hommes (leurs noms le montrent) ont de la famille à Poggiolo.

Ces soldats sont tous qualifiés de "morts pour la France" sauf PINELLI Baptiste et PINELLI François. Ils n'ont d'ailleurs pas de fiche sur le site "mémoire des hommes" qui rassemble la totalité de cette catégorie.

 

Les oubliés du livre d'or

Ces deux PINELLI sont mentionnés comme père et fils. Ils sont bien nés à Poggiolo, l'un en 1848, l'autre en 1889. 

Baptiste, Jean-Baptiste en réalité, est mort le 15 juillet 1917, donc dans le créneau chronologique prévu par la loi. Seulement, il meurt dans un hôpital parisien "des suites de maladie non contractée en service", est-il indiqué dans sa notice de MémorialGenWeb.

François est le fils du précédent. Il décède en 1920 à Ajaccio "des suites de la guerre", d'après le même site. Il est donc hors-délai.

Juridiquement, ils ne peuvent être qualifiés de "morts pour la France". Mais Jean-Baptiste était chevalier de la Légion d'Honneur depuis 1907 et il termina sa vie avec le grade de capitaine. Il faudrait avoir les documents sur les réunions du conseil municipal poggiolais de l'époque et sur la correspondance avec la Préfecture mais il est évident que, pour les habitants du village, les deux PINELLI étaient des héros de guerre.

Même si le livre d'or est incomplet, il n'est pas faux et le monument aux morts érigé au Lucciu montre bien la réalité et la complexité de la participation poggiolaise au massacre de la Grande Guerre.

 

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Cet article doit beaucoup aux informations trouvées sur les sites: 

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LES POILUS DE 14-18 SONT DES NOMS SUR DES MONUMENTS ET DES LIVRES D'OR. MAIS ILS ÉTAIENT D'ABORD DES ÊTRES HUMAINS. ENVOYEZ-NOUS DES PHOTOS AFIN DE LES FAIRE REVIVRE.

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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 18:00

Deux mois après le Festival Sorru in Musica 2014, il est possible d'en faire le bilan, non pas un bilan chiffré mais un bilan qualitatif.

C'est ainsi qu'a procédé Annie ABBAMONTE en posant quelques questions  à Ghislaine ROUX, mezzo soprano de l'Opéra de Paris depuis 1996, qui a été la vedette de la soirée d'ouverture.

La merveilleuse rencontre du festival

AA : Ghislaine, tu viens depuis le début du Festival Sorru in Musica, malgré deux ans d'absence. Peux-tu nous dire quel est ton plus beau souvenir du Festival? 

GR ; Mon plus beau souvenir est aussi le premier ; cette merveilleuse rencontre avec ces paysages corses et ses chaleureux habitants, avec la famille PAOLI de POGGIOLO, Marie-Ange, François-Xavier et Batti, cet après-midi-là où je me suis retrouvée, chouchoutée, dans leur charmante maison et où, dès la nuit tombée, je voyais les premiers festivaliers se diriger (avec efforts) vers l'église SAINT SIMÉON pour nous entendre. Il y avait ce soir-là, beaucoup de monde, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'église, enthousiaste et impatient de nous rencontrer et c'était tout simplement magique! 

AA : Comment as-tu connu le Festival? 
GR : Je travaillais déjà avec Bertrand Cervera dans le cadre des concerts donnés à la Sainte-Chapelle de Paris, dans un répertoire d'Oratorio et de Musique Sacrée, et tout naturellement Bertrand m'a proposé de participer au Festival à sa création. 

AA : En Corse où J'on chante pour toutes les occasions, que penses-tu apporter en tant que chanteuse lyrique ? 
GR ; Une ouverture musicale, le chant est un support nécessaire à l'étude d'un large répertoire opératique et mélodique. Dans l'académie, on perfectionne essentiellement l'enseignement des instruments d'orchestre (cordes, percussions, cors, flûte, piano...) sans oublier le travail polyphonique et linguistique corse. Mais avec évidence la présence vocale lyrique (interprétation) aide à compléter cet enseignement lors des concerts durant le Festival et nous constatons que le public corse est très sensible à ces moments de partage musical commun. 

AA : Justement, pendant le Festival qui choisit le répertoire ? 
GR : Bertrand choisit le répertoire. Il me connaît bien et nous nous voyons régulièrement tout le reste de l'année pour en décider ensemble si besoin. Nous pouvons aussi bien choisir de la Musique Sacrée, de l'Oratorio ou des extraits d'opéra. Nous avons aussi monté dans le cadre de ce Festival à Vico en 2009, la reprise de l'opéra « la tragédie de Carmen », succès dont on parle encore !. 

AA : As-tu retrouvé Vico et le Festival avec plaisir? 
GR : Bien sûr, un immense plaisir! Retrouver une telle ambiance, chaleur, convivialité, c'est comme s'il n'y avait pas eu d'absence ! 

AA : Peux-tu nous parler de tes projets autres que ceux du Festival, de la Sainte-Chapelle, de l'Opéra ? 
GR : Pendant cette absence, j'ai créé BERC'ARTS OPERA, une association qui a pour objet la promotion de la voix au travers de la création de spectacles vivants. Depuis deux spectacles ont été créés «Ravel et ses sortilèges» l'année dernière et «Place à Carmen!» qui devrait être présenté officiellement avant la fin d'année 2014 dans une salle parisienne. Un nouveau concept artistique est né: l'Opéra d'ombres ou Théâtre d'ombres lyriques. 

AA : Ghislaine ce fut un plaisir pour beaucoup de monde de t'avoir retrouvée cet été, et tous espèrent te revoir dans les prochaines éditions de Sorru in Musica. Merci du bonheur que tu nous donnes aussi bien lorsque tu nous enchantes avec Carmen, que lorsque tu nous émeus avec les chants sacrés. 
GR ; Je suis très touchée moi aussi lorsque je revois toutes les personnes rencontrées lors des éditions précédentes, touchée par votre fidélité et votre fraternité. Ce fut un retour chaleureux et un très beau cadeau pour moi. Encore merci à vous tous, au Festival d'exister, je l'espère encore longtemps, et enfin à la musique qui nous permet ce rassemblement annuel et ces échanges fraternels, toujours très émouvants! 


(entretien paru dans "Inseme", septembre 2014)

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 18:07

Si la première mort connue officiellement à Poggiolo en 1914 fut celle de Jean Toussaint MARTINI (voir l'article précédent L'annonce du premier mort), une autre famille poggiolaise avait déjà été frappée par la guerre.

En examinant les fiches individuelles (disponibles sur le site ministériel www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/) des trente soldats "morts pour la France" nommés sur le monument aux morts de la commune, on peut se rendre compte que Noël Ange François MARTINI décéda le 5 septembre 1914, soit 14 jours avant Jean Toussaint MARTINI.

Le véritable premier des trente

Mais, d'après sa fiche, Noël MARTINI vit le jour loin de Sorru in Sù, à SÉTIF en Algérie.

Ses parents étaient bien de Poggiolo. Son père, Dominique MARTINI, dit Picciatinu, y était né en 1860, comme Angeluccia, née elle aussi MARTINI, avec qui il se maria le 23 janvier 1890 à Poggiolo. Mais ils habitèrent à SÉTIF où Noël naquit onze mois plus tard, le 25 décembre 1890, à leur domicile rue St Augustin, déclaration de naissance consultable sur le site des Archives nationales d'outre-mer: http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/).  Dominique était alors sous-agent des Postes. 

Il eut des promotions et devint Receveur des Postes et Télégraphes à MAC-MAHON (localité appelée maintenant AÏN TOUTA, 35 km de BATNA), lieu de naissance des deux derniers de ses cinq enfants.

Il est à remarquer que Noël MARTINI avait donc eu 20 ans en 1910, date normale de son incorporation. S'il était toujours sous l'uniforme à la déclaration de guerre, et avec le grade de sergent-major au 8ème Régiment de Marche des Tirailleurs, on peut supposer qu'il s'était engagé dans l'armée. 

Mais, d'après la fiche, c'est à TOCQUEVILLE que la mort de Noël MARTINI fut déclarée officiellement le 18 mars 1915, avec six mois de retard.

Il était bien considéré comme un habitant de cet endroit (nommé maintenant RAS EL OUED, à 55 km au sud-ouest de SÉTIF) car son nom figure sur le livre d'or de cette commune. Il voisine avec 25 autres noms européens et 14 "indigènes", comme on disait alors, sur la liste publiée par le MémorialGenWeb.

Ces livres d'or ont été rédigés après la guerre dans le but de recenser les soldats ayant bénéficié de l'appellation "Mort pour la France", à partir des informations fournies par les mairies.

Le véritable premier des trente

Son nom était certainement présent sur le monument aux morts de TOCQUEVILLE qui fut inauguré le 16 septembre 1922. Malheureusement, la seule photo disponible ne permet pas de lire la moindre inscription.

Le véritable premier des trente

Cependant, sur internet, il existe une photo de la plaque commémorative qui se trouvait dans l'église et qui fut inaugurée le même jour que le monument laïc. Dix-huit noms de paroissiens catholiques y sont gravés. Noël MARTINI est le dixième. 

Le véritable premier des trente

Après l'indépendance de l'Algérie, pratiquement tous ces monuments furent détruits et les souvenirs des morts pour la France originaires de là-bas ont disparu. 

Mais, pour POGGIOLO, Noël MARTINI, même s'il n'y vécut jamais, était un enfant du pays et son nom fit partie des trente inscrits sur le monument aux morts. 

Même si l'on vit loin de la Corse, le lien avec le village d'où vient sa famille ne s'efface jamais.  

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Remerciements à Pierre LECCIA dont le très gros travail disponible sur GENEANET donne de nombreux renseignements généalogiques.

Le véritable premier des trente

N'OUBLIEZ PAS DE NOUS ENVOYER DES PHOTOS DE VOS ANCÊTRES EN 1914-1918.

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 18:00

Le 8 octobre 1914, voici exactement un siècle, fut un jour particulièrement sombre pour Poggiolo car le village apprit alors qu'un de ses enfants était mort sur le front.

En 2007, Xavier PAOLI avait décrit ce coup de tonnerre dans un texte qui est reproduit ci-dessous avec des renseignements complémentaires. 

Le 8 octobre 1914, alors que les hostilités venaient à peine de commencer, le tocsin sonnait déjà à Poggiolo. Ce fut le prélude d'une trop longue liste qui devait malheureusement se prolonger au fil des quatre années de la sanglante boucherie que fut la première guerre mondiale.
La mère Dorothée (sœur de l'instituteur du village Bernard Paoli) était restée veuve quelques années auparavant et avait déjà eu à déplorer la perte de sa fillette de dix ans. Elle n'avait plus de raison de vivre que ce fils, son unique enfant.
Au dire des anciens qui nous l'ont conté, à la réception de la terrible nouvelle, dans le village épouvanté, personne n'osait aller la prévenir. Pourtant il le fallut bien et, le conflit s'éternisant, la funèbre cérémonie se répéta maintes et maintes fois. Qu'à travers Jean Toussaint soit honorée la mémoire de tous ceux dont le nom figure sur le monument aux morts.

(texte écrit par Xavier Paoli et publié dans le numéro 10 de novembre 2007 du journal "L'Info U Pighjolu")

(texte écrit par Xavier Paoli et publié dans le numéro 10 de novembre 2007 du journal "L'Info U Pighjolu")

Jean Toussaint MARTINI était le fis de Marie Dorothée PAOLI et de Pierre MARTINI, dit Carazza. Ses parents, qui avaient 31 ans d'écart, s'étaient mariés en 1880. Ils eurent Marie Gracieuse, née en 1883, qui ne vécut que quatre ans. Jean Toussaint naquit le 16 avril 1890. Son père mourut en 1911.

L'annonce du premier mort

Comme nous l'apprend sa fiche de décès publié sur le site du Ministère de la Défense (http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?laref=1), Jean Toussaint MARTINI, mobilisé dans le 89ème Régiment d'Infanterie, fut blessé et mourut le 19 septembre 1914 à la suite de ses blessures (reçues quel jour?) à Neuvilly, village de la Meuse qui fut le lieu de grands combats en 1914 et en 1918.

 

L'annonce du premier mort

Mais, comme le prouve cette fiche, l'annonce ne parvint à Poggiolo que le 8 octobre, soit dix-neuf jours plus tard. Ce retard, qui peut nous paraître long, n'était pas extraordinaire au début de la guerre. L'éloignement de la commune n'est pas seulement en cause. Ainsi, à Marseille, le premier avis de décès "au champ d'honneur" ne parut dans la presse locale que le 29 août, alors que la guerre avait débuté le 3 août. 

Censure ? Services débordés ? Souci de ne pas démoraliser ?

Peu importait pour Dorothée qui se retrouvait toute seule et qui, comme tant d'autres mères, traîna son chagrin jusqu'à son décès en 1927.

L'annonce du premier mort

De Jean Toussaint MARTINI, il ne reste qu'une ligne sur le monument aux morts de Poggiolo.

Mais peut-être que des membres de sa famille possèdent encore une photo de lui. Le Blog des Poggiolais serait heureux de pouvoir la publier.

Cet appel est lancé à toutes les familles de Poggiolo: envoyez-nous des photos de vos ancêtres qui ont participé à la Première Guerre Mondiale, qu'ils y furent tués ou en réchappèrent. Ils ont droit à notre souvenir et à notre remerciement pour leur sacrifice.

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 17:57

L'édition 2014 de "U Mele in Festa" du 28 septembre dernier a été une réussite que décrit l'article paru dans "Corse-Matin" de dimanche 5 octobre.

Pascale Chauveau y insiste avec raison sur la multiplicité des activités et des produits artisanaux proposés qui font de cette fête du miel une vraie foire populaire.

Cliquez sur l'image pour mieux lire l'article.

Le miel a réussi sa fête

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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 18:00

Une famille corse a eu une idée originale et touchante. Elle a fait publier le 20 septembre 2014, le jour exact du centenaire de son décès, un avis "in memoriam" sur la mort de Jean-Baptiste MAZZONI, de Bastia, dans les combats du début de la Grande Guerre. Avis acompagné de la photo du jeune soldat.

Pour se souvenir de nos martyrs

Cette initiative montre l'attachement de ses descendants qui, bien que dispersés maintenant entre la Corse, l'Ardèche et Gap, entretiennent la mémoire familiale. Publier la photo de cet ancêtre permet d'en avoir une vision moins désincarnée. Evoquer les victimes de la guerre de 1914-1918 ne consiste pas à aligner des chiffres de morts et blessés. Derrière les statistiques, il y a des visages, des familles et des souffrances.

Cette publication peut donner des idées.

Sortons les héros de 14-18 de leur simple inscription dans la pierre du monument. 

 

Les familles poggiolaises pourraient-elles chercher les photos des morts de la première guerre mondiale? Ces visages seraient publiés sur le blog des Poggiolais pour se souvenir de ceux qui ont donné leur vie pour nous.

Pour se souvenir de nos martyrs

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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 17:58
Fête à Soccia

A l'occasion de la fête de Notre-Dame du Rosaire, le comité paroissial de Soccia convie tous les habitants et amis du village et des alentours à participer à la messe de samedi 4 octobre à 16 h, qui sera suivie d'un apéritif convivial sur la place de l'église Sainte-Marie.

P.S.:

La fête de Notre-Dame du Rosaire s’appelait d'abord Notre-Dame de la Victoire pour fêter la victoire de Lépante le 7 octobre 1571, bataille qui unit l’Espagne, la république de Venise et les États pontificaux contre l’envahisseur turc, victoire qui fut attribuée à la récitation du rosaire demandée alors par le pape saint Pie V. Son successeur Grégoire XIII changea en 1573 le nom de cette fête locale en fête du Saint-Rosaire, fixée le premier dimanche d’octobre. Elle a donc été instituée pour méditer les mystères mariaux et s’unir à la vie de la Vierge, ainsi que pour se souvenir secondairement de la libération de l’Occident devant la menace ottomane.
Clément XII étend la fête du Saint-Rosaire à l’ensemble de l’Église catholique de rite latin en 1716 et saint Pie X en fixe la fête le 7 octobre en 1913. Paul VI change une nouvelle fois son nom en Notre-Dame du Rosaire en 1969. (encyclopédie WIKIPEDIA)

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Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
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  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
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La vidéothèque poggiolaise

La vidéothèque poggiolaise
Les films et les photos de famille et de vacances deviennent tous, au bout de quelques années, des documents historiques  qui montrent comment les diverses générations ont vécu.
Plusieurs films des décennies 60 et 70 à Poggiolo sont visibles sur DAILYMOTION (http://www.dailymotion.com/michelfran).
Cherchez dans vos greniers si vous n'avez pas des documents à faire connaître à la communauté poggiolaise.

Recherche

qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

Le calendrier poggiolais

 

Dimanche 12 octobre: messe à 15 h à Poggiolo

Dimanche 19 octobre: messe à 11 h à Soccia

Samedi 1er novembre: TOUSSAINT.

Messe à POGGIOLO à 15 h, suivie de la bénédiction du cimetière

Bénédiction du cimetière de GUAGNO-LES-BAINS à 16 h 30

 

Dimanche 14 décembre: Marché de Noël

La météo poggiolaise

Pour tout savoir sur le temps qu'il fait et qu'il va faire à Poggiolo, cliquez sur LE BULLETIN METEO


Un bulletin indispensable

  le bulletin des paroisses des Deux Sorru.

 

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