Vendredi 13 novembre 2009
Un article, paru dans "Corse-Matin" mercredi 11 novembre, montre la variété des activités possibles dans les Deux Sorrù.
Les statistiques de l'article précédent pouvant paraître assez désincarnées, nous présentons maintenant plus particulièrement trois des trente Poggiolais tués par la guerre de 1914-1918.
Jean Toussaint MARTINI: le premier
Le premier Poggiolais mort de la guerre 1914/1918. Mort le 19 septembre 1914 à Neuilly en Craonne (Meuse).
Le 8 octobre 1914, alors que les hostilités venaient à peine de commencer, le tocsin sonnait déjà à Poggiolo. Ce fut le prélude
d'une trop longue liste qui devait malheureusement se prolonger au fil des quatre années de la sanglante boucherie que fut la première guerre mondiale.
La mère Dorothée (sœur de l'instituteur du village Bernard Paoli) était restée veuve quelques années auparavant et avait déjà eu à déplorer la perte de sa fillette de
dix ans. Elle n'avait plus de raison de vivre que ce fils, son unique enfant.
Au dire des anciens qui nous l'ont conté, à la réception de la terrible nouvelle, dans le village épouvanté, personne n'osait aller la prévenir. Pourtant il le fallut
bien et, le conflit s'éternisant, la funèbre cérémonie se répéta maintes et maintes fois. Qu'à travers Jean Toussaint soit honorée la mémoire de tous ceux dont le nom figure sur le monument aux
morts.
(texte écrit par Xavier Paoli et publié dans le numéro 10 de novembre 2007 du journal "L'Info U Pighjolu")
Jean Ary Francois Léon LOVICHI: celui qui voulait se battre
Né le 10 novembre 1882 à Constantine, en Algérie.
Déclaré inapte au service armé, ce qu'il refuse, il se fait aider par son père et rejoint l'Ecole des Aspirants d'Alger. Il part aux Dardanelles avec le 2° RMA (Régiment de Marche d'Afrique).
Cité à l'ordre de la brigade pour une action le 21 juin 1915, il décède de blessures de guerre le 14 juillet 1915 dans le ravin de Kérévés-Déré (presqu'ile de Gallipoli). Le même jour, il est cité
à l'ordre de l'Armée. Déclaré Mort pour la France, il reçoit la Médaille Militaire à titre posthume - Repose au cimetière militaire Francais de Seddul-Bahr (presqu'île de Gallipoli). Tombe N°
269.
(Fiche rédigée par Pierre LECCIA et complétée par
Marcel GERONIMI le 25-10-2009)
cimetière français de Seddul-Bahr
Jean-Baptiste DEMARTINI: une simple photo
(publiée dans le numéro 10 de novembre 2007 du journal "L'Info U Pighjolu")
Les trente morts de cette guerre ne furent pas les seuls héros. Les rescapés accomplirent des actions héroïques mais beaucoup rentrèrent au
village sans raconter beaucoup.
Mais, si vous avez des souvenirs concernant cette guerre, racontez-les.
Par Michel Franceschetti
-
Publié dans : Faits du XX° siècle
-
0
-
Recommander
Mercredi 11 novembre 2009
Ils étaient trente Poggiolais, trente Poggiolais qui aimaient leur village et leur famille. Ils étaient
trente Poggiolais qui, un beau jour, ont endossé l'uniforme de l'armée française. Certains le firent volontairement, qui s'engagèrent afin de pouvoir recevoir une solde leur permettant de
manger régulièrement. D'autres furent appelés par le gouvernement pour aller "casser du boche". Ils étaient trente Poggiolais qui allèrent loin du Tretorre et de Sorrù, de St Roch et de St
Siméon. Ils étaient trente Poggiolais qui connurent la boue, le sang et l'horreur dans les tranchées de Champagne ou des Dardanelles. Ils étaient trente
Poggiolais qui moururent dans la grande tuerie de la Première Guerre Mondiale. Ils étaient trente Poggiolais qui sont toujours là, devant nous, leurs noms
inscrits sur le monument aux morts, face à la fontaine du Lucciù. Ce sont ces trente Poggiolais auxquels on pense chaque 11 novembre à Poggiolo.
Le monument aux morts, édifié en 1925 ou en 1930, a la forme d'une pyramide avec une face représentant un
médaillon de soldat et des insignes militaires. Les noms des morts sont gravés sur trois des côtés (celui de derrière est difficile d'accès car au bord d'un ravin). La face avant, avec
l'inscription "1914-1918 Aux enfants de Poggiolo morts pour la France", est précédée par deux lutrins portant les noms des morts de 1939-1945 et de la guerre
d'Indochine.
Mais quels sont ces noms et quels sont les êtres cachés derrière?
Il est possible de le savoir en utilisant l'excellent et méticuleux travail de Pierre LECCIA, et en le croisant avec les fiches des Morts pour la France (publiées par le Ministère de la Défense sur son site SGA/Mémoire des hommes) et avec la liste étudiée par Ours Jean CAPOROSSI.
La tache est difficile car, selon les sources, les prénoms ne sont pas les mêmes et certaines fiches sont incomplètes. Ainsi, sur le monument, sont inscrits deux DEMARTINI François alors que le
Ministère nous apprend que l'un était Antoine François et l'autre Dominique François. Cinq autres ont des différences de prénom sur les fiches ministérielles.
LEURS NOMS:
Ils montrent que pratiquement toutes les familles du village ont été touchées et même décimées.
6 sont des DESANTI (dont deux fois deux frères),
6 des MARTINI, 5 des PINELLI (dont un père et son fils),
4 des DEMARTINI.
Sont représentées chacune par un seul nom: ANTONINI, BALDARESCHI, BATTESTI, COLONNA, FRANCESCHETTI, LOVICHI, PAOLI, PATACHINI (dont la véritable orthographe est PATACCHINI) et VINCIGUERRA.
Tous étaient Poggiolais mais sans être tous natifs du village.
Pierre CANALE est plus précisément né à Guagno-les-Bains.
Trois sont nés dans d'autres villages (deux à Guagno et un à Pastriciolla), deux sur le continent (un à Paris, un à Marseille) et deux en Algérie (Sétif et Constantine).
L'ÂGE DE LEUR DÉCÈS?
Sur les 27 dont on connaît le renseignement, la moyenne est de 28 ans et demi. Âge élevé alors que
le service militaire se faisait à 20 ans. De plus, 7 sont décédés en ayant dépassé 30 ans. Il faut donc en déduire que plusieurs s'étaient engagés bien avant la déclaration de guerre.
Le plus vieux fut Antoine François FRANCESCHETTI, né le 10 janvier 1857 à Poggiolo et mort le 5 février 1917 en son domicile de Lyon (donc à 60 ans).
Né le 10 février 1897, c'est à 20 ans et 3 mois, le 23 mai 1917, que mourut Franco Antoine COLONNA (prénommé seulement Franco sur le monument), dans une ambulance qui l'emmenait à St
Hilaire-au-Temple (Marne), le plus jeune des morts du village.
QUELS GRADES AVAIENT-ILS ATTEINT?
Sur le monument, on peut compter 9 soldats, 5 sergents-majors, 4 sergents, 2 sous-lieutenants (mais en réalité l'un d'eux était aspirant), 2 lieutenants, 2 adjudants, 2 maréchaux des logis, 2
capitaines, 1 caporal, 1 brigadier.
Certains grades atteints montrent, comme les âges, que plusieurs étaient bien des militaires professionnels.
Les deux plus haut gradés (les capitaines) sont Antoine François FRANCESCHETTI et Baptiste PINELLLI.
OÙ S'ACHEVA LEUR VIE?
En dehors de ceux qui disparurent dans les tranchées du Nord-Est de la France,
2 furent victimes de la stupide expédition des Dardanelles en Turquie,
1 mourut à Salonique
et 1 autre en Serbie.
4 expirèrent loin du front, des suites de leurs blessures ou de maladies contractées sur le front: 1 à Fez, 1 à St-Didier (Vaucluse), 1 à Guagno et 1 à Lyon.
OÙ REPOSENT-ILS?
Un examen des tombes du cimetière de Poggiolo permettrait de savoir qui a été vraiment enterré ici.
En attendant, il peut être certain que DESANTI François Antoine et DESANTI Jacques Antoine (prénommé seulement Jacques sur le monument) n'y sont pas car ils ont été déclarés "disparus" lors de
combats dans la Meuse (à Béthincourt et à Vauquois).
COLONNA Franco Antoine est enterré dans la nécropole nationale de Somme-Suippe qui regroupe 4950 corps français.
Les restes de PINELLI Dominique Félix se trouvent dans le cimetière militaire de Flirey (Meurthe-et-Moselle) (tombe n° 118) avec ceux de 4.406 victimes de la guerre.
Beaucoup plus loin, c'est en Macédoine, à Skopje, au cimetière militaire français (voir la vidéo ci-dessous), dans la tombe n° 531, que repose DESANTI Dominique Xavier (dit
seulement Dominique sur le monument), mort à Zajeca en Serbie.
Pierre Toussaint MARTINI (appellé Toussaint sur le monument), qui s'était engagé dans la Légion, et qui fut
tué à l'ennemi le 24 avril 1915, âgé de 46 ans, se trouve dans le cimetière militaire français de Seddul-Bahr, dans la presqu'île de Gallipoli en Turquie. Son nom ne figure pas dans
la
liste des 2.236 soldats identifiés mais les quatre ossuaires contiennent un total de 20.000 corps.
QUELQUES PARTICULARITÉS
- Le premier tué: Jean Toussaint MARTINI, le 19 septembre 1914 (il en sera question dans le prochain article de ce blog).
- La dernière victime: Dominique Xavier DESANTI décédé le 13 décembre 1918, un mois après l'armistice, de maladie contractée en service.
- Le plus décoré: Antoine François FRANCESCHETTI qui eut la Médaille Militaire, la Croix de Guerre et la Légion d'Honneur.
- La double reconnaissance:
Pierre Toussaint ANTONINI est mentionné sur le monument aux morts de Guagno.
François DEMARTINI est également inscrit sur le monument de Soccia.
Jean André PATACCHINI se trouve aussi sur celui de Pastricciolla.
Damien BALDARESCHI est nommé sur le "Livre d'Or des Corses tombés au Champ d'Honneur" concernant la commune de Zalana.
Ils étaient trente Poggiolais qui connurent les souffrances et le destin des 11.325 Corses tués par la Grande Guerre.
P.S.: si vous avez des renseignements complémentaires, ils pourrront être publiés
dans ce blog. Si vous constatez des erreurs dans cet article, n'hésitez pas à nous les signaler.
Par Michel Franceschetti
-
Publié dans : Faits du XX° siècle
-
0
-
Recommander