Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 novembre 2020 7 08 /11 /novembre /2020 17:13

La réalité de Saint Roch a été niée dans un dossier de "La Gazette de Montpellier" dont nous nous étions fait l'écho en octobre dernier.

Bernard ALLIEZ a fait le point de la question dans un article qu'il a présenté au Père Jean-Pierre BONNAFOUX et qui vient d'être publié dans le bulletin "INSEME" de novembre.

 

En préambule, copie des courriers échangés entre Bernard Alliez et Jean-Pierre Bonnafoux au sujet de cet article « sensible »


"Depuis de nombreuses années, je m'intéresse à Saint Roch. Cela m'a permis de fouiller les aspects populaires, historiques, légendaires, artistiques, bien sûr religieux de ce saint et de la période où il a vécu. Sa légende connue de tous est imprimée dans la mémoire collective mais il semble qu’elle ne corresponde a aucune réalité historique scientifiquement démontrable. J'ai écrit un court texte illustrant mon propos que je vous envoie. Ce texte pourrait être proposé à notre revue "Inseme" mais je ne veux en rien choquer ou contrarier nos lecteurs. Si vous pensez que ce texte est '"publiable" et intéresserait des lecteurs, un commentaire de votre part me semble indispensable avant de l’envoyer, sinon, je continue à travailler et nous pourrons en parler lors d'une prochaine rencontre à Vico. "

Bernard ALLIEZ

 

Réponse:

"St Roch, saint très populaire en Corse et vous comme moi, nous avons appris son histoire dès notre enfance! Et voilà que des recherches historiques remettent en cause cette histoire !!!
Faut-il les ignorer ? Certainement pas ! Merci Bernard Alliez ! Mais quoi qu'il en soit, saint Roch, priez pour nous! Protégez-nous !"

 Jean-Pierre BONNAFOUX

 

 

Saint Roch de Montpellier, de la légende à l’histoire.

 

Notre bon Saint Roch, celui que nous fêtons tous les 16 Août, à Letia, à Vico, à Poggiolo et partout en Corse comme en Italie, en Provence et bien au-delà, aurait vécu dans la seconde partie du XIVème siècle, il y a donc près de 700 ans! On pensait tout savoir à son propos depuis les travaux d’éminents historiens médiévistes français et italiens qui, dans les années 1960, avaient, établi un récit historique paraissant cohérent à partir de manuscrits et d’incunables à leur disposition.

Or, en 2006, furent publiés les actes d’un colloque réuni à Padoue sous la présidence d’A. Vauchez et A. Rigon suite aux révélations faites par un certain Pierre Bolle dans sa thèse de doctorat soutenue à l’Université Libre de Bruxelles. En effet, ce chercheur a considérablement remis en question des quasi certitudes que l’on avait concernant la biographie du saint et a fait la part des choses entre ce qui relève de la foi, de la légende hagiographique et de l’histoire qui sont trois choses différentes.

La légende connue de tous est celle d’un jeune pèlerin montpelliérain du XIVème siècle parti à Rome à la mort de ses parents après avoir vendu tous ses biens et se consacrant au service des pestiférés. Obtenant en chemin des guérisons miraculeuses, Roch réussit à voir le pape à Rome où il poursuit son apostolat. Sur le chemin du retour vers Montpellier, il contracte la peste à Sarmato, près de Plaisance. Il s’isolera jusqu'à sa guérison et c’est lors de cet épisode que chaque matin un chien lui apportera un morceau de pain. Mais après son départ, il est rapidement pris pour un espion, il est alors emprisonné et meurt dans un cachot à Voghera.

 

Voilà le récit merveilleux que nous connaissons depuis notre enfance, mais les preuves historiques particulièrement minces ont interpellé Pierre Bolle dont le prochain livre paraîtra en 2021 préfacé par Guy Philippart, un des plus grands spécialistes mondiaux de l’histoire des saints.


Pour lui, le récit fondateur du culte de Saint Roch fut écrit en italien et latin en 1474 par un certain Francesco Diedo, diplomate vénitien, gouverneur de Brescia, alors que la peste sévissait à Brescia! Les quelques dates citées par ce récit sont invraisemblables et il n’y a aucune référence à un évènement historique vérifiable. Les historiens modernes parmi les plus éminents avaient donc, à partir de ce récit, tenté de faire cadrer les évènements rapportés à des dates plus crédibles mais tout cela était plein d’incertitudes et d’hypothèses non vérifiées. De plus, le texte de Diedo est truffé de «lieux communs» que l’on retrouve dans beaucoup d’autres traditions destinées à l’édification des fidèles: naissance royale ou aristocratique, reconnaissance par des parents au moment de la mort, etc.

 

Il convient de noter enfin le manque de «matérialité» de ce saint, relativement récent : pas de sépulture ni à Montpellier, ni à Voghera où il serait mort, aucun écrit, aucune parole rapportée, aucun témoin contemporain... Il semble même que les transferts de reliques le concernant présentent beaucoup d’invraisemblances et même des modifications de dates dans les archives consultées !

 

Pour P. Bolle, il faut donc séparer le saint de sa légende et ne pas s’en tenir au récit exclusivement hagiographique destiné à la seule édification des croyants et qui n’est en rien un récit historique ! D’autant plus que d’autres sources, étudiées par ce chercheur, tendent à expliquer que la figure du saint que nous connaissons est en fait une construction syncrétique dans laquelle plusieurs traditions se seraient fondues. Par exemple, sur une xylogravure provençale du début du XVIème siècle on voit apparaître deux saints Roch représentés côte à côte. D’un côté, notre Saint Roch de Montpellier habillé en pèlerin avec l’inscription «Saint Roch glorieux martyr protège-nous de la peste et de tout péril» et de l’autre, Saint Roch d’Autun en tenue d’évêque avec l’invocation: «Saint Roch évêque et confesseur, protège-nous des tempêtes (tempestes en provençal)».

À quel Saint Roch se vouer ?

Les deux saints sont des homonymes et pour P. Bolle, il s’agit bel et bien ici de ce que l’on nomme d’un doublet hagiographique. Cette assimilation courante aurait été facilitée par des vertus protectrices similaires: l’un pour la peste, l’autre pour la (tem)peste. Il s’agit évidemment ici d’un glissement du langage populaire, d’une aphérèse que les linguistes connaissent bien et qui, au fil du temps ont entériné la confusion entre les deux figures. Confusion d’ailleurs en accord complet avec les conceptions moyenâgeuses en épidémiologie qui faisaient dire à Guy de Chauliac, chirurgien des papes en Avignon qu’«une conjonction défavorables des planètes entraine une corruption de l’air qui elle même entraine les miasmes de la pestilence».

Le Saint Roch (Raco) le plus ancien fut évêque d’Autun, connu parmi les signataires du concile de Paris en l’an 614 et pour le coup cela est historiquement prouvé. Au fil du temps, le culte de ce saint bourguignon du VIIème siècle va diffuser en Languedoc où, comme par hasard, on le fêtera déjà le 16 aout! Et P. Bolle en a retrouvé de nombreuses preuves dans les archives municipales, les bréviaires, les calendriers liturgiques, etc. du XIIIème au XVème siècle, à Pamiers, Limoux, Lodève, Clermont l’Hérault, Montpellier...

Le culte de notre Saint bourguignon prendra par la suite le chemin de la via francigena jusqu'à Rome et c’est dans ce contexte, alors que des foyers terrifiants de peste décimaient les populations touchées, qu’il s’est dédoublé en saint protecteur invoqué par le peuple contre la peste. En 1474, cette vénération populaire finira par inspirer à Francesco Diedo son récit fabuleux qui connaîtra une diffusion fulgurante grâce à l’imprimerie naissante. Le culte de ce Roch nouveau, montpelliérain de naissance, se propagera en Vénétie et en Lombardie, sur les voies de pèlerinage puis en Allemagne et en Europe du nord pour atteindre plus tardivement la France, l’Espagne etc.... On parle d’ailleurs, à propos de Saint Roch de Montpellier, du premier saint de l’imprimerie.

Enfin, si nous devions conclure, nous dirions que les études de P. Bolle, sans rien retirer aux vertus prêtées par nos anciens à notre bon et vieux Saint Roch, permettent de faire la part des choses entre ce qui relève de l’histoire et ce qui tiens des traditions populaires et pour rester dans le vocabulaire épidémiologique qui a tant de succès aujourd’hui nous pourrions dire qu’il y a bel et bien eu contamination entre les deux saints.

Bernard ALLIEZ

 

Sans faire de commentaire, nous pourrions ajouter en conclusion ce que Mgr de Germay, qui vient d'être nommé archevêque de Lyon, expliquait à "Famille chrétienne" à propos des dévotions populaires : « La tradition, c’est ce qui transmet le dépôt de la foi. Le danger est de s’attacher à la tradition pour elle-même et non plus pour ce qu’elle transmet.  Une tradition ne vit que si elle se renouvelle. »

 

Partager cet article

Repost0
7 novembre 2020 6 07 /11 /novembre /2020 18:00

 

Ce début novembre n'a pas permis d'organiser des fêtes avec bastelle, mais on peut se se souvenir de quelques bons moments où le village se rassemble, comme par exemple ici, à la Toussaint 2013.

 

Ce diaporama est également l'occasion de rappeler la recette des bastelle.

 

Partager cet article

Repost0
7 novembre 2020 6 07 /11 /novembre /2020 12:37

Toutes les cérémonies religieuses publiques ayant été supprimées pour cause de Covid, la messe du couvent de Vico peut être suivie sur Facebook.

Le couvent s'adapte au reconfinement

Partager cet article

Repost0
5 novembre 2020 4 05 /11 /novembre /2020 18:00

 

 

Martine CHITI a montré son sens de l'humour en publiant, voici quelques jours, l'avis suivant sur Facebook:

 

Micca bastelle pour le dixième anniversaire

 

La Toussaint n'a pas pu être fêtée de façon communautaire comme on aime bien le faire en Corse. Ce moment de début novembre est l'occasion dans de nombreux villages de confectionner et de manger ensemble les bastelle.

 

De plus, cette année est celle d'un anniversaire: il y a dix ans que le four municipal de Poggiolo a été construit. Edifié sur la place à côté de la salle des fêtes, il avait été inauguré par la fête des bastelle le 31 octobre 2010.

 

Le confinement a empêché d'organiser ce moment de convivialité et, comme l'écrit Martine CHIITI, il nous reste les feuilletons de Noël à la télévision. Chaque après-midi, TF1, entre autres, diffuse déjà des téléfilms américains dégoulinant de bons sentiments.

 

Mais on peut revoir les photos de Jean-Martin FRANCESCHETTI sur l'inauguration de 2010.

Micca bastelle pour le dixième anniversaire
Micca bastelle pour le dixième anniversaire
Micca bastelle pour le dixième anniversaire
Jean-Baptiste PAOLI, Jean-Laurent PINELLI (le maire actuel) et Jean Martin PINELLI devant le feu du four.

Jean-Baptiste PAOLI, Jean-Laurent PINELLI (le maire actuel) et Jean Martin PINELLI devant le feu du four.

Partager cet article

Repost0
3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 18:00

 

    Depuis sa création, le cimetière de Poggiolo a connu plusieurs extensions mais la tombe la plus ancienne du village ne se trouve pas à l'intérieur de son périmètre.

 

    Elle n'est pas non plus dans le cimetière privé ni dans la chapelle funéraire et pas non plus dans les trois caveaux familiaux qui entourent Saint Siméon.

 

    La première tombe poggiolaise est l'église Saint Siméon elle-même. 

  
Eglise St Siméon (photo Michel Franceschetti).

Eglise St Siméon (photo Michel Franceschetti).

 
    En Corse, pendant longtemps, les sépultures se firent dans le cimetière mais aussi  dans l'arca.
 
 
    L'arca était une tombe collective, sorte de chambre souterraine voutée à orifice étroit fermé par une dalle de pierre, accolée à l'église ou creusée sous celle-ci. Elle permettait aux croyants d'être le plus près possible de l'endroit le plus sacré du village et elle renforçait le sens de la communauté, unie ici et maintenant comme pour l’éternité. C'est à partir du XVème siècle que se répandit, en Corse, la pratique des enterrements dans les églises.
 
 
 
L'arca poggiolaise
 
 
    Cette coutume fut pratiquée à Poggiolo comme le prouvent les rapports des visites apostoliques effectuées par les évêques (de Sagone ou du Nebbio) ou de leur délégué (documents étudiés par le Père DOAZAN).
 
 
    Si en 1587 et en 1589, Mgr MASCARDI écrit que "le cimetière entoure l'église", il mentionne déjà l'existence de l'arca de Vico. Mgr COSTA décrit un siècle plus tard, en 1698, à Poggiolo, un "pavement de pierre avec trois ouvertures d'arca avec trappe de pierre". Ces trois ouvertures signifient qu'une était destinée aux hommes, l'autre aux femmes et la dernière aux enfants. Mais, en 1702, le même Mgr COSTA note que "le cimetière est pourvu d'une croix et bien enclôs"
 
 
    Il est vrai que la sépulture en arca n'était pas bien vue des autorités ecclésiastiques. Ainsi, dès le XVI° siècle, la constitution de Mgr SAULI, évêque d'Aleria, imposait d'ensevelir les morts dans les cimetières et non dans les églises, à moins d'avoir la permission de l’évêque.
 
 
    En 1776, un Edit Royal interdisait les sépultures dans les églises insulaires, et en 1789 un Décret de la Révolution ordonnait la création de cimetières, sans grand succès en Corse.
 
L'église et le cimetière vus du Tretorre (photo Michel Franceschetti).

L'église et le cimetière vus du Tretorre (photo Michel Franceschetti).

   
Quelle fut la situation de Poggiolo?
 
 
Les deux périodes d'inhumation
 
 
    Les registres de catholicité du XVIIIe siècle pour Poggiolo ont été étudiés par Xavier PAOLI, l'historien du village. Ils sont référencés aux Archives départementales, ou Archives Pumonti, sous les côtes 6MI 240/3 (pour 1729 à 1772) et 6MI 240/4 pour la période 1770-1796 qui empiète donc sur la précédente.
 
 
    Deux périodes peuvent être distinguées:
 
    Pour la première, de 1729 à 1756, les inhumations eurent toujours lieu "dans l'église". Les registres utilisent alors les termes "arca", "nel pavimento", "attraco".  
Ainsi, en 1731, pour Maria Sibilia et Damiano, dont les décès se sont suivis, il est écrit: "il suo corpo fu sepelitto nella chiesa di S. Simeone", c'est-à-dire: "son corps a été enseveli dans l'église de Saint Siméon".
    
    Cliquez sur les images pour agrandir les documents.
 
Deux actes de sépulture en 1731.

Deux actes de sépulture en 1731.

 
  Ensuite, après 1770 et jusqu'en 1792, les documents mentionnèrent pratiquement tous que les enterrements avaient lieu dans le "cimetière ordinaire", mais en précisant:
 
"nel grande sepultura", c'est-à-dire dans l'arca collective
                                             ou
"nel picola sepultura" ou "nel cimeterio", donc en tombe individuelle.
 
 
    La première mention d'enterrement "nel cimeterio ordinario" date du 12 juin 1770 (mais il manque les feuillets entre 1762 et 1769) et concernait une nommée Maria Francesca. 
Première mention d'un enterrement dans le cimetière de Poggiolo (12 juin 1770).

Première mention d'un enterrement dans le cimetière de Poggiolo (12 juin 1770).

   

    Mais il y eut des exceptions.

 

    En 1783, Domenico Felice FRANCISCHETTI (orthographe fréquente qui se transforma définitivement en FRANCESCHETTI), âgé de 78 ans, fut enseveli "nel pavimento" (sous le carrelage) de la chapelle du Rosaire, qui se situait alors dans la partie gauche de l'église et avait été construite dans les dernières années du XVIIe siècle.

 

    Le curé Giovanni BONIFACY prit soin d'écrire qu'il avait obtenu du vicaire DEFRANCHI de Soccia "la licenza", l'autorisation de "rompere", de casser le sol. La famille FRANCESCHETTI jouait alors un grand rôle à Poggiolo et Domenico Felice devait être un personnage particulièrement important pour bénéficier d'une telle sollicitude.

 

Domenico Felice enseveli dans la chapelle du Rosaire en 1783.

Domenico Felice enseveli dans la chapelle du Rosaire en 1783.

 

    Un autre exemple, onze ans plus tard, qui concerne encore la famille FRANCESCHETTI. En 1793, Angelafelice fut inhumée sous le carrelage de l'église.

 

    On lit bien dans la marge les mots "sepultura grande".

 

Inhumation sous le carrelage de l'église en 1793.

Inhumation sous le carrelage de l'église en 1793.

 

    La fin de l'arca

 

    Il faudrait vérifier attentivement les registres  mais il semblerait d'ailleurs qu'Angelafelice fut le dernier habitant de Poggiolo à avoir été mis dans l'arca.

 

    Tous les enterrements eurent lieu désormais dans le cimetière situé derrière l'église. 

 

    Pour Soccia, où il existait aussi une arca en deux ou trois parties, l'étude publiée voici quelques années par Jean-Baptiste PAOLI indique que la première inhumation dans le cimetière communal eut lieu en 1812, année où des édits préfectoraux particulièrement coercitifs accélérèrent la fin des arche.

 

L'ancienne église St Siméon, détruite à partir de 1863. Dessin réalisé par M. Bessières en 1856 et mis à notre disposition par Emilie Tomas.

L'ancienne église St Siméon, détruite à partir de 1863. Dessin réalisé par M. Bessières en 1856 et mis à notre disposition par Emilie Tomas.

 

    Avec la démolition de la vieille église en 1863 et la construction de l'actuel Saint Siméon, il ne reste plus rien de l'arca poggiolaise, même pas la dalle qui la recouvrait (alors que le couvent St François conserve des dalles de certaines familles vicolaises).

 

    Mais sous le carrelage de la nef, quelques restes de nos ancêtres de trouvent certainement encore.

 

    Visibles ou invisibles, les morts restent parmi nous et il nous montrent d'où nous venons, quelles sont nos racines. Nous sommes les héritiers d'une histoire et d'une communauté.


Bibliographie:
       - "Le couvent Saint François de Vico" par le R. P. Louis DOAZAN (ed. Alain Piazzola)
    - "Soccia. Santa Maria delle grazie. A nostra ghjesgia" par Jean-Baptiste PAOLI (dactylographié, avec l'aide d'"A Mimoria")

Partager cet article

Repost0
2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 18:00
Devinette: la tombe la plus ancienne

Puisque la période de Toussaint est celle où l'on va rendre hommage à nos ancêtres en se rendant sur leurs tombes, la question de la devinette mensuelle paraît évidente:

 

 

Quelle est la tombe la plus ancienne de Poggiolo?

 

 

Réponse (surprenante) demain.

Partager cet article

Repost0
1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 18:00

 

 

Toutes nos condoléances.

 

 

Deuil à Guagno
Deuil à Guagno

Partager cet article

Repost0
31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 18:00

 

L'attentat qui a fait trois morts à Nice le 29 octobre est d'autant plus horrible qu'il a été commis dans une basilique, lieu de prière et de paix. L'Histoire a déjà connu des meurtres dans des églises, et même à Poggiolo au XVIIe siècle, meurtre avec décapitation qui eut un grand retentissement dans toute la Corse et jusqu'à Gênes.

 

 

 

SANG ET CADAVRES

 

Dans les premières lueurs de l’aube, quelques villageois s’approchent prudemment de l’église Saint Siméon de Poggiolo. On est au matin du 11 septembre 1634.

 

Dans la nuit, des cris avaient été entendus, et aussi des coups de feu, certainement des déflagrations d’arquebuses à rouet, l’arme par excellence des Corses à cette époque. Puis, il y avait eu le son des sabots de mulets ou de chevaux s’éloignant rapidement. Et encore des cris, puis des râles d'agonie...

 

Arquebuse à rouet.

Arquebuse à rouet.

Les Poggiolais les plus audacieux arrivent à la porte qui est complètement enfoncée.

 

A l’intérieur,

 « la vision est celle d’un spectacle d’horreur. Le corps (d’un homme) git dans un coin, sans tête, traîné et déchiqueté par les chiens. Son épouse gémit, un peu plus loin, moribonde, avec le cadavre de son petit garçon mort-né, dont elle a accouché pendant la nuit, à ses pieds, percé de plusieurs coups d’arquebuse. Les portes de l’église ont été fracassées à coups de hache, et le décor, autour de l’autel, a été transpercé par les coups de feu.» («Letia et la région de Vico dans l’histoire de la Corse» par François PAOLI).

 

 

Même sans sa tête, les villageois savent que le corps de l’homme décapité est celui d’AMATO de Soccia, LE FILS DE LEUR CURÉ PAOLO.

 

Décapitation dans l'église de Poggiolo... en 1634

 

Aux XVIIème et XVIIIème siècles, de nombreux prêtres corses vivaient en concubinage et avaient des enfants. Ce fut le cas pour Lario POLI ou Hilaire (écrit aussi Hylaire), curé de Guagno, qui avait bénéficié de faveurs de la part de Théodore de NEUHOFF, roi de Corse en 1736. En souvenir, le curé aurait prénommé son fils Théodore. Le prénom serait passé ensuite à son petit-fils, le célèbre bandit qui se proclama le "roi de la montagne".

 

 

 

LES CHASSEURS DE PRIME CONTRE AMATO

 

Paolo, curé de Poggiolo, était le père d’Amato qui eut de gros ennuis avec la justice. Il avait été condamné à mort le 22 novembre 1631 pour le meurtre d’un Guagnais et le 27 mai 1633 pour celui d’un Socciais. Pour la législation génoise, il était devenu un «bandito capitalo», c’est-à-dire qu’il était considéré comme très dangereux mais qu’il pouvait échapper à la mort en s’exilant, ce qu’il fit.

 

Malheureusement, au bout d’un an, Amato revint et rencontra Matteo de Soccia dont il avait tué le frère. Or, après la condamnation, les parents des victimes assassinées avaient constitué des primes sur sa tête. Les primes étaient versées à celui qui ramenait la tête du meurtrier aux autorités génoises. On appelait cette coutume le «marché des têtes».

 

Blessé d’un coup d’arquebuse, tiré peut-être par Matteo, Amato se réfugia dans l’église de Poggiolo avec son épouse enceinte. Il était protégé dans ce lieu saint par le droit d’asile. Pendant ce temps, son père obtenait que l’évêque de Sagone (qui résidait alors à Calvi), Mgr Stefan SIRI, et son vicaire général, Gio Martino SAVELLO, négocient avec le Commissaire génois d’Ajaccio un sauf-conduit et un traité de paix avec les familles des victimes, ce qui était fréquent à l’époque.

 

 

 

LA COLÈRE DE L'ÉVÊQUE

 

Mais le 10 septembre 1634, alléchés par la prime et certainement poussés par Matteo, Aurelio, fils de Nicomedo de Guagno, et Gregorio, fils de feu Giovan Ghilardo de Muracciole, trouvèrent sa cachette et firent le massacre décrit au début du texte.

 

Les chasseurs de primes présentèrent le lendemain la tête d’Amato à Paolo Ambrosio CARMAGNOLA, le Commissaire de Gênes à Ajaccio, qui leur donna l’argent promis et exposa sa tête dans une cage de fer.

 

Monseigneur SIRI, l’évêque de Sagone réagit promptement en mettant en avant le fait qu’Amato n’avait pas été tué «in campagna», en pleine campagne, comme le voulait la loi, et surtout qu’un sacrilège avait été commis. Le prélat en appela au Sénat de Gênes et excommunia Aurelio et Gregorio ainsi que Carmagnola.

 

Armoiries de l'évêque de Sagone.

Armoiries de l'évêque de Sagone.

 

Mgr SIRI ayant décédé en janvier 1635, son action fut poursuivie par le vicaire général SAVELLO et par Mgr Benedetto REZZANI, devenu évêque de Sagone en septembre 1635.

 

Le Commissaire blâma l’action des deux assassins et fit donner une sépulture chrétienne à la tête d’Amato.

 

Aurelio et Gregorio furent condamnés «pour la violence faite à l’Eglise, une balle ayant touché l’autel». Mais, en 1636, la sentence n’était toujours pas appliquée.

 

 

 

ST SIMÉON DÉSACRALISÉE

 

A Poggiolo, la situation religieuse était catastrophique. Saint Siméon avait été souillée par cet acte ignoble. De plus, elle était église piévane, c’est-à-dire que son curé avait autorité sur tous les villages de Sorru in Su : Poggiolo, Orto, Soccia et Guagno.

 

L’église fut déclarée désacralisée avec interdiction d’y célébrer des cérémonies religieuses.

 

Il fut décidé de bâtir une chapelle en bas du village, sur un terrain offert par les familles DEMARTINI et MARTINI. Elle fut dédiée à saint Roch, choix judicieux car ce saint était imploré pour combattre les épidémies alors fréquentes.

 

Lors de travaux de restauration entrepris en 2011, le peintre Mario SEPULCRE  trouva sur les piliers de Saint Roch une couche de peinture qui était peut-être la décoration originelle (voir l'article Il se passe toujours quelque chose à Poggiolo... et à Saint Roch).

 

Chapelle St Roch. Photo Michel Franceschetti.

Chapelle St Roch. Photo Michel Franceschetti.

 

Mais Saint Siméon se releva de son abandon.

 

En 1686, Gio. Battista SPINOLA, évêque de SARZANE en Ligurie, fut envoyé par Rome pour inspecter les diocèses de Corse. Il n’écrit rien sur cette église dans son rapport du 4 juin.

 

Mais le 15 juin 1698, Mgr Giovanni Battista COSTA, évêque de Sagone, décrit une église San Simeone avec autel de pierre, tous les objets liturgiques indispensables, des fonts baptismaux, un confessionnal, une «chapelle du très Saint Rosaire récemment érigée dans l’église» et un «pavement de pierres avec trois ouvertures d’arca avec trappe de pierre». Malgré le toit à réparer, l’église était utilisée et elle était redevenue piévane.

 

Les transformations de St Siméon. Photo Michel Franceschetti.

Les transformations de St Siméon. Photo Michel Franceschetti.

 

Les horribles meurtres de 1634 sont ainsi la cause de la présence de deux bâtiments catholiques dans ce petit village qui mériterait d’être nommé : «POGGIOLO-LES DEUX ÉGLISES».

 

------------------------------------------------------

Cet article a utilisé les renseignements trouvés dans :

«La violence dans les campagnes corses du XVIe au XVIIIe siècle» par Antoine-Marie GRAZIANI (ed. Alain Piazzola)

«Letia et la région de Vico dans l’histoire de la Corse» par François PAOLI (Stamperia Sammarcelli)

Visites apostoliques et pastorales à Sorru in Su, traduction du Père DOAZAN (non édité)

---------------------------------------------------

Texte publié sur ce blog le 8 décembre 2015.

Partager cet article

Repost0
30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 16:56

 

Les restaurants sont fermés pendant le confinement mais ils peuvent prendre des commandes de plats à emporter.

 

A Soccia, le Caffè-Snack U Paese de Jean-Marc Battistelli a su s'adapter.

 

Il paraît que les bastelle (appelées curconi à Soccia) sont excellentes.

 

Adaptation au confinement

Partager cet article

Repost0
30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 09:48
Messe de la Toussaint à Poggiolo

Finalement, avant la bénédiction du cimetière,

 

une messe sera bien célébrée à Poggiolo

 

 

demain samedi 31 octobre à 15 heures.

 

 

Voir le calendrier mis à jour des cérémonies du secteur

en cliquant ICI.

 

Photo Michel Franceschetti.

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
  • Contact

Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

Recherche

Le calendrier poggiolais

"Portraits d'union", un beau cadeau

Renseignements en cliquant ici.

 

 

 

Vacances de Noël:

Fin des cours: samedi 19 décembre

Reprise des cours: lundi 4 janvier

---------------------------

"Inseme", le bulletin interparoissial des Deux Sorru de novembre, est paru. 

 

Pour le lire, cliquer ICI.

La météo poggiolaise

Pour tout savoir sur le temps qu'il fait et qu'il va faire à Poggiolo, cliquez sur LE BULLETIN METEO

Un bulletin indispensable

  le bulletin des paroisses des Deux Sorru.

 

En-tete-inseme-copie-1.jpg

.

POGGIOLO SUR FACEBOOK

Votre blog est maintenant sur Facebook. https://www.facebook.com/pages/ Poggiolo/167056470125907