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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 18:00

S’il a déjà été bien célébré, le centenaire du début de la Première Guerre Mondiale doit l’être plus particulièrement au début août.

Suite à l'assassinat de l’archiduc autrichien François-Ferdinand à Sarajevo, un mois plus tôt, le 28 juin 1914, le gouvernement français décrèta la mobilisation générale samedi 1er août à 16 heures, avec effet le dimanche 2. Tous les clochers de France firent entendre un sinistre tocsin. L'Allemagne déclara la guerre à la France le 3 août.

Pour ce qui fut appelée "la Grande Guerre", la façon dont son déclenchement fut perçue à Poggiolo est bien montrée par l'exemple de Jean LOVICHI, grâce à un émouvant texte de Romain DURAND.

1914: la fin d'un bel été

Petit-fils du sous-préfet Charles LOVICHI, Romain DURAND, après une importante carrière de directeur financier, a été membre de l'Académie des Sciences Morales, des Lettres et des Arts de Versailles. Il a fait des recherches importantes de généalogie (sur GENEANET, son arbre comportait 3344 noms) et d'histoire sociale et militaire. Dans son étude "Soldats par habitude, Etre soldat de 1720 à 1920", il évoque son héroïque oncle Jean dont le nom est gravé sur le monument aux morts de Poggiolo. Il est décédé en juillet 2010.

Ce texte a déjà été publié sur le blog de Poggiolo le 11 août 2010.

1914: la fin d'un bel été

     "Jean LOVICHI est né à Constantine en 1893. Son père, Charles, est en 1914 administrateur civil de la commune de l'Edough, avec résidence à BÔNE; sa mère Odile était professeur de lettres. Aîné et seul garçon d'une famille de quatre enfants, l'éducation de Jean avait été conduite avec un soin extrême. Il avait fait de brillantes études au lycée de Constantine avant de faire sa philo au lycée Henri IV dans la classe d'Emile CHARTIER, dit ALAIN. Sans la guerre, il aurait probablement été le plus jeune agrégé de philosophie de France. (..)

(les enfants de Charles Lovichi)

(les enfants de Charles Lovichi)

En juillet 1914, la famille est en Corse, comme chaque été. POGGIOLO est loin à l'intérieur des terres, entre le golfe de SAGONE et le golfe de PORTO. Charles LOVICHI n'est pas là; les membres de l'administration algérienne sont restés à leur poste dans l'attente des événements. Odile, qui reçoit régulièrement les journaux, s'inquiète. Jean, pacifiste juvénile, ne veut pas croire au pire.

Le dimanche 2 août, en revenant de SOCCIA avec les boules de pain frais, madame LOVICHI et ses deux filles remarquent une agitation insolite. Tout le monde est dehors, parlant de mobilisation et de guerre. On court au-devant d'Odile dans l'espoir qu'elle donnerait des explications. Une vieille cousine qu'on ne voyait jamais au grand jour, diaphane sous le fichu noir, demande: "Oh! Odile! Ils seront avec nous les Français cette fois?".

(Odile Lovichi)

(Odile Lovichi)

     Au village, on se rappellera longtemps avoir vu Jean LOVICHI remonter de la rivière en pleurant son idéal trahi. On ne le comprenait pas bien, mais on lui passait tout. Bientôt, de SOCCIA, de POGGIOLO, de GUAGNO, d'ORTO, chantant les vieux refrains guerriers de la Corse, les mobilisés descendaient d'un pas vif, la musette au côté, pressés de rejoindre les tirailleurs, les zouaves, les alpins, la coloniale pour se distinguer dans la grande épreuve. Odile ordonna qu'on refit les bagages. La route de BÔNE pouvait être perturbée par les navires allemands (elle le fut en effet), et il n'y avait pas de temps à perdre."

 

 

   Au village, on se rappellera longtemps avoir vu Jean LOVICHI remonter de la rivière en pleurant son idéal trahi. On ne le comprenait pas bien, mais on lui passait tout. Bientôt, de SOCCIA, de POGGIOLO, de GUAGNO, d'ORTO, chantant les vieux refrains guerriers de la Corse, les mobilisés descendaient d'un pas vif, la musette au côté, pressés de rejoindre les tirailleurs, les zouaves, les alpins, la coloniale pour se distinguer dans la grande épreuve. Odile ordonna qu'on refit les bagages. La route de BÔNE pouvait être perturbée par les navires allemands (elle le fut en effet), et il n'y avait pas de temps à perdre."

 

 

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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 18:32

RAPPEL:

L'association LETIA-CATENA organise une conférence à Letia San Martinu le dimanche 3 août 2014 à partir de 17h.

L’Archéologue Jean Baptiste Mary donnera cette conférence sur le sujet suivant : L’occupation génoise en Corse, documentée par les sources archéologiques.

Cette conférence se déroulera en présence du Conservateur Régional de l’Archéologie, M. Franck Leandri, et des archéologues qui mènent sur le territoire communal une Prospection – Inventaire, depuis 2013.

Une réunion des membres actifs de l’association se tiendra le même jour, à l’issue de la conférence, au hameau de Saint Roch dans la salle polyvalente, en présence du Conservateur Régional et des archéologues.

L'occupation génoise de la Corse

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 17:43

La Foire de Saint Roch (Fiera di San Roccu) de Renno aura lieu les 16 et 17 août. Nous aurons bientôt l'occasion d'en préciser le programme.

Mais, dès à présent, et jusqu'au 8 août, les cuisiniers amateurs et professionnels peuvent s'inscrire au concours gastronomique qui est organisé par la mairie de Renno.

Toutes les explications ont été fournies dans l'article de "Corse-Matin" du 30 juillet qui est reproduit ci-dessous (cliquez pour l'agrandir).

Montrez vos talents.

Mais n'oubliez pas la procession du 16 août à Poggiolo !!!

Montrez vos talents culinaires

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 18:00

Pendant longtemps, dans toute la Corse, la nuit du 31 juillet au 1er août était redoutée car elle était la nuit des mandrache pendant laquelle s'affrontaient les mazzeri. La pieve de Sorru-in-Sù était directement concernée par ces événements. 

Les textes ci-dessous donnent une explication sur le sens de cette date. Les trois premières parties sont tirées du très utile "Almanach de la mémoire et des coutumes de la Corse" écrit par Claire TIÉVANT et Lucie DESIDERI (Albin Michel, 1986). La quatrième partie, consacrée à cette nuit dans notre canton, est inspirée de "Le mazzérisme: un chamanisme corse" de Roccu MULTEDO (Editions L'Originel, 1994). 

Précision préalable: Les mazzeri sont des humains ayant une vie sociale et personnelle mais qui sont considérés par le village comme des êtres surnaturels liant l'au-delà au monde des vivants. Dans la vie courante, les mazzeri sont des êtres pacifiques. On les reconnait à leur regard: ils ne vous regardent pas, mais regardent à travers vous.​ Ils sont capables de dire quels seront les prochains morts de la communauté.

LE MOMENT DE LA CANICULE ET DES MAZZERI

"Consécutive au solstice d'été (la Saint-Jean), la canicule marque l'entrée du soleil dans la constellation du Lion (i sulleoni). C'est une période redoutable, porteuse de menaces mortelles pour les animaux, les hommes, les cultures. La nature tout entière est comme embrasée. Tout risque de brûler ou de sécher. Les incendies se déchaînent et, attisés par les vents, se répandent jusqu'à prendre des proportions terrifiantes. La canicule qui tue toute vie est à l'image même des morts, êtres desséchés, affamés, assoiffés, noirs. Cette période, néfaste et dangereuse entre toutes, entame son déclin à la fin du mois de juillet, lorsqu'on entre dans les Calendes d'août. C'est pourquoi cette date est en Corse une date rituelle, et la nuit qui fait passer de juillet à août est investie par des pratiques magico-religieuses destinées à éloigner ce fléau mortel.

Dans de nombreux villages, notamment dans le Centre et le Sud, on allume un feu devant le seuil de la maison. Ce feu est appelé focu di i mazzeri (feu des mazzeri). On pose aussi, sur les fenêtres, des ustensiles remplis d'eau. Car, comme à d'autres dates, cette nuit-là, les morts se rapprochent des vivants. Leur présence est redoutée et on s'en protégera de plusieurs manières. (...)"

LA FÊTE DES MORTS ESTIVALE

"Dans la liturgie, le 1er août est la fête de Saint Pierre-aux-Liens. Cette fête religieuse est venue se superposer à celle qui, à une époque lointaine, était celle des Macchabées. Le 1er août est donc une fête des morts. Elle est symétrique de celle du 1er novembre; elle en est le doublet estival.

C'est dans ce contexte de mort que prennent place les batailles des mazzeri (...).

La nuit du 31 juillet s'engage une bataille contre la mort et la mortalité. Les mazzeri d'un village se regroupent, montent sur le col, ou se rendent à la limite qui sépare leur territoire du territoire voisin, et là, se battent contre les mazzeri de la communauté limitrophe. Les armes qu'ils utilisent dans ces combats sont des tiges d'asphodèle. (...)

L'enjeu de ces guerres végétales est d'importance." (...) 

Dans les villages des vainqueurs, la mortalité de l'année sera faible, et forte chez les vaincus.

Photo de Joan Fontcuberta.

Photo de Joan Fontcuberta.

L'ASPHODÈLE, LA REINE DES BATAILLES

L'asphodèle, appelé en Corse taravucciu, arbucciu. taravellu, luminellu, etc , est une plante bien connue dans les mythologies végétales, depuis l'antiquité grecque. C'est la plante des morts. Elle «pousse dans le royaume des Ombres ». Dans les Enfers et les Champs-Elysées où séjournent les Héros défunts, les asphodèles abondent. Dans les siècles passés, en de nombreuses régions d'Europe, on en plantait autour des tombeaux car, disait-on, les morts aimaient cette plante et se nourrissaient de ses racines. (...) Elle produit l'abondance et assure l'immortalité de l'âme.

On comprend que, pour combattre la pénurie et la mort caniculaires, les mazzeri corses, la nuit du 31 juillet, brandissent l'arme la plus efficace en ce domaine. 

un plant d'asphodèle

un plant d'asphodèle

LES MANDRACHE GUAGNAISES

D'après Rocco MULTEDO, qui reprend des travaux de Dorothy CARRINGTON, les assemblées de mazzeri ont lieu de préférence le samedi. La bataille annuelle qui se déroule dans la nuit du 31 juillet s'appelle une mandraca. Elle voit s'affronter deux groupes masqués en animaux et formés en milizie avec chacune un capitaine élu. Les deux camps viennent de deux communautés voisines et s'affrontent sur le col qui sépare celles-ci. Après avoir poussé des "cris effrayants", ils se battent à coup de tiges d'asphodèles jusqu'à la fuite d'un groupe ou l'arrivée du jour. Les asphodèles et les bâtons utilisés finissent dans un grand feu.

Notre canton étant quasiment enclavé dans la montagne, plusieurs mandrache se déroulent, ce qui laisse supposer que les batailles n'avaient pas toutes lieu la même nuit:

- Soccia contre Casamaccioli dans le Niolu

- Guagnu contre Vivario au col de Manganellu 

- Guagnu contre Venacu et Corti au col de Virdiola, près d'un ancien cimetière

La plus importante était la confrontation entre Guagnu et Pastricciola, au col de Missicella, à 1.191 mètres d'altitude. Ce lieu, qui a longtemps permis aux bergers de passer de Sorru-in-Sù aux pièves de Cruzzini et Cinarca, est particulièrement stratégique pour les mazzeri.

Les légendes de chez nous (4/7): la nuit des mazzeri

N'allez surtout pas à Missicella les 31 juillet et 1er août. De toute façon, évitez de sortir cette nuit-là. Des esprits forts peuvent dire que les mazzeri ont quasiment disparu et que les mandrache ne sont plus organisées. Mais peut-on en être certain? On murmure quelques noms d'initiés à Poggiolo, Soccia, Orto et Guagno.

Il vaut mieux être très prudent.

Réalisé à l'occasion d'une chasse au sanglier, le film suivant (https://www.dailymotion.com/video/x18lzcu_19-12-2013-bocca-missicella_animals) montre ce qu'est le col de Missicella et les paysages qui l'entourent.

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28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 18:00

La légende de la Sposata a inspiré des artistes, écrivains, peintres ou chanteurs. 

Le côté fantastique de cette histoire est accentué par l'incarnation du personnage principal dans la montagne.

Certains ne remarquent pas la tête de la méchante fille sur les rochers. Il suffit pourtant de bien lever les yeux.

Pour aider les visiteurs nouveaux, une aide leur a été fournie dans le bulletin n°8 de l'Association Renno-Informations, en date du 25 juillet 2009. Marilyne Dufresne, originaire de la commune d'Azilone-Ampaza, dans le sud de la Corse, a, en quelques coups de crayon, dégagé les traits de la Mariée et les plis de ses vêtements.

Il n'est plus possible de prétendre que la Sposata n'est pas sur la montagne.

Les légendes de chez nous ( 3/7): la Sposata ou l'inspiratrice des artistes
Les légendes de chez nous ( 3/7): la Sposata ou l'inspiratrice des artistes
Les légendes de chez nous ( 3/7): la Sposata ou l'inspiratrice des artistes

L'immense chanteur Antoine CIOSI a, dans les 276 titres de sa discographie, évoqué la Sposata. Composée par Dany REVEL, cette chanson s'intitule "La Sposata ou la légende de la mariée maudite". Elle est une réflexion sur la force de l'amour:

"Fallait -il que l’amour soit fort

Pour que tu braves ainsi le sort".

Alors que de nombreuses chansons de CIOSI sont diffusées sur Youtube, celle-ci n'est pas sur internet. Elle n'existe qu'en version audio, sur le site Music Me, Teemix ou Deezer.

Comme vidéo, la version de J M Campocasso, à la guitare, sans orchestre, est très proche de CIOSI.

Toute autre est la version de MATIAS. Ce chanteur, dont la carrière a débuté en 2009, se produit essentiellement en PACA et Rhône-Alpes. La vidéo de son spectacle de 2013 permet de l'entendre chanter "Dio vi salvi regina" puis, au bout de 2 minutes, faire le récit de la légende de la Sposata sur fond de polyphonie. 
Prochains concerts de MATIAS:
3 Août 2014: Ruoms
4 Août 2014: Sorgues
9 Août 2014: Oullioules
 
 

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 20:06

M. Paul Vincetti et Mme Dominique Colonna, sa fille ;

Mlle Elisabeth Colonna, sa fille ;

Ses petits-enfants : Sylvie et Bertrand, son compagnon, Sébastien et Amélie, sa compagne ;

Ses arrière-petites-filles Juliette et Charlotte ;

Mme Vve François Xavier Paoli, ses enfants et son petit-fils ;

Les enfants et petite-fille de feu Pierre Colonna ;

M. et Mme Jean Baptiste Colonna, leurs enfants et petite-fille ;

M. et Mme Toussaint Colonna ;

Ses cousins, les familles Coudouel, Guarrizzo, Sintenac, Alin ;

Parents, alliés et amis
Ont la douleur de faire part du décès de


Madame Jeanne COLONNA
née PAO
LI


survenu à Poggiolo le 25 juillet 2014.
La levée du corps aura lieu lundi 28 juillet 2014, à 9 h 30, à la chambre funéraire des pompes funèbres Impériales, la Rocade. La cérémonie religieuse sera célébrée en l'église d'Orto à 11 heures. L'inhumation suivra à Orto.
La famille tient à remercier le docteur Jaffuel et Antoine Ceccaldi, son infirmier, pour leur gentillesse et leur dévouement.
Cet avis tient lieu de faire-part et de remerciements.
PF Impériales Morelli Bichicchi Bacci 04.95.20.42.43

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 19:48

Samedi 26 juillet 2014, à Châteaurenard, dans les Bouches-du-Rhône, a été célébré le mariage d'Adeline SEISSON avec Mathieu FRANCESCHETTI, fils de Brigitte et Michel FRANCESCHETTI, et petit-fils de Marie et Jean-Martin FRANCESCHETTI.

Qu'ils soient heureux dans leur nouvelle vie!

Un beau mariage

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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 18:33
"A Merendella" est à Ajaccio

Les amateurs de bonne cuisine avaient pris l'habitude d'aller chaque été à Soccia pour goûter les plats originaux et succulents de Michel et Stéphanie CAPRINO au restaurant "A Merendella". Surprise pour eux cette année: le lieu est fermé dans l'attente d'importants travaux  de remise en état du bâtiment.

Mais rien n'est perdu car "A Merendella citadina" est ouverte depuis le 22 avril dans la vieille ville d'Ajaccio, entre la cathédrale et la Maison Bonaparte, au 19 Rue Conventionnel Chiappe.

Dans cette petite salle voûtée, la cuisine n'a pas changé et est toujours excellente. Les deux toques de Gault et Millau ont d'ailleurs été maintenues. Le régal est toujours au rendez-vous... et puis, Michel et Stéphanie sont toujours ravis de retrouver des amis des Deux Sorru!

Ouvert midi et soir, de 12h à 13h30 et de 20h à 22h. Fermé le dimanche.

Réservation au : 04 95 21 99 13.

"A Merendella" est à Ajaccio

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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 18:00

Depuis le col de Saint Antoine, quand on descend sur Vico et Murzo, des crêtes tourmentées se détachent sur les crêtes de la montagne. Et, parmi elles, un visage de femme tourné vers le couchant, vers la Cinarca: la SPOSATA, l'Epousée, la Mariée. Pourquoi est-elle là?.

Les légendes de chez nous ( 2/7): la Sposata ou la fille au cœur dur

Il y avait jadis au petit village de Nesa, près de Vico, au pied des premiers contreforts de la montagne, une pauvre maison qui abritait Joanna Ambiegna et sa fille Maria. Les deux femmes avaient bien de la peine à vivre, étant des plus misérables parmi les plus misérables du hameau.

Joanna, âgée, devenue impotente par suite de fièvres mal soignées, restait à la maison et faisait la cuisine. Maria gardait le troupeau de chèvres d'un propriétaire de la localité. Par ce travail, elle gagnait quelques sous, le plus clair des ressources de la mère et de la fille, car, du maigre héritage du père, il ne restait à peu près que la maison et un indigent mobilier. Joanna était douce et bonne et elle souffrait sans se plaindre de la dureté de sa fille qui jamais, pour elle, n'avait un mot affectueux, jamais une de ces caresses qui vont au coeur des mères.

Les légendes de chez nous ( 2/7): la Sposata ou la fille au cœur dur

LA DEMANDE DU SEIGNEUR DE CINARCA

Seulement, si Maria Ambiegna manquait de coeur, elle était d'une grande beauté. Aucune fille dans toute la région n'avait d'aussi grands yeux noirs, aucune un visage aussi régulier, un profil aussi pur, aucune des tresses plus noires, plus longues, de cheveux plus fins. Luciano de Tellano, seigneur de la Cinarca, un jeune et très riche gentilhomme, l'avait un jour aperçue, tandis qu'il chassait le mouflon sur les pentes de la montagne. A plusieurs reprises, il était revenu, il s'était même installé dans la maison qu'il possédait à Vico, alors que son château se trouvait à quelques lieues de là, à Orcino, afin de multiplier les occasions de rencontrer la jolie bergère. Lorsqu'il causait avec Maria, les mouflons pouvaient courir en paix, les perdrix s'envoler sous ses pieds, les lièvres déboucher du maquis, cet enragé chasseur ne s'en occupait plus. Un beau jour, Luciano de Tellano demanda à brûle-pourpoint à Maria Ambiegna:

 «Veux-tu être dame de la Cinarca ?»

Maria, qui avait longtemps attendu ces mots, accepta.

Ce fut dans toute la région, de Vico à Evisa, à Sagone et jusqu'à Ajaccio, un cri d'étonnement. Jamais on n'eût supposé que le fier et beau seigneur, à qui étaient promises les plus riches héritières, les descendantes des plus nobles familles, pût songer à donner son nom à la moins fortunée des bergères.

 

LA DOT DE MARIA

Maria était heureuse, certes, mais son bonheur était mitigé par l'humiliation qu'elle éprouvait de n'apporter en dot à son époux que sa personne et les quelques misérables hardes qu'elle possédait.

Joanna Ambiegna était fière du mariage de sa fille, mais bien triste aussi. Elle sentait qu'elle la perdait à jamais. Loin de compatir à la peine de la vieille femme et de chercher à l'adoucir, la jeune fille passait ses derniers jours à la gourmander, l'accusant d'avoir mal géré son héritage, - si l'on peut appeler héritage deux chèvres, une cahute croulante et quatre meubles, - déclarant que le peu qui restait était à elle et qu'elle entendait l'emporter.

Tout ce qui se trouvait dans la cahute, jusqu'aux ustensiles de ménage, jusqu'aux couvertures, jusqu'aux assiettes d'étain, tout fut entassé dans des paniers. Ce n'est pas que Maria pensât que cela pût servir en aucune façon dans la riche demeure de son futur époux, dans ce château d'Orcino dont on vantait partout le luxe et les commodités, mais, comme elle le disait, elle ne voulait pas y entrer les mains vides.

 

LE CORTÈGE NUPTIAL

Enfin le grand jour arriva. Luciano, avec un imposant cortège d'amis, de serviteurs, de clients, tous superbement montés et harnachés, parut sur la place de Nesa. Des paniers soigneusement recouverts, afin que l'on ne vît pas les pauvres choses qu'ils contenaient, furent chargés sur le dos de mulets. Maria, après avoir rapidement embrassé sa mère, plus pour l'édification de son fiancé et du public que par le moindre sentiment de tendresse, monta sur une belle jument blanche, caparaçonnée de velours rouge, aux côtés de son futur époux. Au milieu du tumulte joyeux des cavaliers de son escorte qui, en signe d'allégresse, tiraient des coups de fusil en l'air, l'épousée quitta, sans un regard en arrière, le village natal.

Les légendes de chez nous ( 2/7): la Sposata ou la fille au cœur dur

Sur le seuil de la cahute, maintenant vide de tout ce qui avait un semblant de valeur, de tous les souvenirs de défunt son mari, des petits riens auxquels elle était attachée, Joanna, les yeux baignés de larmes, regardait le cortège s'éloigner. Le chemin d'Orcino grimpe à travers la montagne et s'élève dès la sortie du village. La pauvre veuve pouvait ainsi suivre la riante théorie, s'égrenant le long des flancs abrupts. Elle distinguait en tête du cortège sa fille sur sa jument blanche, à côté du seigneur de la Cinarca sur son cheval noir.

On eût pu croire que Maria, toute à son bonheur ou du moins à son triomphe, ne songeait plus qu'aux plaisirs qui l'attendaient, à cette vie de grande dame qu'elle allait mener à Orcino, aux immenses terres qu'elle allait partager avec son mari, aux forêts quasi impénétrables qui seraient son domaine, aux innombrables troupeaux sur lesquels elle régnerait en maîtresse, elle dont l'enfance s'était passée à garder les maigres chèvres des autres.

Mais non, dans son âpreté, elle n'avait de pensée que pour ce qu'elle emportait, pour les choses sans utilité désormais pour elle, qu'elle avait arrachées à la pauvreté de sa mère. Elle craignait d'en avoir oublié.

 

LE RACLOIR OUBLIÉ

Soudain, elle se frappa le front. Elle se rappela avoir omis de mettre dans ses bagages le racloir de son pétrin. Ce racloir, sa mère s'en était servi la veille, puisque l'on avait fait de la galette.

"Qu'y a-t-il, ma chère âme? demanda Luciano anxieux. Auriez-vous oublié quelque objet qui vous fût cher?

- Oui, mon doux seigneur, répliqua Maria. J'ai oublié à Nesa le racloir du pétrin."

Le seigneur de la Cinarca se mit à rire.

"Eh qu'importe, ma mie, le racloir de votre pétrin, votre mère s'en servira. N'en a-t-elle pas besoin? Vous n'aurez pas à Orcino à vous occuper de ces choses et je suis bien certain qu'il y en a tant qu'il en faut."

Le visage de Maria se ferma. Elle parut violemment contrariée.

"C'est ce racloir-là que je veux et non point un autre. Il m'appartient et je désire l'avoir. Donnez donc l'ordre à un de vos serviteurs d'aller le réclamer."

Luciano s'aperçut qu'il fâchait sa fiancée et il expédia un domestique à Nesa.

Les légendes de chez nous ( 2/7): la Sposata ou la fille au cœur dur

Joanna était toujours sur le seuil de sa demeure et n'avait pas perdu de vue le cortège maintenant arrivé tout en haut de la montagne à un endroit où, bientôt, il disparaîtrait à ses yeux. Elle vit le cavalier qui se détachait du convoi et qui redescendait vers le village; quand le serviteur de Luciano de Tellano déboucha sur la place, la pauvre veuve s'imagina que sa fille avait eu un regret de sa dureté et que l'homme était chargé pour elle d'un message de tendresse. Ah! comme elle était prête à y répondre de tout son amour maternel l

Très poliment, elle s'adressa au domestique qui mettait pied à terre devant sa masure

"Ma fille vous a-t-elle chargé pour moi d'une commission? Avait-elle quelque chose à me dire?

 - Oui, répliqua l'homme, bourru et furieux d'avoir été envoyé en arrière et de devoir ensuite se presser pour rattraper ses maîtres, et tout cela pour si peu de chose. Oui, donna Maria vous fait dire qu'elle a oublié le racloir du pétrin et que vous ayez à me le remettre tout de suite pour que je le lui apporte."

 

LA MALÉDICTION

Alors, pour la première fois, une révolte gronda dans le coeur de la vieille femme; cette ingratitude lui parut trop forte, trop dure, sa propre condition, seule, misérable, dépouillée.

Joanna tourna la tête vers le brillant cortège, là-haut sur la montagne; elle tendit un poing courroucé dans la direction de sa fille et s'écria:

"Tu seras punie, ô fille au coeur de pierre!"

 

Les légendes de chez nous ( 2/7): la Sposata ou la fille au cœur dur

On raconte aux veillées qu'à cet instant précis, dans le ciel bleu et sans nuage de cette journée de mai, un coup de tonnerre terrible éclata, secouant l'atmosphère, que tout le cortège nuptial fut environné subitement d'un épais brouillard et qu'un éclair vint frapper la montagne, dispersant chevaux et cavaliers. Certains ajoutent que la terre trembla, que l'on entendit des voix menaçantes sortir des précipices, mais ce ne sont là sans doute que les effets d'une imagination en proie à la terreur, une terreur bien compréhensible.

Lorsque le brouillard se dissipa, Maria Ambiegna, la fille sans pitié, était changée en pierre, elle et son cheval. Et c'est la bergère corse, l'épousée du seigneur de la Cinarca, que les touristes peuvent voir juchée là haut sur le sommet, la tête tournée vers le château de la Cinarca qu'elle ne connaîtra jamais. La Sposata, un roc, rien qu'un roc, comme son coeur.

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Ce récit reprend en très grande partie les textes de cette légende qui sont nombreux sur internet. Mais, ici, la bonne orthographe de Nesa et Orcino a été rétablie.

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 08:50
Sorru in Musica à l'honneur

Le Festival Sorru in Musica est à l'honneur dans le "Corse-Matin" d'aujourd'hui mercredi 23 juillet 2014:

- une page relatant la soirée d'ouverture

- une demi-page annonçant la soirée poggiolaise

- en première page, une photo de Bertrand CERVERA qui répond à des questions en page 11.

Lisez cette interview où le créateur du festival explique le sens de cette initiative originale.

Sorru in Musica à l'honneur

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Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
  • Contact

Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

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Le calendrier poggiolais

"Portraits d'union", un beau cadeau

Renseignements en cliquant ici.

 

 

 

Vacances de Noël:

Fin des cours: samedi 19 décembre

Reprise des cours: lundi 4 janvier

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"Inseme", le bulletin interparoissial des Deux Sorru de novembre, est paru. 

 

Pour le lire, cliquer ICI.

La météo poggiolaise

Pour tout savoir sur le temps qu'il fait et qu'il va faire à Poggiolo, cliquez sur LE BULLETIN METEO

Un bulletin indispensable

  le bulletin des paroisses des Deux Sorru.

 

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