"Je suis passionné par le patrimoine depuis toujours, confie le quadragénaire. J'ai suivi des formations, notamment lorsque j'étais à l'inventaire du patrimoine de la Collectivité de Corse. Depuis tout jeune, le simple fait d'entrer dans une église est un émerveillement. Cette année, lors du salon du patrimoine, je me suis rendu sur le stand de l'observatoire du patrimoine religieux et j'ai fait la connaissance d'Hadrien Lacoste. Il s'avère que les missions de l'observatoire entrent complètement dans ce que j'ai envie de faire pour la Corse, c’est-à-dire de préserver le patrimoine religieux dans toutes ses composantes.
La Corse, ce sont 360 communes et un millier d'édifices religieux qui regorgent tous d'un patrimoine mobilier extraordinaire. Tout cela est une charge et si je peux apporter mon expertise dans le domaine pour aider les maires des communes de Corse à restaurer leur patrimoine, leur apporter un conseiller d'ingénierie, je le ferai volontiers. Grâce à l'observatoire du patrimoine religieux, je vais pouvoir m'impliquer encore davantage."
Pour Hadrien Lacoste, le choix de Barthélémy Colombani pour représenter l'association en Corse était une évidence : "Le profil de Barthélémy est très intéressant parce qu'il est maire lui-même, note Hadrien Lacoste. Maire, c'est le premier échelon, celui qui prend les décisions et qui priorise les chantiers. Vous avez souvent des édifices qui nécessitent des travaux phasés et les maires se retrouvent vite perdus. L'autre expertise à apporter, c'est bien sûr les solutions de financement. D'autant que la Corse a une organisation administrative particulière."
Des spécificités corses
Dans les chapelles, les églises, les cathédrales et les couvents de Corse, le patrimoine mobilier est souvent mieux conservé que sur le Continent. "
La Corse a une spécificité énorme, assure Barthélémy Colombani. Sur le Continent, le patrimoine mobilier a connu les grandes fontes de Louis XIV qui ont servi pour l'effort de guerre et qui ont supprimé une très grande partie de l'orfèvrerie ancien régime. C'est un patrimoine qui a été conservé en Corse, puisque nous n'étions pas français à l'époque. Nous avons encore tout un tas d'orfèvreries ancien régime dans les placards de nos sacristies. Ces objets méritent d'être conservés dans de bonnes conditions.
Mais aussi, durant la période de la Révolution française, il y a eu de nombreuses dérives, avec des bûchés pour brûler des documents religieux, des vêtements liturgiques, du mobilier liturgique, et cela a fait des ravages. Nous n'avons pas connu cela en Corse puisque nous avons toujours été très respectueux de la religion. Nous avons encore énormément de patrimoine de l'ancien régime, c’est-à-dire des XVIIe et XVIIIe siècles."
Ce qui est ordinaire sur l'île revêt un caractère d'exception ailleurs en France. "Une pièce d'orfèvrerie ancien régime, c'est exceptionnel sur le Continent, confirme Hadrien Lacoste. L'État met systématiquement en œuvre une mesure de protection, une inscription à l'inventaire. En Corse, il faudrait presque tout classer, il y a donc des choix à faire. Le rôle de l'observatoire est d'apporter une priorisation. Il n'y a pas de miracle, on ne peut pas tout restaurer."
En Corse, l'écrasante majorité du patrimoine cultuel est chrétienne. L'activité des confréries, la hausse du nombre de baptêmes et de communions illustrent un retour assumé à la pratique religieuse des insulaires.
"Le patrimoine religieux, tout autant que la religion, fait partie de nos racines, estiment les deux hommes. Dans notre quotidien très mondialisé, on a le besoin de s'y rattacher. Le patrimoine bâti par nos anciens, c'est notre carte d'identité. Nous ne sommes pas des enfants qui sont tombés du ciel comme ça."