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5 décembre 2024 4 05 /12 /décembre /2024 07:00
La carte de Philippe Geronimi et la guerre

En plus d'être un souvenir familial, la carte d'identité de Philippe GEROMINI, déjà présentée dans un autre article, est un document historique qui permet de faire deux constatations.

 

La première constatation est la date de confection de la carte d'identité: 5 novembre 1942, soit juste six jours avant l'occupation de la Corse par les Italiens. Sous le prétexte de riposter au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, les Allemands occupèrent le sud de la France, jusqu'alors en zone dite "libre", et laissèrent leurs alliés italiens s'emparer de la Corse.

 

La toute neuve carte d'identité servit alors beaucoup pour passer tous les contrôles des occupants.

 

La carte de Philippe Geronimi et la guerre

 

Pour montrer qu'elle était bien enregistrée, la carte comporte un cachet officiel sous la forme d'un tampon rond ayant le texte: "ETAT FRANCAIS - Commune de POGGIOLO (CORSE)".

 

L'Etat français est le nom du régime qui fut mis en place par le maréchal PÉTAIN le 10 juillet 1940 et dura jusqu'à la Libération en août 1944. 

 

Le gouvernement siégeait à Vichy. Sa devise était "Travail Famille Patrie".

 

La carte de Philippe Geronimi et la guerre

 

Dans l'Etat français, les municipalités élues étaient surveillées étroitement. Dans de très nombreuses communes, les conseils municipaux furent remplacés par des délégations nommées par le gouvernement.

 

Il en fut ainsi pour le conseil municipal de Poggiolo présidé depuis 1919 par Jean-François CECCALDI et dont le premier adjoint était Jean-André PAPADACCI, le beau-père de Philippe GERONIMI. Il fut supprimé par un décret de Pierre PUCHEU, ministre de l'Intérieur, publié dans le "Journal Officiel" du 17 septembre 1941.

La carte de Philippe Geronimi et la guerre

 

Le motif de la dissolution est bien précisé en préambule: "Considérant que le conseil municipal de Poggiolo (Corse) est, dans sa majorité, hostile à l'œuvre de rénovation nationale et se désintéresse de la gestion des affaires communales".

 

 Les Poggiolais votaient à gauche depuis longtemps et leurs élus ne pouvaient qu'être opposés à la politique de Vichy. Mais à quoi pouvait faire allusion ce désintérêt "de la gestion des affaires communales"? S'agissait-il d'une accusation inventée et mise ici pour renforcer celle de ne pas aimer le régime pétainiste ou la commune était-elle vraiment mal gérée.

 

Une délégation spéciale de trois membres fut mise en place. Elle était dirigée par Antoine-Dominique MARTINI, dit Antunaccione, né en 1883 et décédé en 1970, qui avait été adjudant-chef dans l’artillerie coloniale en Algérie pendant la première guerre mondiale. Voir sa fiche (numéro 58) dans la liste des Poggiolais qui ont participé à la guerre de 14-18Les deux autres membres étaient Jean-Baptiste DESANTI et Pierre MARTINI.

 

Ils durent céder la place en septembre 1943, quand armée française et résistants libérèrent la Corse.

 

La deuxième constatation à faire sur cette carte est la suivante.

Si la dissolution du conseil municipal de Poggiolo avait effet immédiat pour les individus, elle fut plus longue à se faire sentir dans l'ensemble de l'administration municipale. La preuve est fournie par le document suivant:

La carte de Philippe Geronimi et la guerre

 

Cet arrêté municipal du 11 octobre 1941, signé par Antoine-Dominique MARTINI près d'un mois après sa prise de fonction, est recouvert d'un tampon de la "REPUBLIQUE FRANÇAISE". Le nouveau tampon officiel "ETAT FRANÇAIS" n'avait pas encore été fourni. Mais, en novembre 1942, la carte de GERONIMI est bien tamponnée.

 

Mais ce n'est pas surprenant car la mairie de Poggiolo a connu, à cause de l'histoire politique tourmentée de la France, une grande variété de tampons officiels qui n'étaient pas toujours en phase avec les derniers revirements institutionnels. Le détail en est fourni dans les deux articles signalés ci-dessous.

 

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2 décembre 2024 1 02 /12 /décembre /2024 07:00

 

En permettant de découvrir des documents inédits, Facebook peut être utile pour reconstituer des pans de l'histoire d'une famille ou d'un village. 

 

Ainsi, une personne se nommant "Gracieuse Vico" a publié le 29 septembre dernier la photo d'une carte d'identité délivrée en 1942 par la mairie de Poggiolo.

 

Le titulaire en est Philippe GERONIMI, indiqué comme né le 29 octobre 1903 à Vico.

La carte de Philippe Geronimi

 

La profession inscrite est simplement "propriétaire".

 

Une photo et toute une liste de renseignements physiques (taille, couleur des cheveux et des yeux, forme du visage, etc.) permettent de tout connaître sur son apparence.

 

L'identité est certifiée par les signatures de deux témoins qui, d'après Jacques-Antoine MARTINI qui les a examinées, sont celles de sa mère Marie-Louise (1913-2012) et de sa tante Xavière MARTINI (1905-1981).

 

Une question se pose: pourquoi Philippe GERONIMI a-t-il demandé cette carte à la mairie de Poggiolo et non pas à celle de Vico où il était né?

 

Les raisons en sont familiales et professionnelles.

 

Philippe s'était marié en 1932 avec Toussainte PAPADACCI (1907-1992) dont il eut six enfants.

 

Toussainte était la fille de Jean-André PAPADACCI, né en 1875 à Guagno-les-Bains et décédé à Poggiolo en 1962, qui participa à la guerre de 1914-1918 (voir la fiche 84 des Poggiolais en 14-18). Il s'était marié avec Gracieuse MARTINI (1872-1926).

 

Jean-André Papadacci est à gauche.

Jean-André Papadacci est à gauche.

Jean-André reprit la concession de l’établissement thermal de Guagno-les-Bains à Michel SIMONGIOVANNI à la fin de 1934, après l’agression qui fit un mort. Voir l'article La folle et sanglante agression de Guagno-les-Bains.

 

Il s'associa avec son gendre Philippe qui, progressivement, géra tout l'établissement. Philippe GERONIMI demeura à Guagno-les-Bains jusqu'en 1970 et revint ensuite à Vico où il décéda en 2003.

Publicité de l'établissement thermal en 1935 (page 348 du livre "Vico Sagone Regards sur une terre et des hommes", ed Alain Piazzola))

Publicité de l'établissement thermal en 1935 (page 348 du livre "Vico Sagone Regards sur une terre et des hommes", ed Alain Piazzola))

 

Deux détails historiques intéressants se trouvent sur ce document. Ils seront examinés dans un prochain article.

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21 novembre 2024 4 21 /11 /novembre /2024 07:00

 

Une réponse a été fournie par Marie SUSINI à la question posée dans le précédent article. La photo de la page 68 du livre I nostri antichi di U Pighjolu (que chacun devrait avoir) montrait une procession descendant du Lucciu où se trouve la fontaine vers le centre de Poggiolo sans que l'on comprenne quel circuit avait été réalisé.

Décorticage d'une photo poggiolaise. Cinquième partie: un trajet élastique

La solution est toute simple. Il est arrivé certaines années que, venant de la chapelle Saint Roch, les processionnaires se rendent vers le Lucciu, non pas pour la fontaine, ni le monument aux morts mais pour la croix qui y est édifiée.

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Cinquième partie: un trajet élastique

 

Cette croix passe presque inaperçue maintenant mais elle avait une signification symbolique car elle marquait autrefois la limite du village. Et puis elle offre un vaste panorama vers la vallée, le col de Sorru et la mer, permettant aux pensées des fidèles de s'élever vers le reste du monde et vers Dieu.

 

Après un moment de chants et de prières, les participants redescendaient en direction du village. Etait-ce pour revenir directement à la chapelle? N'était-il pas possible qu'ils aient continué jusqu'à la croix du Fragnu, en bas du village? Peut-être.

 

Les processions n'ont pas toujours été semblables, les chemins empruntés étaient variés mais il y avait toujours la même foi et le même respect de la tradition. La tradition n'est pas la répétition automatique de ce qui a déjà eu lieu. 

 

Quel sera donc l'itinéraire du 16 août 2025 ? Sera-t-il original?

 

Une dernière question se pose au sujet de la photo de la procession: cette année-là, la croix du Lucciu était-elle déjà en béton ou encore en bois? Qui peut donner la date de ce grand changement?

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Cinquième partie: un trajet élastique
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19 novembre 2024 2 19 /11 /novembre /2024 07:00

 

Il reste un mystère à percer dans la photo d'une procession du 16 août à Poggiolo vers les années 1952-1960.

 

Publiée page 68 du livre I nostri antichi di U Pighjolu, elle a déjà fait l'objet de trois articles (voir ICI, ICI et ICI). Pourtant, il n'a pas encore été question de l'itinéraire des processionnaires.

 

La photo les montre marchant sur la chaussée qui descend entre la fontaine et la maison MARTINI. Or, le trajet habituel n'emprunte absolument pas cette portion de route.

 

L'image ci-dessous montre en jaune que le chemin suivi habituellement commence par la chapelle St Roch, descend la Stetta par Teghia et la mairie jusqu'à la route départementale, la route étant empruntée pour remonter au village en passant par le Fragnu. La Stretta est reprise entre les maisons CECCALDI et MARTINI, sans aller au-delà de cette maison, contrairement à la photo ancienne.

 

Sur la photo de la page 68, le cortège se trouvait à l'emplacement de la croix blanche, donc en dehors de ce trajet.

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Quatrième partie: l'énigme du trajet

 

Tous les Poggiolais sont habitués à cet itinéraire qui semble être immuable. Pourtant, dans la tête de certains, il doit exister une variante beaucoup plus courte. Elle consistait, après avoir marché sur la Stretta, à la quitter avant la mairie pour monter les marches conduisant à la place Inghju, à la traverser et à passer par la ruelle d'en face pour retrouver la chapelle.

 

Les flèches rouges montrent ce raccourci.

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Quatrième partie: l'énigme du trajet

 

Une preuve de l'utilisation de ce trajet est un film fourni par Agnès CECCALDI sur le 16 août 1982 (voir l'article du 30 août 2023).

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Quatrième partie: l'énigme du trajet

 

Depuis quand le grand chemin est-il utilisé régulièrement? Nos lecteurs pourraient-ils nous le dire?

 

Dans la vidéothèque poggiolaise (https://www.dailymotion.com/michelfran), le plus ancien reportage de la saint Roch date de 1995. Depuis cette date, il n'y a pas eu de changement.

 

En réalité, pas tout à fait car il faut signaler deux exceptions: en 2004 et en 2021.

 

En 2021, à cause des suites de l'épidémie de Covid et du troisième confinement, la procession fut raccourcie et passa par la place Inghju.

 

Jean-Pierre CHABROLLE avait alors réalisé un reportage photographique (son intégralité se voit ICI).

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Quatrième partie: l'énigme du trajet
Décorticage d'une photo poggiolaise. Quatrième partie: l'énigme du trajet

Le 16 août 2004 fut également particulier car le cortège monta par la route goudronnée jusqu'à la maison de Ceccarella MICHELANGELI, la doyenne du village qui ne pouvait plus se déplacer.

Décorticage d'une photo poggiolaise. Quatrième partie: l'énigme du trajet
Décorticage d'une photo poggiolaise. Quatrième partie: l'énigme du trajet

 

Et, curieusement, la photo du retour de ce jour-là ressemble beaucoup à celle du livre, sauf que la bannière de la confrérie de Padre ALBINI, et non pas celle de Marie, ouvrait la marche.

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Quatrième partie: l'énigme du trajet
Décorticage d'une photo poggiolaise. Quatrième partie: l'énigme du trajet

 

Mais l'énigme reste intacte:

pourquoi, le jour de la photo en noir et blanc, la procession descendait-elle la route?

 

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15 novembre 2024 5 15 /11 /novembre /2024 07:00

 

La photo d'une procession à Poggiolo vers 1955, déjà examinée dans deux articles précédents (ICI et ICI), a donné de nombreux renseignements sur le village autrefois et son évolution.

 

Son étude n'est pas encore terminée car il manque à retirer des informations sur la circulation. Rappel: cette photo se trouve à la page 68 du livre I nostri antichi di U Pighjolu.

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Troisième partie: où et comment circuler?

 

Une des deux parties cerclées en jaune distingue l'arrière d'une voiture automobile. Les spécialistes pourront déterminer son modèle exact mais ce véhicule date des années 1940 ou 1950.

 

La grande différence avec aujourd'hui est bien évidemment le nombre des autos. La photo n'en montre qu'une seule. Les processionnaires pouvaient profiter de plus d'espace sur le côté gauche alors que, maintenant, le bord de la route est, du moins en été, entièrement constitué par elles.

 

A droite, l'autre cercle entoure une dalle qui enjambe une rigole afin de permettre d'accéder à l'escalier. De ce côté, la circulation était donc plus malaisée pour les piétons et les véhicules.

 

L'écoulement des eaux ne se fait plus à ciel ouvert mais, comme montré sur la photo de maintenant, par une conduite souterraine avec, de loin en loin, des grilles en fonte pour pouvoir effectuer le curage du tube.

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Troisième partie: où et comment circuler?

 

Un élément important est devenu tellement normal qu'il passerait inaperçu: le revêtement de la route.

 

La photo de la procession n'est pas d'une assez grande qualité pour le déterminer mais la route est goudronnée. Or, des témoins affirment que le goudronnage s'est produit en 1952. Ce renseignement, ajouté à ceux des articles précédents, permet de placer la date de la photo entre 1952 et 1955.

 

On peut avoir une idée de l'aspect de la route avant l'arrivée du goudron avec la photo suivante prise près de la fontaine.

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Troisième partie: où et comment circuler?

 

A suivre

 

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30 octobre 2024 3 30 /10 /octobre /2024 07:00

 

Tout document peut être mis en doute, comme cette photo de procession publiée page 68 du livre I nostri antichi di U Pighjolu. 

Son examen a déjà commencé dans un article précédent.

Décorticage d'une photo poggiolaise. Deuxième partie: un décor semblable et différent.

Après tout, qu'est-ce qui prouve que la scène s'est bien déroulée à Poggiolo? Comme elle est censée s'être produite voici plus de soixante-cinq ans, des vestiges de l'époque existent-ils toujours?

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Les processionnaires circulent bien sur la route qui traverse un village. Ils sont bordés des deux côtés par des éléments toujours existants à Poggiolo.

 

A gauche de la photo, deux piliers carrés ayant environ un mètre cinquante de haut encadrent une porte grillagée. Le grillage continue sur plusieurs mètres le long de la route.

Au XXIe siècle, cette clôture de la propriété de la famille MARTINI est toujours là, pratiquement identique.

Décorticage d'une photo poggiolaise. Deuxième partie: un décor semblable et différent.
Décorticage d'une photo poggiolaise. Deuxième partie: un décor semblable et différent.

 

A droite, les marches d'escalier mènent toujours à l'ancienne maison dite "du greffier" ou "de la greffière". Mais ils n'apparaissent pas dans la version raccourcie du livre.

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Deuxième partie: un décor semblable et différent.
Décorticage d'une photo poggiolaise. Deuxième partie: un décor semblable et différent.

 

Nous avons ainsi suffisamment de preuves pour situer la photo dans le village de Poggiolo.

 

Mais le reste du paysage est-il resté immuable?

 

Si, sur l'ancienne image, la maisonnette du terrain MARTINI est très visible, elle est maintenant complètement cachée par le feuillage d'un arbre se trouvant dans la propriété.

 

A cette époque, un grand arbre se trouvait à la limite du grillage mais à l'extérieur du terrain. Peut-être était-ce un mûrier qui, d'après certains souvenirs, aurait été enlevé entre 1965 et 1969. Un de nos lecteurs pourrait-il le confirmer?

Décorticage d'une photo poggiolaise. Deuxième partie: un décor semblable et différent.

Un peu plus haut, un pylône électrique en béton armé a sa base dissimulée par la bannière de Marie et son sommet caché par l'arbre. Dans le cliché complet, sur le côté droit, se trouvent un autre pylône en béton et un autre en bois pour le téléphone (?).

 

De nos jours, la diversité est plus grande. A gauche, le poteau est en bois. Pratiquement en face, le mat est en métal. Tout au fond, au début du virage de la fontaine, se dresse un pylône en béton.

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Deuxième partie: un décor semblable et différent.

 

Sur l'ancienne photo, un muret bordait la chaussée pratiquement jusqu'à une maison paraissant en ruines.

 

Ce muret existe toujours, même s'il a probablement été refait. Mais il se termine par une grande maison: celle de Fosca et de sa famille. En face, le bar du Belvédère se distingue nettement alors qu'il n'existait pas sur le vieux cliché.

 

La maisonnette a disparu. Elle se trouvait à l'emplacement de l'actuel transformateur électrique.

 

En réalité, comme le prouve la photo ci-dessous, cette construction avait un côté en pierre et le reste en planches.

Décorticage d'une photo poggiolaise. Deuxième partie: un décor semblable et différent.

 

Puis, il n'en resta que le côté en dur, ainsi que le montre cette copie d'écran d'un film réalisé par Jean-Martin FRANCESCHETTI vers 1953. En arrière-plan, en ligne droite, la claire maison COLONNA apparaît nettement.

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Deuxième partie: un décor semblable et différent.

 

Mais, avant de disparaître complètement, la maisonnette n'a-t-elle pas été quelque temps, à la fin des années 1960, entièrement en bois? A nos lecteurs de le dire.

 

Même si le village a changé sur certains points, il est toujours le même et il reste l'endroit où les Poggiolais de n'importe où savent qu'ils ont leurs racines.

 

Les ressources de cette photo ne sont pas épuisées. Nous en verrons d'autres bientôt.

 

A suivre

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26 octobre 2024 6 26 /10 /octobre /2024 07:00

 

En dehors de permettre de revoir le visage des êtres aimés éloignés ou disparus, une photo est toujours riche d’enseignements.

 

Ainsi, la photo de procession qui se trouve à la page 68 du livre I nostri antichi di U Pighjolu. Nous allons en analyser les différentes parties pour chercher des indices permettant de retrouver des éléments du passé de Poggiolo.

Décorticage d'une photo poggiolaise. Première partie: quand et pour qui?

L'image ci-dessus est légèrement différente de celle qui se trouve dans le livre. Pour des raisons techniques et esthétiques, l'éditeur l'a légèrement rognée, notamment sur le côté droit.

 

Le photographe devait se tenir au bord de la terrasse de la maison du greffier Antoine François Léonard PINELLI, qui est maintenant la maison d'Ernestine.

 

Son emplacement supposé est figuré ci-dessous par une croix jaune (cliquer sur l'image pour l'agrandir).

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Première partie: quand et pour qui?

 

Quelques pas devant la procession, marchent trois enfants de chœur.

 

Dans le livre, leurs noms sont bien marqués: à gauche, Jean Martin PINELLI; au centre, tenant la croix, son frère François PINELLI; à gauche, Noël SICCHI.

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Première partie: quand et pour qui?

 

Cette identification est importante car elle permet de dater l'événement.

 

Connaissant ces trois personnages (Jean Martin est né en 1946) et supposant l'âge qu'ils devaient avoir à l'époque, il est possible d'estimer que la photo a été prise un peu avant 1960, peut-être entre 1955 et 1960. 

 

Leur habillement renforce cette estimation.

 

Ces trois enfants sont habillés avec la soutane ou soutanelle, longue robe rouge, noire ou violette, et avec le surplis ou cotta, vêtement blanc qu'on met sur la soutane. Ces ornements furent peu utilisés après le concile Vatican II (1962-1965) qui préconisa une plus grande simplicité des cérémonies catholiques. Actuellement, les enfants de chœur ont plutôt uniquement une aube blanche.

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Première partie: quand et pour qui?

 

Après les enfants de chœur, une femme, dont le visage est caché, tient une grande bannière sur laquelle on reconnaît la Vierge Marie.

 

Cette bannière existe toujours. Elle se trouve à l'intérieur de l'église Saint Siméon. Protégée par un cadre vitré, elle est superbe avec sa décoration en fils dorés. Etait-elle le symbole d'une confrérie? Aucune inscription ne le prouve.

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Première partie: quand et pour qui?

 

Mais elle n'est plus utilisée depuis longtemps. La preuve en est fournie par le film de la procession du 15 août 1966 que l'on peut consulter dans la vidéothèque poggiolaise.

 

Le reportage de la fête de Marie de cette année-ci montre toute la procession, avec la croix en tête et la statue de la mère de Jésus transportée sur un brancard mais la bannière est absente.

 

La photo du livre serait-elle donc celle du 15 août, jour de l'Assomption ?

 

Pas le moins du monde car, derrière la bannière, aux deux tiers des participants, on peut facilement reconnaître la statue de saint Roch.

 

Décorticage d'une photo poggiolaise. Première partie: quand et pour qui?

 

La photo de la page 68 montre incontestablement une procession pour la fête de saint Roch, donc un 16 août, vraisemblablement entre 1955 et 1960.

 

Mais d'autres renseignements peuvent encore en être extraits. Ils seront indiqués dans le prochain article.

A suivre

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20 octobre 2024 7 20 /10 /octobre /2024 07:00

 

Jean Pierre Poli, avocat et essayiste, qui a animé à deux reprises, en 2021 et en 2022, les Scontri, les conférences de l’été à Letia, vient de publier son dernier livre, en vente en ligne à la FNAC et sur d'autres sites, sous le titre:

 

Autonomistes corses et irrédentisme fasciste

(A Muvra prise au piège, 1920-1946)

 

336 pages, format17x224. Prix : 17 €  Parution  le 25 septembre 2024.  Editeur : Alain Piazzola

 

Autonomistes corses et irrédentisme fasciste

 

Quatrième de couverture:

 

Petru Rocca, originaire de Vico, présentait son journal, A Muvra,  en ces termes :
« A Muvra est un hebdomadaire dirigé par Petru Rocca, qui œuvre, de 1920 à 1939, à la défense de la Corse traditionnelle, de sa langue et de sa culture, en proclamant : « La Corse n’est pas un département français, c’est une nation vaincue qui doit renaître ».
 
 
 Petru Rocca réalise avec A Stamperia di A Muvra un important travail d’édition d’essais, d’ouvrages historiques, de poésies, de pièces de théâtre, de romans, pour sauver la culture corse. Il engage aussi le combat politique autonomiste en fondant, en 1923, le Partitu Corsu d’Azione.
 
 
Ces militants corsistes qui rappellent les liens culturels entre la Corse et l’Italie, commettront des erreurs qui les isoleront, après 1936. Ils vont être pris en tenaille entre la propagande irrédentiste engagée par les nationalistes italiens qui souhaitent le rattachement de l’île à l’Italie fasciste, et l’hostilité du gouvernement français, aidé par les partis politiques locaux, qui pratique un amalgame entre corsistes et irrédentistes pour disqualifier le combat autonomiste.
 
 
Cet ouvrage porte un regard lucide, sans hostilité ni complaisance, sur cet épisode de l’histoire de la Corse, en évitant les anachronismes.
 
 
C’est la réédition revue et augmentée de l’ouvrage Autonomistes corses et irrédentisme fasciste (1920-1939) paru en 2007 chez DCL.
 
 
Cette nouvelle édition intègre des documents inédits sur Petru Rocca et sur le procès dit « des irrédentistes » au terme duquel il est condamné à 15 ans de travaux forcés, le 1er octobre 1946.
 

AUTEUR : Jean-Pierre POLI, né à Bastia en 1951, est avocat honoraire et essayiste. Il est notamment l’auteur de 1769-1789 Vingt ans de résistance corse, Prix du Livre Corse, paru aux éditions Alain Piazzola en 2019.

Le Blog des Poggiolais a consacré trois articles à des personnages du canton dont ce livre raconte les vies.

 

 

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12 octobre 2024 6 12 /10 /octobre /2024 07:00

 

La procession de Soccia d’octobre 1923 (voir les articles précédents ICI et ICI) a tourné au pugilat entre PALELLU et MATTONE qui en a perdu son pantalon. L’homme déculotté va se plaindre auprès des gendarmes.

 

Para è teni, teni è para

Cazzotti annant’à la nappa !

À chì mena à chì sipara,

À la fin Mattone scappa !

Senza calzoni, s’avvia

Versi la giandarmaria.

 

On sépare, on retient,

Coups de poings sur le nez !

Qui frappe et qui se défend,

A la fin Mattone se sauve !

Sans pantalon, il se dirige

Vers la gendarmerie.

 

La gendarmerie de Soccia se trouvait à l’entrée du village. Son emplacement exact est marqué par une croix entourée d'un cercle rouge sur cette carte postale envoyée avant la première guerre mondiale par un gendarme alors affecté dans ce chef-lieu de canton. Les cartes postales étant rares, il n’avait trouvé que ce moyen pour montrer à sa famille le lieu où il travaillait.

 

Cliquer sur la carte postale pour l'agrandir.

Cliquer sur la carte postale pour l'agrandir.

 

Cette brigade avait été durement éprouvée trente ans plus tôt, en 1892, par la mort de deux de ses membres (voir l’article : http://poggiolo.over-blog.fr/article-les-mexicains-arrivent-48859828.html).

 

S’incammina cù sbaldanza

È, trinchendu lu francese,

Ellu face una lagnanza

Contr’à u santu di u paese

Dicendu : o sgiò brigatteru,

S’hà furatu u me bragheru !

 

Il s’achemine avec assurance

Et, maniant parfaitement le français,

Il porte plainte

Contre le saint du village

Disant : monsieur le brigadier,

Il m’a volé mon pantalon !

A brigata, in cinturone,

Ne parte à scuppettu cintu,

Accampa la prucissione

È dopu u paese avvintu,

Dice à lu prete la voglia

Di fà in la stacca la foglia.

 

La brigade, en ceinturon,

Part avec le tromblon à la ceinture

Elle encercle la procession

Et après avoir entouré le village,

Dit au prêtre sa volonté

D’établir le procès-verbal

 

Ma Palellu hà la paura

È scappa pà li pulloni :

- Una lagnanza hè sicura,

Dev’esse pà li calzoni !

Disse l’omu intarruritu

Chì ghjurò d’esse banditu.

 

Mais Palellu prend peur

Et s’échappe par les châtaigniers :

-Il a certainement porté plainte,

Ce doit être pour le pantalon !

Se dit l’homme terrorisé

Qui jura d’être bandit.

Banditu cù la carchera

Vulia esse par cent’anni

È prima d’andà in galera

À cent’omi fà li panni,

Ma a fece pà u sacristanu

È a sera si messe in manu.

 

Bandit avec la cartouchière

Il voulait l’être pour cent ans

Et avant d’aller aux galères

Faire « la peau » à cent hommes,

Mais le faisant pour le sacristain

Il se rendit le soir même.

 

Le brigadier enregistre la plainte de MATTONE qui, contrairement à de nombreux villageois de l’époque, sait bien s’exprimer en français.

 

L’affaire est jugée suffisamment importante pour que les représentants de la loi emportent leurs armes. Ils s’assurent que la procession puisse aller sans encombre jusqu’au bout de l’itinéraire prévu.

 

Mais leur venue a fait fuir PALELLU qui s'imagine déjà contraint à devenir un bandit. En 1923, les Deux Sorru étaient le terrain d’élection de nombreux malfaiteurs. Voir les séries d’articles parus sous les titres « Mauvaise pub pour Guagno-les-Bains » et notamment

http://poggiolo.over-blog.fr/article-mauvaise-pub-pour-guagno-les-bains-n-2-l-82765801.html

 

Di u stomacu chì Mattone

Fece vede in tribunale

Hè sfidatu, in paragone,

Ancu Foccu u generale :

Cù a lingua, par fassi crede,

Alzò la manu è lu pede.

 

Par l’audace dont Mattone

Fit preuve devant le tribunal

Fut défié, en comparaison,

Même Foch le général :

Avec la langue, pour être cru,

Il leva main et pied.

Benchì Soccia ùn sia Palneca

Palellu, cum’è in l’uttava,

Si dede à la santa nega

Ma una sedina ùn cullava !

Cridì chì la mataccina

Finissi in la caglittina.

 

Bien que Soccia ne soit pas Palneca

Palellu, comme à la huitaine,

Nia autant qu’il put

Mais il ne faisait pas le fier !

Il crut que la bagarre

Allait finir à la guillotine.

- O Madonna, chì tarrore !

O San Francescu, chì sorte !

Ci era lu pricuratore

Chì dumandava la morte.

U giandarme in catarochju,

Mi guardava cù tant’ochju !

 

-Ô Madonna, quelle terreur !

Ô Saint François, quel sort !

Il y avait le procureur

Qui réclamait la mort.

Le gendarme qui me regardait

De travers de tous ses yeux !

- Chì manera d’avè minatu

À Mattone quì prisente ,

À l’amenda cundannatu !

Mi lampò u prisidente.

Cusì vidu in prucissione

À San Roccu in lu stagnone !

 

-Cette façon d’avoir frappé

Mattone ici présent,

A l’amende condamné !

Me déclara le Président.

Ainsi je vis en procession

Saint Roch dans le bidon !

 

La plainte n’est pas enterrée et un procès a lieu. Le nom du tribunal et son emplacement ne sont pas désignés dans le poème mais, comme il y a un procureur et un président, la scène doit s’être déroulée à Ajaccio. Soccia avait alors un juge de paix mais, visiblement, il n’était pas compétent pour cette si grosse affaire.

 

A propos des débats, il est fait référence à FOCH:

"Ancu Foccu u generale

Même Foch le général

L'action se situe peu après la première guerre mondiale, en tout cas avant 1924. La popularité du maréchal FOCH était alors grande, ainsi que celle de JOFFRE. Des enfants nés à ce moment reçurent le prénom d'un de ces militaires. On se souvient peut-être à Poggiolo que ce fut le cas d'une personne.

 

 

Dans le récit du procès, trois strophes avant la fin, un vers peut étonner :

« Benchi Soccia un sia Palneca » (Bien que Soccia ne soit pas Palneca).

Quel rapport avec Palneca, ce village du Taravo, dont le nom traditionnel est Palleca, et qui est bien loin de Sorru ?

D’après Sixte UGOLINI, dans « Macàgna e detti di i paesi corsi » (Ed. Piazzola, 2008), Palneca avait autrefois une très mauvaise réputation dont témoignaient plusieurs proverbes comme celui-ci :

« In Palleca, un ci vive mancu una serpa »

(A Palneca, même un serpent n’y vivrait pas)

Il en est un autre qui pourrait s’appliquer à l’attitude de PALELLU pendant son procès :

« Palleca, Palleca,

a chi fura e a chi nega ! »

(Palneca, Palneca,

les uns volent et les autres nient !).

 

Le procès se termine par la condamnation de MATTONE à une amende. 

 

Les deux vers de conclusion expriment la honte de PALELLU d’avoir été condamné :

« Cusi vide in prucissione

A san Roccu in lu stagnone »

(Ainsi je vis en procession

Saint Roch dans le bidon).

Cette expression peut être traduite par: j'en ai vu de toutes les couleurs. Mais que vient faire saint Roch?

 

L'explication sera donnée dans un très prochain article.

 

 

Attention. Ce récit est une mise en garde : les processions ne sont pas toujours un long fleuve tranquille.

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9 octobre 2024 3 09 /10 /octobre /2024 07:00

 

Comme indiqué dans l’article précédent, la procession qui eut lieu à Soccia le 4 octobre 1923 (ou 1922 ou 1921) en l’honneur de saint François d'Assise avait été minutieusement préparée.

 

Elle très différente de celle de Poggiolo présentée dans "I nostri antichi di U Pighjolu" et dont les participants n'avaient pas de confrérie en habits et ne portaient pas de torches.

Une procession tragi-comique à Soccia: la pantalonnade (2/3)

 

Mais le désordre arrive avec l’attitude de MATTONE. L’auteur, MAISTRALE, décrit l’incident avec force détails.

Ma Mattone, chì hè ghjilosu,

Par daretu s’avvicina

È c’un tonu maistosu

Li dice : sangue di tina !

Sì u santu ùn voli ch’e porti

Ci sarà quattru omi morti.

 

Mais Mattone, qui est jaloux,

Par derrière s’approche

Et d’un ton majestueux

Lui dit : sang de la cuve !

Si tu ne veux pas que je porte le saint

Il y aura quatre hommes morts.

- Ùn ai drittu à purtallu

Ch’ùn ti sè mancu vistutu,

Lasciami fà lu camallu

Par no’ tù sè troppu astutu

Vai à vede versi Vicu

Sì tù trovi u me billicu.

 

-Tu n’as pas le droit de le porter

Tu n’es même pas habillé,

Laisse-moi faire le porteur

Pour nous tu es trop rusé

Va voir du côté de Vico

Si tu y trouves mon nombril.

- O Palè, par Diu Santu !

Mì ! crosciu sò di sudore,

Aiò, dà, dammi issu santu

Altrimenti lu priore,

À la fin di la faccenda,

Mette mi vole à l’amenda.

 

-O Palè, par Dieu Saint !

Je suis trempé de sueur,

Allez, donne, donne-moi ce saint

Sans cela le prieur,

A la fin de la cérémonie,

Va vouloir me mettre à l’amende.

 

MATTONE est jaloux de PALELLU qui a la meilleure place. Il va déstabiliser la belle organisation car il veut être vu et, surtout, car il ne veut pas être mis une nouvelle fois à l’amende par le prieur. Il exige de porter la statue à la place de PALELLU.

 

- Amende ne dia sette

Parchì sè troppu pultrone !

Incù le to barzulette

Dannaristi à Sant’Antone ;

Volimi sorte di via,

Ghjuru lu beccu di Maria !

 

-Des amendes, qu’il t’en donne sept.

Car tu es trop fainéant !

Avec tes balivernes

Tu damnerais Saint Antoine ;

Ôte-toi de mon chemin,

Par le bouc de Marie.

 

- Ai bisognu di ghjurà

Sangue di lu porc’acellu !

Sì t’ùn poni u santu avà,

Vogliu ellu nasca un flagellu,

È poi in quattru è quattru ottu

Mandatti un bellu cazzottu.

 

-Tu as besoin de jurer

Sang de « porc’acellu » ! *

Si tu ne poses pas le saint maintenant,

Je veux que naisse une bagarre,

Et puis en quatre et quatre huit

T’envoyer un bon coup de poing.

 

- Un cazzottu ? s’e t’agguantu

Di tè ne facciu un stuppone ;

Portu rispettu à lu santu

Parchì semu in prucissione

È s’eiu ùn ti pigliu in manu,

A facciu pà lu piuvanu.

 

-Un coup de poing ? si je t’attrape

De toi j’en fais une bouchée ;

Je respecte le saint

Parce que nous sommes en procession

Et si je ne te prends pas en main

Je le fais pour le curé.

 

- Ghjuru lu Ponziu Pilatu !

Tontu, scemu ed “imbacille”

Più cà tè l’aghju amparatu

À cantà lu diesille ;

Poni quici à San Francè

Chì hè più parente di mè.

 

-Je jure par Ponce Pilate !

Fou, insensé et “imbacille”

Mieux que toi j’ai appris

A chanter le diesille ;

Pose ici saint François

Avec qui je suis plus parent que toi.

- Hè tamanta issa bugia

Ch’ùn la sentu vulinteri :

U santu ùn ci hà parintita

In Soccia cù li sumeri,

O piattati ind’un tafone,

O sinnò levi un pattone.

 

-Il est tellement gros ce mensonge

Que je ne l’entends pas volontiers :

Un saint n’a pas de parenté

A Soccia avec les ânes,

Ô cache-toi dans un trou,

Ou je te mets une gifle.

 

- Ma sè tù chì ai runcatu

Cù le to ragione torte,

S’eiu sò dissunuratu

Tù farè la malamorte :

Postu chì tù sè numicu,

Par daretu ti pizzicu !

 

-Mais c’est toi qui as brai

Avec tes raisonnements tordus,

Si je suis déshonoré

Tu auras une mort violente :

Puisque tu es mon ennemi

Je te pince par derrière !

 

Le ton monte vite. Avec le refus de PALELLU, les insultes et les menaces ont commencé.

 

Parmi elles, l'expression "Sangue di lu porc’acellu !" est assez obscure. Augustin CASANOVA, dans le bulletin "A Mimoria" n°45, année 2002, pense qu'il s'agit du Saint Esprit car, dans la religion catholique, celui-ci est représenté par le vol d'une colombe ("acellu").

 

Des échanges de gentillesses, on peut retenir une expression peu connue mais qui, après tout, pourrait toujours servir de nos jours :

« Vai a vede versu Vicu

Si tu troviu me billicu. »

(Vas voir du côté de Vico

Si tu y trouves mon nombril)

 

MATTONE est le premier à en venir aux mains, de façon ridicule, en pinçant son adversaire.

 

Un autre exemple de procession perturbée. Dessin de Nicolas CARLOTTI extrait de « Grosso Minuto » (La Marge, 1996)

Un autre exemple de procession perturbée. Dessin de Nicolas CARLOTTI extrait de « Grosso Minuto » (La Marge, 1996)

 

 

À lu pizzicu Palellu

Falà si face la cappa,

Dopu tiratu un ghjumellu

Par una braga l’achjappa

È falendu pà la stretta,

Ciattu, li face l’anchetta.

 

Au pinçon Palellu

Fait tomber la cagoule,

Après avoir tiré sur la cordelette

Par une jambe de pantalon le tire

Et descendant par la ruelle,

Sans rien dire, lui fait un croc-en-jambe.

Calci, pugni, urli, brioni !

Ribumbavanu in l’Umbriccia,

Mattone senza calzoni,

Li s’appittica à la ciccia

Incù l’ugne, in modu tale,

Par pilalli u barbazzale.

 

Coups de pieds, de poings, hurlements et cris

Retentissaient jusqu’à l’Umbriccia.

Mattone sans pantalon

L’attrape par les cheveux

Avec les ongles, de façon

A lui peler sa grande barbe.

Ma Palellu, da la sista,

Lestru s’ammira à lu brugnu

Piglia a livata è l’inquista

Par mandalli un bruttu pugnu :

A bighina sbiguttita

Casca morta è supillita.

 

Mais Palellu, plein d’effroi,

Leste, vise la tête (le museau),

Prend son élan et l’observe

Pour lui envoyer un bon coup de poing sur le nez :

La bigote effarée

Tombe morte et enterrée.

- Ohimè ! chì m’arruvina !

Grida Mattone tribbiatu ;

Di mè ne face pappina,

Chjamatemi lu curatu,

Tinite ad ellu, o ziu Frognu,

Parch’à mene ùn ci hè bisognu.

 

- Ohimè ! Il m’esquinte!

Cria Mattone battu;

Il me met en bouillie,

Appelez le curé,

Tenez-le, ô zio Frognu,

Car il n’y a pas besoin de me tenir.

- Quare mene ripulisti ?

Risponde Palellu in cesta ;

Datemi bandera è cristi

Chì vogliu saltalli in cresta.

È c’un pizzicu in daveru,

Li strisciula lu bragheru.

 

-Pourquoi me repousse-tu ? (extrait d’un psaume), répond Palellu nu-tête ;

Donnez-moi bannière et crucifix

Je veux lui sauter dessus.

Et d’un pincement pour de bon,

Lui arrache le pantalon.

Un priore cuncorre è tene,

Ma vistu l’omu spugliatu

Zia Coditorta si svene

À perde quasi lu fiatu

È lu prete, in stu micidiu,

Ricitò lu visibiliu.

 

Un prieur accourt et le tient,

Mais voyant l’homme dévêtu

Zia Coditorta s’évanouit

A en perdre la respiration

Et le prêtre, dans ce massacre,

Récita le visibiliu.

 

Les coups pleuvent et les cris des deux hommes s’entendent jusqu’à l’Umbriccia, quartier de Soccia éloigné de l’église.

 

La bagarre tourne à la farce : MATTONE perd son pantalon, ce qui fait s’évanouir une femme.

 

La bagarre va-t-elle dégénérer ? Le sang va-t-il couler ? La procession ira-t-elle jusqu’à son terme ? Les réponses seront données dans le troisième article de cette série.

A suivre

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  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
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