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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 16:54

Le retentissement de l'attaque de Guagno-les-Bains par CAVIGLIOLI le 17 août 1931 fut immense.

Il fut tel que Jean BAZAL, dans "Avec les derniers bandits corses", écrit:

"L'attentat soulève un grand mouvement d'indignation, contre les bandits corses qui s'attaquent aux malades et aux infirmes. CAVIGLIOLI essaie de justifier son assassinat par la légitime défense. Mais ça ne prend pas. Les pouvoirs publics se décident à agir."

Effectivement, avec cet attentat, la coupe était pleine car le banditisme corse avait atteint un niveau exagéré.

UN NIVEAU EXAGÉRÉ

Après la guerre de 1914-1918, le maquis se remplit de bandits "modernes" qui avaient des audaces et des audiences croissantes. La situation est bien décrite par la contribution de l'universitaire Ralph SCHOR au colloque sur "LE BANDITISME ET LES REVOLTES DANS LES PAYS MEDITERRANEENS" qui s'est tenu à Nice en octobre 1981. En voici le texte:

"Vers 1930, de nombreux cantons situés dans les régions montagneuses du centre de l'île étaient contrôlées par des bandits.

Le bûcheron SPADA régnait dans la CINARCA. BARTOLI, jadis transporteur routier, était campé près de Zicavo. CAVIGLIOLI était installé dans le secteur de SAGONE. L'ancien gendarme BORNEA s'était également constitué son propre fief.

Ces individus, dépourvus de scrupules et influencés par les méthodes en vigueur dans le "milieu" des grandes villes du continent, avaient formé des bandes armées et réalisaient des profits grâce au vol, au chantage, au "racket", à la prostitution. Ils ne rançonnaient généralement pas les touristes, mais bien plutôt les industriels et commerçants corses, particulièrement les hôteliers, à qui ils promettaient de ne pas gêner leurs activités, contre paiement d'une forte somme. Les bandits ne se privaient pas d'intervenir dans les joutes électorales ; ils faisaient élire des maires, ils exerçaient des pressions sur les délégués chargés de désigner les sénateurs, ils prélevaient des taxes sur certains candidats; les politiciens les moins scrupuleux recherchaient l'appui, souvent efficace, de ces puissants personnages.

Les succès qu'ils remportaient et la longue impuissance des forces de l'ordre avaient donné aux bandits l'impression qu'ils possédaient un pouvoir presque illimité. Grisés, ils se comportaient souvent en véritables souverains : ROMANETTI se disait roi de CINARCA, Bartoli se proclamait gouverneur des cantons de Zicavo et Santa-Maria-Siché. Ils dictaient leurs volontés, ils adressaient des ultimatums par voie de presse, ils rendaient leur justice, ils arbitraient des conflits entre débiteurs et créanciers, ils interdisaient le port d'armes aux policiers traversant leur territoire.

CAVIGLIOLI s'était réservé le droit exclusif de la chasse dans les plaines de SAGONE et du LIAMONE; SPADA avait interrompu durant deux mois le service postal entre AJACCIO et LOPIGNA.

Les contrevenants s'exposaient à la mort ; BARTOLI était responsable de quinze assassinats, SPADA de treize. Dans l'arrondissement d'AJACCIO, cinquante personnes, dont six gendarmes, furent tués durant les années 1930 et 1931."

TROMBINOSCOPE DES BANDITS

On voit dans cet extrait l'importance du banditisme, et particulièrement dans les Sorru et en Cinarca-Cruzzini:

- Dans un article antérieur (http://poggiolo.over-blog.fr/article-la-securite-de-la-circulation-dans-les-d-78924168.html), ce blog a raconté la rencontre du député de MORO-GIAFFERI avec le bandit Joseph BARTOLI près de SAGONE pendant l'été 1931.

Mauvaise pub pour Guagno-les-Bains. N°2: la coupe est pleine

- Nonce ROMANETTI, né à CALCATOGGIO, prit le maquis en 1913. Son audace et son dandysme lui donnèrent une grande célébrité. Il arriva, à EVISA en mai 1922, à serrer la main du président de la République Alexandre MILLERAND qui faisait un voyage officiel en Corse. En 1923, son soutien à François COTY lors des élections sénatoriales coûtèrent son siège à l'industriel (voir l'article qui l'évoque ICI). Le cinéaste Abel GANCE (voir photo ci-dessous) le rencontra pour préparer un film sur lui.

Mauvaise pub pour Guagno-les-Bains. N°2: la coupe est pleine

Il périt finalement dans une embuscade (tendue par un de ses complices?)  sur la route de LAVA à PEVANI le 26 avril 1926. On dit que cinq mille personnes l'accompagnèrent à sa dernière demeure dans le cimetière communal de CALCATOGGIO.

 

   - André SPADA, né en 1897, était originaire de LOPIGNA. Un soir d'octobre 1922, à SARI d'ORCINO, pour défendre son ami Dominique RUTILI, il tira sur des gendarmes, en blessa mortellement l'un d'entre eux avant de prendre le maquis.

http://perlbal.hi-pi.com/blog-images/173011/gd/1235476632/Bandit-Spada-photo-de-presse.jpg

Après la mort de ROMANETTI, il se mit en ménage avec Antoinette LECA, l'ancienne compagne de celui-ci. Il reprit même son repaire de la bergerie LECA, à la PUNTA, entre la mer et la forêt domaniale de CALCATOGGIO. Il en fit à la fois une forteresse d'où il pouvait voir de loin le danger arriver et un petit palais où il recevait ouvertement ses amis et obligés.

 

     - François CAVIGLIOLI, né en 1898 dans le village de LOPIGNA, s'était installé en 1930 à TIUCCIA où l'hôtel Miramar devient son quartier général. Toute la zone de SAGONE à la plage de la LISCIA devint son fief. Il y plaça des écriteaux interdisant la chasse sans son autorisation. D'abord ami de SPADA, amoureux de sa sœur Marie, il s'opposa à celui-ci lors de la rupture du couple. En décembre 1926, SPADA, par un coup de fusil, lui fracassa la machoire et le rendit borgne. En octobre 1930, au matin d'une nuit bien arrosée dans une auberge de PAOMIA, il abattit Ange Antoine SIMEONI, ancien maire de GUAGNO, qui, sous les vapeurs de l'alcool, s'était vanté de ne pas avoir peur de lui. C'était lui, l'agresseur de GUAGNO-les-BAINS.

 

LES HAUTS-LIEUX DU BANDITISME

Cette carte représente, entourés en rouge, tous les lieux cités dans cet article, sauf Evisa et Lava qui sont en-dehors.

Le cercle jaune, entre Pevani et Calcatoggio, indique la position du repaire de la Punta.

Cliquer sur la carte permet de l'agrandir.

 

hauts-lieux

(à suivre)

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