Depuis une quarantaine d'années, le mensuel L'Histoire est réputé pour le grand nombre d'universitaires y collaborant et la qualité de ses articles sur tous les sujets historiques. Il publie également un trimestriel thématique nommé Les Collections de l'Histoire dont le thème d'octobre est "Les Corses, 2000 ans d'aventures et d'utopies".
Ces cent pages tentent une synthèse d'une histoire encore largement méconnue.
Parmi les signataires, on peut trouver Jean Guilaine, Jean-André Cancellieri, Antoine Franzini, Michel Vergé-Franceschi, Ange Rovere, Jean-Paul Pellegrinetti, Michel Winock, André Fazi, etc.
Ce dossier est à lire et à discuter.
Au niveau des préoccupations habituelles de ce blog, trois éléments sont à relever:
1) La couverture reproduit une partie du tableau de Henry Benbrige sur Paoli à la bataille de Ponte-Novo. Sur cette peinture, le deuxième personnage à partir de la droite a été identifié comme Circinellu, le curé de Guagno qui ne voulut pas se soumettre aux Français.
Le problème de connaître l'aspect physique réel de Circinellu peut-il être résolu? Jean-Louis RIGAUD PIETRINI le pense. Responsable de l'atelier généalogie de l'Amicale des Corses de Montpel...
2) En page 63, Jean-Paul Pellegrinetti cite la mort de deux gendarmes à Soccia en 1892 comme exemple de la violence liée aux dissensions politiques. Une petite erreur a été commise dans le magazine qui a imprimé la date de "1893".
3) Enfin, un document tout à fait nouveau est constitué à la page 24 par une carte sur la Corse génoise. Son grand mérite est de montrer pour la première fois les zones qui, comme Poggiolo et les villages voisins, furent "soumises à une tentative de dépeuplement dans la seconde moitié du XVe siècle", à la disabitazione.
La disabitazione a fait l'objet d'un article de ce blog:
La seconde année zéro se produisit trente ans après la première, en 1489 . Un degré supplémentaire dans la violence génoise est atteint en 1489, devant la persistance de l'agitation dans la ...
Il est suffisamment rare qu'un Poggiolais fasse l'objet d'un article de journal pour qu'il ne faille pas trop tarder à le faire savoir.
Voici près de deux mois, dans "Settimana"du 3 août, qu'a été publié un portrait avec un article sur Noël PINELLI.
La rubrique "Pièces de musée", réalisée en partenariat entre l'hebdomadaire et le musée de Bastia, montre chaque semaine une œuvre d'art liée à l'histoire de la Corse. On avait pu déjà y voir le portrait de l'évêque Agostino GIUSTINIANI, le premier à avoir cité Poggiolo dans un livre.
Le journal du 3 août publiait une sculpture réalisée par Louis Patriarche. Elle se trouve actuellement au musée de Bastia dans le cadre de l'exposition "Identità, les Corses et les migrations XVIIe-XXIe siècles" qui dure jusqu'au 22 décembre et qu'il est conseillé d'aller visiter car le thème est un des plus importants pour l'histoire de la société corse.
L'œuvre d'art en question est un profil avec l'inscription "Noël Pinelli conseiller municipal de Paris"et a certainement été réalisée entre 1929 et 1936. Ce Poggiolais fut la seule personne originaire de notre village à avoir été parlementaire et membre d'un gouvernement.
Voici la notice écrite par Sylvain GREGORI, directeur du Musée, à ce sujet.
L'intégration de la Corse à la France a engendré l'émergence d'une élite politique d'origine insulaire qui, émigration oblige, a également obtenu des mandats hors de l'île. Parmi les nombreux exemples de parlementaires, le cas de Noël Pinelli illustre ce phénoméne.
Né en 1871 à Clermont-Ferrand au sein d'une vieille famille de notables de Poggiolo, il fait de brillantes études à Ajaccio. Diplômé en droit par la faculté d'Aix-en-Provence, il devient ensuite avocat dans la cité impériale avant de prendre les fonctions de commissaire de la Marine. Après avoir participé à la Grande Guerre, il occupe divers postes de responsabilité dans le secteur privé.
Conservateur, il entame une carrière politique dans la capitale et est ainsi élu conseiller général de la Seine en 1929 puis conseiller municipal de Paris. De 1936 à 1940, il siège sur les bancs de l'Assemblée nationale comme député de la Seine, succédant ainsi à une autre grande personnalité politique corse de la diaspora: André Grisoni (1886-1975). Proche du préfet de police de Paris, l'ajaccien Jean Chiappe (1878-1941), il est aussi lié à une figure de la colonisation, devenu lui aussi conseiller municipal de la capitale: Jean Ferrandi (1882-1935). Il est enfin - et surtout - président de l'Amicale des Corses de Paris démontrant sa parfaite insertion dans la communauté insulaire de la capitale. Bien que très marqué par ses relations avec les Jeunesses patriotes et le Parti social français (PSF), il est choisi par Paul Reynaud pour entrer au gouvernement en qualité de sous-secrétaire d'état à la Marine du 21 mars au 10 mai 1940.
Le 10 juillet 1940, il vote les pleins pouvoirs à Pétain. Désigné comme conseiller national sous Vichy, il participe activement à la Révolution nationale. La Libération marque la fin de sa carrière politique.
Véritable intellectuel, éminent bibliophile et remarquable italophone, il conservera tout au long de sa vie, à l'image de milliers d'insulaires ayant fait leur carrière hors de l'île, un profond attachement pour la Corse. Il décède à Paris en 1970. C'est dans cette ville qu'il fit exécuter ce profil en 1932 par un des plus importants sculpteurs corses du XXe siècle, également émigré dans la capitale, Louis Patriarche. Cet artiste recevait régulièrement des commandes de portraits de la notabilité insulaire installée ou séjournant dans la ville-lumière.
Sylvain GREGORI, Directeur du Musée
Pour mémoire, l'article sur le portrait d'Agostino GIUSTINIANI, le premier à avoir écrit sur Poggiolo:
Il exista plusieurs cafés à Poggiolo mais il y eut aussi différents commerces. Leur existence serait complètement oubliée si la tradition n'avait gardé le nom de "magasin" à une partie de la maison Martini.
Un article précédent avait déjà présenté les grandes maisons, dites "de notables", comme étant multifonctions. Et le commerce fut une de ces fonctions.
Du côté de la stretta, une petite porte de la maison Martini est fermée par une grille métallique qui a été maintes fois enfoncée par des automobilistes ayant du mal à manœuvrer.
Une épicerie fut ouverte à cet endroit en 1921, comme le prouve le registre conservé par la famille. Il a été visé le 23 février 1921 par un juge du tribunal de commerce d'Ajaccio pour "Madame Martini Thérèse négociante à Poggiolo".
Les premières ventes sont notées au 1er mars: du riz, du sel, des pâtes alimentaires, des anchois, du pétrole et du savon.
Photos Jacques-Antoine Martini
L'étude de ces pages permettrait de bien connaître les denrées dont les Poggiolais de l'époque avaient besoin. On peut déjà remarquer que cette épicerie vendait aussi des cigarettes.
Quand la seconde guerre mondiale éclata, la mairie décida le 24 septembre 1939 de créer un entrepôt municipal pour assurer le ravitaillement et limiter la hausse des prix.
Cette expérience originale, qui dura jusqu'au 27 juillet 1940, a été racontée dans un autre article de ce blog.
L'épicerie Martini fut choisie comme siège de cet entrepôt.
Le registre en a été conservé.
photo Jacques-Antoine Martini
Là aussi, il serait intéressant de l'étudier pour savoir si les besoins des habitants ont changé au fil du temps et pour connaître l'évolution des prix.
Le registre a été tenu jusqu'en 1951.
Cette année fut peut-être celle de la fermeture. En tout cas, certains, comme Jacques-Antoine Martini, se souviennent "des deux balances du magasin, de son sac de sel et de ses chewing gums gagnants".
Le commerce n'existe plus mais "le magasin" demeure comme le nom d'un lieu bien précis de Poggiolo, vestige d'une époque.
A l'occasion du cinquantième anniversaire de la catastrophe de la Caravelle Ajaccio-Nice, déjà rappelée sur ce blog (voir ICI), Noël KRUSLIN, journaliste de "Corse-Matin", a rencontré Jeanne GRIMALDI et Valère CECCALDI. Leurs témoignages occupent la dernière page de l'édition du 11 septembre du quotidien.
En voici la copie.
Photos Pierre-Antoine Fournil
A l’heure des 50 ans du drame de la Caravelle Ajaccio-Nice, Corse-Matin s’est rendu dans les Deux-Sorru, où les Ceccaldi veillent sur la mémoire des leurs qui figurent parmi les 95 victimes. Ils témoignent pour la première fois
Il faut d’abord grimper les ruelles abruptes et sinueuses d’U Pighjolu, à mi-pente entre Guagno-les-Bains et Soccia, pour entrer dans le petit cimetière. Le caveau familial des Ceccaldi s’y distingue car une plaque noire s’ajoute aux pierres tombales. Les noms de ceux qui n’ont pu être rendus à leur terre y sont gravés : Antoine Ceccaldi, 56 ans le 11 septembre 1968, Jean-François Ceccaldi, 34 ans ce même jour où il monta, en milieu de matinée, à bord de la Caravelle Ajaccio-Nice. Cette plaque, c’est Valère, le frère de Jean-François, qui l’a fixée au granite il y a 10 ans. Les mots y précisent les circonstances du drame d’une Caravelle "touchée par un missile auto-détecteur à infrarouge". Une vérité toujours ignorée. "Mais c’est ma vérité, insiste l’octogénaire, cadet d’une petite année de son défunt frère. Rien, désormais, ne peut me faire voir autrement les choses."
Domiciliés à Suresnes (Hauts-de-Seine), Valère Ceccaldi et son épouse Janine sont fidèles à un rituel immuable, celui d’un été passé au village, dans la maison familiale construite par un arrière-grand-père. Un lieu très riche en souvenirs. "Jean-François et moi y avons passé toute notre enfance." C’est dans les ruelles de ce même village que Valère apprendra le décès de son frère, il y a aujourd’hui 50 ans."Quelqu’un est venu m’alerter en me disant : "Valère, tu as vu ? Une Caravelle est tombée." À la seconde, je me suis demandé si c’était celle de 10 heures." Car Jean-François Ceccaldi, sous-officier de l’armée française en poste à Paris, avait quitté Poggiolo très tôt pour prendre ce vol."Nous étions venus au village pour assister aux obsèques de notre grand-père. Mon frère et notre cousin avaient programmé avant moi leur retour sur Paris." Le cousin dont parle Valère, c’est Antoine Ceccaldi, un instituteur qui vient tout juste de prendre sa retraite . Il est le papa de deux jeunes filles, dont Jeanne, 19 ans à l’époque. La presque septuagénaire vit à Paris, mais vient régulièrement au village où elle s’est assise aux côtés de son cousin pour nous rencontrer. "Tu te souviens, c’est toi qui m’as annoncé que papa était mort", lui rappelle-t-elle.
Pour Jeanne, "une charge émotionnelle encore trop lourde"
Forcément, Valère et Jeanne n’ont pas vécu de la même façon les heures qui ont suivi la catastrophe. Lui, alors trentenaire déjà installé dans la vie, était bien plus à même de faire face que sa jeune cousine qui eut pourtant la maturité de protéger les siens. "Ma sœur n’avait que 14 ans, c’est moi qui ai tout fait pour garder le secret pendant 24 heures. Je voulais qu’un médecin ait le temps d’intervenir et de donner des calmants à ma mère."
Cinquante ans après, Jeanne assure qu’elle a grandi très vite. Ce drame n’y est pas étranger. "C’est moi qui me suis occupée de toutes les formalités administratives", avoue celle qui n’a jamais voulu, jusqu’à ce jour, évoquer ces événements hors du cercle familial. "La charge émotionnelle a toujours été trop forte. Aujourd’hui encore, l’évocation de ces instants est encore très lourde." Le jour de notre rencontre, la présence de Valère fut pour Jeanne un précieux soutien. C’est lui qui se chargea, faisant confiance à sa mémoire, d’entrer dans les détails d’une catastrophe dont le secret-défense ne parvient plus à masquer la véritable cause.
Entre une thèse de l’accident qui ne tient plus depuis longtemps, une quantité de preuves et autant de témoignages étayant la thèse du missile ayant échappé à la manœuvre militaire avant de percuter la Caravelle, Valère n’a plus aucun doute. Au cours de ces cinquante dernières années, il a essayé de comprendre, cherché à savoir. Il a décrypté tous les éléments accréditant la thèse du tir de missile, pointé toutes les incohérences des rapports qu’il conserve précieusement. Il en déplie les feuilles jaunies par le temps pour souligner certains passages. "Regardez, il est question ici de "perforations relevées sur une partie du fuselage", expliquées par "le repli violent de la voilure au moment de l’impact". Pour moi, c’est plus que clair. Les perforations, c’est le Mazurka." Allusion au missile dont Valère souligne l’évocation,"par un certain Forestier dans le rapport parlementaire. Il parlait d’un "dard de feu". Je regrette, mais il s’agit d’un terme militaire."
Un dîner parisien et "les secrets de Matra"
Dans la mémoire de Valère et dans celle de son épouse, d’autres épisodes, intervenus par hasard dans leur sphère privée, jettent encore le trouble. D’abord les mots d’un ami, un commissaire des Renseignements généraux qui leur glissa, quinze jours seulement après le drame :"C’est un engin Matra qui a frappé l’appareil." Puis, il y a une quinzaine d’années, lors d’un dîner organisé par des amis à Paris... "Un couple que nous ne connaissions pas y était invité, raconte Janine. Au cours de la soirée, nous avons fini par apprendre que le mari avait été ingénieur chez Matra, et dans la conversation, son épouse a carrément dit : "Il y en a des secrets chez Matra, comme l’affaire de la Caravelle." À ce moment-là, son mari lui avait demandé de ne pas en dire davantage."
Pour les Ceccaldi, comme pour toutes les autres familles des victimes de la Caravelle Ajaccio-Nice, le poids de l’absence n’aura cessé de se mêler à une forte conviction construite progressivement. Valère et Jeanne n’ont jamais adhéré à l’association portée par les frères Paoli. Non pas par rejet d’un combat collectif qui a fait beaucoup. Plutôt par volonté de préserver le caractère le plus intime d’un destin familial pas comme les autres. Croient-ils pour autant à une prochaine levée du secret-défense pour que la vérité éclate au grand jour ? Nous n’aurons pas vraiment de réponse à cette question.
Leur propre vérité leur suffit. Elle est en eux à jamais... et gravée au cœur du petit cimetière de U Pighjolu, près duquel Valère et Jeanne vivent un 50e anniversaire comme tous les autres. "Il n’y a pour moi, ce jour-là, aucun rituel. Tout est dans la tête. Mais au-delà du 11 septembre, à mon frère, j’y pense constamment."
La Caravelle immatriculée F-BOHB qui s'était envolée à 10h09 de l'aéroport Campo dell'Oro d'Ajaccio n'arriva jamais à Nice. Ce mercredi 11 septembre 1968, voici juste cinquante ans, l'avion disparut en Méditerranée à une quarantaine de kilomètres de la Côte d'Azur.
photo extraite du site http://www.avionslegendaires.net/
Ce drame, le plus important de la seconde moitié du XXème siècle en Corse avec celui du stade de Furiani, fit 95 victimes (6 membres d'équipage et 89 passagers).
Parmi elles, se trouvaient deux Poggiolais: Antoine et Jean-François CECCALDI. Leur présence était tout à fait fortuite: ils revenaient des obsèques d'un autre Jean-François CECCALDI, né en 1876, maire de Poggiolo pendant 38 ans, qui était mort le 7 septembre.
Jean-François, né en 1934, militaire, marié, était le petit-fils du défunt et le frère de Valère que tout le monde connaît au village.
Antoine, surnommé "Bébé", instituteur, né à Marseille le 7 juin 1912, était le neveu de l'ancien maire. Il avait deux filles, Jeanne et Martine.
Antoine Ceccaldi ("Bébé"), photo Jacques-Antoine Martini
L'enquête officielle conclut à un incendie provoqué par un court-circuit ou un mégot.
En souvenir de cette épouvantable catastrophe, une chapelle fut construite au cimetière d'Ajaccio, route des Sanguinaires, ornée des plaques portant les noms de toutes les victimes.
photos extraites du site https://www.aerosteles.net/
Mais de nombreuses familles ont douté de la thèse gouvernementale et pensent qu'un missile lancé lors d'un exercice à l'île du Levant avait échappé aux contrôleurs de l'armée et avait percuté l'avion.
La plaque fixée sur le caveau de la famille CECCALDI du cimetière de Poggiolo adhère totalement à cette version.
Mardi 11, une cérémonie religieuse se déroulera à 10h30 à la cathédrale d'Ajaccio. Puis, une cérémonie civile est prévue à 12 heures à la chapelle du cimetière.
Quel est le point commun entre Charles PÉGUY et Noël Ange François MARTINI?
Si l'écrivain catholique est célèbre (même s'il n'est peut-être pas beaucoup lu aujourd'hui), Noël MARTINI ne se trouve pas dans les dictionnaires.
Pourtant, toutes les personnes qui passent à Poggiolo peuvent voir son nom et ses prénoms ainsi que son grade de sergent-major.
Ces renseignements sont sur une face du monument aux morts du village.
Le point commun est donc facile à trouver: PÉGUY et MARTINI sont morts pendant la première guerre mondiale. Plus précisément, ils sont morts le même jour, le 5 septembre 1914, voici aujourd'hui exactement 104 ans.
Et une autre coïncidence existe: ils sont morts à moins de 8 kilomètres de distance, PÉGUY à Plessis-Lévêque, MARTINI à Neufmontiers, deux localités proches de Meaux, en Seine-et-Marne.
La vie de Noël Ange François MARTINI a été racontée dans un article paru en 2014:
Si la première mort connue officiellement à Poggiolo en 1914 fut celle de Jean Toussaint MARTINI (voir l'article précédent L'annonce du premier mort), une autre famille poggiolaise avait déjà...
Il fut le premier membre d'une famille poggiolaise à mourir lors de la première guerre mondiale (le premier natif de Poggiolo tué fut Jean Toussaint MARTINI le 19 septembre 1914).
Il était né à Sétif, en Algérie, en 1890. Ses parents étaient nés au village et avaient cherché du travail dans les colonies.
Même s’il n’y vécut jamais, Noël MARTINI fit partie des trente inscrits sur le monument aux morts de Poggiolo. Tout en vivant loin de la Corse, le lien avec le village d’origine ne s’efface jamais. La municipalité de l'époque l'avait bien compris et tint à ce que son nom figure parmi les trente "enfants de Poggiolo morts pour la France", comme les autres Poggiolais de l'extérieur qu'étaient Jean LOVICHI, né à Constantine, Jean Dominique MARTINI, né à Paris, et François-Antoine PAOLI, né à Marseille.
Son frère Jean-François, né dans la petite ville algérienne de Mac-Mahon, fut lui aussi poilu et accumula citations et décorations. A sa mort, en 1974, il fut inhumé à Poggiolo.
Le blog des Poggiolais va prendre quelques jours de vacances (oui, ça arrive!) mais il ne vous abandonne pas: voici quelques dates importantes d'événements prévus pour le mois d'août dans notre micro-région. Essayez d'y participer!
La plus récente des maisons datées de Poggiolo est à l'écart du cœur du village.
La villa MARTINI se trouve sur le côté gauche de la route, après le monument aux morts et la fontaine du Lucciu. Derrière une grille, une allée conduit directement à la maison, en partie cachée par la végétation.
Elle a les caractéristiques des maisons de notables déjà décrites (dans l'article "Les notables et les routes"): forme massive, presque carrée, balcon en façade, dans un terrain évitant de toucher un autre édifice. Bien évidemment, elle est au bord de la route construite à la fin du XIXème siècle.
La date de construction n'a pas été gravée sur le linteau de l'entrée mais sur une plaque apposée à côté de la porte d'entrée.
Elle est donc la plus récente des maisons poggiolaises datées. Parmi elles, aucune n'a la qualification de "Villa".
D'ailleurs, parmi les anciens du village, on l'appelle plutôt "lamaison de Ceccantone".
Les lettres F et A sont les initiales de "François Antoine", "Ceccu Antone" en corse, compacté en "Ceccantone".
Ceccantone (photo Martini)
François Antoine MARTINI est né en 1878. Il s'engagea en 1897 dans l'armée, au 12e Régiment d'Infanterie. En novembre 1903, il devint surveillant militaire dans les établissements pénitentiaires de Guyane, plus exactement au camp de Charvein.
Sa présence dans ce lieu, ainsi que les souvenirs qu'il en ramena, a été décrite dans un article précédent.
Le carnet des adhérents du Syndicat d'Initiative de Poggiolo en 1924, est une mine de renseignements (voir les articles du 15 juin et du 21 juin). Il nous apprend ainsi que le plus exotique des ...
3: maison Ceccantone - 5: maison Colonna. Cliquez pour agrandir.
François Antoine MARTINI est décédé le 20 janvier 1968. La famille de son neveu Xavier PINELLI y a logé. Puis, le couple ROSANO y fut locataire jusqu'en 2011.
En 2013 et 2014, de grands travaux ont complètement restructuré le bâtiment.
Les côtés de l'allée d'entrée avaient été transformés par ROSANO en un beau jardin floral qui a maintenant cédé la place à des installations de jeux pour les enfants de la famille.
Il faut savoir se méfier des document officiels. Même s'ils présentent de grandes garanties de sérieux, ils sont remplis par des hommes qui peuvent se tromper ou écrire en se contentant de recopier ce que d'autres ont écrit. Des témoignages peuvent les contredire.
Ainsi, l'administrateur de votre blog a reçu un message d'un lecteur nommé Ange Paul MORETTI:
Tombe de Antonini Pierre Toussaint
Pierre Toussaint ANTONINI était le frère aîné de mon grand père Louis ANTONINI qui demeurait aux BAINS de GUAGNO et DCD en 1972. Ce frère aîné a effectivement participé à la guerre de 14/18 aux Dardanelles où il a été gravement blessé.Sa tombe ne se trouve pas à SALONIQUE mais à FREJUS (83).Pierre Toussaint est décédé sur le bateau qui le ramenait en FRANCE. A FREJUS reposent aussi tous ceux qui sont décédés sur le bateau
Pierre Toussaint ANTONINI fait partie des trente combattants de 1914-1918 dont les noms sont inscrits sur le monument aux morts de Poggiolo. Mais, comme huit autres soldats de cette liste, il n'est pas né dans le village.
Il naquit à Guagno en 1882, et d'ailleurs son nom est présent sur le monument aux morts de cette commune.
Il s'engagea dans l'infanterie coloniale en 1902 et participa aux campagnes militaires du Tonkin et de la Guinée. Quand la guerre éclata, il était adjudant-chef et combattit en France, obtenant une citation à l'ordre du régiment le 25 octobre 1914:
"a enlevé à la baïonnette des tranchées ennemies et fait prisonnier un fort détachement commandé par un officier".
Pierre Toussaint ANTONINI fut envoyé sur le front d'Orient, aux Dardanelles, puis contre les Bulgares. Devenu lieutenant le 11 novembre 1916, il fut soigné pour ses blessures au HT 5 (hôpital temporaire numéro 5) de Salonique.
Hôpital temporaire 5 (Ministère de la culture - Médiathèque du patrimoine)
Il serait décédé dans cet hôpital le 22 novembre 1916 d'après une déclaration officielle reproduite dans le registre matricule et dans sa fiche de "Mort pour la France" accessible sur le site Mémoire des hommes du Ministère de la Défense.
Monsieur MORETTI affirme que son grand-oncle est décédé sur le navire (certainement un navire-hôpital) qui le ramenait en France. Nous le croyons volontiers.
Le fait certain est la présence du corps de Pierre Toussaint ANTONINI. Le site Mémorial GenWeb localise exactement ses restes au carré militaire de Lagoubran, près de Toulon, carré SF, rang I, tombe 26.
cimetière de Lagoubran (site http://randojp.free.fr)
Merci à Ange Paul MORETTI d'avoir fourni cette précision sur les conditions de la mort d'un des trente héros dont la mémoire subsiste sur le monument de Poggiolo.
Les articles de ce blog évoquant le décès et le lieu d'inhumation de Pierre Toussaint ANTONINI ont été rectifiés en conséquence.
Un peu plus bas que la chapelle Saint Roch et des deux maisons présentées la dernière fois (voir l'article"Autour de Saint Roch"), il reste à voir autour de la place Inghjo quatre maisons portant des dates de construction très étalées dans le temps: 1766, 1832, 1850 et 1931.
Maison 1766:
A la Teghia, en face de la maison Franceschetti, se trouve une placette dominant la stretta. L'entrée de la maison MICHELANGELI, où habitent Marie-Paule et Jean-Marc FRANCHI, est surmontée par un linteau allongé.
La date gravée est 1766, ce qui en fait la deuxième maison la plus ancienne des maisons datées de Poggiolo, après la maison PINELLI 1702), comme vu dans un article précédent.
Maison 1832:
De l'autre côté de la place Inghjo, s'allonge le bâtiment surnommé "la maison de Tata". Une porte à deux battants est en haut d'un terrazzolo, le perron avec quelques marches.
Au dessus du linteau, une pierre bien découpée, de forme presque carrée, porte trois lignes gravées:
D.O.M.
M.R.F.
I°. M°. 1832
On retrouve l'expression D.O.M., abrégé de l'expression latine Deo optima maximo, c'est-à-dire "à Dieu très bon, très grand", vue dans l'article précédent.
L'un de nos lecteurs pourrait-il donner l'explication de la deuxième ligne?
En tout cas, la date de construction est bien 1832.
Le linteau fut à une époque couvert par le mot "CAFÉ" tracé à la peinture. Un tableau analysé dans l'article "Le café de la ruelle derrière St Roch" le montre bien.
Maison 1850:
En sortant de la place par les marches de droite, on rejoint la stretta. Juste à l'angle que fait la ruelle, se trouve dans le mur une pierre qui a été préservée du crépissage recouvrant cette dépendance de la maison de Louis DEMARTINI.
On peut y voir les quatre chiffres qui forment l'année 1850.
Très curieusement, elle ne se trouve pas au-dessus d'une entrée mais à environ un mètre de hauteur. Aurait-elle été déplacée d'une autre partie de la maison ou viendrait-elle d'un autre édifice?
Maison 1931
En face, de l'autre côté de la rue, une inscription plus discrète surmonte la porte de la maison.
La particularité de cette date est d'être du XXème siècle alors que toutes les autres sont des XVIIIème et XIXème siècles.
La coutume a disparu au siècle suivant. Une seule autre maison porte une date d'après 1900. Elle est près de la fontaine, au début de route vers Soccia. Elle sera présentée dans un autre article.
Ici, les initiales
D. A.
sont suivies de l'année
1931
La date interroge: cet édifice a-t-il été construit en 1931 ou n'est-ce que le moment de sa réorganisation?
Le cadastre de 1857 montre qu'une maison existait alors. Elle portait le numéro de parcelle 441 (cercle vert).
Les photos aériennes récentes montrent une construction un peu différente (cercle bleu).
Un grand réaménagement a donc dû se produire en 1931.
Une autre modification a eu lieu tout récemment, en 2017: la porte n'existe plus!
Elle a été remplacée par une fenêtre moderne à double vitrage.
Vannina BERNARD, qui habite là, explique que cette modification a été imposée pour des raisons d'isolation, d'autant que, lors des orages, la pluie du ruisseau entrait dans la maison.
Mais elle a tenu, et elle a eu bien raison, à conserver la date.
Tradition et modernité peuvent parfois s'accommoder.
:
blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù).
Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité. POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici. Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO. Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images. Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).