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27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 18:00

 

Quand la Corse devint française et qu'une opposition armée se manifesta, que fit le clergé? Jean-Pierre POLI l'indique dans "1769-1789, vingt ans de résistance corse" (Editions Piazzola, 2019) (qui a inspiré les articles précédents sur Martino LECA et Anton Matteo CAMILLI):

 

"Les prêtres sont dans la même situation que les autres Corses, certains sont au maquis ou aident les rebelles, beaucoup essayent de freiner les effets de la répression, d'autres sont partisans l'intégration au royaume de France, quelques-uns renseignent l'armée royale."

 

 

Dans quelle catégorie peut-on classer Giovan Antonio MASSIMI ?

 

A moins qu'il faille écrire Giovan Antonio MUSSINI ?

 

Cette dernière orthographe est celle utilisée dans le livre de POLI. Mais MUSSINI est un nom totalement inconnu dans les Deux Sorru. Faut-il supposer que les documents administratifs français ont déformé le nom de MASSIMI qui, lui, est courant à Orto? Dans le doute, gardons MUSSINI, la version du livre.

 

En août 1774, le général de brigade SIONVILLE monta une grande opération de ratissage pour supprimer le "banditisme" dans la province de Vico.

 

Partant de Bocognano, il passa notamment à Balogna, Ota et Coggia, détruisant les maisons des résistants et faisant de nombreux captifs. Rentré à Bocognano, il établit le 28 août une liste de 65 prisonniers devant être transférés à Toulon. Parmi les 13 originaires d'Orto et de Guagno, on note "Giovan Antonio MUSSINI, diacre".

 

Actuelle église d'Orto (construite fin XIXe siècle).

Actuelle église d'Orto (construite fin XIXe siècle).

 

La raison exacte de son arrestation n'est pas connue mais l'affaire provoqua une grande émotion. Les notables des Deux Sorru réagirent en signant une supplique au général pour demander la libération de Giovan Antonio. Ce document le qualifie de "vicaire" et nous apprend qu'il était alors âgé de 26 ans.

 

Les signataires appartenaient à des familles bien connues:

"Francesco Antonio MASSIMI, Pietro Maria COLONNA, Domenico PINELLI, Domenico LECA, Paolo Francesco POLI, Gio Pietro PASTINELLI, Aurelio COLONNA, Giulio Francesco LECA, Francesco ANTONINI, Giuseppe MORTINI, Francesco FRANCESCHETTI, et Teodoro POLI, podestà maggiore".

 

Il faut remarquer dans cette liste Francesco Antonio MASSIMI et Francesco FRANCESCHETTI. 

 

Si le religieux se nommait bien MASSIMI, Francesco Antonio devait être de sa famille. Francesco Antonio, dit aussi Antonio Francesco, était né vers 1754. Il représenta Orto le 19 juin 1794 à la consulte qui adopta la Constitution du royaume anglo-corse. Mais, en janvier 1795, lors de l'élection du Parlement de ce royaume, il fut battu par Filippo LECA et Francesco FRANCESCHETTI (1750-1818), podestat de Poggiolo. Les Franceschetti actuels sont les descendants de son frère. L'élection fut vainement contestée par MASSIMI (voir l'article "Contestation ortigaise").

 

La supplique n'aboutit pas et Giovan Antonio MUSSINI (ou MASSIMI) embarqua le 6 septembre 1774 à Ajaccio pour être emprisonné dans la Grosse Tour de Toulon, avec 39 autres rebelles dont 10 Guagnais et 2 Ortigais: "Domenico Antonio PASTINELLI, 17 ans, berger", et "Martino BONIFACCI, 15 ans, berger". Ce dernier mourut en prison le 8 août 1775.

 

L'étude de J-P POLI ne dit rien de plus sur Giovan Antonio. Que devint-il?

 

Parmi nos lecteurs, qui pourrait nous renseigner sur cet énigmatique religieux?

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 18:00

 

Malgré la célébrité de l'abbé CIRCINELLU et de son neveu Martino LECA (dont il a été question dans l'article précédent), la résistance à l'occupation française à Sorru in sù ne fut pas uniquement guagnaise.

 

Un Poggiolais est cité dans "1769-1789, vingt ans de résistance corse", le livre écrit par Jean-Pierre POLI (éditions Alain Piazzola, 2019).

 

Il s'appelait Anton Matteo CAMILLI.

 

Il faisait partie du groupe dirigé par Francesco FIORE, originaire de Tavera (près de Bocognano). Ces maquisards écumaient les abords d'Ajaccio et le Cruzzini. Traqués par les troupes royales, ils tentèrent de s'embarquer pour la Sardaigne en novembre 1774. Ayant échoué, ils finirent par se rendre.

 

FIORE et ses seize compagnons furent emprisonnés à Ajaccio le 5 décembre 1774 et transférés à Toulon le 2 mai 1775. Parmi eux, la liste officielle note la présence de "Anton Matteo CAMILLI, 30 ans, de Poggiolo de Guagno".

 

Qui était Anton Matteo CAMILLI?

 

Dénombrement de 1770 à Poggiolo (cliquer sur l'image pour l'agrandir).

Dénombrement de 1770 à Poggiolo (cliquer sur l'image pour l'agrandir).

 

Il était mentionné sur la feuille du recensement de 1770 à Poggiolo comme faisant partie du feu numéro 27 avec son père Gioan Battista CAMILLI et sa mère Anna Maria DEMARTINI. Lui-même, qui avait alors 25 ans, était marié à une Giovanna dont le nom de famille est inconnu et ils avaient un enfant prénommé Giacomo qui serait né en 1764.

 

Xavier PAOLI, l'historien de Poggiolo, qui a étudié "L'Etat des âmes" tenu par le curé de 1730 (voir l'article "Histoire abrégée du village avant 1914"), ne cite pas de CAMILLI parmi les 81 habitants du village. Est-ce un oubli du document ou bien cette famille s'installa-t-elle entre 1730 et1770?

 

Il semble donc qu'Anton Matteo quitta sa famille pour suivre Francesco FIORE dans le maquis et en prison.

 

 

Grosse Tour (ou Tour Royale) de Toulon. Photo Wikipedia.

Grosse Tour (ou Tour Royale) de Toulon. Photo Wikipedia.

 

 

Après quatre ans de détention à Toulon, FIORE réussit une évasion spectaculaire racontée dans le livre de POLI:

"dans la nuit du 1er au 2 octobre 1779, en pratiquant un trou sous une fenêtre de la Grosse Tour, une vingtaine de détenus vont atteindre le donjon au milieu d'un orage épouvantable, ils se saisissent de la sentinelle, placent une corde qu'ils avaient confectionnée en secret et descendent sur le rivage situé à plus de soixante pieds. Deux sont arrêtés, un blessé décède, mais le reste parvient à s'enfuir."

 

Mais Anton Matteo n'était pas dans le groupe des dix-huit évadés.

 

Avait-il été libéré auparavant ou resta-t-il en prison? Ce qui est certain, c'est que, en 1781, il ne faisait pas partie des trois résistants corses encore enfermés à Toulon.

 

Il est certain également qu'il ne décéda qu'après 1813 à Poggiolo, comme le montre sa fiche biographique établie par Pierre LECCIA sur le site GENEANET.

 

Son fils Giacomo fut membre du conseil municipal de Poggiolo en 1803.

 

Nous espérons que, parmi les lecteurs du blog et les descendants d'Anton Matteo CAMILLI, il s'en trouvera qui pourraient fournir des renseignements supplémentaires sur ce discret résistant poggiolais.

 

(à suivre)

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 17:18

 

Un des moments les moins connus de l'Histoire de la Corse est constitué par les premières années qui suivirent le traité de Versailles du 15 mai 1768 confiant au roi de France la souveraineté sur l'île.

Ce trou est maintenant comblé par la publication en octobre 2019 du livre de Jean-Pierre POLI "1768-1789. Vingt ans de résistance corse" (éditions Alain PIAZZOLA).

 

Trois résistants à la conquête française: 1) Martino digne neveu de Circinellu

 

Après le traité entre Gênes et la France, il y eut un an de combat jusqu'à la défaite des troupes paolistes à Ponte Novu le 8 mai 1769. Mais on a passé sous silence les années suivantes pendant lesquelles plusieurs groupes entretinrent une guérilla qui gêna fortement les soldats de Louis XV et servit à justifier une très dure répression.

 

Le plus connu des résistants est CIRCINELLU, le curé de Guagno. Seulement, il ne fut pas le seul dans la pieve de Sorru in Sù. Le livre de J-P POLI permet d'apprendre qu'il y eut d'autres opposants à la domination française à Guagno, mais aussi à Poggiolo et à Orto.

 

Martino LECA était le neveu de Domenico LECA (CIRCINELLU). Il fut présent à Ponte Novo où il commandait les milices de Guagno avec son oncle.

 

Le 23 mai 1769, deux semaines après la défaite, Clemente PAOLI, le frère de Pascal, le "babbu di a patria", réunit à Vico, accompagné de Charles BONAPARTE (le père de Napoléon) et Gian Carlo SALICETI, les représentants de cette région. N'avait-elle pas été le dernier refuge de Giovan Paolo de Leca en 1489 et 1501 et d'Alphonse d'Ornano, le fils de Sampiero Corso, en 1569, dans leurs luttes contre les Génois? 

 

Malgré le soutien de l'abbé Domenico LECA, il reçut une réponse négative à la poursuite d'une guerre considérée comme perdue. Clemente alla rejoindre Pascal à Porte-Vecchio pour partir en exil le 13 juin.

 

 

DÉPART POUR LE MAQUIS

Alors, devant les Guagnais réunis dans l'église Saint Nicolas, CIRCINELLU prêta serment, sur l'autel, de ne jamais déposer les armes tant que la Patrie ne sera pas libérée. Il prit le maquis avec une dizaine de ses paroissiens, Martino et deux de ses nièces. Circulant entre le Tretorre et le Rotondo, le groupe harcela les représentants du pouvoir royal. Les villageois lui fournissait vivres et argent, avec l'accord du prêtre Antonio ANTONETTI qui avait remplacé Domenico à la tête de la paroisse.
 
CIRCINELLU accomplit un coup d'éclat en venant à la messe de Pâques au printemps 1770 avec toute sa troupe. Du coup, le nouveau curé fut arrêté le 14 juillet suivant et condamné à mort pour avoir aidé les rebelles mais il fut finalement innocenté.
 
Comprenant que sa présence nuisait à la population, CIRCINELLU décida de se réfugier dans le Fiumorbo pendant l'été.
 
Circinellu et sa troupe sur le Tretorre (pastel de Gérald Antoni).

Circinellu et sa troupe sur le Tretorre (pastel de Gérald Antoni).

 

 

LES ACTIONS DE MARTINO

 

L'ancien prêtre trouvant la mort en 1772, Martino LECA prit le commandement du groupe qui comptait une trentaine de combattants dont une vingtaine de Guagnais. 

 

Dès l'été 1771, il avait été en contact avec Eusebio ACQUAVIVA, dit MARZU di Niolo, qui se fit connaître par des coups d'éclat spectaculaires, notamment en brûlant tout le bois de construction entreposé dans la forêt d'Aïtone et destiné aux chantiers navals de Toulon.

 

Le 21 février 1772, le comte de MARBEUF, commandant les troupes françaises, décida la mise à prix des principaux chefs de la rébellion: MARZU, Angelo Matteo BONELLI dit ZAMPAGLINU et Martino LECA. La récompense était fixée à 300 livres s'ils étaient abattus et 500 s'ils étaient ramenés vivants. Quelques semaines pus tard, MARZU fut tué dans une vendetta familiale.

 

Martino revint dans la zone de Vico où il agit de plus en plus brutalement à l'encontre de la population. François PAOLI, dans son livre sur "Letia et la région de Vico" (Stamperia Sammarcelli, 2011), donne des exemples de cette brutalité:

 

"On le voit ainsi à Soccia dévaliser avec sa bande ce village, à plusieurs reprises au cours de l'hiver 1772, en plein jour et au son de la corne marine. Dans les maisons où il n'y avait rien à leur donner, ils ont tout cassé, sous le regard effaré des habitants.

En 1772 toujours, cette même bande a attaqué et cerné, le dimanche matin à l'heure de la messe, le village d'Arbori. La "contribution" exigée est la même que celle que demandait PAOLI. (...) Ils promettaient de revenir sous peu, de brûler des maisons et de saisir des troupeaux, quand ce n'était pas de tuer hommes, femmes et enfants."

 

Ces excès exaspérèrent les habitants. François PAOLI rapporte que, toujours en 1772, Jean CLAVET, un déserteur appartenant à la bande de Martino, "est arrêté par les habitants de Soccia, selon Domenico de PAOLI, le podestat major de Renno, et remis aux autorités".

 

Soccia

Soccia

 

EXIL ET MORT EN ITALIE

L'étau de la répression se resserrait constamment.

 

Le 1er juin 1774, le général de brigade Jean Prosper de SIONVILLE, chargé par MARBEUF de la répression, mit en place un nouveau dispositif d'emplacement de ses troupes et chargea la compagnie de grenadiers du capitaine COLONNA de surveiller "la province de Vico et la piève de la Cinarca", le capitaine d'ARNAULT étant stationné à Vico même.

 

Fin août ou début septembre, le résistant Pietro CIPRIANI fut arrêté à Guagno par un groupe de villageois commandés par Pietro Maria COLONNA. Pietro CIPRIANI mourut en prison à Toulon en mai 1777.

 

En janvier 1775, deux autres "bandits" guagnais, Bartolomeo GUANONI, dit BUTONE, et Anton Matteo GIULIO, furent tués dans des accrochages avec des soldats du régiment de Nassau.

 

Le 25 février 1775, SIONVILLE procèda à une nouvelle répartition: d'ARNAULT était avec 50 hommes à Vico, Pietro Maria COLONNA à Guagno avec 20 volontaires armés par les Français, d'autres garnisons étant installées à Marignana, Evisa, Rosazia et Ota.

 

Les Français arrêtèrent et envoyèrent en prison à Toulon le 2 mai 1775 Anton Matteo LECA dont le seul tort était d'être l'oncle du "chef des bandits de Guagno".

 

Harcelé de tous côtés, Martino partit en juillet 1775 avec deux autres Guagnais se réfugier en Sardaigne où se trouvaient d'autres rebelles. Le gouvernement de Versailles ayant fait pression sur la Cour de Turin dont dépendait la Sardaigne, LECA et ZAMPAGLINU (Angelo Matteo BONELLI) embarquèrent le 19 janvier 1776 pour Livourne.

 

Ils allèrent à Pise et à Pistoia rencontrer Clemente PAOLI et les autres capitaines paulistes en exil. Mais le 26 juin, le grand-duc de Toscane ordonna leur arrestation. LECA et ZAMPAGLINU s'enfuirent vers la république de Lucques. Mais la police locale les pourchassa.

 

Finalement, en octobre 1777, les soldats lucquois finirent par les encercler à Lucchio. Dans l'affrontement, Martino fut tué tandis que ZAMPAGLINU, blessé, parvint à s'échapper. Il se réfugia en Toscane puis en Angleterre et termina sa vie en Corse où il rentra grâce à la révolution de 1789.

 

 

Comme l'écrit Jean-Pierre POLI, Martino LECA, "qui a été, aux côtés de son oncle Circinellu, un des premiers à rejoindre la lutte clandestine, n'a jamais dévié, à la tête de ses compagnons, de son combat pour la liberté de sa Patrie".

 

Il méritait bien d'être sorti de l'ombre. 

 

(à suivre)

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Quelques articles de ce blog pour mieux connaître Circinellu:

 

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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 17:59

 

L'assassinat d'un gendarme perpétré voici deux cents ans à Guagno fut un événement historique pour la Corse et surtout pour Sorru in sù. 

 

Le 14 février 1820, Théodore POLI tua le brigadier PETIT qui l'avait arrêté dix jours auparavant pour désertion. Théodore prit le maquis et se fit reconnaître comme roi du maquis par une assemblée de bandits dans la forêt d'Aïtone. Il écuma les Deux Sorru pendant sept ans en rackettant les habitants et surtout les curés. Sa bande poussa l'audace jusqu'à assassiner l'aide du bourreau de Bastia.

 

Couverture du livre "La Corse et ses bandits" de Gabriel Xavier Culioli.

Couverture du livre "La Corse et ses bandits" de Gabriel Xavier Culioli.

 

Pour arrêter ces exactions, le roi Louis XVIII créa le corps des voltigeurs corses. Ces soldats finirent par tuer Théodore le 5 février 1827.

 

L'histoire de Théodore POLI fit l'objet de plusieurs livres et articles. Il est considéré comme le premier des "bandits d'honneur" dont les derniers éléments furent éliminés par l'expédition militaro-policière de novembre 1931.

 

Entre octobre 2010 et mars 2011, le blog des Poggiolais avait publié une série de six articles sur les exploits de Théodore. En ces temps de renfermement sanitaire, il vous est vivement conseillé de les relire (ou de les découvrir).

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17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 10:07

 

 

Il ne faut pas sortir

 

Eviter de sortir permet d'éviter les catastrophes

 

L'Histoire le prouve.

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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 19:50
Réponse à la devinette du mois: les chaussures perdues des Grecs

 

En 1967, après la guerre des six jours, durant laquelle l'armée égyptienne fut écrasée par l'armée israélienne, les soldats égyptiens furent abondamment moqués pour avoir abandonné leurs chaussures afin de s'enfuir plus vite dans le désert. Il en avait été de même lors des combats d'octobre 1956 dans le Sinaï.

 

Des militaires peuvent également être obligés de partir sans avoir eu le temps d'enfiler leurs souliers quand ils ont été surpris par une attaque pendant la nuit. C'est ce qui arriva aux Grecs en 1734 pas loin de nos villages, à Camputile.

 

Quand l'insurrection générale corse contre l'occupation génoise se produisit en 1730, les Grecs de Paomia restèrent fidèles à Gênes. Encerclés dans la tour d'Omigna fin avril 1731, ils réussirent à se réfugier à Ajaccio, tandis que leur village était dévasté.

 

tour d'Omigna (site paradisu.info)

tour d'Omigna (site paradisu.info)

 

En 1734, trois cents Grecs formèrent une milice de volontaires pour combattre les Corses. Le lieutenant Ghjacumu Santu PETRICONI, envoyé par Gênes, devait aller secourir la garnison de Corte assiégée par les Naziunali. Pour aller vite, PETRICONI mit ses troupes dans des navires pour débarquer à Sagone. De là, il comptait grimper par le Niolo.  

Mais le chef des Corses, Ghjuvan Ghjacumu AMBROSI, dit CASTINETA, comprit la manœuvre et s'avança dans la même zone.

 

La suite est racontée par Jean-Laurent ARRIGHI à la page 76 du livre "Vico Sagone Regards sur une terre et des hommes" (ed. Alain Piazzola):

"Là, il [CASTINETA] apprend que les Grecs, exténués par leur marche forcée en montagne, sont en train de bivouaquer sur le plateau de Camputile. C'est à cet endroit que, dans la nuit du 29 au 30 mars [1734], le campement sera attaqué par surprise. Un grand nombre de Grecs est alors tué et les autres, dans l'affolement, s'enfuient dans les montagnes en abandonnant armes et chaussures".

 

Les survivants parvinrent, non sans mal, à se regrouper à Vico.

 

 

Si vous passez par Camputile, vous ne trouverez plus de chaussures abandonnées mais ayez une pensée pour ceux dont le sang coula sur ce plateau.

 

Camputile, août 2001, photo Michel Franceschetti

Camputile, août 2001, photo Michel Franceschetti

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1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 18:00
La devinette du mois: les chaussures perdues des Grecs

Tout le monde connaît l'aventure de ces Grecs réfugiés qui furent installés en Corse, à Paomia, par les Génois. Chassés par les Vicolais, ils s'enfuirent à Ajaccio jusqu'à ce que le comte de Marbeuf, représentant de Louis XV, leur permette de se fixer à Cargèse.

 

Parmi les nombreux affrontements avec les Corses, l'un d'eux est particulier car les Grecs y perdirent leurs chaussures. Quand et à quel endroit proche de nos villages cette mésaventure arriva-t-elle?

 

Réponse demain.

 

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28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 18:00

Le développement du coronavirus est suivi avec inquiétude par toutes les instances sanitaires et gouvernementales du monde. La question se pose de fermer ou non les frontières.

 

Mais rassurez-vous.

 

La municipalité de Poggiolo

a pris une mesure radicale 

pour empêcher la contamination:

 

 

la frontière communale

 

est fermée.

 

 

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A vrai dire, ces mesures furent décidées en 1884 et concernaient le choléra.

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Dans les siècles passés, les maladies comme la peste ou le choléra firent des ravages. La dernière épidémie de choléra en France eut lieu en 1884. Elle débuta le 13 juin de cette année et aurait été provoquée par l’arrivée dans le port de Toulon d’un bateau venant du Tonkin. Le premier cas marseillais fut déclaré le 25 juin.

 

Entre juin et octobre, la maladie fit 1777 décès dans la ville de Toulon et 1793 à Marseille. L’épidémie resurgit avec l’été 1885 et fit alors 1259 nouveaux décès dans la population marseillaise.

 

L’effroi des populations fut grand. Des Toulonnais et des Marseillais s’enfuirent de leurs agglomérations.

 

A Marseille, la quarantaine fut organisée. Les marins et voyageurs arrivant au port devaient rester au lazaret le temps d'être certain qu'ils n'apportaient pas la maladie. Il n'était possible de leur parler que derrière une double rangée de grilles.

 

Poggiolo dit "stop" à l'épidémie

 

La Corse fut touchée au bout de quelques jours. Dans l’île, 6 communes furent atteintes. Il y eut 4 morts en juillet, 16 en août et 6 en septembre.

Près de Poggiolo, Saint André d’Orcino fut victime de l’épidémie.

Il en fut même question en Suisse, dans la « Feuille d’avis de Neuchâtel » du jeudi 28 août 1884:)

L’épidémie continue à décroître à Marseille où l’on ne comptait lundi que 5 décès. Le même jour, il y a eu 6 décès à Toulon, 5 à l’hospice d’Aix, 3 à Béziers, 4 à Carcassonne, 10 à Perpignan et 7 à Sisteron. Dans plusieurs autres localités, un décès.

Le choléra a été constaté en Corse, à Saint-André-d’Orcino, où trois décès ont eu lieu.

En Italie, 84 décès à la Spezzia depuis le 22 août.L’épidémie continue à décroître à Marseille où l’on ne comptait lundi que 5 décès. Le même jour, il y a eu 6 décès à Toulon, 5 à l’hospice d’Aix, 3 à Béziers, 4 à Carcassonne, 10 à Perpignan et 7 à Sisteron. Dans plusieurs autres localités, un décès.

Le choléra a été constaté en Corse, à Saint-André-d’Orcino, où trois décès ont eu lieu.

En Italie, 84 décès à la Spezzia depuis le 22 août.

 

Cette proximité incita la mairie de Poggiolo à prendre des mesures rigoureuses. Le maire Jules Martin DESANTI signa, trois jours après cet article de presse, le 31 août 1884, l’arrêté suivant :

 

Poggiolo dit "stop" à l'épidémie

En voici le contenu exact :

Nous, Maire de la Commune de Poggiolo :
Attendu qu’il s’est déjà produit quelques cas de cholera dans la commune de Saint-André d’Orcino et qu’ainsi on ne peut plus permettre sans danger l’accès de Guagno (les Bains), aux habitants de ce village contaminé .
Considérant que cette mesure est de toute utilité,
Arrêtons
--------------
Tous les baigneurs et amateurs venus de la commune de St André d’Orcino à Guagno-les Bains, soit en villégiature soit pour y prendre les eaux, sont priés de quitter le territoire à partir du 1er septembre prochain. Le Maire de Poggiolo est persuadé que les habitants de St André d’Orcino qui se trouvent actuellement aux Bains ou qui pourraient s’y rendre ne le forceront pas à prendre contre eux des mesures de rigueur et qu’ainsi ils se conformeront

au présent arrêté.
Il est également défendu aux propriétaires des maisons de recevoir chez eux aucun individu venant de la susdite commune de St André d’Orcino, sans encourir les peines édictées par la loi.
Fait à Poggiolo le 31 août 1884.
Le Maire
Desanti

 

Les habitants de Saint André d'Orcino sont interdits sur le territoire de Guagno-Les-Bains. Il faut remarquer qu'il n'est pas question de Poggiolo.

 

Ce document prouve que la station thermale de Guagno-les-Bains  attirait alors suffisamment de curistes des villages corses pour craindre qu’ils répandent la contagion.

 

Ce refus d’accueil de non-Poggiolais joua-t-il un rôle important dans le reflux du choléra ?

 

Toujours est-il que la Corse ne connut que 6 décès de cholériques en septembre et plus rien après. Et les habitants de Poggiolo et de Guagno-les-Bains furent préservés.

 

Au total, cette épidémie porta sur 30 départements, surtout dans le Sud, atteignit 477 communes et donna lieu à 7.820 décès dans l’ensemble de la France. Elle continua jusqu’en janvier 1885 en Algérie, où elle provoqua 890 décès. Ces chiffres sont extraits du «Journal de la Société Statistique de Paris» (tome 26,1885) p. 459 

 

Nota : Jules Martin DESANTI, auteur de l’arrêté, est né le 20 mars 1831 à Poggiolo, et décéda le 2 janvier 1910 à Soccia. Il fut maire de Poggiolo de 1880 à 1888.

 

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Cet article a déjà été publié le 3 février 2015.

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28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 18:00

Après Napoléon III, le cachet de Poggiolo a connu plusieurs changements.

La République est proclamée le 4 septembre 1870. Le 17 février 1871, Adolphe THIERS devient "chef du pouvoir exécutif de la République Française". Mais, à Poggiolo, ces changements n'apparaissent pas tout de suite sur les documents officiels. 

Ce certificat délivré par la mairie le 10 janvier 1872 est encore marqué du tampon du Second Empire.

Péripéties municipales: les différents cachets de la mairie (2/2)

Le changement finit par s'opérer mais de façon curieuse, comme le montre cette lettre datée du 9 juillet 1872.

Le maire, Pierre MARTINI, demande au Préfet de lui envoyer des feuillets supplémentaires pour les registres d'état-civil et il en profite pour l'informer

"en outre que le cachet de la commune de Poggiolo n'est pas correcte (sic), ainsi au lieu de dire Poggiolo, il dit Poggiola, ce qui pourrait amener souvent des erreurs avec d'autres communes, veuillez donc, Monsieur le Préfet, me faire savoir a ce que je dois me tenir (sic)."

Ainsi donc, au cours de l'année 1872, le tampon impérial a finalement été abandonné et l'on a repris l'ancien, celui qui contenait cette faute d'orthographe, et que l'on a déjà vu dans l'article précédent.

Il faut quand même savoir que Poggiola est le nom d'un quartier ou d'un hameau dans huit communes corses (Corscia, Peri, Asco, Erbajolo, Castello-di-Rostino, Sant'Andrea-di-Bozio, Moltifao et Speloncato) et qu'il existe aussi le village de PIOGGIOLA.

 

La réponse du Préfet, écrite en marge de la lettre, ne concerne que l'achat des feuillets et pas du tout le cachet mais, quelques mois après, les actes de la commune peuvent être officiellement républicains et poggiolais.

Péripéties municipales: les différents cachets de la mairie (2/2)

Le nouveau modèle est très sobre: l'inscription "Mairie de Poggiolo" encerclée par "République française (Corse)". Ce modèle va servir très longtemps.

Péripéties municipales: les différents cachets de la mairie (2/2)

Il est ensuite complété par un tampon particulier destiné à l'adjoint spécial de Guagno-les-Bains, fonction créée par l'Etat en 1897. Voir l'article Guagno-les-Bains, c'est spécial.

La bordure porte l'inscription "GUAGNO-LES-BAINS Section de POGGIOLO".

Péripéties municipales: les différents cachets de la mairie (2/2)

Comme Poggiolo est toujours en retard sur les changements politiques, la commune conserve le cachet républicain pendant la guerre, alors que le régime du Maréchal PÉTAIN se nomme officiellement "l'Etat Français".

Péripéties municipales: les différents cachets de la mairie (2/2)

Et maintenant?

Le tampon officiel de la mairie de Poggiolo est bien plus chargé, reprenant le sceau officiel de l'Etat avec un personnage symbolisant la République.

 

Péripéties municipales: les différents cachets de la mairie (2/2)

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Cliquer sur les images pour les agrandir.

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A part la dernière photo, tous les documents présentés ici sont consultables aux Archives Départementales d'Ajaccio.

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Article publié initialement le 3 mars 2014.

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 18:00

Qu'un journal confondit POGGIOLO avec POGGIOLA en 1915, la faute n'était pas trop condamnable. Par contre, il est bien moins facile d'accepter que la confusion ait été acceptée par l'Etat. Notre village en fut victime et des documents poggiolais du XIXème siècle auraient pu être entachés de nullité à cause du tampon officiel.

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Quand un acte officiel est publié, il doit comporter un élément prouvant son authenticité. Pendant longtemps, il y eut les cachets de cire. Puis, sont venus les tampons encreurs. Les différentes strates de l'administration en utilisent. Chaque commune a son propre cachet. Mais les inscriptions gravées sur ce cachet peuvent varier selon les époques en fonction des événements politiques.

Ce fut le cas à Poggiolo mais avec toujours un temps de retard et avec une particularité orthographique qui eut une longue durée.

Après la chute de Napoléon Ier, la Restauration utilise le symbole des trois fleurs de lys surmontées par une couronne royale.

Péripéties municipales: Les différents cachets de la mairie (1/2)

Mais la révolution des Trois Glorieuses, en juillet 1830, chasse Charles X au profit du duc d'Orléans qui devient Louis-Philippe Ier, roi des Français. Dans la précipitation, on barre les fleurs de lys capétiennes.

Péripéties municipales: Les différents cachets de la mairie (1/2)

Le calme revenu, le cachet poggiolais a comme dessin central une couronne d'olivier, comme sur ce document de 1835. Mais, grosse erreur, la commune s'appelle Poggiola!

Péripéties municipales: Les différents cachets de la mairie (1/2)

L'aberration orthographique perdure au changement de régime suivant. En février 1848, un soulèvement parisien provoque l'abdication de Louis-Philippe et proclame la Seconde République.

Mais le même cachet reste en fonction. Voyez ce document de 1849.

Péripéties municipales: Les différents cachets de la mairie (1/2)

Le président Louis-Napoléon organise un coup d'Etat pour prendre tout le pouvoir et en arrive à se proclamer empereur sous le nom de Napoléon III le 2 décembre 1852. Mais, à Poggiolo, le maire a toujours le même tampon. Exemple: ce document de juillet 1855.

Péripéties municipales: Les différents cachets de la mairie (1/2)

Le Second Empire apparaît enfin sur les papiers de Poggiolo après 1857 avec, comme nouveau dessin, l'aigle impérial. La commune retrouve son orthographe officielle après plus de douze ans de déformation!

 

Péripéties municipales: Les différents cachets de la mairie (1/2)

Mais Poggiolo connut encore d'autres cachets officiels après la chute de Napoléon III.

 

(à suivre)

 

Article publié initialement le 28 février 2014.

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