Le gouvernement a fait une mauvaise surprise aux conseillers municipaux des communes où l'élection a été acquise dimanche.
Les conseils municipaux déjà élus dimanche dernier devront attendre un rapport gouvernemental prévu pour le 10 mai afin de savoir quand ils pourront se réunir et élire maires et adjoints. Pour le moment, les sortants restent en place.
Ainsi, à Poggiolo, Angèle PINELLI doit toujours rester à la barre. Attendons.
L'actuelle pandémie de coronavirus réveille toutes sortes de craintes et fait remonter des souvenirs historiques. Elle fait penser à 1918.
Cette année est connue pour être la dernière de la première guerre mondiale. Mais, dans le bilan de la guerre, on oublie souvent les victimes de l’épidémie de grippe, appelée alors grippe espagnole, qui affecta pratiquement le monde entier.
"Entre 25 et 40 millions de personnes sont mortes de la grippe espagnole d'avril 1918 au printemps 1919, davantage de victimes que celles causées par la Grande Guerre" (Claude Quétel, "L'Histoire", n°449, juillet 2018).
Malades de la grippe dans un hôpital du Kansas, région où les premiers cas mortels furent enregistrés.
Pour sa part, la France eut à déplorer 240.000 morts.
Des célébrités comme Edmond Rostand et Guillaume Apollinaire moururent de cette maladie.
La Corse ne fit pas exception et fut touchée fin juillet 1918.
"L'on dénombra quatre-vingts morts à Sartène, quarante à Levie et Zevaco, et soixante à Sollacaro. Mais le triste record reste dans la cité paoline", c'est-à-dire Corte, où il y eut 136 morts, écrit Daniel CERANI dans "Corse-Matin" du 7 août 2018.
A Corte, la grippe dura du 4 août à fin septembre.
La grippe dans le canton de Soccia
La tradition orale rapporte que, pendant l’été 1918, il y eut plusieurs victimes dans le village voisin de Soccia et que l’on entendait tous les jours les cloches des enterrements. Par contre, Poggiolo aurait été épargnée. S'agit-il d'une légende ou de la réalité?
Pour répondre, il faut étudier la mortalité de ces communes pendant l'année 1918, ce qui est possible avec les tables décennales d’état-civil disponibles sur internet.
Elles montrent effectivement une forte poussée de mortalité àSocciaen septembre et octobre 1918 avec dix-huit décès pour ces deux mois, soit autant que dans l’ensemble de chacune des années précédentes.
APoggiolo, il n’y eut que deux décès pour la même période, sur un total annuel de onze, soit moins qu’en 1917 où l'on avait compté quinze morts.
Il semble queGuagnoait également été touché par l’épidémie car on enregistra dix-neuf morts en octobre 1918, soit exactement la moitié du total de l’année pour cette commune. Il n'y avait eu que onze morts pour toute l'année 1917.
Le tableau ci-dessous compare mois par mois la mortalité en 1918 des quatre communes du canton: Poggiolo, Soccia, Guagno et Orto.
POGGIOLO
SOCCIA
GUAGNO
ORTO
janvier
1
0
0
0
février
0
2
1
0
mars
0
0
4
1
avril
3
0
2
1
mai
2
1
1
1
juin
0
1
2
1
juillet
0
0
1
2
août
0
1
2
1
septembre
1
8
2
0
octobre
1
10
19
0
novembre
1
3
4
1
décembre
2
2
0
0
total 1918
11
28
38
8
La hausse des morts en septembre et octobre pour Soccia et Guagno est évidente. Même si tous les décès ne viennent pas de cette maladie, la grippe espagnole a bien été présente dans ces deux villages.
A première vue, on pourrait croire que Poggiolo ait été épargné, ainsi qu'Orto. Mais les deux décès poggiolais d'octobre (Paule MARTINI, 4 ans) et novembre (Antoinette MARTINI, 11 ans) concernent deux filles de Paul MARTINI et de son épouse Marie-Thérèse, née VINCIGUERRA. Des témoignages familiaux attribuent leurs morts à la grippe espagnole.
En revanche, leur sœur Xavière (1905-1981) et leur frère Pierre (1910-1988) survécurent.
La grippe à l'armée.
Il se peut qu'à l'armée certains Poggiolais mobilisés aient été atteints par le virus mais aucun n’en mourut. Le seul cas certain de malade est François Antoine Demartini.
Né à Poggiolo en 1899, il avait été incorporé au 111e régiment d'infanterie le 18 avril 1918. Touché par la maladie, il en réchappa. Il vécut jusqu'en 1975.
L'annulation de la procession de Madunnuccia est un événement exceptionnel. Le coronavirus a eu raison des cérémonies habituelles du 18 mars en l'honneur de Notre Dame de Miséricorde qui protégea Ajaccio.
Les habitants des Deux Sorru auraient également pu rendre hommage à la Madunnuccia dans l'église d'Orto.
Comment est-ce possible?
Il faut revenir à l'historique de la piété envers cette N.D. de Miséricorde. Elle fut d'abord italienne avant de devenir corse.
"Le 18 mars 1536, la Vierge Marie apparut à un vieux paysan, Tonio Botta, près de Savone et lui dit : «n'aie pas peur ! je suis la Vierge Marie. Dit au peuple de faire pénitence en l'honneur du Christ et de sa Mère ». Orto, un capitaine marin, ramena à Ajaccio une statuette de la Vierge en 1645. Lors d'une rixe, un ordre jaillit de la statuette et les combattant, effrayés, s'arrêtent sur le champ. Une grande statue de Notre Dame de la Miséricorde fut alors placée à l'église des Jésuites, aujourd'hui Eglise Saint Erasme. En 1656, une peste – comme il en éclatait souvent alors – ravagea la cité de Gêne et menaçait de toucher Ajaccio. Les habitants d'Ajaccio mirent toute leur confiance dans Notre dame de la Miséricorde qui préserva leur ville de ce mal contagieux. C'est à la Cathédrale, le 18 Mars 1661 que les Magnifiques Anciens prononcèrent à genoux le vœu définitif et solennel où ils acceptent la Très Sainte Vierge pour Protectrice, Patronne et Avocate d'Ajaccio, la remercie pour tous ses bienfaits, et promettent que chaque année, le doyen d'âge des Magnifiques Anciens mobilisera ses collègues pour célébrer le jour du 18 mars à la perfection."
D'autres précisions se trouvent dans le livre "A Madunnuccia" écrit par France Sampieri et publié en 2010 (ed. Albiana). La quatrième de couverture précise que la maison du capitaine Orto se trouvait dans le quartier de Candia. Au sujet de la statue, il est écrit:
"Enchanté par ce miracle, le capitaine Orto voulut honorer sa Très Sainte Vierge, sa madunnuccia, pour la remercier d’avoir arrêté un massacre, parlé et manifesté la volonté de Dieu. Oui, sa figurine en plâtre n’avait aucune valeur, mais pour lui elle constituait un trésor inestimable. Il eut peur qu’on la lui dérobe, la niche sur la façade de sa maisonnette isolée étant facilement accessible. (...) Il commanda une grande et belle statue de la Vierge en marbre blanc à un artiste de Gênes. Devant elle, il y aurait deux petites statues représentant la première Tonio Botta, le jardinier de Savone à qui la Sainte Vierge était apparue et la seconde lui-même qui avait eu l’honneur du miracle de Candia."
A ORTO
Photo Christian Paul Didier
La tradition, toujours vivante dans le village, rapporte que la statue qui se trouve à Orto, et qui y est honorée en même temps qu'à Ajaccio, a été offerte par le même capitaine aux habitants du lieu portant le même nom que lui.
Il est certain que la statue ortigaise ressemble beaucoup à l'ajaccienne, avec la Vierge et le jardinier Botta à ses pieds. Elle se trouve au premier autel à gauche en entrant dans l'église du village.
Il n'est donc pas nécessaire de déplacer jusqu'à Ajaccio pour honorer N. D. de Miséricorde. Allez à Orto !
Photo Christian Paul Didier
De même, l'autrelieuimportant de vénération de Marie en Corse, Lavasina, est symbolisé au col de Sorru par une chapelle qui lui est dédiée et qui évite de traverser toute l'île pour le pèlerinage (voir sur ce blog les articles consacrés à cet endroit ICI et ICI).
Finalement, à Sorru in Sù, un catholique fervent a tout ce qu'il faut pour prier.
Cela fait penser à une publicité de Panzani qui eut un succès énormedans les années 80. On y voyait un train de raviolis passer devant les yeux émerveillés d'un paysan qui se mettait à lui courir après tandis que son épouse criait: "Reviens, Léon, j'ai les mêmes à la maison."
L'inter-communalité étant devenue une réalité, les Poggiolais doivent connaître la composition des conseils municipaux des communes voisines de Poggiolo.
Nous vous proposons les résultats des élections à Guagno, Letia, Murzo, Orto, Renno, Soccia et Vico (tirés de "Corse-Matin"). Ceux de Poggiolo, publiés dans l'article précédent, ont été remis ici.
Quelques remarques s'imposent:
- La participation a été très forte quand deux listes s'opposaient (95,20% à Renno, 90,62% à Guagno et 81,98% à Vico);
- Dans ces trois villages, le maire sortant s'est largement imposé, sauf à Renno où Joselyne Mattei-Fazi a gagné de très peu;
- Tous les sièges ont été pourvus sauf un à Renno;
- Dans les villages à liste unique, Poggiolo a connu le plus grand nombre de votants (86,18%);
Depuis 1884, les maires sont élus par les conseillers municipaux, eux-mêmes choisis par leurs concitoyens. Auparavant, ils étaient souvent nommés par le préfet. Mais au XXe siècle, l'élection fut supprimée à un moment: à l'époque de l'Etat Français de PÉTAIN.
Le maréchal PETAIN, ayant obtenu les pleins pouvoirs le 10 juillet 1940, fit procéder à la dissolution de nombreuses municipalités jugées trop peu favorables à l'Etat Français et à son œuvre de Révolution Nationale.
Il en fut ainsi pour le conseil municipal de Poggiolo présidé depuis 1919 par Jean-François CECCALDI. Il fut supprimé par un décret de Pierre PUCHEU publié dans le "Journal Officiel" du 17 septembre 1941.
Le motif est bien précisé en préambule: "Considérant que le conseil municipal de Poggiolo (Corse) est, dans sa majorité, hostile à l'œuvre de rénovation nationale et se désintéresse de la gestion des affaires communales".
Les Poggiolais votaient à gauche depuis longtemps mais à quoi pouvait faire allusion ce désintérêt "de la gestion des affaires communales"? S'agissait-il d'une accusation mise ici pour renforcer celle d'être opposé au régime ou la commune était-elle vraiment mal gérée?
Une délégation spéciale de trois membres fut mise en place. Elle était dirigée par Antoine-Dominique MARTINI, dit Antunaccione, né en 1883 et décédé en 1970, qui avait été adjudant-chef dans l’artillerie coloniale en Algérie pendant la première guerre mondiale.
Les deux autres membres étaient Jean-Baptiste DESANTI et Pierre MARTINI.
Mais l'affaire connut une péripétie inattendue avec Guagno-les-Bains.
Les membres de la délégation envoyèrent le 22 octobre suivant une lettre au préfet Paul Louis Emmanuel BALLEY (dont l'attitude pendant la guerre est décrite ICI) pour lui faire remarquer que la dissolution du mois précédent ne faisait pas allusion à l'adjoint spécial des Bains. Celui-ci, Joseph Antoine LECA, était donc, bien involontairement, resté en place. Mais, comme il se déclarait solidaire de l'ancienne équipe municipale, la délégation spéciale proposait sa révocation et son remplacement par Jules LECA, ce qui fut fait. Puis, à son tour, le 24 mars 1943, Pierre CASANOVA devint l'adjoint spécial.
Nouveau changement avec la libération de la Corse. Comme l'écrit Ours Jean CAPOROSSI sur son site consacré à l'histoire de la Corse,"toutes les municipalités indignes sont déchues. Sur 365, seules 130 restent en place". Dès les premiers jours de septembre 1943, Jean-François CECCALDI reprit sa place à la tête du conseil municipal et changea l'adjoint spécial. Il fut réélu en avril 1945.
:
blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù).
Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité. POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici. Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO. Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images. Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).