Canicule ou pas, chaque été est, par définition, plus chaud que les autres saisons. Il est normal de se protéger des hautes températures. A Poggiolo, sans s'enfermer toute la journée, on peut trouver des lieux de relative fraîcheur.
Pendant de nombreuses années, et notamment dans les années 1960 et 1970, le croisement de la Stretta (la rue qui va du haut au bas du village) et de la route était un lieu de rendez-vous important pour les Poggiolais. Les jeunes appréciaient plus particulièrement les deux marches qui étaient derrière la maison MARTINI devant une porte toujours fermée. Le petit coin formé entre ces marches et le muret grillagé permettait de s'asseoir ou de s'allonger. De plus, il y a toujours au moins un filet d'air.
Photos Michel Franceschetti.
On pouvait y parler, s'amuser et on pouvait même y somnoler quand il faisait chaud.
C'est cette dernière solution qui a visiblement été adoptée par Christian PINELLI sur cette photo prise par Jacques-Antoine MARTINI en 1968.
Au centre, regardant Christian, on peut voir les cheveux de Joël CALDERONI qui a préféré être torse nu.
Au premier plan, Michel FRANCESCHETTI examine un paquet de cigarettes, qui n'avait pas la présentation anti-tabagiste de maintenant.
Photo Jacques-Antoine Martini.
On pouvait lire le journal au frais, comme Marie-Thérèse MARTINI-LECCIA et François OLIVA.
Photo Michel Franceschetti.
L'ombre se trouvait également une partie de la journée en face, dans la descente de la Stretta mais, comme le montre cette autre photo de Jacques-Antoine MARTINI de 1968, le lieu était prioritairement réservé aux adultes.
Ainsi, la chaleur n'empêchait pas le maintien des liens sociaux.
Il n'existe plus aucune trace de l'hôpital militaire qui eut pourtant pendant soixante ans un rôle important dans la renommée de Guagno-les-Bains comme station thermale. Son histoire commença il y a deux cents ans.
L'AUTORISATION OFFICIELLE
Voici exactement deux siècles, en 1822, en même temps que put être édifié l'établissement thermal. Cette année-là, Jean MULTEDO, originaire de Vico, obtint l'autorisation du roi Louis XVIII de construire un hôpital destiné aux soldats malades ou blessés.
L'ordonnance est datée du 26 juin 1822. Elle est signée par le roi et par "le Ministre Secrétaire d'Etat au département de l'Intérieur" Jacques-Joseph CORBIÈRE.
Elle comporte deux articles dont voici le texte:
Art. 1er
Le maire de Guagno, département de la Corse, est autorisé à vendre, au nom de cette commune, au Sr MULTEDO un terrain de vingt-trois mètres vingt-neuf centimètres de long sur quatorze mètres quatre vingt six centimètres de large, moyennant la somme de deux cent quarante francs; montant de l'estimation, et à la charge pour l'acquéreur d'y élever un bâtiment propre à recevoir douze officiers et cinquante sous-officiers ou soldats, en exécution d'un projet arrêté par notre Ministre secrétaire d'Etat au Département de la guerre.
Art 2
Notre Ministre Secrétaire d'Etat au département de l'Intérieur est chargé de l'exécution de la présente ordonnance.
La décision royale intervenait après tout un processus administratif:
"Le montant de l'estimation avait été préalablement fixé de manière contradictoire par MM. Jean PINELLI et Jean-Toussaint CASANOVA, maçons de la commune de Guagno, experts nommés par délibération de cette commune le 30septembre 1821. Vu l'enquête de commode et incommodo faite à Guagno le 13 février 1822, le préfet de la Corse avait autorisé cette aliénation le 28 février 1822" (François VAN CAPPEL DE PRÉMONT, Guagno-les-Bains à travers la petite histoire du thermalisme).
LA CREATION
Le terrain acquis par MULTEDO et sur lequel fut construit l'établissement destiné aux militaires se trouvait à l'endroit où la route venant de Vico se divise entre, d'un côté, la direction de Guagno et, de l'autre côté, celle d'Orto, Poggiolo et Soccia.
Le plan général "dressé et présenté" par l'architecte COTIN le 20 décembre 1838 permet de connaître la forme et les dimensions de ce bâtiment (qui est entouré de vert sur le plan).
Le cadastre napoléonien de 1857 le montre également.
Les lettres E.T. signifient: Etablissement Thermal.
Les lettres H. M. (Hôpital Militaire) montrent que la construction de Jean MULTEDO était composée de deux parties. La parcelle 169 (cerclée de rouge ici) correspond à la chapelle Saint-Antoine. Elle était englobée dans l'ensemble.
Mais on ne voit pas les"petites cellules placées à l'extérieur et adossées à la chapelle de Saint-Antoine et à l'une des ailes de l'hôpital militaire, (qui) servent logemens (sic)de domestiques", mentionnées par le docteur Jean-Baptiste THIRIAUX, à la page 4 de sonEssai sur la topographie physique et médicale de Saint-Antoine de Guagno, publié en 1829.
Progressivement, après une période glorieuse sous le Second Empire, l'hôpital fut délaissé. Un décret décida de sa fermeture définitive le 1er juin 1883.
La ruine du bâtiment fut ensuite une longue agonie. Il n'en reste plus rien. Sur le terrain autrefois occupé par l'hôpital, il ne reste plus que la chapelle Saint Antoine.
L'article sur Pierrette la bouchère rappelait qu'il exista de nombreux commerçants itinérants. Ils vendaient essentiellement des produits alimentaires mais pas tous.
Pendant longtemps, il y eut GRIFFONI qui proposait vêtements, chaussures et draps dans les villages quand il quittait son magasin vicolais pour faire sa tournée hebdomadaire, le plus souvent. Sa boutique se trouvait à l'entrée de Vico, en venant de Poggiolo, en face de l'étude notariale.
Boutique Griffoni à Vico.
En août 1968, Jacques-Antoine MARTINI photographia un groupe de Poggiolaises devant une exposition de textiles. On peut supposer que GRIFFONI venait de faire halte au village. En dehors de Rosine FRANCESCHETTI et Françoise PAOLI, tout à gauche, qui bavardent, ces femmes examinent avec sérieux les articles proposés. Saurez-vous les identifier?
Petite remarque: la datation a été facilitée par l'inscription peinte sur la maison des GRIMALDI. Pour la comprendre, il faut lire l'article "Un tag ésotérique" .
La réouverture des Bains de Caldanelle est l'occasion de se souvenir de la façon dont se passait le séjour des curistes. Le Docteur Bernard ALLIEZ a décrit la vie quotidienne dans cette station thermale, dite des bains de Vico avant 1939. On pourra y voir beaucoup de points communs avec ce qui se passait autrefois à Guagno-les-Bains.
Ce texte est extrait du livre "Vico-Sagone. Regards sur une terre et des hommes", publié chez Alain Piazzola en 2016 et qui est toujours accessible en librairie ou par internet.
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Les repas étaient pris en commun, la literie et le matériel de cuisine étaient apportés par chacun, les "curistes"" séjournaient une à plusieurs semaines, des jeux, des amuseurs, des musiciens souvent Italiens mais également de la région animaient les veillées, on dansait, on jouait de l'accordéon, on chantait, on jouait aux cartes et au loto sous la treille; on péchait même la truite dans la rivière voisine. Le chemin "carrossable" date de 1920. Une caravane de mulets amenait chaque jour le nécessaire, les visiteurs et les curistes.
La renommée de Guagno-les-Bains a effacé le souvenir de Caldanelle, la source thermale se trouvant sur une bretelle de la route Sagone-Vico, en bas du hameau d'Appriciani.
Corse-Matin de mercredi 13 juillet nous apprend qu'elle reprend son activité. A l'initiative des propriétaires de l'exploitation agricole dans laquelle coule l'eau sulfurée, une inauguration avec bénédiction vient d'avoir lieu. Pour attirer le public à Caldanelle, un nouveau concept a été mis en place: l'apéribain. Pour en savoir plus, lisez l'article de Pascale CHAUVEAU.
On ne pourra que regretter encore plus l'arrêt de l'activité de Guagno-les-Bains.
Nous y reviendrons mais une soirée exceptionnelle est d'ores et déjà à noter: le dimanche 24 juillet, une lecture-concert avec Robin RENUCCI aura lieu à Poggiolo.
Notre village n'avait pas reçu le festival depuis plusieurs années.
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blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù).
Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité. POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici. Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO. Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images. Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).