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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 20:11

Listincone (230 m), San Bastiano (411 m), Saint Antoine (490 m), Sorrù (624 m), voici les quatre cols qui jalonnent la route joignant Ajaccio à Poggiolo.

 

 

  La date d'aujourd'hui 14 novembre est liée à un de ces cols. 

Capazza maintenant

 

  Dans sa chronique historique parue dans "La CORSE-HEBDO" du 11 juin 2010 et intitulée "Un retour opportun de Louis CAPAZZA", Paul SILVANI propose de s'arrêter devant la stèle érigée au sommet de San Bastiano.


  Ce monument de deux mètres de haut en  granit d'Appietto et au sommet pointu (et non pas arrondi comme l'écrit Monsieur SILVANI qui pense à la première version de la construction) porte le profil en bronze de Louis CAPAZZA et un autre sans nom mais qui est celui d'Alphonse FONDÈRE. Les automobilistes ne remarquent pas cet édicule très abîmé, tout occupés qu'ils sont à profiter du magnifique panorama du golfe de Sagone.

 

 

 

panorama Sagone

  Alanu MORI a tenté de faire sortir ces deux héros de l'oubli avec son livre "Louis Capazza, héros corse de l'aéronautique" (ed. Anima Corsa) dont Paul SILVANI fait le compte-rendu.

  CAPAZZA, originaire de Bastia, était passionné d'aéronautique et, après plusieurs exploits, il réussit la première liaison aérienne entre le continent et la Corse.

  Le 14 novembre 1886 (voici donc exactement 124 ans aujourd'hui), CAPAZZA (âgé de 24 ans) et son compagnon Alphonse FONDÈRE (21 ans) (qui fit ensuite carrière dans l'administration coloniale) s'élevèrent dans les airs dans un ballon depuis la plaine St Michel (aujourd'hui place Jean Jaurès, mais appelée toujours la Plaine) à MARSEILLE. Partis à 16 heures, ils touchèrent le sol au début de la nuit près du col de San Bastiano après 5 h 30 de trajet. Le berger qu'ils rencontrèrent ne parut pas impressionné par leur exploit car il s'inquiétait plutôt de ses brebis qui, affolées par le ballon, s'étaient éparpillées dans la nature!!!


Capazza timbre

  Ce succès fut amplement célébré et, bien plus tard, le 28 octobre 1928, cette stèle fut inaugurée par le préfet et les autorités civiles et religieuses de la Corse.

  Une belle erreur existe sur le monument: le décès de CAPAZZA est daté de décembre 1925 alors qu'il eut lieu en décembre 1928, après l'inauguration.


  Ce monument a un frère à MARSEILLE. A la Plaine, dans un coin qui a pris le nom de carrefour CAPAZZA,  une très haute plaque placée sur une façade rappelle cette aventure. Œuvre du sculpteur  BOTTINELLY et de l'architecte CASTEL, elle a été inaugurée le 16 novembre 1930 (voici pratiquement 80 ans) par COSTES et BELLONTE, les aviateurs français vainqueurs de l'Atlantique le 2 septembre précédent. Hommage du "plus lourd que l'air" au "plus léger que l'air".

Mais ce monument est lui aussi quasi-inconnu malgré sa taille et malgré la nombreuse circulation de ce quartier commerçant. De temps en temps, les adeptes du tag y mettent leur signature.

D'ailleurs, qui, à Marseille, même parmi les riverains, sait pourquoi il existe (dans le 4ème arrondissement) une rue CAPAZZA et une rue FONDÈRE?

 

Capazza Plaine

Renseignements extraits du "Dictionnaire historique des rues de Marseille" d'Adrien BLÈS.

Un article plus développé se trouve à l'adresse: http://corsicanostra.free.fr/capezzaetfondere.htm

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 19:41

Le mois d'octobre s'achève et il est désormais pratiquement impossible de trouver en kiosque le numéro du magazine "L'Histoire" de ce mois. Dans un gros dossier sur l'histoire de la peine de mort, cette référence auprès des professeurs d'Histoire montre comment on exécutait les condamnés à différentes époques.

guillotine l'Histoire

En lisant l'article consacré à la famille de bourreaux DEIBLER, on ne peut s'empêcher de penser que DEIBLER a décapité le dernier bandit corse André SPADA à l'aube du 21 juin 1935 à Bastia. SPADA avait le centre de ses activités dans le Cruzzini et les Deux Sorru, surtout à Lopigna et Vico.

La lecture de cette revue peut aussi faire penser au premier bandit "officiel", dont les exploits se centraient aussi dans la même zone géographique: Théodore POLI, de Guagno.

L'imaginaire collectif s'est emparé de ce personnage dont les exploits ont été amplifiés et déformés. On raconte souvent que Théodore a tué le bourreau de Bastia, qu'il l'aurait  même guillotiné. Par exemple, l'universitaire Pierre ANTONETTI écrivait, dans son "Histoire de la Corse" publiée en 1973: "Et l'on assiste aux tristes exploits d'un Théodore POLI (...), véritable "Roi de la montagne" qui, de sa forêt d'Aïtone, pouvait se payer le luxe de descendre à Bastia pour s'y emparer du bourreau et l'exécuter en pleine ville". Cette version est reprise dans certains sites internet, comme celui sur les tirailleurs corses qui indique: "Un bandit notoire alla même jusqu’à enlever et exécuter le bourreau de Bastia".

 

Un peu de clarté est nécessaire. 

Les exploits de Théodore. N°1: le bourreau de Bastia

 

LES LIVRES DE PIERHOME

De nombreux renseignements se trouvent dans "La  vie du bandit Théodore", publié en 1934 et écrit par Henri PIERHOME.

Le vrai nom de cet auteur était Henri PIERANGELI  (1875-1945).
Né à Bastia en 1875, décédé en 1945, il était le neveu d'Emmanuel Arène. Elu député de Bastia en 1906, il fut réélu en 1910, puis 1914, 1919 et 1928. Il abandonna la vie politique après son échec à la sénatoriale partielle de 1937. Auteur d'études sur la Corse économique et de vies romancées: "Gallochio, bandit corse", "La vie du bandit Bellacoscia", "La Vie du bandit Théodore", d'un roman historique, "Anna Maria"...

Son ouvrage est donc une base documentaire essentielle mais quelques confusions y sont présentes et il doit être étayé par d'autres sources.

 

DE LA DÉSERTION À L'ORGANISATION

Théodore POLI nacquit en 1797 à Guagno. Conscrit en 1816, il avait tiré un mauvais numéro et obtenu un sursis mais il fut rappellé le 11 novembre 1819.
Le brigadier PETIT, de la gendarmerie de Guagno, laissa passer le temps imparti et, après avoir promis de le laisser tranquille, l'arrêta cependant comme déserteur le 4 février 1820. Il le conduisit menotté à Ajaccio. Mais Théodore déserta rapidement pour de bon, se précipita à Guagno et le soir du 14 février 1820 abattit le gendarme qui festoyait chez un habitant.
Réfugié au maquis, il s'associa avec un contumace PELLEGRINI, dit BRUSCO, qui vivait près de Vico, puis avec les frères MULTEDO. Il en vint à créer une petite communauté de près de 150 bandits, dans la forêt d'Aïtone, sur laquelle il règnait en véritable dictateur. Lors de la création de cette organisation, près de Guagno, Cecco SAROCCHI proposa de tuer le bourreau pour porter un défi aux autorités. SAROCCHI, né en 1792 à Rusiu, avait été condamné 15 fois dont 4 à la peine de mort. Il avait obtenu des autorités un passeport  pour s'exiler en Italie mais il voulait venger son ami ANCINO qui avait été guillotiné à Bastia à l'issue d'un procès que le bandit jugeait bâclé. Théodore ne voulut pas participer à cette action mais donna son accord.
 
LE RAID DE BASTIA
Le 24 janvier 1824, Louis SIMALIOT, exécuteur des hautes œuvres de Bastia, accompagné de son aide Martin ALVIDA, qui était aussi son gendre (il avait épousé sa guillotinefille Marie-Esther), s'en alla à la chasse à l'étang de Chiurlino. Tombé dans une embuscade tendue par Cecco SAROCCHI, Pascal GAMBINI et Jean-Baptiste TORRE, SIMALIOT réussit à s'échapper. ALVIDA resta entre les mains des ravisseurs.
Ceux-ci demandèrent 300 écus. Au moment du versement de la rançon, SAROCCHI et ses complices furent arrêtés. Le corps d'ALVIDA fut retrouvé ensuite, à Furiani, égorgé d'un coup de poignard le 2 février. SAROCCHI fut guillotiné le 31 mai 1825 sur la place Saint Nicolas, par SIMALIOT lui-même.

Théodore mourut le 5 février 1827 (et non pas en 1831 comme le datent certains sites) après de nombreux méfaits (dont ce blog contera bientôt quelques exemples) mais il n'était directement pour rien dans l'affaire du bourreau (ou plutôt de l'aide-bourreau).

 
La légende s'empara vite de lui. Dans la fameuse "Colomba" de Prosper MÉRIMÉE,  parue en 1840, on peut lire une référence au raid de Bastia.

Colomba, pour faire peur aux voltigeurs qui cherchent son frère Orso, leur demande :
«Savez-vous, messieurs, que si par hasard les trois frères GAMBINI, SAROCCHI et Théodore POLI se trouvaient à la croix de Sainte-Christine avec BRANDOLACCIO et le curé, ils pourraient vous donner bien des affaires. Si vous devez avoir une conversation avec le Commandant de la campagne (MERIMEE place en note que "c’était le titre que prenait Théodore POLI"), je ne me soucierais pas de m’y trouver. Les balles ne connaissent personne la nuit.» 
  (suite ICI, ICI, ICI, ICI et ICI)

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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 18:34

   La Vidéothèque Poggiolaise est l'ensemble des vidéos concernant le village de Poggiolo accessibles sur Youtube et Dailymotion.

   La base de départ était constituée par les films de souvenirs de vacances réalisés avec une caméra 8 mm par Michel FRANCESCHETTI dans la décennie 1965-1975. Elle s'est progressivement enrichie de reportages sur les événements poggiolais des dernières années et par des films spécialement réalisés pour faire connaître le village et ses habitants.

   La vidéothèque comprend à l'heure actuelle 50 films sur DAILYMOTION (http://www.dailymotion.com/michelfran) et sur YOUTUBE (http://www.youtube.com/michelpog) (qui montre aussi deux films qui n'ont pu être enregistrés sur l'autre site: "Les poggioli de Poggiolo" et "Dio vi Salvi Regina (Poggiolo 2009)").


   La toute récente publication s'intitule "POGGIOLO EN CARTES" et présente une série de cartes de géographie anciennes.

   Sur les premières cartes de la Corse, Poggiolo n'est pas indiqué. La première mention existe en 1731. Or, la première mention avérée du village se trouve dans un document de 1530 (voir l'historique écrit par Xavier PAOLI en cliquant ICI). Puis, au cours du XVIIIème siècle, les progrès de la science et aussi les ambitions de la France et de la Grande-Bretagne sur l'Île de Beauté perfectionnent les cartes. Le village est de plus en plus souvent présent, avec une orthographe et une localisation parfois curieuses. Sur 69 cartes du XVIIIème recensées dans le livre "Image de la Corse" de Franck CERVONI, Poggiolo est visible seulement 24 fois.

   Ce film montre chaque fois la carte générale de la Corse et fait un gros plan sur la piève de Sorrù in Sù, ce qui permet des comparaisons intéressantes.

   Regardez bien ce film et n'hésitez pas à faire des pauses ou des retours en arrière pour profiter des documents présentés.

(Merci à Hervé CALDERONI pour son aide documentaire)

 

 

CLIQUEZ SUR CETTE IMAGE POUR VOIR LE FILM

où est Poggiolo

 


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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 18:02

 En publiant le 15 mai une vieille carte postale de Poggiolo, ce blog demandait si le lieu du cliché pouvait être déterminé. Un de nos correspondants estime qu'il faut le placer au dessus de Guagno-les-Bains, près de la chapelle St Antoine et de l'hôtel des Deux Sorru. Il nous envoie deux photos pour le prouver.

Merci à lui mais ce n'est peut-être pas encore tout à fait assez précis.

 

Poggiolo de loinPoggiolo-de-loin bis2 Sorru et Poggiolo

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 20:47

"Poggiolo, oui, oui, oui,

Poggiolo, non, non, non.

Poggiolo est bâti sur roc,

Poggiolo ne périra pas."


Voici le refrain que reprenaient parfois les jeunes Poggiolais de la génération 1968 pour se donner du courage sur la route.

Il semble pourtant que GOOGLE ait décidé de faire périr le village.

L'application GOOGLE MAPS propose de regarder des images satellites et des cartes de n'importe quelle partie du monde. On peut ainsi se rendre virtuellement à POGGIOLO. Il est alors proposé des options dites "Extras" parmi lesquelles la case "Photos" qui, une fois cochée, fait apparaître sur la carte des photos illustrant les parties de celle-ci. Et pour POGGIOLO, apparaît ainsi un... "village abandonné"!!!

Google Maps

village abandonné

Ces ruines ont été photographiées et placées sur internet par une certaine Denise PERES en mai 2008. Mais, ni en 2008 ni en 2010, POGGIOLO n'est abandonné. Ce blog en témoigne.

En réfléchissant, il est possible d'avancer une hypothèse. Ces vieilles pierres sont celles d'AGHIA. Placé sur la rive droite de la rivière de Filiccioni (que les Socciais osent appeler"le fleuve"!), ce hameau était l'ancien village de SOCCIA jusqu'à ce que "quatre frères ayant pour prénoms Maïnettu, Francu, Lucha et Martinu (...) aient découvert le site du village actuel en suivant leurs chèvres qui fréquentaient volontiers cet endroit particulièrement agréable et ensoleillé" (tradition orale citée par Jean-Baptiste PAOLI dans sa brochure "Histoire d'un petit village de montagne au cœur de la Corse du Sud"). Cette découverte eut lieu avant 1587, date à laquelle Mgr MASCARDi, dans sa visite apostolique, compte 25 familles sur le site de l'actuel village. AGHIA fut cultivé et habité jusqu'à la fin du XIXème siècle. Une tuilerie y fonctionnait pour fournir les maisons de SOCCIA.

Les lieux sont bien visibles sur la carte de l'IGN.

 ruines Aghia

 

Michel FRANCESCHETTI a récemment alerté GOOGLE de l'erreur. Une rectification a bien eu lieu. Mais, du même coup, GOOGLE place maintenant AGHIA dans la vallée du Liamone!!!

Google Maps rectifié

Et ce n'est pas tout! GOOGLE EARTH est une autre application permettant de voir ces mêmes lieux en 3D. Dans cette version, le village abandonné est toujours à Poggiolo!

Google Earth

 

 

En tout cas, aucun doute: POGGIOLO continuera à vivre malgré toutes les bêtises des informaticiens américains.

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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 21:17

L'âge d'or de Guagno-les-Bains a certainement été la seconde moitié du XIXème siècle. Mais la source était connue depuis très longtemps. Elle était mentionnée au XVIème siècle. La voir sur une carte de géographie a quand même été tardif.

VICO, SAGONE et GUAGNO étaient présents sur des cartes de 1560 et 1589. Les noms de POGGIOLO, SOCCIA et ORTO ne se trouvent sur une carte qu'en 1731 (voir les articles consacrés à ces sujets: 26 mars et 11 avril).

L'apparition de la source des eaux de GUAGNO a lieu en 1783, dans le "Mémoire sur l'histoire naturelle de l'Isle de Corse", publié par Pierre BARRAL, officier d'infanterie et inspecteur général des Ponts et Chaussées de Corse.

 

 

carte 1783

 

Ce Mémoire contient une "Carte phisique de l'Isle de Corse" qui montre essentiellement les principaux cours d'eau, montagnes et lacs de cette province, française alors depuis seulement quinze ans. Onze lieux sont représentés par des lettres dont la signification est donnée par la légende qui est dans le coin supérieur droit.

Pour la lettre H, on peut lire: "H. Eaux chaudes minérales de Guagno".

 

carte 1783 légende

 

Et son emplacement sur la carte est très proche de la réalité.

 

carte Les Bains 1783

A cette époque, cette source thermale était déjà remarquable et remarquée. Nous pouvons être fiers: depuis des siècles, nous sommes un des endroits les plus importants de la Corse!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 

(cliquez sur les images pour les agrandir)

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 19:19

L'expédition guagnaise de 1892 qui s'est soldée par la mort de deux gendarmes (voir les articles des   4 mai et 6 mai) s'est terminée par un grand procès.

Du 20 au 27 juin 1893, comparurent 44 accusés à la Cour d'Assises de Bastia. Une cinquantaine de témoins donnèrent des versions très différentes selon leur parti. La défense était assurée par Me AGOSTINI, Me de CARAFFA et Me Hyacinthe de MONTERA. Le maire de Guagno et le père du candidat furent condamnés aux travaux forcés à perpétuité, sept Guagnais reconnus coupables eurent 20 ans de bagne et une dizaine d'autres écopa d'une peine de 3 à 10 ans. Le plus jeune, LECA dit LICONE, mineur au moment des faits, passa 5 ans en Guyane et composa une chanson sur ce séjour forcé.

La presse donna un large écho au procès, comme le montre la première page du "Petit Bastiais", qui donne même un  plan du tribunal.


tribunal 1893

 

 

  L'affaire avait eu aussi des répercussions sur le continent et même à l'étranger.


  En 1894, dans "La Revue de Paris", Maurice JOLLIVET publie une étude de dix-huit pages sur la Corse. Il décrit l'affaire de Soccia et la considère comme "la synthèse des élections corses où s'épanouissent dans toute leur beauté la surexcitation des appétits, le dédain de la loi et du droit, le culte exclusif de la force". Il trouve que "le jury ne se montra pas impitoyable". D'ailleurs, "les accusés pouvaient invoquer, à leur décharge, un état d'esprit général qu'ils n'avaient pas créé, qui préexistait de longue date aux événements de Soccia, que les politiciens de haut vol se plaisent à entretenir pour leur plus grande gloire, et qui fait du département insulaire, en temps d'élection, - en tout temps même - un foyer d'agitation et de troubles."

  Réaction typique des hommes de plume qui prirent plaisir à renforcer la légende noire de la Corse.



  L'affaire fut connue très loin, y compris aux Etats-Unis, dans la Ohiopetite ville de LOGAN (Ohio) où le journal local "The Ohio Democrat" du 9 décembre 1893 reprend un article de la "Contemporary Review" intitulé "Une petite difficulté" ou "Comment les journaux corses suppriment les nouvelles".

  Sans l'exprimer franchement, ce texte contient des insinuations sur les pressions qui peuvent exister sur l'exercice de la justice dans l'île.

  Le rédacteur remarque que le premier compte-rendu du quotidien bastiais "occupait environ sept pouces d'une colonne". Mais, "le lendemain, le rédacteur en chef avait eu le temps de réfléchir (ou peut-être a-t-il reçu un avertissement sérieux) et, dans un article de trois pouces de long, il y avait cette correction importante: "Il semble que nous n'avons pas eu raison de dire que c'était le maire de Guagno qui avait donné l'ordre de tirer sur les gendarmes". Le troisième jour, il y eut seulement deux lignes: "à la suite de la malheureuse affaire de Soccia, il est probable que le maire de Guagno enverra sa démission".

Salut! C'est tout: J'ai pris le journal pendant une semaine, car j'étais curieux, de voir comment l'affaire se terminerait, mais il n'y avait plus rien, apparemment aucune enquête, aucune poursuite des délinquants".

 


 Un autre journal américain, le "Boston Evening", décrivit beaucoup plus tard le destin de l'un des acteurs du drame: Jean-Charles CAVIGLIOLI, dit CARLONE, l'un des Guagnais les plus excités et qui tira sur le gendarme FERRAUDET.

Cette petite dépêche fut publiée le 29 décembre 1898 et s'intitulait: "Un célèbre bandit Corse capturé" (âmes sensibles s'abstenir).


Boston 1898
Traduction:

  "Jean CARLONE, le bandit le plus remarquable de la Corse, et qui est depuis six ans la terreur des cantons de Soccia et de Vico, a été capturé après un combat dans lequel plusieurs gendarmes et le bandit ont été blessés. En 1892, Carlone avait tué deux gendarmes qui tentaient de l'arrêter lors de l'élection de Guagno. Récemment, en se querellant sur un partage du butin, il a poignardé un autre bandit en plein cœur, et il lui coupa la barbe qu'il porta comme un trophée sur sa poitrine. Carlone a un palmarès de dix meurtres atroces. Il a été trahi par ses camarades, qui avaient été écœurés par ses brutalités."


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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 09:26

A cause de son ancienne renommée de station thermale, Guagno-les-Bains a bénéficié de l'édition de bien plus de cartes postales que Poggiolo. Mais, datant de la même époque que celle publiée dans la note du 24 avril, voici une carte avec une vue du village sous un angle inhabituel.

Qui pourra préciser le lieu précis où se trouvait le photographe?


Poggiolo de loin

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 20:30

 

Les élections déchaînent souvent les passions, pouvant aller jusqu'à des issues meurtrières, comme en 1892 (voir l'article du 4 mai).

Il est vrai que les joutes électorales ne laissent personne indifférent, même pas les hommes d'Eglise. Le Père THEVENET publie dans le numéro de mai du journal "INSEME" des extraits du mandement de l'évêque de Marseille, Mgr Eugêne de MAZENOD, à ses ouailles lors des premières élections au suffrage universel en 1848.

Le hasard a fait que, dans sa chronique historique de "La Corse - Votre hebdo" du 30 avril dernier, Paul SILVANI évoque la vie politique corse sous la Monarchie de Juillet. Il signale que l'évêque d'Ajaccio, Mgr Xavier Toussaint Raphaël CASANELLI d'ISTRIA, intervenait dans la politique et que, lors des mêmes élections de 1848, il fit "savoir aux mille curés insulaires qu'ils seraient "responsables devant Dieu et la société de tout mauvais choix qui se ferait par leur faute"". 

Une autre intervention de l'évêque d'origine vicolaise provoqua l'édition, en 1858, d'une brochure de 40 pages intitulée "Mission du prêtre corse" (cliquez sur son image). Elle avait été écrite par le bonapartiste Jean de LA ROCCA, auteur l'année précédente de l'excellente étude "La Corse et son avenir". 

mission prêtre corseJean de LA ROCCA y affirme, avec beaucoup de respect et de prudence, que l'Eglise n'a pas à se mêler de politique car "C'est épouvantable! c'est ridicule!  c'est scandaleux!". L'Eglise en subira le conséquences puisque "la guerre appelle la guerre". Le prêtre doit se cantonner à "l'exercice de la charité, (...) à la distribution des secours aux indigents".

La cause de cette publication est tout simplement l'élection cantonale qui venait d'avoir lieu dans le canton de SOCCIA et où se présentaient le candidat officiel du gouvernement (M. LECA, géomètre en chef de la Corse) et l'avocat CASANELLI, neveu de l'évêque.

Jean de LA ROCCA dénonce la pression exercée par le clergé. L'évêque aurait procédé à une véritable mobilisation générale.

"Le canton de Soccia, entre autres, a reçu la battue de plus de cinquante prêtres qui allaient de porte en porte, de chaumière en chaumière, de ferme en ferme, de village en village, endoctrinant les paysans, faisant des promesses, donnant telle ou telle couleur à la mission du candidat qu'ils patronnaient. 

Ils faisaient la leçon à la femme, à la jeune fille; ils séduisaient le père, la mère , pour assurer leur succès auprès du fils. Ils ne craignaient pas d'aller trouver l'électeur au milieu des champs, à sa bergerie, le jour comme la nuit, aux heures de son travail, et là de mettre en usage tous les moyens pour lui faire accepter un bulletin que sa conscience repoussait peut-être."


Il produit un document montrant ces pressions:

"Qu'on juge, par exemple, la lettre suivante, écrite par un curé à son cousin, à l'occasion de ces élections. Elle est curieuse et elle donne une idée du caractère de cette lutte. Je la copie textuellement sur l'original.

    « Caro cucino,

   Ricordatevi che il curato di ... vostro cucino è quello che viscrive per sapere se voi 10 mancarete iD quest occasione. 10 dunque intendo da voi come cucino che voi non mancarete di darmi il vostro voto e cercarete degli altri per l'avvocato Casanelli sola persona che io ho in questo monda.
«Oggi e il momento che io riconosca i miei parenli vi saluto e mi dico il vostro cucino Corso.
«D ..... , curato .
“ C .•. , 17 aprile 1858. “


L'auteur est du coin (il est le filleul de la Vicolaise Cécile Multedo, à qui il dédia un
Épithalame, et il fut enterré à Vico en 1883). A ce titre, il peut donner un exemple d'une "scène scandaleuse" dont il a été témoin, mais sans préciser dans quel village:

"Voyez-vous un curé de village réunir son peuple à la seule, mais fausse, nouvelle de la victoire de son candidat, pour chanter un Te Deum en l'honneur de ce succès? Le voyez-vous suspendre de ses fonctions le caissier de la fabrique, parce  que celui-ci voulait attaquer l'auteur de cet acte irréligieux en dommages et intérêts pour avoir brûlé les cierges de l'église?"

 

Autre moyen utilisé et qualifié de "fait déplorable": l'utilisation des séminaristes.

"Au petit séminaire de Vico, dans cette pépinière de jeunes prêtres où l'on doit former à la fraternité, à l'amour de tous les hommes le cœur du lévite, où on doit chercher à diriger toutes ses vues vers le ciel et l'éloigner de plus en plus des misérables passions de ce monde, qu'ont fait les professeurs, ces hommes sacrés, touchés de l'esprit de Dieu, les plus éclairés d'entre les prêtres, puisqu'ils concourent à les former? Ont-ils casanellienseigné le dogme ou la morale à leurs élèves? Les ont-ils pénétrés des préceptes du Seigneur? ont-ils attiré sur ces jeunes intelligences les lumières de l'Esprit-Saint? 
Non, ces hommes s'occupaient d'élections. 
Ils ont réuni leurs élèves, et ils leur ont dit: « Laissez en ce moment l'œuvre du ciel, et faisons l'œuvre de la terre. Dieu veut que vous n'ayez parmi les hommes que des frères; eh bien, il faut y voir des ennemis: un tel est notre ennemi, notre rival, notre compétiteur. Dieu commande la paix, allez faire la guerre.”
Et ils sont partis, ces jeunes adeptes; ils ont franchi les montagnes, animés d'une ardeur, d'une passion coupables. Ils ont fait leurs premières armes dans la vie de la prêtrise; ils ont conquis quelques votes! Et les voilà plus satisfaits de ce petit triomphe que s'ils avaient converti tous les barbares ou sauvé toutes les âmes de ce monde! "


Le fait est exact. Mgr CASANELLI d'ISTRIA décida de mettre fin à l’année scolaire un mois plus tôt que d’habitude afin de permettre à une douzaine de séminaristes de Vico d’être sur place pendant la campagne électorale et pour voter.


La brochure se termine par une adresse à l'évêque pour que le clergé ne sorte plus de son rôle religieux et caritatif.

On pourrait dire bravo! Voilà un bel exemple de la laïcité telle qu'elle triomphera plus tard sous la Troisième République.


Oui, mais, mais...  

...Mais il faut resituer l'événement dans son contexte.

 

En 1856, Mgr CASANELLI avait décidé de sévir contre les unions illégitimes et prit  des mesures d'une extraordinaire sévérité comme l'excommunication majeure. 

Il réussit ainsi à légitimer environ deux mille unions, mais  NAPOLÉON III lui-même s'était cru indirectement visé parce que justement un de ses cousins, le prince Lucien BONAPARTE, voulait se remarier avec une riche Anglaise avec qui il vivait. Il demandait donc l'annulation de son premier mariage. En vain Lucien BONAPARTE avait-il demandé l'appui de Mgr CASANELLI pour obtenir une sentence d'annulation de ce mariage par Rome. Par la suite, l'empereur, dont Jean de LA ROCCA était un fidèle, eut toujours une attitude très froide envers l'évêque alors que son règne fut très bienveillant pour la Corse.


De toute façon, une telle agitation ne servit pas à grand-chose. Etienne LECA fut conseiller général du canton de Soccia pendant presque tout l'Empire, jusqu'en 1867 où le prince Napoléon-Charles fut élu (mais il préféra représenter le canton d'Ajaccio), puis ce fut le tour du comte François POZZO di BORGO.


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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 20:04

La troupe guagnaise qui contestait les résultats de l'élection au conseil d'arrondissement et qui a traversé le village de Poggiolo le 26 septembre 1892 n'est évidemment pas passé inaperçue.

Elle a particulièrement ému Marc Antoine CECCALDI.

Marc Antoine CECCALDI était né à Poggiolo en 1832. Son père Saverio (1784-1865) avait eu également deux filles, Maria Lilla et Magdeleine, et un autre fils François Marie, né en 1829. Mais François Marie avait été tué en 1851, à l'âge de 21 ans, dans une bagarre à la sortie d'un bal à Soccia. Un peu plus tard, profitant de l'expédition militaire française au Mexique (1862-1867), Marc Antoine s'installa dans ce pays et y resta après le départ de l'armée.

 

camerone

Camerone, le fait d'arme héroïque de la Légion au Mexique

 

Il épousa une Mexicaine qui lui donna un fils, né en 1869 à La Piedad, dans l'État de Michoacan, sur la côte pacifique. Il l'appella François Marie en souvenir de son malheureux frère.

Il revint en Corse, longtemps après, en 1892. Arrivé à Vico en voiture à cheval, il continua à pieds. Mais, ayant quitté le village depuis trente ans, il se trompa de route et arriva à Guagno, d'où il repartit, toujours à pieds, pour Poggiolo.

Il était dans la maison familiale le 26 septembre quand il entendit le remue-ménage provoqué par la troupe des Guagnais en route pour leur coup de force à Soccia. Surpris par ce bruit et la vue des armes, il s'affola, se crut revenu dans les turbulences mexicaines et se mit à courir dans la maison en criant dans un mélange de français, de corse et d'espagnol: "Les Mexicains arrivent. Il y a la Riboluzione contre la force armée!". Il fut difficile de le calmer.

Est-ce le choc de cet événement? Il mourut quelques mois plus tard.

Après une carrière de quinze ans dans la Légion Etrangère, son fils François Marie vint habiter à Poggiolo où il était surnommé "El Mexicano". Il se maria en 1909 avec Françoise MARTINI, veuve de Xavier VINCIGUERRA.

 

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  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
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Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

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Le calendrier poggiolais

 

 

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Le mercredi jusqu'au 2 septembre:

Marché communal de Vico du mercredi de 8h à 13h place Padrona.

 

Du 20 au 29 juillet:

Festival Sorru in musica.

La première soirée, en l'église Ste Marie de Vico, sera en hommage à Philippe DUBREUIL, fidèle ami et pilier du festival.

 

Mardi 4 août:

bénédiction des maisons à Poggiolo.

 

Dimanche 16 août après-midi.

Messe et procession de saint Roch:

 

Mercredi 19 août:

Récital Diana di l'Alba

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L'album de photos des Poggiolais:

Pour le commander, suivre le lien:

https://www.collectiondesphotographes.com/i-nostri-antichi-di-u-pighjolu-de-philippe-prince-demartini.html

 

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Votre ancêtre a participé à la guerre de 1914-1918?

Envoyez une photo de lui à l'adresse larouman@gmail.com

Elle pourra être publiée dans notre dossier des combattants poggiolais.

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