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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 20:50

 

Dans les nombreuses histoires de banditisme et de réglements de comptes qui jalonnent l'histoire de notre canton et de toute la Corse, les récits insistent beaucoup plus sur les auteurs des meurtres que sur les victimes et sur l'immense chagrin de leurs familles. C'est le mérite de Marc GIORGI de nous rappeler ce point de vue.

  Son site intitulé http://marc-giorgi.e-monsite.com/ est consacré au village de Pietra di Verde (Haute-Corse) et à la généalogie de sa famille (Giorgi-Valéry).
  Dans cet émouvant récit, il nous donne une version toute différente, celle de la famille du gendarme SALA, de l'affrontement sanglant qui eut lieu à SOCCIA en 1892 et qui a fait l'objet de trois articles (que l'on peut relire en cliquant ICI, ICI et LÀ).

En voici le texte.

 

 

"LE MALHEUR"
 


AlataMinnanna se tient devant le four à pain. Elle a en main la grande pelle, le pain est cuit, elle va le retirer du four. Dans son visage rond, ferme, énergique, dans ses yeux vifs qui fixent le photographe, on devine une femme de caractère. Elle est tout de noir vêtue. Elle porte un foulard noir sur la tête et, par dessus, le chapeau en paille des femmes alataises, “a paglietta”. Elle était d’ALATA, Minnanna, de familles alataises. Elle y était née en 1848, “l’année de la République“ précisait-elle à ses petits-enfants.

Elle y est revenue après “le malheur“.

Elle a eu trois enfants, Minnanna. Les deux garçons, l’armée les a accueillis, les a éduqués. Ils furent “enfants de troupe”. (...)
La fille de Minnanna resta avec sa mère à ALATA. Elle était belle, avec des yeux clairs. A dix-neuf ans, elle épousa l’instituteur dont elle eut cinq enfants. Minnanna vécut toujours avec eux, aimée de ses petits-enfants, aidant sa fille du mieux qu’elle pouvait, cousant, tricotant, crochetant, cuisant le pain de la famille, aidant aux travaux du ménage.
Personne ne parlait du “malheur” dans cette famille. Mais, les jours d’élection, la fille de Minnanna fermait les portes, les fenêtres et les volets, à l’heure du dépouillement...

gendarmes-en-groupe_p.jpgLe mari de Minnanna venait d’un village des Pyrénées catalanes conquises par la France au temps de Louis XIV et qui garde encore son nom catalan: Prats-de-Mollo. Nommé gendarme, il fut affecté en Corse où il connut sa future femme. Mariés, ils partirent dans le Sud de la France où sont nés leurs trois enfants. Puis le gendarme revint en Corse, à SOCCIA.

C’est là que “le malheur” s’est produit, le 26 septembre 1892. On sait parfaitement ce qui s’est passé ce jour-là. Les élections au Conseil d’Arrondissement venaient d’avoir lieu et on ne savait toujours pas qui avait gagné dans le canton de SOCCIA. Des gens d’un village voisin, GUAGNO, voulurent aller à SOCCIA, le chef-lieu, afin d’obliger le maire à proclamer vainqueur leur candidat. Le maire fit appel aux gendarmes pour les empêcher d’entrer dans le village. Les “Guagnesi” tirèrent. Deux gendarmes furent touchés, ils devaient mourir quelques instants plus tard. L’un d’eux était le mari de Minnanna. A son fils aîné, accouru aux coups de feu, il ne put que dire : “Pour moi, c’est fini”. L’adolescent rassembla tout son courage et alla prévenir sa mère, son jeune frère et sa petite soeur.

Pendant la nuit qui suivit le drame, il se passa dans ce village une chose incroyable. Les deux veuves et leurs enfants veillaient leurs morts. Dehors, on faisait la fête. On avait tiré tout à l’heure pour tuer, on tirait maintenant pour se réjouir. Ce fut une fête démente, sans pitié pour la douleur des familles, la douleur des enfants, une fête sauvage.

Il y eut un procès, des condamnations...

Les années ont passé, les trois enfants vont bien, les petits-enfants naissent... Mais comment vit-on avec le souvenir d’un époux, d’un père assassiné et de cette nuit de fête infernale ? Seuls ceux, qui, cinquante ans après, continuaient à fermer, les soirs d’élections, les portes, les fenêtres et les volets, auraient pu le dire. Dans cette famille, où l’on n’en parlait jamais, “le malheur” est resté dans toutes les têtes, génération après génération.

Parmi les petits-enfants et arrières-petits-enfants de Minnanna, plusieurs sont allés à SOCCIA, POGGIOLO, ORTO et dans le beau village de GUAGNO y compris, cent ans après, le 26 septembre 1992. Tous ont admiré ces paysages splendides, assurément parmi les plus beaux de Corse, où tant de rage meurtière s’était déchaînée, parmi des gens que l’on avait excités, au fond, pour rien: la proclamation d’un simple conseiller d’arrondissement.

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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 12:11

    Dans l'article précédent consacré à l'exposition sur Saint Jérôme, était retranscrite la déclaration du conservateur du Musée FESCH au sujet de deux tableaux venant de VICO: "Ils sont issus de la collection FESCH mais, en 1864, Monseigneur CASANELLI d'ISTRIA avait décidé d'en faire don à son village natal".

   En réalité, le cheminement fut plus particulier.

    Les renseignements sur cette question se trouvent dans la thèse de Marie DINELLI-GRAZIANI: "Le Cardinal Fesch (1763-1839), un grand collectionneur, sa collection de peintures", Thèse de doctorat d'histoire de l'art, Université de Paris I, Panthéon Sorbonne, Centre Ledoux, 2005.

    Entièrement digitalisée, cette thèse se trouve sur le site de la Fondation Napoléon:

http://digitalbooks.napoleon.org/book/index_fr.html

   Mais, à l'intérieur de cette thèse, l'attribution et l'inventaire des tableaux de l'église de Vico sont extraits du mémoire de Maîtrise, soutenu en 1998 à Paris I sous la direction du Professeur Philippe MOREL, par Marie BIANCARELLI, originaire de Vico..

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/f2/Cardinal_Joseph_Fesch.jpg/240px-Cardinal_Joseph_Fesch.jpg   En mourant en 1839, le cardinal FESCH, oncle de NAPOLÉON Ier, légua une partie de sa fabuleuse collection de tableaux (16.000 pièces!) à la Corse. Après diverses péripéties juridiques et amputations, ce legs arriva à Ajaccio en septembre 1843. Le conseil municipal d'Ajaccio,  présidé par le comte PERALDI, procéda le 15 avril 1844 au tirage au sort pour attribuer les tableaux destinés aux communes en dehors des grandes villes de l'île.

    Puis, pendant des années, il fut possible aux municipalités et au clergé de demander la livraison de ce qui n'avait pas été distribué.

    Ainsi, le 29 octobre 1863, le couvent de VICO demanda à recevoir douze tableaux.http://fr.geneawiki.com/images/thumb/1/1d/2A348_-_Vico-église_paroissiale.jpg/280px-2A348_-_Vico-église_paroissiale.jpg

    Comme l'ancienne église était devenue trop vétuste et petite, l'actuelle église Sainte-Marie de VICO fut construite et inaugurée en 1864. Pour la décorer, la mairie d'AJACCIO lui accorda donc douze tableaux,  le 15 février 1864.

    Le maire de VICO réitéra sa demande  le 23 juillet 1864 pour pourvoir les autres paroisses de sa commune: APPRICCIANI, CHIGLIANI et NESA (dont l'église fut bâtie de 1863 à 1871 sur les plans et sous le contrôle du Père Oblat Jean Joseph De Veronico qui desservit comme curé la paroisse de Nesa jusqu’en 1853). Il eut une réponse positive le 8 août 1865. Le fait que l'évêque d'Ajaccio était alors, depuis 1833, le Vicolais CASANELLI d'ISTRIA facilita sans nul doute les opérations.

 

    Mais le filon finit par s'épuiser. Le 1er septembre 1865, le maire d'AJACCIO écrivit à la Mère Supérieure des Filles de Marie de VICO qu'il ne restait plus de tableaux dans les réserves.

    Marie DINELLI-GRAZIANI, reprenant les travaux  de Marie BIANCARELLI,  dénombre, dans l'église paroissiale, dix-sept œuvres d'art venant du fonds FESCH (la liste est disponible en cliquant ICI). Sept sont classés monuments historiques. Un doute est quand même émis au sujet du "Portrait de Mgr Citadella". Monseigneur Citadella, qui fut évêque du Nebbio de 1773 à 1775, avant d'être évêque de Mariana de 1775 à 1782, étant né à Vico, il pourrait s'agir d'un don de la famille CITADELLA.

 

    Mais VICO n'a pas eu le monopole de la distribution.

    L'église St Nicolas de GUAGNO reçut un portrait de Saint Charles Borromée et l'église Sainte Marie de SOCCIA un "Baptême du Christ" (voir l'article qui le présente en cliquant ICI).

     Et POGGIOLO dans tout ça? Il semble que le village n'ait rien reçu.

    Que fit donc la municipalité alors dirigée par Jean-Baptiste DEMARTINI? N'essaya-t-il pas d'obtenir une partie du pactole? Qui peut nous renseigner?

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 20:49

    A la suite des chiffres de la population française publiés par l'INSEE, Anne CHEMIN a publié dans "Le Monde" du 26 janvier un article intitulé "Il n'y a plus de saison pour les bébés".

    Elle y rappelait que, autrefois, au XVIIIème et au XIXème siècles, les naissances les plus nombreuses avaient lieu en janvier-février-mars. Ces mois correspondaient au moment de sortie du Carême, neuf mois plus tôt. Pendant la période d'abstinence, en gros le mois de mars, les relations sexuelles étaient prohibées, ce qui expliquait un fort creux des naissances en décembre.

    Avec la diminution de l'imprégnation religieuse, cette périodisation n'est plus visible. Il existe maintenant un pic en avril-mai, correspondant à des conceptions en été. Actuellement, le mois le plus fécond est celui de septembre, et surtout le jour du 23 septembre, ce qui doit être mis en rapport avec, neuf mois plus tôt, le jour de l'an!

    Les Poggiolais d'autrefois respectaient-ils le jeûne sexuel? Pour le savoir, il faudrait étudier attentivement toutes les dates de naissances des trois derniers siècles. Sur GENEANET, se trouve le résultat des recherches de Pierre LECCIA qui a dépouillé les registres d'état civil des archives municipales de Poggiolo de 1820 à 1971, ainsi que du recensement de 1770. Grâce aux mentions marginales portées sur ces documents, il est parfois possible de retrouver des dates antérieures ou postérieures.

    Mais, dans ce cas, pour les naissances les plus anciennes, le mois n'est pas toujours indiqué.

Cet excellent travail fournit un total de 2.685 fiches dont 1.160 comportent le mois de naisssance (les naissances hors Poggiolo étant écartées).

    Les résultats mensuels sont les suivants:

  • janvier: 127
  • février: 113
  • mars: 107
  • avril: 101
  • mai: 72
  • juin: 69
  • juillet: 68
  • août: 87
  • septembre: 87
  • octobre: 117
  • novembre: 95
  • décembre: 117

    Mais, dans cette série, 2 naissances ont eu lieu au XVII° siècle, 62 au XVIII°, 964 au XIX° et 132 au XX°. La répartition étant très inégale, il est plus logique de ne se servir que des chiffres du XIX° siècle qui représentent la grande majorité. 964 naissances en un siècle; cela signifie qu'il y avait une moyenne de 9,64 naissances par an au village.

    La répartition mensuelle pour ce siècle donne ainsi:

  • janvier: 106
  • février: 95
  • mars: 88
  • avril: 81
  • mai: 54
  • juin: 59
  • juillet: 56
  • août: 74
  • septembre: 72
  • octobre: 99
  • novembre: 76
  • décembre: 104

    Sous la forme de graphique, plus parlante, le résultat est:

courbe naissances

 

    Le creux de mai-juin-juillet est très net, ainsi que le pic de janvier-février. Mais octobre et décembre sont également très fertiles. La saisonnalité habituelle dans l'Europe chrétienne du XIX° siècle n'est donc pas tout à fait observée. Est-ce à dire que, à cette époque-là, les Poggiolais respectaient moins les interdits religieux?

    Peut-être faudrait-il affiner en recherchant s'il n'y a pas d'évolution entre le début et la fin du siècle. Une étude des différents éléments de la pratique religieuse serait à effectuer en parallèle.

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 19:48

    Après avoir échappé de justesse au quadrillage opéré par le capitaine MARINETTI, chef des voltigeurs corses (opération décrite dans l'article précédent), Théodore et Mathieu Poli avaient quitté les deux cantons de Sorru pour se réfugier dans la Cinarca.

Ils se reposèrent dans une cabane de MORTOLA, dans la commune d'AMBIEGNA, où ils furent encerclés par des voltigeurs.

Sur l'affrontement final, les versions diffèrent.                                                             

   Henri PIERANGELI dit PIERHOME (dans "La vie du bandit Théodore") raconte comment le berger Toussaint COLONNA  s'était rallié aux voltigeurs et s'était embusqué près de la bergerie avec les voltigeurs GRAZIANI et FORNARI.

   Pour François ROBIQUET (dans "Statistique de la Corse"), ces trois hommes étaient tous voltigeurs et rôdèrent douze jours avant de tomber sur Théodore le 5 février 1827 (au matin du 4 février pour PIERHOME). Dans le combat, GRAZIANI et FORNARI furent blessés mais ce fut ce dernier qui tua Théodore.

    Une troisième version est fournie par l'écrivain Santu CASANOVA (1850-1936) surnommé "le Mistral corse" (voir sa biographie rédigée par Jean-Guy TALAMONI dans "l'Enciclopedia di a Corsica"). Originaire du village d'AZZANA, élevé à ARBORI et scolarisé à VICO (donc dans la zone des exploits de Théodore), Santu Casanova avait recueilli le récit des exploits du bandit auprès des anciens des villages.

    Il en fit le texte ci-dessous qui est traduit de la version parue en langue corse dans le périodique "L'Annu Corsu" de 1932. L'auteur commet une grande erreur en datant la mort de Théodore de l'année 1831 au lieu de 1827. Il décrit une trahison d'un berger. Il invente l'intervention d'une jeune fille pour vérifier le décès du bandit (qu'il place le 6 février). Enfin, il décrit avec des détails scabreux ce qui arriva à son corps. Le coup de théâtre final laisse planer le doute sur ce qui advint de celui qui avait imposé la loi du maquis pendant sept ans. 

 

bandit en embuscage couleur   "On ne put avoir raison du bandit que par la trahison.

    Arrivé le soir du samedi 5 février 1831 sur les bords du Liamone, il attrapa une pneumonie et se réfugia dans la cabane d’une veuve de Guagno qui passait là l’hiver avec ses chèvres. Le malade passa la nuit avec une forte fièvre. Au matin, la veuve envoya son berger à COGGIA pour chercher un pain en recommandant bien de ne pas faire savoir que Théodore était dans la cabane. Mais le berger ne pouvait rester sans parler. Quand il arriva à COGGIA, tous les villageois étaient à l’église. Seuls trois voltigeurs: COLONNA, FORNARI et GRAZIANI, écoutaient la messe sous l’orme de la place de l’église. Le berger, ne pouvant plus garder son secret, s’approcha de ces trois pénitents et leur demanda s’il n’y avait rien de nouveau à COGGIA. Ces derniers, intrigués de la demande, lui répondirent :

« Ici, il n’y a rien ; mais toi, sais-tu quelque chose ? »

- Moi, je sais quelque chose, mais il faut que je garde le secret pour moi »

- Et que sais-tu? Parles. Qui est le gros poisson ? »

- Théodore a une pneumonie dans la cabane de ma patronne. Si vous descendez, vous le prenez comme un mulet ».

    Le poisson étant gros et désiré ardemment. Les voltigeurs partirent en courant et encerclèrent la cabane en hurlant :

    « Attention Lorelli, attention Colombani, attention Catignio ! tous prêts ! ».

    Burghellu, le frère de Théodore qui était au maquis, en entendant l’appel de COLONNA, s’éloigna en croyant que toutes les brigades étaient là-bas. En voyant la cause perdue, Théodore fit une dernière tentative pour sortir après avoir tiré sur GRAZIANI. Celui-ci avait un bras en morceaux mais les deux autres firent feu, et le bandit tomba à quatre pas de la cabane avec son fusil tendu sur un genou dans une attitude de défense. Les voltigeurs surpris ne savaient s’il était vivant ou mort . Une fille de la patronne regardait le bandit qui ne bougeait plus.       

   COLONNA lui dit :

« Va voir s’il est mort »

- J’irais si vous me donnez le foulard qu’il a autour du cou »

- Vas-y; nous te le donnerons ».

    Quand la petite fille le toucha, Théodore était mort et ne faisait plus peur, ni aux gendarmes ni aux voltigeurs. Au comble de la satisfaction, les héros de la mort de Théodore Poli, qui devait résonner dans toute l’Europe, sautaient de joie et improvisèrent un vocero sur le mort au nom de sa compagne enceinte et sur le point d’accoucher.

 

Stava tutta addulurata
Di Tiadoru la cunsorte
Quandu intese la nuvella
Ch'ell'era firitu à morte.

Oh ! s'eiu un era in partu
Aggravata da i dulori
Vulia sfugà lu me sangue
Contru li vultisgiatori.

 

(Elle était toute affligée,

la compagne de Théodore,

quand elle entendit la nouvelle

qu’il était blessé à mort.

 

Oh si je n’étais pas enceinte

Accablée par les douleurs

J’aurai voulu épancher mon sang

Contre les voltigeurs)

 

    Pour s’assurer qu’il ne ferait pas feu même après sa mort, les voltigeurs déchargèrent un fusil puis prirent le mulet de la bergère, attachèrent le mort par les pieds à la croix du bât et partirent vers VICO en criant à voix étouffée:  

   

Compra stacci, ciarnìgliuli, ferru,

acciaghju, chjodi, stacchette è carne fresca !

 

(Achetez des tamis, des cribles, de la ferraille,

de l’acier, des clous, des pointes à chaussure et de la viande froide !)

 

 

    La nouvelle se répandit dans toute la région. De chaque village, accoururent des hommes, des femmes, des vieux et des enfants. Quand le cortège entra dans VICO, il était escorté de plus de deux mille personnes. Déposé dans l’église de VICO qui était sur la route, le mort fut confié à un certain ORSONI, ancien voltigeur installé comme boucher à VICO. Théodore, pendant le voyage sur la mule, avait eu la tête cassée. ORSONI lui souda sa blessure avec des herbes parfumées et lui fit une raie sur sa coiffure qu’il avait abondante. Dans la nuit, six hommes armés entrèrent dans l’église et prirent le mort devant ORSONI. On n'a jamais su où il a été enterré. Quand le tribunal arriva à VICO avec tout son attirail, il ne trouvèrent que les murs."

 

    Le plus fameux des premiers bandits corses abattu, le banditisme n'en avait pas moins de beaux jours devant lui. La même année 1827 où mourut Théodore, on compta 125 assassinats en Corse. Pour éradiquer cette violence, il faudra l'expédition militaire de 1931. Elle sera décrite dans un prochain article, d'autant plus que la commune de Poggiolo-Guagno-les-Bains y joua un rôle important.

 

Articles précédents sur Théodore POLI:

- n°1:le bourreau de Bastia

- n°2: mort aux gendarmes

- n°3: le curé de Poggiolo

- n°4: le maire de Poggiolo

- n°5: la traque

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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 20:24

  Théodore POLI a défié les autorités pendant plusieurs années (voir les articles précédents: le n° 1, le n° 2, le n° 3 et le n° 4).

   Au début, il bénéficiait d'une certaine sympathie dans la population de Sorru. Il pouvait ainsi parader en uniforme d'opérette dans les rues du village de GUAGNO près duquel se trouvait son premier refuge.

   Ensuite, il s'installa "dans un bois situé aux confins du village d'ORTO, une maison confortable dont il avait fait son hôtel de plaisance", écrit Henri PIERHOME. Dans cette maison, résidaient une de ses maîtresses et son oncle UCELLONE. Théodore n'avait pas à craindre d'intervention policière car un passage souterrain dans la cave lui permettait de rejoindre "à deux cents mètres derrière la maison, (...) un ravin profond (Malavia), tapissé d'une végétation extrêmement touffue", qui rejoignait un bois de châtaigniers (à Isoletta).

    Le refuge était sûr. Mais, après la période de gloire où il avait regroupé des dizaines de contumaces dans la forêt d'Aitone, Théodore vit les difficultés s'accumuler. La création du corps des voltigeurs corses lui porta un rude coup car ces auxiliaires connaissaient bien le terrain. Des défections se produisirent parmi ses lieutenants. D'après PIERHOME, ce fut UCELLONE qui permit aux forces de l'ordre de monter l'embuscade où périt BRUSCO, le grand ami de Théodore. A la fin de l'été 1826, il jugea préférable de quitter la maison d'ORTO avec son frère Joseph.

 

    Le Capitaine MARINETTI, commandant la troisième compagnie de voltigeurs corses, entreprit alors une véritable expédition pour traquer les bandits. Le cheminement peut être suivi sur la carte ci-dessous.

  • Le vendredi 20 octobre 1826, il partit de VICO avec un détachement de quinze voltigeurs et alla à ORTO.
  • Le samedi 21, il quitta ORTO pour GUAGNO où il interrogea des paysans à qui THÉODORE avait interdit de ramasser des châtaignes. Il apprit ainsi que le bandit serait réfugié dans la forêt de PEGA. Mais il décida de d'abord bien ratisser les alentours en perquisitionnant et en interrogeant dans les différents villages.
  • Le dimanche 22, il revint à VICO.
  • Le lundi 23, il repartit de VICO pour CARGESE.
  • Le mardi 24, il inspecta le poste de PIANA et se renseigna sur le bandit NEGRONELLO, obtenant confirmation qu'il était devenu inoffensif.
  • Le mercredi 25, il était à OTA.
  • Le jeudi 26, il arriva à RENNO.
  • Le vendredi 27, il était à LETIA. De là, le soir, il se rendit dans la forêt de PEGA (entre le col de Sorru et le Liamone, en face de LETIA). Il répartit ses voltigeurs à divers postes stratégiques pour quadriller les lieux.                            
(cliquer sur la carte pour l'agrandir) 

(cliquer sur la carte pour l'agrandir) 

  • Le samedi 28, au petit matin, MARINETTI descendit du col de Sorru avec huit hommes. Il découvrit la grotte où se réfugiaient les deux frères POLI. Dans l'échange de coups de feu qui suivit, Théodore fut blessé au bras gauche et son frère au menton. Mais ils réussirent à s'enfuir.

    MARINETTI rentra à VICO. Les deux fuyards dévalisèrent plus tard le curé de PASTRICCIOLA et se cachèrent à AMBIEGNA où leur carrière prit fin, comme l'indiquera un prochain article.

(à suivre ICI)

 

(cliquer sur la carte pour l'agrandir)

(cliquer sur la carte pour l'agrandir)

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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 18:55

Savez-vous quand et comment a été inaugurée la statue de Mgr CASANELLI d'ISTRIA à Vico? Savez-vous que cette inauguration a été le prétexte d'une controverse entre l'évêque d'Ajaccio, Mgr de la FOATA, et le maire de Vico de l'époque (c'était en 1887)?

Tous ces renseignements ont fait l'objet d'un casanelliarticle de Paul SILVANI, paru dans "La Corse-Hebdo" du 26 novembre 2010. Il a été repris par le bulletin "INSEME" qui, dans son numéro de février, lui consacre trois pages.

Elles peuvent être lues sur le site de "INSEME"

ou,

- pour la première page,  en cliquant ICI,

- pour la seconde, en cliquant ICI,

- pour la troisième, en cliquant ICI.

 

 


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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 18:55

   Comme tous les habitants de Sorru in sù, les Poggiolais eurent à subir les exactions de Théodore POLI (précédents articles sur Théodore: ICI, et encore ICI). Il leur fallait se méfier en empruntant les routes et il était préférable de se regrouper. Cette précaution n'était pas toujours suffisante, comme le montra l'embuscade de 1824 où un voltigeur et un Poggiolais furent abattus (voir l'article du  22 décembre). Le maire dut même véritablement mobiliser ses concitoyens. L'épisode est conté à la fois par PIERHOMME et ROBIQUET.

embuscade

   Le 29 juillet 1822,  M. POZZO DI BORGO, payeur de la Corse, se trouvait à GUAGNO-LES-BAINS (qui est appelé POGGIOLO-LES-BAINS dans le livre de PIERHOMME!). Il devait se rendre à VICO porteur d'une grosse somme. Mais il avait reçu plusieurs messages de plus en plus menaçants du BRUSCO, le principal lieutenant de Théodore, qui voulait le racketter (le mot n'existait pas encore mais la réalité oui).

 

    D'après PIERHOMME, le maire de POGGIOLO, "se méfiant à juste titre de l'insécurité qui régnait dans la région, eut l'idée d'escorter le payeur avec une quarantaine de montagnards armés et résolus".

    Si son nom n'est pas donné, on peut supposer que cet édile courageux et prévoyant, était, d'après la liste publiée par Xavier PAOLI dans "L'info u Pighjolu" d'avril 2008, Carlo Francescu Pasquale PINELLI. Nommé alors par le préfet, ce maire resta en place de 1822 à 1847. A partir de 1841, il eut comme adjoint Antoine-François FRANCESCHETTI. 

    Le maire mobilisa donc une forte escorte (le recensement de 1821 donnait alors une population de 170 habitants dans la commune).

   THÉODORE et BRUSCO s'étaient postés derrière un rocher, sur la route de Sorru, "à une lieue environ" de GUAGNO-LES-BAINS, soit 4 km. En voyant arriver la troupe, les bandits renoncèrent à lancer l'assaut. Ils se contentèrent de tirer quatre balles qui tombèrent aux pieds des paysans et ils s'enfuirent en montrant le poing tandis que les Poggiolais leur criaient, d'après ROBIQUET: "Pourquoi fuyez-vous? Venez ici si vous  l'osez !".

   Mais de tels actes furent rares et Théodore poursuivit sa carrière jusqu'à sa mort en 1827.

(à suivre ICI et ICI)

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Note: Carlo Francescu Pasquale PINELLI naquit vers 1795 et décéda le 14 avril 1849. Il était notaire, greffier. Ces renseignements peuvent être connus grâce aux dépouillements des actes d'état-civil de Poggiolo pour la période 1820-1971 effectués par Pierre LECCIA et publiés sur GENEANET.

 

 

 

 

 

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 19:51

    A Guagno-les-Bains, la chapelle Saint Antoine, qui domine le village, n'est pas souvent ouverte. Mais samedi 15 janvier, elle sera le lieu d'un office particulièrement important pour fêter le saint dont elle porte le nom. Il ne s'agit pas de Saint Antoine de Padoue dont la fête est en juin. Le saint de Guagno-les-Bains est Saint Antoine le Grand, ermite d'Egypte. Deux articles de ce blog lui ont déjà été consacrés (cliquez sur les titres pour les lire):

 

           - Quel est le vrai Saint Antoine?

 

           - Les dictons de Saint Antoine

 

    Ce "saint au cochon" a eu une grande célébrité en Corse. A Guagno-les-Bains, il a eu un rôle indirectement important.

    A côté de la chapelle actuelle, existait un ermitage dont l'origine se perd dans la nuit des temps (et dans l'insuffisance des archives). Longtemps, des ermites de l'ordre des Cordeliers y vécurent (chichement) de la perception de la moitié des récoltes de châtaignes recueillies sur les terrains environnants. En échange, ils offraient l'abri et le couchage aux personnes venant prendre des bains aux sources voisines, jaillissant sur ce terrain (Caldane et Degli Occhi). La vertu des eaux de Guagno était déjà attestée dans "L'Histoire de la Corse" d'Anton Pietro FILIPPINI, éditée en 1594.St Antoine des Bains

 

    Un ermite pensa qu'un tel bienfait devait profiter à un plus grand nombre.

    Jean ROCCA (en fait, Jean de la ROCCA, déjà cité dans l'article sur "la battue de prêtres") décrit cette réalisation dans "Bains de Guagno", brochure publiée à Ajaccio en 1851:

 

     "Un Cordelier, nommé le Père Jean, conçut le louable projet d'y faire construire un certain nombre de bassins.

    Les Cordeliers ne sont pas riches, et la difficulté était de trouver de l'argent. (...)

    Le bon père ne se décourage pas pour si peu, il tenait à ses bassins. Un beau jour, il se lève plus matin qu'à l'ordinaire, met autour de ses reins sa ceinture de corde, prend à la main un bâton et le voilà en route...

    Il s'en va quêter de porte en porte, de village en village, mesurant, portant ses demandes sur l'avoir des personnes, et ne quittant jamais le seuil d'une maison les mains vides. Il amassa ainsi sou à sou, baioque à baioque (1), une somme assez ronde, et l'employa à la construction de trois bassins: un pour les hommes, un pour les femmes et un autre pour les moines.

    Ces bassins étaient en granit. Dans l'un pouvaient se baigner à la fois trois personnes, dans l'autre huit, et dans le troisième treize. Ils furent construits de 1709 à 1711."

 

    Grâce à Saint Antoine et surtout grâce à l'ermite de Saint Antoine, l'histoire de Guagno-les-Bains put ainsi débuter.

 

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(1) baioque: ancienne petite monnaie des Etats pontificaux.

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 17:54

Si des gendarmes et des voltigeurs corses tombèrent sous les balles de Théodore POLI (voir les articles précédents ICI et LÀ), les prêtres furent victimes d'une autre façon du "Roi de la Montagne".

 

PUNIR LES MAUVAIS BERGERS

 

Henri PIERHOMME (de son vrai nom PIERANGELI) rapporte que Théodore aurait expliqué le sens de sa stratégie en disant: "je vise certains prêtres qui sont de mauvais serviteurs de Dieu et qui, par leurs paroles impies, dressent leurs ouailles contre les "frères du malheur" que nous sommes. Ils prèchent la pauvreté et la bonté au nom de Jésus, qui était pauvre et bon, mais ils vivent dans l'abondance et accumulent les écus tout en attisant contre nous la fureur de nos ennemis. Il convient que nous punissions ces mauvais bergers et que nous prélevions sur eux le trésor de guerre qui nous permettra de défendre notre liberté et notre vie... Nous sommes avec Dieu contre ses méchants serviteurs!"

Il est piquant de se rappeler que, d'après la tradition, Théodore POLI descendrait de Lario POLI ou Hilaire (écrit aussi Hylaire), curé de GUAGNO, qui avait bénéficié de faveurs de la part de Théodore de NEUHOFF, roi de Corse en 1736. En souvenir, le curé aurait prénommé son fils (car de nombreux prêtres corses eurent des enfants jusqu'à la fin du XVIII° siècle) Théodore. Le prénom serait passé ensuite à son petit-fils qui fut le "roi de la montagne".

Théodore avait créé une véritable organisation de bandits, régie suivant ce que l'on appella les "Constitutions d'Aïtone". Afin d'alimenter le trésor de guerre, des groupes de 5 à 7 personnes armées se déplaçaient de village en village pour racketter certains habitants. Ces percepteurs opérèrent dans le SORRU, le SEVI, le CRUZZINI, le NIOLO et jusqu'en BALAGNE. Le 22 juillet 1822, loin de leur champ d'action habituel, Théodore et plusieurs complices assaillirent le curé de PIEDIGRIGGIO (près de PONTE LECCIA) dont la maison fut entièrement pillée.

 

LA LETTRE AU CURÉ DE POGGIOLO

Le plus souvent, le prêtre recevait une première injonction à payer. S'il ne s'exécutait pas, il en recevait parfois une seconde avant d'être agressé physiquement.

En avril 1823, Théodore et d'autres contumaces firent sommer les deux prêtres MASSIMI, desservants, l'un de POGGIOLO, l'autre d'ORTO, de leur fournir une somme de 300 francs. A l'époque, le prêtre de SOCCIA était le seul avec le titre de curé et il avait autorité sur les prêtres de Sorro in sù (POGGIOLO, GUAGNO et ORTO) et sur ceux du Cruzzini (AZZANA, PASTRICCIOLA, ROSAZIA, SALICE et SCANAFAGHIACCIA qui prendra le nom de REZZO en 1921) qui n'étaient que ses desservants. La somme demandée n'ayant pas été payée à la date déterminée, ces ecclésiastiques reçurent la lettre suivante :


« Aussitôt que vous recevrez la présente, nous vous ordonnons de venir avec celui qui vous la remettra, et d'apporter la somme de 600 livres, au lieu-dit la Serriciola, territoire d'ORTO. Nous vous prévenons que, si vous ne versez pas cette somme aujourd'hui, conformément à l'avis que nous vous avons déjà donné, votre vie en répond ainsi que vos biens, les animaux comme les choses inanimées. Nous exterminerons tout sans aucun égard. Peine de mort pour quiconque ira chercher des subsistances pour les deux curés.
Nous vous saluons, et vous tiendrons parole. Le temps expire aujourd'hui. »

 

On ignore quelle suite fut donnée à ce texte mais la réputation de Théodore était telle que l'on s'exécutait par tous les moyens.

Ainsi, l'abbé LECA, desservant de PASTRICCIOLA, reçut le 7 février 1825 une lettre lui demandant 50 fr. L'ecclésiastique ne put rassembler  que 10 fr qu'il remit à l'envoyé de Théodore. Il reçut bientôt un second message accompagné de telles menaces qu'il dut emprunter 10 fr et les envoya en renouvelant ses excuses. Cet effort ne l'empêcha pas d'être de nouveau rançonné le 10 novembre 1826 par Théodore et son frère qui, après l'avoir garrotté, dévalisèrent son logement.

 

LA LETTRE AU CURÉ DE GUAGNO

Théodore tenait une comptabilité rigoureuse des contributions qu'il recevait. Le plus souvent, ses envoyés gardaient le numéraire et lui remettaient les objets précieux qu'il écoulait ensuite. La lettre ci-contre, datée du 18 juillet 1823, est adressée au curé de GUAGNO LEMPERONI qui lui servait de boîte aux lettres. Parmi les informations de cette missive, on apprend que le curé principal SANTI a versé 100 scudi (monnaie italienne de faible valeur) au lieu de 100 francs et qu'Antonio PELLEGRINI n'a encore rien versé. Par contre, Antonio DALTORI, doyen de COGGIA-SAGONE, est en règle.

 

  Théodore lettre1Théodore lettre2

 

Cliquez sur les images de la lettre pour les lire en grand.

 

 

Mais les prêtres ne furent pas toujours résignés à être tondus.

 

LA RÉSISTANCE DES CURÉS

Henri PIERHOMME écrit avec amusement que la première réaction des prêtres fut "d'appeler sur Théodore les malédictions du ciel" mais que "cette méthode de défense s'était révélée inefficace". Une attitude plus active fut nécessaire.

Barthélémy GAFFORY,  curé de CASTIFAO, ayant reçu un premier ordre pour payer la taxe, mobilisa ses paroissiens. Quand Théodore et cinq complices vinrent taper à sa porte, ils furent accueillis par une fusillade venant des fenêtres du presbytère. L'un d'eux fut blessé et la bande préféra déguerpir. 

A CASTIGLIONE, l'abbé COLONNA utilisa la même tactique. Théodore reçut une balle dans l'épaule.

 

La résistance des curés, et l'écho qu'elle eut auprès des paroissiens, commença à marquer le début des difficultés du "Roi de la montagne".

(à suivre)

 

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 19:39

L'article du 28 octobre a été le premier d'une série que ce blog consacre à Théodore POLI, le premier grand "bandit d'honneur" qui était originaire de GUAGNO et qui sévit surtout dans les Deux-Sorru. De nombreux épisodes proviennent de l'ouvrage que Henri PIERHOME (de son vrai nom, Henri PIERANGELI) lui a consacré (cf le même article du 28 octobre). Mais d'autres renseignements ont été également trouvés dans "Recherches historiques et statistiques sur la Corse" écrites par François-Guillaume Robiquet en 1831.

 

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     Trahi par le gendarme PETIT dont il se vengea de façon sanglante le 14 février 1820, THÉODORE poursuivit ces représentants de l'ordre de sa haine.          

 

LA HAINE DES GENDARMES

     Son premier attentat eut lieu près du pont du LIAMONE où un gendarme qui traversait le fleuve fut blessé.

     Un peu plus tard, le 17 août 1821, THÉODORE, accompagné des deux frères MULTEDO et de gendarmerie royalePELLEGRINI, dit BRUSCO, investirent MURZO et se firent préparer un déjeuner par Philippe-Antoine COLONNA. Les gendarmes, avertis par le maire, arrivèrent de VICO. L'échange de coups de feu blessa BRUSCO et un MULTEDO. Les bandits se réfugièrent à MUNA où ils furent soignés. Puis, ils s'enfuirent par ROSAZIA. Une semaine plus tard, COLONNA, soupçonné à tort d'avoir été complice des gendarmes, fut assassiné.

     Le 21 novembre 1821, la gendarmerie de CORTE, aidée par trois guides locaux, rencontra un groupe dirigé par THÉODORE et blessa mortellement Christophe ARRIGHI dont le corps fut transporté dans une grotte voisine. Un peu plus tard, Théodore et ses complices revinrent et fusillèrent un gendarme et le guide Mathieu FERRACCI.

     De nombreux coups de main eurent ensuite lieu. Le 19 octobre 1822, la gendarmerie de CASAGLIONE fut attaquée par une bande de cinq contumax dirigée par THÉODORE déguisé en gendarme. Un pandore malade fut tué. Les assaillants furent finalement repoussés par des habitants alertés par le maire ALBERTINI.

     Mais le bilan s'alourdit: un gendarme tué à PASTRICCIOLA, un tué et un blessé à ORTO, deux blessés à ROSAZIA.

 

  CONTRE LES VOLTIGEURS

Volt1822Devant l'importance du banditisme (190 homicides ou tentatives en 1822 pour une population de 170.000 à 180.000 habitants), dont THÉODORE était l'élément le plus actif et le plus connu, le vicomte de SULEAU, préfet de la Corse de 1822 à 1824, souhaita lever un corps auxiliaire composé de Corses pour prêter main forte à la Gendarmerie. Entre 1816 à 1822, 116 gendarmes avaient été victimes du devoir.
Le Bataillon des Voltigeurs Corses (dont l’effectif théorique s’élèvait à 421 hommes recrutés dans l'île) fut donc créé par l'Ordonnance Royale du 6 novembre 1822, comme auxiliaire de la 17ème Légion de Gendarmerie Royale de la Corse,
Le bataillon était régi par les règlements de l’infanterie pour ce qui concernait l’organisation de la vie courante et l’avancement, et de la gendarmerie, pour celui du service et des missions
La vie du Voltigeur était constituée de longues patrouilles dans la montagne et d’embuscades. 14 d’entre eux firent le sacrifice de leur vie dans l’accomplissement de leur mission. Ils furent également des cibles pour THÉODORE.

Ainsi, en 1824, deux voltigeurs escortaient de VICO à ORTO, leur résidence, un muletier transportant des vivres. Un jeune paysan de POGGIOLO, nommé FRANCESCHETTI, se joignit à eux. Ils tombèrent dans une embuscade organisée par THÉODORE et BRUSCO. Un voltigeur fut tué et le jeune Poggiolais blessé mortellement. Ce dernier était un neveu de THÉODORE qui manifesta un réel chagrin quand il apprit l'identité de sa victime.

 

voltigeur boucle ceinturon

THÉODORE avait voué une véritable haine aux forces de l'ordre. Les représentants d'une autre institution furent aussi ses victimes: les prêtres (à voir dans un prochain article).

 

Les noms des lieux cités dans l'article sont entourés en rouge. Cliquez sur la carte pour l'agrandir.

carte gendarmes Théodore

(articles suivants ICI, ICI, ICI et ICI).

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  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
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Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
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Dimanche 16 août après-midi.

Messe et procession de saint Roch:

 

Mercredi 19 août:

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