Depuis une quarantaine d'années, le mensuel L'Histoire est réputé pour le grand nombre d'universitaires y collaborant et la qualité de ses articles sur tous les sujets historiques. Il publie également un trimestriel thématique nommé Les Collections de l'Histoire dont le thème d'octobre est "Les Corses, 2000 ans d'aventures et d'utopies".
Ces cent pages tentent une synthèse d'une histoire encore largement méconnue.
Parmi les signataires, on peut trouver Jean Guilaine, Jean-André Cancellieri, Antoine Franzini, Michel Vergé-Franceschi, Ange Rovere, Jean-Paul Pellegrinetti, Michel Winock, André Fazi, etc.
Ce dossier est à lire et à discuter.
Au niveau des préoccupations habituelles de ce blog, trois éléments sont à relever:
1) La couverture reproduit une partie du tableau de Henry Benbrige sur Paoli à la bataille de Ponte-Novo. Sur cette peinture, le deuxième personnage à partir de la droite a été identifié comme Circinellu, le curé de Guagno qui ne voulut pas se soumettre aux Français.
Le problème de connaître l'aspect physique réel de Circinellu peut-il être résolu? Jean-Louis RIGAUD PIETRINI le pense. Responsable de l'atelier généalogie de l'Amicale des Corses de Montpel...
2) En page 63, Jean-Paul Pellegrinetti cite la mort de deux gendarmes à Soccia en 1892 comme exemple de la violence liée aux dissensions politiques. Une petite erreur a été commise dans le magazine qui a imprimé la date de "1893".
3) Enfin, un document tout à fait nouveau est constitué à la page 24 par une carte sur la Corse génoise. Son grand mérite est de montrer pour la première fois les zones qui, comme Poggiolo et les villages voisins, furent "soumises à une tentative de dépeuplement dans la seconde moitié du XVe siècle", à la disabitazione.
La disabitazione a fait l'objet d'un article de ce blog:
La seconde année zéro se produisit trente ans après la première, en 1489 . Un degré supplémentaire dans la violence génoise est atteint en 1489, devant la persistance de l'agitation dans la ...
Septembre est le mois de la rentrée dans de nombreux domaines, et notamment dans le domaine fiscal. Les avis de taxes foncières doivent maintenant avoir été reçus par tous. Les contribuables poggiolais ont pu se rendre compte d'une forte augmentation de la somme à payer.
Avec une variation de 0,79%, la commune ne demande pratiquement pas plus que l'an passé. Par contre, la cotisation demandée par l'intercommunalité augmente de 150 % !
L'intercommunalité dont Poggiolo fait partie est la Communauté de Communes Spelunca-Liamone qui regroupe 33 communes s'étendant sur 1000 km2. Elle est présidée depuis janvier 2017 par le maire de Vico, François Colonna.
La croissance de l'impôt demandée n'est que la conséquence logique des fonctions assumées par l'intercommunalité.
A terme, peut se poser la question du rôle que doit désormais avoir une commune et même la question de l'existence de l'échelon communal. Cette inquiétude a pesé sur le congrès de l'association des maires ruraux de France qui s'est tenu les 22 et 23 septembre dans les Hautes-Alpes.
Après avoir menacé de ne pas organiser les prochaines élections européennes, les élus des petites communes ont dénoncé "les menaces qui pèsent sur la démocratie locale", ajoutant: "Compte tenu de la volonté de l’État et de l’Assemblée nationale (Loi NOTRe dont l’obligation de transfert de la compétence Eau et Assainissement par exemple), la volonté d’affaiblir la commune en la privant de moyens d’agir et de compétences est très claire. Le risque de remise en cause du modèle démocratique de notre République est réel".
Association, fusion, disparition? L'avenir des villages est encore trouble.
Il est suffisamment rare qu'un Poggiolais fasse l'objet d'un article de journal pour qu'il ne faille pas trop tarder à le faire savoir.
Voici près de deux mois, dans "Settimana"du 3 août, qu'a été publié un portrait avec un article sur Noël PINELLI.
La rubrique "Pièces de musée", réalisée en partenariat entre l'hebdomadaire et le musée de Bastia, montre chaque semaine une œuvre d'art liée à l'histoire de la Corse. On avait pu déjà y voir le portrait de l'évêque Agostino GIUSTINIANI, le premier à avoir cité Poggiolo dans un livre.
Le journal du 3 août publiait une sculpture réalisée par Louis Patriarche. Elle se trouve actuellement au musée de Bastia dans le cadre de l'exposition "Identità, les Corses et les migrations XVIIe-XXIe siècles" qui dure jusqu'au 22 décembre et qu'il est conseillé d'aller visiter car le thème est un des plus importants pour l'histoire de la société corse.
L'œuvre d'art en question est un profil avec l'inscription "Noël Pinelli conseiller municipal de Paris"et a certainement été réalisée entre 1929 et 1936. Ce Poggiolais fut la seule personne originaire de notre village à avoir été parlementaire et membre d'un gouvernement.
Voici la notice écrite par Sylvain GREGORI, directeur du Musée, à ce sujet.
L'intégration de la Corse à la France a engendré l'émergence d'une élite politique d'origine insulaire qui, émigration oblige, a également obtenu des mandats hors de l'île. Parmi les nombreux exemples de parlementaires, le cas de Noël Pinelli illustre ce phénoméne.
Né en 1871 à Clermont-Ferrand au sein d'une vieille famille de notables de Poggiolo, il fait de brillantes études à Ajaccio. Diplômé en droit par la faculté d'Aix-en-Provence, il devient ensuite avocat dans la cité impériale avant de prendre les fonctions de commissaire de la Marine. Après avoir participé à la Grande Guerre, il occupe divers postes de responsabilité dans le secteur privé.
Conservateur, il entame une carrière politique dans la capitale et est ainsi élu conseiller général de la Seine en 1929 puis conseiller municipal de Paris. De 1936 à 1940, il siège sur les bancs de l'Assemblée nationale comme député de la Seine, succédant ainsi à une autre grande personnalité politique corse de la diaspora: André Grisoni (1886-1975). Proche du préfet de police de Paris, l'ajaccien Jean Chiappe (1878-1941), il est aussi lié à une figure de la colonisation, devenu lui aussi conseiller municipal de la capitale: Jean Ferrandi (1882-1935). Il est enfin - et surtout - président de l'Amicale des Corses de Paris démontrant sa parfaite insertion dans la communauté insulaire de la capitale. Bien que très marqué par ses relations avec les Jeunesses patriotes et le Parti social français (PSF), il est choisi par Paul Reynaud pour entrer au gouvernement en qualité de sous-secrétaire d'état à la Marine du 21 mars au 10 mai 1940.
Le 10 juillet 1940, il vote les pleins pouvoirs à Pétain. Désigné comme conseiller national sous Vichy, il participe activement à la Révolution nationale. La Libération marque la fin de sa carrière politique.
Véritable intellectuel, éminent bibliophile et remarquable italophone, il conservera tout au long de sa vie, à l'image de milliers d'insulaires ayant fait leur carrière hors de l'île, un profond attachement pour la Corse. Il décède à Paris en 1970. C'est dans cette ville qu'il fit exécuter ce profil en 1932 par un des plus importants sculpteurs corses du XXe siècle, également émigré dans la capitale, Louis Patriarche. Cet artiste recevait régulièrement des commandes de portraits de la notabilité insulaire installée ou séjournant dans la ville-lumière.
Sylvain GREGORI, Directeur du Musée
Pour mémoire, l'article sur le portrait d'Agostino GIUSTINIANI, le premier à avoir écrit sur Poggiolo:
Le décès de Carlo a été un grand choc dans l'ensemble des villages de Sorru in sù. Pascale Chauveau a su exprimer avec délicatesse l'importance que ce sympathique personnage a pu avoir.
Originaire d’Orto, c’est à Soccia que Charles Rahn avait choisi de s’installer, où il a tenu pendant 35 ans le bar du village. Il y a quelques jours, sa mort brutale a suscité une vive émotion dans le haut canton, où chacun a éprouvé le sentiment qu’un pan entier de la vie du village s’était effondré.
Au centre du village, au rez-de-chaussée d’une belle maison en pierre, l’enseigne indique Bar chez Louis. Pourtant, pour tous, c’est Chez Carlo. Mercredi soir, c’est là que ses amis ont choisi de le veiller. Comme aux plus beaux jours de l’été, le bar et la terrasse sont pleins.
D’abord silencieuse et recueillie, l’assistance finit par s’animer, et chacun se remémore et raconte. Carlo le bon vivant épicurien, qui avait gardé de sa formation à la prestigieuse école Ferrandi l’amour de la bonne cuisine. Carlo l’amateur de chanson française, qui laissait à disposition une guitare pour les longues soirées passées à chanter. Et qui, en cabotinant un peu, interprétait volontiers sa chanson fétiche, Comme un p’tit coquelicot, de Mouloudji. Et aussi Carlo le bricoleur minutieux et aux mains d’or : l’immense comptoir en bois et les étagères du bar, qu’il avait mis des semaines à fabriquer, sont un témoignage de son savoir-faire.
photo Google
Lieu de vie
Carlo homme au grand cœur, qui donnait tout pour ses amis, mais connu aussi pour ses coups de gueule et son mauvais caractère. Les jeunes se souviennent : "Enfants, quand on demandait un verre d’eau, il nous envoyait à la fontaine ! Quand on commandait un panini et qu’il n’avait pas envie de le faire, il nous disait d’aller demander à manger à nos mères !" Depuis, ils ne rataient aucune soirée, et ce mercredi ils étaient tous là pour le dernier hommage.
Chez Carlo, on démarrait la soirée avant d’aller au bal, ou on la finissait après un concours de boules ou de foot. Ouvert 365 jours sur 365, comme il se plaisait à le souligner, son bar était un lieu de vie essentiel pour le village, surtout pendant les longs mois d’hiver où l’on se retrouvait pour la belote.
"C’est ici que mon mari m’a demandée en mariage", se souvient Marie-Rose. "C’est ici que ma femme avait réuni une centaine d’amis pour fêter mes 50 ans", raconte Jean-Tou. Chez Carlo et avec lui, tous ont vécu un événement important de leur vie, des rendez-vous incontournables : l’apéritif du 11 novembre où tous les villageois amenaient à manger, la soirée karaoké ou la soirée Beaujolais, l'apéritif géant du 15 août, et ces fameux repas pantagruéliques entre amis, autour des huîtres ou après avoir charcuté.
Avec Carlo, on commentait l’actualité, on refaisait le monde, et on se disputait aussi beaucoup. Mais on y revenait toujours. Parce que "Carlo, c’était Carlo !"
Il exista plusieurs cafés à Poggiolo mais il y eut aussi différents commerces. Leur existence serait complètement oubliée si la tradition n'avait gardé le nom de "magasin" à une partie de la maison Martini.
Un article précédent avait déjà présenté les grandes maisons, dites "de notables", comme étant multifonctions. Et le commerce fut une de ces fonctions.
Du côté de la stretta, une petite porte de la maison Martini est fermée par une grille métallique qui a été maintes fois enfoncée par des automobilistes ayant du mal à manœuvrer.
Une épicerie fut ouverte à cet endroit en 1921, comme le prouve le registre conservé par la famille. Il a été visé le 23 février 1921 par un juge du tribunal de commerce d'Ajaccio pour "Madame Martini Thérèse négociante à Poggiolo".
Les premières ventes sont notées au 1er mars: du riz, du sel, des pâtes alimentaires, des anchois, du pétrole et du savon.
Photos Jacques-Antoine Martini
L'étude de ces pages permettrait de bien connaître les denrées dont les Poggiolais de l'époque avaient besoin. On peut déjà remarquer que cette épicerie vendait aussi des cigarettes.
Quand la seconde guerre mondiale éclata, la mairie décida le 24 septembre 1939 de créer un entrepôt municipal pour assurer le ravitaillement et limiter la hausse des prix.
Cette expérience originale, qui dura jusqu'au 27 juillet 1940, a été racontée dans un autre article de ce blog.
L'épicerie Martini fut choisie comme siège de cet entrepôt.
Le registre en a été conservé.
photo Jacques-Antoine Martini
Là aussi, il serait intéressant de l'étudier pour savoir si les besoins des habitants ont changé au fil du temps et pour connaître l'évolution des prix.
Le registre a été tenu jusqu'en 1951.
Cette année fut peut-être celle de la fermeture. En tout cas, certains, comme Jacques-Antoine Martini, se souviennent "des deux balances du magasin, de son sac de sel et de ses chewing gums gagnants".
Le commerce n'existe plus mais "le magasin" demeure comme le nom d'un lieu bien précis de Poggiolo, vestige d'une époque.
Depuis une vingtaine d'années, le mois de septembre est important pour Murzo qui organise U mele in festa, la grande fête du miel. Elle aura lieu le 23 septembre prochain et fêtera les 20 ans de l'AOP Miel de Corse.
Nul doute que l'affluence sera encore importante.
Mais qui connaît vraiment ce village?
Pour le faire découvrir, un excellent petit film est maintenant disponible sur You Tube.
En employant un drone, il montre des vues tout à fait originales des différentes parties de la commune: l'église San Laurenzu,casa di u mele, u Ponte, u Fragnu, u Riu, les maisons de Muna, u Spuntinu, la chapelle du col de Sorru (car, on l'oublie souvent, le col fait partie de la commune de Murzu), et se termine par une vue sur la zone de Sorru in sù.
Profitez des images avant, le 23, de profiter de la fête.
Les dimanches 16 et 23 septembre, braderie au couvent de Vico.
Ce n'est pas nouveau, mais maintenant c'est urgent. En 2015, le pape François écrit une encyclique "sur la sauvegarde de la maison commune" et lance un appel pressant à la conversion écologique. «Parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée» écrit-il.
Alors oui, le Couvent de Vico se met au vert. C'est à dire qu'il veut vivre avec encore plus d'attention l'idéal de St François d'Assise vécu dans ce lieu depuis des siècles. « C'était un mystique et un pèlerin qui vivait avec simplicité et dans une merveilleuse harmonie avec Dieu, avec les autres, avec la nature et avec lui-même » dit le pape. Tout l'idéal et le programme sont là. Le pape l'appelle une «écologie intégrale» parce que le cœur est un. Rien de nouveau, mais aujourd'hui c'est urgent.
Au mois de juin le Couvent a adhéré au programme national de «l'Eglise verte» en s'associant à une centaine de communautés chrétiennes en France et en s'engageant à vivre une préoccupation écologique. Un vaste champ d'initiatives possibles!
En septembre est proclamé par l'Eglise un mois de prière pour la création. Commençons par la prière. Le 16 et le 23 septembre à 9h30, le Couvent invite aux célébrations dominicales pour rendre grâce à Dieu pour cette merveilleuse nature qui est notre maison commune en Corse.
(...)
Les célébrations seront accompagnées par une braderie dans l'esprit "zéro-gaspillage" organisée par la communauté des Oblats (eh oui, nous aussi nous accumulons et produisons des déchets ...). La sobriété fait partie de cette spiritualité chrétienne soucieuse de la nature.
Il s'agit de cette antique conviction que « moins est plus ». Un long chemin de conversion ...
Dans le même esprit, au Couvent fonctionne déjà un coin des «livres en liberté», des livres à emporter, où l'on donne la chance à une nouvelle vie à des livres déjà lus, relus ... « Le fait de réutiliser quelque chose au lieu de le jeter rapidement, parce qu'on est animé par de profondes convictions, peut être un acte d'amour exprimant notre dignité. »
Alors rendez-vous le 16 et 23 septembre à 9h30 « dans cette charmante solitude, dans notre chère solitude de Vico où les châtaigniers énormes chargés d'une récolte la plus abondante nous invitent à chanter! » Saviez-vous que c'est Charles Dominique Albini qui l'a dit?
A l'occasion du cinquantième anniversaire de la catastrophe de la Caravelle Ajaccio-Nice, déjà rappelée sur ce blog (voir ICI), Noël KRUSLIN, journaliste de "Corse-Matin", a rencontré Jeanne GRIMALDI et Valère CECCALDI. Leurs témoignages occupent la dernière page de l'édition du 11 septembre du quotidien.
En voici la copie.
Photos Pierre-Antoine Fournil
A l’heure des 50 ans du drame de la Caravelle Ajaccio-Nice, Corse-Matin s’est rendu dans les Deux-Sorru, où les Ceccaldi veillent sur la mémoire des leurs qui figurent parmi les 95 victimes. Ils témoignent pour la première fois
Il faut d’abord grimper les ruelles abruptes et sinueuses d’U Pighjolu, à mi-pente entre Guagno-les-Bains et Soccia, pour entrer dans le petit cimetière. Le caveau familial des Ceccaldi s’y distingue car une plaque noire s’ajoute aux pierres tombales. Les noms de ceux qui n’ont pu être rendus à leur terre y sont gravés : Antoine Ceccaldi, 56 ans le 11 septembre 1968, Jean-François Ceccaldi, 34 ans ce même jour où il monta, en milieu de matinée, à bord de la Caravelle Ajaccio-Nice. Cette plaque, c’est Valère, le frère de Jean-François, qui l’a fixée au granite il y a 10 ans. Les mots y précisent les circonstances du drame d’une Caravelle "touchée par un missile auto-détecteur à infrarouge". Une vérité toujours ignorée. "Mais c’est ma vérité, insiste l’octogénaire, cadet d’une petite année de son défunt frère. Rien, désormais, ne peut me faire voir autrement les choses."
Domiciliés à Suresnes (Hauts-de-Seine), Valère Ceccaldi et son épouse Janine sont fidèles à un rituel immuable, celui d’un été passé au village, dans la maison familiale construite par un arrière-grand-père. Un lieu très riche en souvenirs. "Jean-François et moi y avons passé toute notre enfance." C’est dans les ruelles de ce même village que Valère apprendra le décès de son frère, il y a aujourd’hui 50 ans."Quelqu’un est venu m’alerter en me disant : "Valère, tu as vu ? Une Caravelle est tombée." À la seconde, je me suis demandé si c’était celle de 10 heures." Car Jean-François Ceccaldi, sous-officier de l’armée française en poste à Paris, avait quitté Poggiolo très tôt pour prendre ce vol."Nous étions venus au village pour assister aux obsèques de notre grand-père. Mon frère et notre cousin avaient programmé avant moi leur retour sur Paris." Le cousin dont parle Valère, c’est Antoine Ceccaldi, un instituteur qui vient tout juste de prendre sa retraite . Il est le papa de deux jeunes filles, dont Jeanne, 19 ans à l’époque. La presque septuagénaire vit à Paris, mais vient régulièrement au village où elle s’est assise aux côtés de son cousin pour nous rencontrer. "Tu te souviens, c’est toi qui m’as annoncé que papa était mort", lui rappelle-t-elle.
Pour Jeanne, "une charge émotionnelle encore trop lourde"
Forcément, Valère et Jeanne n’ont pas vécu de la même façon les heures qui ont suivi la catastrophe. Lui, alors trentenaire déjà installé dans la vie, était bien plus à même de faire face que sa jeune cousine qui eut pourtant la maturité de protéger les siens. "Ma sœur n’avait que 14 ans, c’est moi qui ai tout fait pour garder le secret pendant 24 heures. Je voulais qu’un médecin ait le temps d’intervenir et de donner des calmants à ma mère."
Cinquante ans après, Jeanne assure qu’elle a grandi très vite. Ce drame n’y est pas étranger. "C’est moi qui me suis occupée de toutes les formalités administratives", avoue celle qui n’a jamais voulu, jusqu’à ce jour, évoquer ces événements hors du cercle familial. "La charge émotionnelle a toujours été trop forte. Aujourd’hui encore, l’évocation de ces instants est encore très lourde." Le jour de notre rencontre, la présence de Valère fut pour Jeanne un précieux soutien. C’est lui qui se chargea, faisant confiance à sa mémoire, d’entrer dans les détails d’une catastrophe dont le secret-défense ne parvient plus à masquer la véritable cause.
Entre une thèse de l’accident qui ne tient plus depuis longtemps, une quantité de preuves et autant de témoignages étayant la thèse du missile ayant échappé à la manœuvre militaire avant de percuter la Caravelle, Valère n’a plus aucun doute. Au cours de ces cinquante dernières années, il a essayé de comprendre, cherché à savoir. Il a décrypté tous les éléments accréditant la thèse du tir de missile, pointé toutes les incohérences des rapports qu’il conserve précieusement. Il en déplie les feuilles jaunies par le temps pour souligner certains passages. "Regardez, il est question ici de "perforations relevées sur une partie du fuselage", expliquées par "le repli violent de la voilure au moment de l’impact". Pour moi, c’est plus que clair. Les perforations, c’est le Mazurka." Allusion au missile dont Valère souligne l’évocation,"par un certain Forestier dans le rapport parlementaire. Il parlait d’un "dard de feu". Je regrette, mais il s’agit d’un terme militaire."
Un dîner parisien et "les secrets de Matra"
Dans la mémoire de Valère et dans celle de son épouse, d’autres épisodes, intervenus par hasard dans leur sphère privée, jettent encore le trouble. D’abord les mots d’un ami, un commissaire des Renseignements généraux qui leur glissa, quinze jours seulement après le drame :"C’est un engin Matra qui a frappé l’appareil." Puis, il y a une quinzaine d’années, lors d’un dîner organisé par des amis à Paris... "Un couple que nous ne connaissions pas y était invité, raconte Janine. Au cours de la soirée, nous avons fini par apprendre que le mari avait été ingénieur chez Matra, et dans la conversation, son épouse a carrément dit : "Il y en a des secrets chez Matra, comme l’affaire de la Caravelle." À ce moment-là, son mari lui avait demandé de ne pas en dire davantage."
Pour les Ceccaldi, comme pour toutes les autres familles des victimes de la Caravelle Ajaccio-Nice, le poids de l’absence n’aura cessé de se mêler à une forte conviction construite progressivement. Valère et Jeanne n’ont jamais adhéré à l’association portée par les frères Paoli. Non pas par rejet d’un combat collectif qui a fait beaucoup. Plutôt par volonté de préserver le caractère le plus intime d’un destin familial pas comme les autres. Croient-ils pour autant à une prochaine levée du secret-défense pour que la vérité éclate au grand jour ? Nous n’aurons pas vraiment de réponse à cette question.
Leur propre vérité leur suffit. Elle est en eux à jamais... et gravée au cœur du petit cimetière de U Pighjolu, près duquel Valère et Jeanne vivent un 50e anniversaire comme tous les autres. "Il n’y a pour moi, ce jour-là, aucun rituel. Tout est dans la tête. Mais au-delà du 11 septembre, à mon frère, j’y pense constamment."
:
blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù).
Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité. POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici. Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO. Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images. Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).