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4 août 2023 5 04 /08 /août /2023 18:00

 

Les incendies qui ont ravagé la Grèce, la Sicile, l'Algérie... sont des désastres qui ont, à juste titre, concentré l'attention des journalistes. Du coup, ils ont accordé peu d'importance au séisme d'une magnitude de 3,2 ressenti près de Niort jeudi 27 juillet 2023. Il est vrai qu'il a causé peu de dégâts, surtout par rapport à celui des 16 et 17 juin dans la même zone, en Vendée, où deux communes viennent d'être déclarées en état de "catastrophe naturelle".

 

 

N'oublions pas que notre partie de la Corse est sujette aux tremblements de terre.

 

Ce risque a d'ailleurs été ressenti voici juste soixante ans.

 

Le tremblement de terre du vendredi 19 juillet 1963 a été le plus important enregistré dans le Sud de la France (magnitude: 5,9 à 6) au cours du XXème siècle. Heureusement, l'épicentre était situé en mer, à 80 km au large de San Remo.


Michel FRANCESCHETTI se souvient:

"Vers 7 h du matin, alors que je venais à peine de me réveiller et que j'étais encore couché à l'étage de la maison de mes grands-parents, j'ai senti mon lit rouler d'avant en arrière et d'arrière en avant, et je vis les tableaux du salon où je couchais se balancer un bref instant. Tout cela dura peut-être deux ou trois secondes. Il n'y eut aucune casse et certains Poggiolais ne s'en aperçurent même pas. Par contre, Le Provençal Corse du lendemain écrivit que, à Evisa, "toute la population s'est retrouvée dans la rue centrale au même moment"". 


Tous les renseignements sur ce séisme se trouvent dans les "Annales de l'Institut de Physique du Globe" de l'Université de Strasbourg (pages 35 et 36) qui peuvent être consultées ICI. 

 

Dans le livre "Vico-Sagone. Regards sur une terre et des hommes" (ed. Piazzola, 2016), le professeur Jean-Dominique BERETTi a publié d'autres témoignages à la page 634:

-Joseph GINI: "On aurait dit les vibrations d'un gros camion".

-Un maçon sur un toit: "Aghju vistu u goudron chi facia l'onde" (j'ai vu le goudron de la route onduler).

 

A cette occasion, des anciens se souvinrent d'avoir senti un  autre séisme en 1928 et en 1948.

 

La Corse a connu de fréquentes secousses, y compris dans notre canton. "Corse-Matin" avait publié le 24 février 2009 une note historique à ce sujet:

 "Le premier signalement sismique dans l'histoire de l'île remonte à 1775. "On écrit de Vico, bourgade dans la partie occidentale de l'île de Corse, près de l'embouchure du Liamone, que le 6 octobre, à 7h35 du matin, on a ressenti une secousse de tremblement de terre assez violente pour faire abandonner tout à coup les maisons, mais elle ne dura que deux secondes et ne renversa que quelques pierres", indiquent les documents d'archive. D'autres secousses se produiront à la fin du mois dans la même région: "Une secousse a renversé une maison à Vico et une au village de Quillani (sic)". D'après les spécialistes, l'épicentre se trouvait alors au large du golfe de Sagone.

 

Il y a eu aussi des mouvements le 3 avril 1978 et le 7 juillet 2011, ce dernier ayant fait l'objet d'un article dans ce blog, dont le lien se trouve à la fin de ce texte.

 

Séisme de 2011.

Séisme de 2011.

 

Pourquoi les Deux Sorru sont-ils particulièrement touchés?

 

 

 

La raison a été fournie par l'abbé GIROLAMI-CORTONA qui, à la page 17 de sa "Géographie générale de la Corse" publiée en 1893, écrivit:

 

 "La Corse a ressenti rarement ces phénomènes sismiques (...). On ne peut citer que trois mouvements d'oscillation et un ébranlement général. Le premier mouvement se fit remarquer à Vico, Appricciani et Guagno en 1775: ce qui prouve la corrélation des tremblements de terre avec l'origine volcanique des eaux thermales, Vico se trouvant à douze kilomètres des bains de Guagno et à environ cinq kilomètres des Caldanelle".

 

Tout s'explique !!!

 

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6 juillet 2023 4 06 /07 /juillet /2023 18:00
Réponse à la devinette du mois: la statue de la controverse

Sauf pour les touristes qui la voient pour la première fois, la statue de Mgr CASANELLI d'ISTRIA dressée sur la place de Vico, ne fait guère réagir, tant elle fait partie du décor.

 

Pourtant, son inauguration, en 1887, fut au centre d'une grande polémique.

 

Le récit en a été fait par Paul SILVANI dans un article paru dans La Corse-Hebdo du 26 novembre 2010. Il fut repris par le bulletin INSEME qui, dans son numéro de février 2011, lui consacra trois pages. Elles peuvent être lues sur le site de INSEME mais nous vous proposons ici la plus grande partie de ce texte.

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Réponse à la devinette du mois: la statue de la controverse

 

Le 23 novembre 1887, à 19 h, « la charmante petite ville de Vico offre un coup d’œil des plus pittoresques », raconte Le Journal de la Corse, qui explique que la famille CASANELLI arrive d’Ajaccio, précisant que les cloches sonnent à toute volée, « prélude de la fête », et qu’en même temps, « de nombreux coups de boîte sont tirés sur la place publique ». Qu’étaient ces coups de boîte ? Des explosions sans danger provenant de petits mortiers.

Il y avait déjà foule, tant il est vrai que les voitures de louage, tirées par des chevaux qui n’en pouvaient déjà plus, mais étaient arrivées de tous les points de l’île. Du col de Saint-Antoine, la foule dense contemplait le spectacle : « les feux nombreux qui avaient été allumés aux fenêtres des maisons scintillaient dans la nuit, comme autant de vers luisants, et Vico, profondément enfoncée au pied de la Cuma, ressemblait vue de haut à un coin de firmament constellé d’étoiles ».

Une grande animation a régné toute la nuit dans les rues de la ville, entretenues pour la circonstance sans un état de propreté parfait, « ce dont nous félicitons le Comité, et cela avec d’autant plus d’empressement que c’est le seul compliment que nous puissions lui adresser », était-il perfidement ajouté.

 

 

LA FUGUE DE L'ÉVÊQUE

 

Pour le reste, on en était en effet au blâme. Qu’en en juge : l’évêque Paul-Mathieu de la FOATA, qui avait succédé en 1877 à Mgr François-Xavier de GAFFORY, s’était donc rendu à Vico ce même samedi soir pour présider la cérémonie du lendemain, c’est-à-dire l’inauguration de la statue de Mgr Xavier-Toussaint-Raphaël CASANELLI d’ISTRIA, l’un des grands prélats insulaires et prestigieux enfant du pays. (…)

 

Buste de Paul-Matthieu de la FOATA dans son village natal d'Azilone.

Buste de Paul-Matthieu de la FOATA dans son village natal d'Azilone.

 

Voici l’évêque arrivé à Vico. Mais le maire CACCAVELLI, président du Comité de souscription, n’est pas là pour le recevoir et le conduire jusqu’au couvent Saint-François où il va passer la nuit. Il en conçoit de l’humeur et il quitte Vico sans attendre, regagnant Ajaccio par la route d’Arbori. Le lendemain matin, il est évidemment absent de la messe et l’inauguration de la statue se fait sans lui.

« Les uns disent que c’est parce que Mgr de la FOATA a été froissé du manque de déférence qu’on a eu à son égard : ni le maire, ni une délégation du comité n’étaient allés lui présenter leurs hommages », écrit le journal. « Si c’est là la raison qui a été la cause de la fugue de l’évêque, il faut reconnaître qu’elle est puérile et qu’il a obéi à un excès de susceptibilité. D’ailleurs, en acceptant de présider la statue d’un de ses prédécesseurs, il ne devait avoir qu’un objectif, s’associer à une manifestation de pieuse vénération à l’égard de l’évêque CASANELLI sans se préoccuper de sa personne. Il était venu à Vico pour rendre les honneurs et non pour en recevoir ».

« Si donc Mgr de la FOATA a quitté Vico parce que le comité n’est pas allé en corps lui baiser l’anneau, il n’a pas bien fait de partir. Au contraire, il a très mal fait de ne pas rester. Mais », conclut le quotidien ajaccien, « nous sommes en mesure de pouvoir affirmer que tel n’a pas été le motif du départ ».

Pour le rédacteur, la rumeur n’était qu’un prétexte. Car on avait soufflé à l’oreille du crédule évêque que les républicains de Vico allaient le siffler, parce qu’il n’avait pas favorisé l’œuvre de la statue. Dans ce cas, s’est-il dit, les bonapartistes vont vouloir me défendre. Un conflit sanglant est inévitable : « le mieux est de déguerpir et l’évêque a fait baluchon ». Il est vrai que l’on était entré dans la période de la séparation de l’Église et de l’État… Conclusion de l’organe républicain qui soutenait Emmanuel ARÈNE, lequel n'avait pas pu venir : « si peu sérieuses que soient les raisons de la détermination regrettable prise par Mgr de la FOATA, elles ne doivent étonner personne quand on saura que précisément l’évêque cherchait un prétexte quelconque pour ne pas assister à la cérémonie. Il était en effet honteux de n’avoir pas souscrit, d’avoir empêché le clergé de souscrire. Il craignait la colère du Conservateur dont il désapprouvait ainsi les attaques fielleuses dirigées contre le monument CASANELLI. » (…)

« Quoi qu’il en soit, en se dérobant aussi grossièrement à l’accomplissement de son devoir (mais pourquoi avait-il accepté la présidence de l’inauguration ?), l’évêque d’Ajaccio n’a pas seulement fait injure au comité de Vico, mais à toute la population qui se trouvait dans cette commune le 24 octobre. Le public appréciera ». Les journaux d’Ajaccio ne se sont pas gênés pour dire leur appréciation : « Un scandale, une inauguration laïque » pour Le Conservateur, « l’évêque a très bien fait de partir » pour Le Réveil.

 

 

Réponse à la devinette du mois: la statue de la controverse

 

UN BANQUET SIGNÉ GUIDON

 

Quoi qu’il en ait été, les cérémonies s’étaient déroulées sans autre incident ce dimanche pluvieux. Tout le monde s’était groupé autour de la statue, due au ciseau de Vital DUBRAY, à qui on devait déjà celles du cardinal FESCH, du général ABBATUCCI et les stèles du monument consacré à Napoléon Ier. Mgr CASANELLI est représenté debout, levant la main pour bénir ses ouailles. « Il y a l’élan du prêtre et la tendresse du père pour bénir ses enfants, le sourire aiguisé mais doux, c’est la malice d’un esprit pétillant nourri à Rome de la science sacrée, élevé dans les traditions de cette diplomatie de la cour pontificale, la première pour la finesse, écrit Le Journal de la Corse. On sent, on devine que le saint homme vient de marcher et qu’il s’est arrêté, pour bénir, avant de reprendre sa marche ».

A neuf heures, avait été dite la messe solennelle, rehaussée par la présence de la musique municipale d’Ajaccio. Ensuite, le président du comité, M. CACCAVELLI, lève le voile qui recouvrait la statue et prononce son discours. Puis le foule entend le chanoine SALICETI, l’abbé NIVAGGIOLI, curé de Cannelle, S. VILLANOVA, directeur du Petit Ajaccien, et CRISTINACCE, ancien juge de paix. A 13, heures, un banquet en plein air préparé par Elie GUIDON, l’inventeur de la terrine de merle, est servi au couvent. Au dessert, autres discours : l’abbé CASANELLI, le prince de BEAUFFRÉMONT, président d’honneur du comité, l’abbé FILIPPINI, curé de Letia, auteur d’une poésie en langue italienne, Ange MURACCIOLI, rentier, MAGLIOLO, architecte, et PAOLI, instituteur à Vico.

Pour terminer les agapes, on gonfle (à l’esprit de vin !) le ballon-montgolfière qui va s’envoler de la place, mais il s’embrase et le feu se communique aux mèches des verres destinés à l’illumination du soir : « En un instant, un serpent de feu ondule le long des cordes et des corniches, donnant ainsi le spectacle assez rare d’une illumination en plein jour ».

Sur son piédestal, l’évêque CASANELLI d’ISTRIA demeure impassible. Il l’est resté.

 

Carte postale des années 1970.

Carte postale des années 1970.

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29 juin 2023 4 29 /06 /juin /2023 18:00

 

Il serait trop long de décrire tout l’immense travail accompli par Mgr CASANELLI d’ISTRIA dans le diocèse de Corse. Cet article le résumera rapidement. Les détails peuvent être trouvés dans l'étude publiée dans "Vico Sagone. Regards sur une terre et des hommes" (éditions Alain PIAZZOLA) sous la signature de François-Aimé ARRIGHI, ainsi que dans « Le diocèse d’Ajaccio » par François J. CASTA (éditions Beauchesne, 1974).


 

 

Mgr Casanelli en 1860.

Mgr Casanelli en 1860.

 

Une Église remise en état

Il fallait réorganiser l’Église de Corse qui avait un très grand nombre de prêtres, 1123 en 1821, parfois sans affectation et souvent très peu formés. Dès son arrivée à l'évêché d'Ajaccio fin 1833, Mgr CASANELLI suspendit les ordinations pour l’année 1834 et fit appel à l'Aixois Eugène de MAZENOD qui avait fondé en Provence les OMI (Oblats de Marie Immaculée). Il en avait fait la connaissance grâce au cardinal d'ISOARD, lui aussi originaire d'Aix-en-Provence. 

 

Eugène de Mazenod.

Eugène de Mazenod.

 

Celui qui allait bientôt devenir évêque de Marseille lui envoya le Père Hippolyte GUIBERT, supérieur de la communauté de Notre-Dame du Laus (Hautes-Alpes) et futur archevêque de Paris, qui devint vicaire général, fonda le grand, puis le petit, séminaire et insista sur la formation du clergé. Il quitta la Corse en 1841.

 

Mgr CASANELLI acheta l’ancien couvent de Vico en 1836 et l’offrit aux oblats d’où ils purent rayonner sur l’île.

 

Mgr CASANELLI imposa le port de la soutane, inconnue jusqu’alors en Corse. La carte des paroisses fut revue et des églises construites : 47 entre 1840 et 1870, dont l’église de Vico. Un bas-relief en bronze placé sur la base de la statue de Xavier-Toussaint-Raphaël CASANELLI à Vico, du côté du restaurant « A Piazza », représente d'ailleurs une bénédiction d’église.

 

 

Il y a 190 ans, un Vicolais devenait évêque de Corse. 2/2: une œuvre immense

 

L’importance de l’éducation

L’instruction fut une de ses priorités de l’évêque. Il fit ouvrir de nombreuses écoles tenues par des instituts religieux. Ainsi, fut créé l’Institut Ste Marie de Vico qui devint l’école Jeanne d’Arc en 1907 et est devenue une maison de retraite. Les Frères des Écoles chrétiennes ouvrirent une école de garçons à Vico.

 

 

L’œuvre morale

La grande œuvre de Mgr CASANELLI d’ISTRIA fut la rénovation morale des mœurs. Il fut grandement aidé par le charisme du Père ALBINI, oblat lui aussi envoyé par Mgr de MAZENOD. Les prêtres expliquèrent aux couples concernés en quoi le concubinage était un désordre moral. En deux ans, 2.000 unions furent légitimées à l’église.

 

Il y a 190 ans, un Vicolais devenait évêque de Corse. 2/2: une œuvre immense

 

Contre la vendetta

La lutte contre le banditisme et la vendetta fut acharnée. Santu ne voulait plus de ces « ruisseaux de sang humain » provoqués par les homicides qui étaient d’environ 200 par an, avec une pointe de 833 en 1849 et 1850. Il n’hésitait pas à se rendre lui-même sur place, comme à Moca où le curé avait été assassiné en pleine messe. Il obtint des succès marqués par de véritables traités de paix entre les familles qui se déchiraient.

Sur la base de la statue de Vico, côté du magasin Casalta, un second bas-relief représente l’évêque s’adressant aux familles MASSONI et PICCINI de Marignana dont la vendetta aurait fait une soixantaine de morts. Elle prit fin à la suite de cette intervention.

 

Il y a 190 ans, un Vicolais devenait évêque de Corse. 2/2: une œuvre immense

 

Une forte personnalité

Le problème de Mgr CASANELLI était son indépendance d’esprit qui lui faisait prendre des positions tranchées, ce qui était maladroit avec les personnalités politiques.

 

Alors qu’il était en bons termes avec la famille BONAPARTE, connue lors de son séjour à Rome, les relations se dégradèrent sous le règne de Napoléon III. L’évêque, si opposé aux unions illégitimes, refusa d’appuyer la demande d’annulation du mariage d’un cousin de l’empereur. Il fit même campagne contre le candidat officiel du gouvernement lors de l’élection cantonale de Soccia en 1858. Voir le détail dans l’article « Battue de prêtres » dans le canton de Soccia.

 

Enfant de Vico, Xavier-Toussaint-Raphaël CASANELLI d’ISTRIA décéda au couvent de Vico, après une brève maladie due à un refroidissement, le 12 octobre 1869.

 

 

Ainsi s’acheva la vie d’une grande figure de l’Église de Corse.

Chambre mortuaire de Mgr Casanelli au couvent de Vico.

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28 juin 2023 3 28 /06 /juin /2023 06:58
Il y a 190 ans, un Vicolais devenait évêque de Corse. 1/2: l’ascension d’un enfant des Deux Sorru

 

Le 28 juin 1833, voici cent quatre-vingt-dix ans, est une date importante pour les Deux Sorru: le jour de la nomination comme évêque d'Ajaccio de Xavier-Toussaint-Raphaël CASANELLI d'ISTRIA, enfant de Vico.

 

Il y a 190 ans, un Vicolais devenait évêque de Corse. 1/2: l’ascension d’un enfant des Deux Sorru

 

"Legus episcopique vicus" (Vico le pays de la loi et de l'évêque), cette devise de la commune de Vico rappelle ses liens avec la fonction épiscopale en tant que résidence des évêques de Sagone et aussi en tant que berceau de cinq évêques dont CASANELLI d’ISTRIA.

 

Né à Chigliani le 24 octobre 1794, fils de Rosa MATTEI et de Giordano CASANELLI, négociant et président du tribunal du district de Vico, Monseigneur CASANELLI fut sans aucun doute l'évêque qui marqua le plus l'histoire du diocèse d'Ajaccio. D'abord par la durée de son épiscopat : 36 ans (1833-1869), mais surtout par l'œuvre accomplie tant sur le plan spirituel et moral que matériel pour réformer l'Église et la société corses.

 

Nous ne présenterons ici, en deux articles, qu'un résumé de la vie de Mgr CASANELLI. Pour des renseignements supplémentaires, il est recommandé de se reporter à l'excellente étude rédigée par François-Aimé ARRIGHI publiée dans "Vico Sagone. Regards sur une terre et des hommes" (éditions Alain PIAZZOLA), toujours disponible en librairie et sur internet. Notre texte s'inspire en grande partie de lui.

 

Il y a 190 ans, un Vicolais devenait évêque de Corse. 1/2: l’ascension d’un enfant des Deux Sorru

 

Le jeune Santu commença ses études au couvent de Vico où, malgré la nationalisation des biens d'Église, des franciscains étaient restés. Sa première éducation fut dirigée par le Père SIMONI.

Ses études secondaires eurent lieu à Renno auprès de l'archiprêtre SUSINI.

En 1814, il passa à Orto pour étudier la théologie chez le curé MASSIMI.

Ordonné prêtre en 1817, il devint professeur de littérature à Vico puis vicaire de la paroisse Saint Roch d'Ajaccio.

 

De Rome à Ajaccio

 

En 1821, il obtint l'autorisation d'approfondir ses études à Rome.

Il y rencontra le cardinal Joachim-Jean-Xavier d'ISOARD (né en 1766 à Aix-en-Provence et mort en 1839 à Paris) qui, nommé archevêque d'Auch en 1828, le prit comme secrétaire puis comme vicaire général. Ayant obtenu, grâce à la qualité de ses services lors des conclaves de 1829 et 1831, le titre nobiliaire d'ISTRIA qui fut désormais attaché à son nom de naissance, il devint à 39 ans évêque d'Ajaccio.

 

Le cardinal d'Isoard.

Le cardinal d'Isoard.

Sa nomination ne fut pas évidente. Auprès du roi Louis-Philippe, les clans SEBASTIANI et POZZO DI BORGO avaient chacun son candidat. Ils finirent par se neutraliser et le nonce apostolique put placer le sien, celui qui était bien connu de Rome.

 

Le nouvel évêque de Corse.

Le nouvel évêque de Corse.

 

Consacré le 8 décembre 1833, Mgr CASANELLI arriva à Ajaccio le 23 mars 1834.

 

Dès le 22 juin, il se rendit à Vico. Ce jour-là, venu par bateau, il débarqua à Sagone où l’attendaient plus de deux cents cavaliers qui escortèrent l’évêque monté sur un cheval blanc. A Vico, où était venue la population des villages environnants, « La ville était toute enguirlandée de fleurs ; des oriflammes aux couleurs voyantes se balançaient aux fenêtres entourées de feuillage ; de nombreux arcs de triomphe se dressaient dans les rues. Le soir, sur la place de l’ancien palais épiscopal, ce fut un gigantesque feu de joie ».

 

A suivre.

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20 juin 2023 2 20 /06 /juin /2023 18:00

 

La Révolution Française s’empara de toutes les propriétés ecclésiastiques le 2 novembre 1789. Elles furent vendues, parfois tardivement, comme à Poggiolo où il fallut attendre 1803. Les prêtres ayant accepté la Constitution Civile du Clergé et un serment de fidélité étaient payés par l’Etat jusqu’au 18 septembre 1794 où la Convention supprima tout traitement.

 

Sans revenu, comment les prêtres pouvaient-ils vivre ? Cette question, ainsi que celles de l’organisation de l’Eglise et des relations avec la papauté, ne fut résolue que par la signature du Concordat par le Premier Consul Napoléon BONAPARTE et le pape PIE VII le 26 messidor an IX (15 juillet 1801). Les prêtres furent désormais rémunérés par l’Etat (et ainsi pendant un siècle, jusqu’à la loi de Séparation de 1905).

 

Gravure glorifiant la signature du Concordat.

Gravure glorifiant la signature du Concordat.

 

Les Articles Organiques publiés par le gouvernement consulaire le 18 germinal an X (8 avril 1802) précisèrent l’application du Concordat.

L'article LXI fixait le montant du traitement reçu par les curés.

Cette somme pouvait être éventuellement complétée par les communes, d’après l’article LXVII.

L’article LXXII prévoyait un logement fourni par la commune.

 

Mais ces possibilités ne pouvaient pas s’appliquer à Poggiolo. Le conseil municipal s’en plaignit et proposa une solution originale dans une lettre reçue par le sous-préfet de Vico le 10 ventose an XI (1er mars 1803), voici deux cent vingt ans. La date est importante: on était alors à neuf jours de la première vente des terres confisquées à la paroisse de Saint Siméon. Ces terrains avaient été divisés en lots et la mise aux enchères annoncée par affiche préfectorale.

 

L'affichage avait déclenché la réaction des élus poggiolais qui se réunirent solennellement dans la salle de réunion du conseil municipal et rédigèrent une lettre officielle au «Prefetto Generale del Departimento di Liamone» (Préfet Général du Département du Liamone).

 

Sous l’en-tête «Liberta Eguaglianza» (Liberté, Egalité), le texte, écrit en italien, avec un style qui se veut juridique, est signé par :

 

Anton Martino DESANTI

Domenico Felice PINELLI

Anton Francesco PINELLI

Natale PINELLI

Polo FRANCESCHETTI

Martino PAULI

Giuseppe LORENZETTI

Giacomo CAMILLI, conseillers

DEMARTINI, adjoint

FRANCESCHETTI, maire

 

Le prénom de l’adjoint était Giuseppe. Celui du maire était Domenico Felice.

 

La lettre du conseil municipal de Poggiolo.
La lettre du conseil municipal de Poggiolo.

La lettre du conseil municipal de Poggiolo.

 

Le conseil municipal poggiolais faisait remarquer que les anciens biens paroissiaux «sono stati stimati senza aver lasciato cio’che permette la legge al ministro di culto. Cioé l’orto e la casa» (ont été estimés sans avoir laissé ce que permet la loi au ministre du culte. C’est-à-dire le jardin potager et la maison). En effet, l’article LXXII des Articles Organiques mentionne bien qu’il faut rendre aux curés «Les presbytères et les jardins attenants, non aliénés». Or, ces terres avaient été confisquées mais non encore vendues. Le curé de Poggiolo aurait pu bénéficier de cette possibilité.

 

La lettre déclarait ensuite que la population de la commune étant peu nombreuse (trente-six feux environ) : «non puo con decore sostenere les spese di culto, ed il ministro» (ne peut avec dignité soutenir les dépenses du culte, et du ministre). Il n’était donc pas possible d’appliquer l’article LXVII pour augmenter le traitement.

 

La deuxième phrase de l’article LXXII permettait de «procurer un logement et un jardin». Mais, en dehors des biens mis aux enchères, la commune n’avait aucune richesse foncière«non c’é un luogo sufficiente per forti l’orto secondo la legge».

 

Pourtant, cette lettre de réclamation était également constructive. Elle suggérait de concéder au prêtre des parcelles non encore vendues, à savoir les terres et les châtaigniers proches de l’église et le jardin de la Tignosa:

«le terre e castagni della Costa alla Chieja, cioé dal monte alla Canonica ingiù per fino a comprendere il chiojo della Tignosa».

 

Le conseil municipal osait même avancer que l’on pourrait inclure le morceau de terre dit San Annaria.

 

En gros, la proposition recouvrait à peu près les numéros 1, 2 et 6 des lots proposés aux enchères. Elle était audacieuse car elle arrivait alors que l’organisation de la vente aux enchères était «bouclée».

 

Malgré tout, la protestation poggiolaise réussit en partie. Lors de l’adjudication du 24 ventose (15 mars 1803), le Préfet Jean-Baptiste GALEAZZINI déclara au préalable au public que la vente du lot 1, placé à la Tignosa, était suspendue.

 

Les curés de Poggiolo purent se nourrir grâce au sauvetage de la Tignosa opéré au dernier moment par le conseil municipal.

 

De ce terrain, il reste maintenant Chioso Chiesale, dit aussi «U Ghjisgiale», qui est la seule richesse foncière de la municipalité poggiolaise.

 

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16 juin 2023 5 16 /06 /juin /2023 18:00

 

La vente des biens de l'Église confisqués par la Révolution à Poggiolo fut compliquée.

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Elle se déroula à Ajaccio, loin des influences du village.

Une première adjudication provisoire eut lieu le 19 ventose (10 mars 1803) pour 1.355 francs au profit de François LECA, demeurant à La Mezzana, près d’Ajaccio, qui fut le seul à se présenter. Une seconde vente fut organisée le 24 ventose (15 mars 1803). Le Préfet Jean-Baptiste GALEAZZINI déclara au préalable au public que la vente du lot 1 était suspendue, pour une raison qui fera l’objet du prochain article. Du coup, la valeur totale des biens passait à 1.295 francs, au lieu des 1.355 précédents.

 

 

L’EMBROUILLAMINI DU LOT N°4

OU

COMMENT LES FRANCESCHETTI

PROTÈGENT LEURS INTÉRÊTS

 

 

Le quatrième lot était également un cas particulier. L’affiche disait: «que la rente ne s’étand (sic) qu’à ce qui revient au Curé».

 

Après la publication de l’affiche annonçant la future vente, SUSINI, sous-préfet de l’arrondissement de Vico (qui était alors sous-préfecture), reçut une lettre envoyée par Francesco et Anton Francesco FRANCESCHETTI, respectivement oncle et père du maire. Elle fut appuyée par une autre lettre de Francesco FRANCESCHETTI envoyée au Préfet du Liamone lui-même le 23 ventose, juste la veille de la vente définitive.

 

Ces documents, trouvés et analysés par Xavier PAOLI, signalaient une subtilité juridique concernant le lot 4.

 

Un conflit entre la famille FRANCESCHETTI, qui avait voulu clôturer un terrain, et l’Eglise, à qui un morceau appartenait, avait été réglé avec un décret pris le 7 février 1775 par Leonardo PIETRAGGI, vicaire général du diocèse de Sagone.

 

A l’intérieur du champ nommé Pollastra appartenant aux FRANCESCHETTI, une parcelle enclavée, dite Campo d’Ansaldo, qui mesurerait 3 bacinate, venait de la paroisse St Siméon qui en recevait des revenus.

 

Francesco expliquait dans sa lettre du 23:

«A la lecture de ce décret, vous comprendrez que l’exposant (FRANCESCHETTI) a le droit de pacage (l’erbatico) tant en vertu de ce décret que du fait que la clôture de son propre terrain (stabile) qui protège cette terre.

Du décret précité il résulte aussi que ce terrain ne doit être ensemencé que par l’exposant qui doit donner en contrepartie le quart du fruit des récoltes à la Paroisse et ainsi il a fait jusqu’à présent.

La nation n’a succédé qu’aux droits des anciens paroissiens et l’acquéreur ne doit jouir que des droits que possède la nation.»

 

La demande fut entendue puisqu’il est bien écrit, dans la liste des terrains affichée à la Préfecture, que l’acheteur ne possédera pas la parcelle mais seulement «la rente», c’est-à-dire la partie de la récolte qui était auparavant versée au curé.

Pollastra se trouve dans la partie supérieure de Poggiolo, plus loin que les Case Soprane.

 

 

DES ENCHÈRES ACHARNÉES

La Laïcité en action dans les Deux Sorru : Une vente aux enchères bien compliquée (5/6)

 

La vente aux enchères se fit selon le principe traditionnel de la bougie. Une bougie était allumée et, quand elle s’éteignait, une autre prenait sa place, jusqu’à l’extinction de la dernière qui arrêtait les enchères. Pour les biens de la paroisse de Poggiolo, il était prévu sept bougies.

 

La mise à prix était de 1.295 francs, somme sur laquelle persista LECA, l’adjudicataire provisoire de la première vente. Mais il dut se battre à coup d’enchères contre ROSSI (qui formula le plus d’enchères de tous les compétiteurs), CITTADELLA (importante famille de Vico) et PERALDI. A l’allumage de la sixième et dernière bougie, CRISTINACCE et SUBRINI entrèrent dans la danse. Finalement, après 69 enchères acharnées, le vainqueur fut Antoine François CRISTINACCE, habitant Vico, pour 13.540 francs, soit plus de dix fois la mise à prix initiale !

 

Mais, aussitôt, il déclara avoir agi «en société des citoyens Jean PERALDI de Vico et François FRANCESCHETTI de Poggiolo pour égales portions ici présents». 

 

Les signatures des vainqueurs

Les signatures des vainqueurs. Photo Michel Franceschetti.

Les trois compères ne furent pas les seuls à avoir gagné car, pour le fameux quatrième lot, la commande avait été organisée avec Jean Etienne PINELLI (écrit PINNELLI sur le procès-verbal) et Jean Baptiste DEMARTINI de Poggiolo !

 

Sans aucun doute, cette vente aux enchères avait été l’objet de nombreuses tractations, avant et pendant les enchères.

 

Mais en est-il différemment à d’autres époques quand l’enjeu est considéré comme important ?

 

Au fait, pourquoi le lot 1 avait-il été retiré de la vente? Nous le saurons bientôt.

 

 

La première partie de cette série est parue le 11 juin.

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11 juin 2023 7 11 /06 /juin /2023 18:00

 

En 1803, voici deux cent vingt ans, Poggiolo connut un épisode foncier assez compliqué qui était la conséquence des décisions anti-religieuses de la Révolution Française. 

 

 

Sans que le terme de laïcité ait existé à l’époque, la mise à l’écart de l’Eglise par rapport à l’Etat avait débuté en 1789. Après le 14 juillet et l’abolition des privilèges le 4 août, la situation financière du gouvernement était préoccupante. Un financement fut trouvé avec la nationalisation de toutes les propriétés de l’Eglise le 2 novembre 1789. Ses bâtiments et ses terres formèrent les biens nationaux qui servirent à émettre les assignats, rapidement utilisés comme papier-monnaie, et qui furent vendus aux citoyens.

 

En Corse, ces ventes furent très difficiles à cause des multiples querelles et de la période du royaume anglo-corse (1794-1796) pendant laquelle l'île ne fut plus sous la domination de Paris.

 

Finalement, la mise en vente des biens nationaux de Poggiolo n'eut lieu qu’en l’an XI de la République, c’est-à-dire en 1803, quinze ans après la confiscation ! 

 

Nous sommes bien informés sur cette vente car le procès-verbal de la cession des biens de Poggiolo est resté intact et complet aux Archives Départementales, ce qui n’est malheureusement pas le cas de tous les documents poggiolais.

 

Une affiche annonça dès le 18 pluviose (7 février 1803) que la vente de «propriétés nationales (…) provenant de l’Eglise paroissiale de Poggiolo» aurait lieu le 19 ventose dans la grande salle des séances publiques de la Préfecture du département du Liamone, à Ajaccio.

 

Photo Michel Franceschetti.

Photo Michel Franceschetti.

 

UNE LONGUE LISTE POUR LES RICHES

 

Neuf lots étaient proposés (orthographe originale respectée):

1° un bacinate de terres au lieu dit Tignosa, aboutissant au levant avec terres Nationales, et au nord avec françois marie Desanti (estimé à) 60 francs

2° trois mezzinate de terres, quarante deux chataigniers fruitiers, la moitié de deux cent vingt sept non fruitiers, la moitié de dix noiers non fruitiers, trois noiers fruitiers, et la moitié de cinq petits cerisiers au lieu dit Costa alla chiesa… 415 francs

3° trois mezzinate de terres, vingt huit chataigniers fruitiers, et la moitié de soixante dix chataigniers non fruitiers au lieu dit Griscetto… 245

4° cinq bacinate de terres avec sept chataigniers fruitiers, et quinze non fruitiers au lieu dit Pollastra, bien entendu que la rente ne s’étand qu’à ce qui revient au Curé… 75

5° deux mezzinate de terres, vingt trois chataigniers fruitiers et cinquante non fruitiers au lieu dit Sialello aboutissant au midi aux terres communales, et au nord avec Joseph Defranchi… 180

6° trois mezzinate de terres, et huit chataigniers non fruitiers au lieu dit Santa Maria… 180

7° dix bacinate de terres, et vingt six chataigniers non fruitiers au lieu dit Fango… 120

8° huit bacinate de terres, et trois chataigniers non fruitiers au lieu dit Pesatoggia… 35

9° cinq chataigniers fruitiers au lieu dit Gentilone… 45

 

Cette énumération permet de connaître l’étendue et la valeur des terres de l’Eglise à Poggiolo.

 

En effet, il faut savoir que:

 «la bacinata est la superficie de terrain capable de recevoir un bacinu de semence en céréales.

Pour un bacinu déterminé, cette mesure variait en fonction de la qualité de la terre. (…) En comptant l’arpent de Paris 34,18869 ares, on obtient pour la bacinata : 2,44 ares en bonnes terres, 3,19 en terres médiocres, 4,04 en terres mauvaises.

La mezinata = 6 bacinate.» ("Essai sur les anciennes unités de mesure utilisées en Corse avant l’adoption du système métrique" par Anton Dumenicu MONTI, ADECEC CERVIONI 1982).

 

Photo Michel Franceschetti.

Photo Michel Franceschetti.

 

Pour estimer la valeur de ces parcelles et en dresser procès-verbaux, un commmissaire-expert, Jean Noël PINELLI, s’était déplacé sur place avec le maire de Poggiolo, Dominique Félix FRANCESCHETTI, du 20 au 29 frimaire (11 au 20 décembre 1802). La valeur totale atteignait 1.355 francs.

Il faut remarquer que tous les terrains étaient vendus en une seule fois et sans être morcelés, interdisant aux petits villageois le moindre espoir d’acquérir une parcelle.

 

Cette situation illustre bien ce qu’écrivaient Antoine CASANOVA et Ange ROVERE à la page 181 de «La Révolution française en Corse» (Privat, 1989) :

«Dans la province de Vico, la vente et l’adjudication des biens nationaux est l’affaire des notables des villages ou de Vico ; les lots sont importants, bien au-dessus des possibilités des petits paysans».

 

D’autre part, la vente aux enchères se faisait à Ajaccio, bien loin du village. Les pauvres ne pouvaient accomplir un tel déplacement pour une vente aléatoire.

 

Mais tout ne se déroula pas aussi bien que prévu. C'est ce que nous verrons dans l'article prochain.

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11 avril 2023 2 11 /04 /avril /2023 18:00

 

Réponse à la devinette

 

Alors qu'elle nous paraît toute naturelle maintenant, la liaison entre Poggiolo et Soccia ne fut réalisée qu'à la fin du XIXe siècle, en 1882.

 

Auparavant, comme un article récent l'a montré, le chemin débutait aux Case Supprane et passait derrière l'actuel bar du Belvédère. Soccia avait un lien direct avec Guagno-les-Bains en négligeant Poggiolo.

 

Carte d'état-major du XIXe siècle.

Carte d'état-major du XIXe siècle.

 

 

La situation changea à l'occasion de l'amélioration de la voie entre Les Bains et Orto. Les progrès peuvent être suivis par les états de situation publiés lors des sessions du conseil général de la Corse (recueil disponible sur Gallica).

 

L'adjudication d'un projet de nouvelle route entre les Bains de Guagno et Orto fut remportée en avril 1873 par l'entreprise ARRIGHI qui commença les travaux en 1876 et les arrêta plusieurs mois début 1877, faute de subsides du département.

 

En septembre 1878, le conseil général confia à la commission départementale délégation pour "fixer le tracé des chemins et prescrire leur ouverture au redressement". Parmi les chemins dont elle fixa le tracé et les limites, il y eut "le chemin d'intérêt commun n°41: partie comprise entre le village de Poggiolo est le col de Santa-Anaria".

 

En septembre 1880, il restait "une lacune de 945 mètres, comprise entre le village de Poggiolo et le col de St-Anaria". Ce col est le lieu actuellement appelé souvent "les trois chemins" et près duquel fut édifiée au Moyen-Age l'église de Santa Anaria (ou Santa Maria) aujourd'hui totalement disparue. Les travaux devaient débuter le 16 mars 1880 mais la question des indemnités de terrains n'avait pas encore été réglée, la municipalité ne faisant pas beaucoup d'efforts pour y arriver. Du côté d'Orto, il restait 177 mètres pour les mêmes raisons.

 

Il fallut forcer la main aux propriétaires pour aboutir à des avis publiés dans Le Journal de la Corse du 30 mai 1882. Le maire Jules Martin DESANTI (qui vécut de 1831 à 1910) enregistra le 20 mai les cessions de terrains de quatre propriétaires:

 

- Antoine PIETRI, vigne et terres, à Vignali, pour six cent quatre-vingt quatre francs et soixante centimes


 

Dur, dur, d'arriver jusqu'à Santa Anaria

 

- Angèle-Françoise LOVICHI, qui vécut de 1827 à 1917 et était la veuve de l'instituteur Jean LOVICHI, jardin, à Chioso Bambito, pour cinq cent vingt-sept francs et quatre-vingt-dix-huit centimes

 

 

Dur, dur, d'arriver jusqu'à Santa Anaria

 

- Pierre MARTINI, dit de Gracieuse (1829-1911), jardin, au Luccio, pour sept cent soixante quatre francs et cinquante centimes

 

Dur, dur, d'arriver jusqu'à Santa Anaria

 

 

- Louis DEFRANCHI, terre et vigne, à Covita, pour mille treize francs.

 

Les sommes sont très différentes car les surfaces et leurs utilisations agricoles étaient variées. Si l'on rapporte le prix à la surface, on se rend compte que le terrain de Madame LOVICHI valait 196,28 francs à l'are (1 are=100 m2) alors qu'Antoine PIETRI reçut 53,99 francs par are.

 

Ainsi, les travaux furent achevés quelques mois plus tard et la route prit son tracé actuel. Agrandissez la carte ci-dessous.

 

Le tracé du tronçon réalisé en 1882 est en rouge. Le cercle rouge est l'embranchement dit des "Trois Chemins". Le cercle jaune montre le début de l'ancien sentier vers Soccia.

Le tracé du tronçon réalisé en 1882 est en rouge. Le cercle rouge est l'embranchement dit des "Trois Chemins". Le cercle jaune montre le début de l'ancien sentier vers Soccia.

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30 mars 2023 4 30 /03 /mars /2023 18:00

 

Quel que soit le revêtement des routes, Poggiolo n'a pas toujours été bien relié aux autres villages, du moins pas avec les tracé actuels.

 

Les cartes suivantes le montrent. La première vient du site des Archives départementales, Les autres sont des copies d'écran de Géoportail, le site de l'IGN (Institut Géographique National).

 

Chaque image a comme limites le Fiume Grosso au sud, le pont de Caldane (Guagno-les-Bains) à l'ouest et l'église Saint Siméon à l'est.

 

Tous ces documents s'agrandissent avec un petit "clic".

 

 

Les routes de Poggiolo

 

Le plan-terrier commencé par la monarchie et terminé sous la Révolution montre que, s'il existait un chemin de Guagno-les-Bains à Poggiolo, il fallait en reprendre un en haut du village, aux Case Suprane, pour continuer vers Soccia. L'itinéraire direct de Caldane à Soccia évitait le village. Les deux chemins se retrouvaient près de la fontaine de Saint Marcel.

 

Les routes de Poggiolo

 

Au début du XIXe siècle, sur la carte d'état-major, la route des Bains à Soccia, en blanc, est bien plus visible, et donc bien plus importante, que le sentier, tracé en noir, venant de Poggiolo et le rejoignant aux Trois Chemins. Le plus facile, pour les Poggiolais désirant se rendre à Vico, était de traverser la rivière au Genice et de passer au-dessus de la station thermale.

 

Les routes de Poggiolo

 

Le réseau routier est bien différent avec cette carte de 1950. Depuis les Bains, la route a le tracé actuel: après le pont de Caldane, elle tourne à droite pour rejoindre le tronçon du Genice et monte vers Poggiolo. Elle passe au milieu du village pour continuer vers Soccia. L'ancien chemin est abandonné.

 

Mais cette carte est un peu compliquée à comprendre.

 

La carte actuelle de l'IGN est bien plus claire.

 

 

Les routes de Poggiolo

 

Le chemin des Bains à Soccia, nommé "Mare a Mare  Nord variante", est représenté par une couleur rose bordant un trait noir. Les routes goudronnées sont en blanc. 

 

Aucun risque de s'égarer.

 

 

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9 janvier 2023 1 09 /01 /janvier /2023 18:02

2023 verra l'anniversaire de plusieurs affaires religieuses et judiciaires du XIXe siècle.

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du 10 au 15 mars 1803 (il y a 220 ans): vente aux enchères des terres paroissiales confisquées par la Révolution. 

Une première vente eut lieu le 10 mars 1803 mais elle fut annulée par une contestation du conseil municipal de Poggiolo: rien n'était prévu pour assurer un minimum vital au curé, situation que les catholiques poggiolais ne pouvaient accepter.

La deuxième vente aux enchères, le 15 mars, fut remportée par Antoine François Cristinacce de Vico, agissant en accord avec Jean Peraldi de Vico et François Franceschetti. Le curé garda la Tignosa.

http://poggiolo.over-blog.fr/2016/01/la-laicite-en-action-dans-les-deux-sorru-une-vente-aux-encheres-bien-compliquee-5-6.html

http://poggiolo.over-blog.fr/2016/01/la-laicite-en-action-dans-les-deux-sorru-comment-le-cure-pourra-t-il-manger-6-6.html

 

 

 1823 (il y a 200 ans): le bandit Théodore Poli, de Guagno, se fait proclamer « roi du maquis » par des bandits réunis dans la forêt d'Aitone. En avril 1823, il menace les prêtres desservants de Poggiolo et d'Orto s'ils ne lui versent pas de grosses sommes.

http://poggiolo.over-blog.fr/article-les-exploits-de-theodore-n-3-le-cure-de-57621460.html

 

 

 28 juin 1833 (il y a 190 ans): le Vicolais Casanelli d'Istria est nommé évêque d'Ajaccio.

Né à Vico le 24 octobre 1794 et décédé à Ajaccio le 12 octobre 1869, il dirigea l'Église corse durant trente-six ans et la réforma en profondeur. S'étant rendu acquéreur du couvent de Vico, il y implanta les Oblats de Marie-Immaculée qui entretiennent la vie spirituelle dans les Deux Sorru.

 

Les anniversaires de 2023: le XIXe siècle

 

1863 (il y a 160 ans): le conseil de fabrique de Poggiolo décide la construction d'une nouvelle église (ce sera l'actuel Saint-Siméon).

Le premier argent fut apporté par la vente du presbytère dès le mois d'octobre 1803. Il fallut cinquante ans d'opiniâtreté pour terminer la construction.

http://poggiolo.over-blog.fr/article-l-eglise-d-en-haut-saint-simeon-44872891.html

 

 

1873 (il y a 150 ans): décision finale de la cour d'appel de Bastia sur les limites entre les communes de Poggiolo et de Rosazia à Libbiu.

La création des communes par la Révolution française s'appliqua difficilement en Corse, surtout dans les zones forestières disputées pour leurs richesses en bois et en terrains pastoraux. Le conflit fut particulièrement violent entre Poggiolo et Rosazia.

http://poggiolo.over-blog.fr/article-la-fievre-monte-a-libbiu-110406479.html

 

 

1883 (il y a 140 ans): pour la première fois, un radical, Etienne Leca, est élu conseiller général du canton de Soccia.

Le canton, qui paraissait être un bastion bonapartiste, tomba dès 1877 dans les mains du républicain Simon Ucciani. Cinq ans plus tard, il s'orienta encore plus à gauche.

http://poggiolo.over-blog.fr/2015/03/la-liste-des-conseillers-generaux-de-sorru-in-su.html

 

 

1er juin 1883 (il y a 140 ans): décret de fermeture définitive de l'hôpital militaire de Guagno-les-Bains20

Autorisé en 1822, cet établissement fit, en plus des bains civils, la fortune de Guagno-les-Bains. Mais, soixante ans plus tard, il ne justifiait plus et, malgré les protestations, la fin fut irrémédiable.

http://poggiolo.over-blog.fr/2018/04/l-irresistible-degradation-de-l-hopital-militaire.html

 

 

Ruines de l'hôpital militaire.

Ruines de l'hôpital militaire.

 

20-27 juin 1893 (il y a 130 ans): aux assises de Bastia, procès de l'agression du 26 septembre 1892 qui vit la mort de deux gendarmes à Soccia:

deux personnes (dont le maire de Guagno) condamnées aux travaux forcés à perpétuité, sept à 20 ans de bagne et une dizaine entre 3 et 10 ans.

http://poggiolo.over-blog.fr/2022/09/l-expedition-sanglante-de-1892-un-retentissement-international.html

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Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
  • Contact

Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

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Le calendrier poggiolais

 

 

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Samedi 20 juin:

Fête de la musique avec le groupe Millishake à la salle des fêtes.

 

Dimanche 21 juin:

Concours de boules au Belvédère à 11 heures.

 

Mercredi 24 juin:

début du marché communal de Vico (le mercredi jusqu'au 2 septembre de 8h à 13h place Pardona).

 

Vacances d'été:

à partir du samedi 4 juillet.

 

Jusqu'au 16 juillet:

Exposition de photos "A quoi tu penses" au FAM de Guagno-les-Bains, du lundi au vendredi de 9h à 16h.

 

Du 20 au 29 juillet:

Festival Sorru in musica.

 

Dimanche 16 août après-midi.

Messe et procession de saint Roch:

 

Mercredi 19 août:

Récital Diana di l'Alba

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L'album de photos des Poggiolais:

Pour le commander, suivre le lien:

https://www.collectiondesphotographes.com/i-nostri-antichi-di-u-pighjolu-de-philippe-prince-demartini.html

 

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Votre ancêtre a participé à la guerre de 1914-1918?

Envoyez une photo de lui à l'adresse larouman@gmail.com

Elle pourra être publiée dans notre dossier des combattants poggiolais.

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