Réponse à la devinette
Alors qu'elle nous paraît toute naturelle maintenant, la liaison entre Poggiolo et Soccia ne fut réalisée qu'à la fin du XIXe siècle, en 1882.
Auparavant, comme un article récent l'a montré, le chemin débutait aux Case Supprane et passait derrière l'actuel bar du Belvédère. Soccia avait un lien direct avec Guagno-les-Bains en négligeant Poggiolo.
La situation changea à l'occasion de l'amélioration de la voie entre Les Bains et Orto. Les progrès peuvent être suivis par les états de situation publiés lors des sessions du conseil général de la Corse (recueil disponible sur Gallica).
L'adjudication d'un projet de nouvelle route entre les Bains de Guagno et Orto fut remportée en avril 1873 par l'entreprise ARRIGHI qui commença les travaux en 1876 et les arrêta plusieurs mois début 1877, faute de subsides du département.
En septembre 1878, le conseil général confia à la commission départementale délégation pour "fixer le tracé des chemins et prescrire leur ouverture au redressement". Parmi les chemins dont elle fixa le tracé et les limites, il y eut "le chemin d'intérêt commun n°41: partie comprise entre le village de Poggiolo est le col de Santa-Anaria".
En septembre 1880, il restait "une lacune de 945 mètres, comprise entre le village de Poggiolo et le col de St-Anaria". Ce col est le lieu actuellement appelé souvent "les trois chemins" et près duquel fut édifiée au Moyen-Age l'église de Santa Anaria (ou Santa Maria) aujourd'hui totalement disparue. Les travaux devaient débuter le 16 mars 1880 mais la question des indemnités de terrains n'avait pas encore été réglée, la municipalité ne faisant pas beaucoup d'efforts pour y arriver. Du côté d'Orto, il restait 177 mètres pour les mêmes raisons.
Il fallut forcer la main aux propriétaires pour aboutir à des avis publiés dans Le Journal de la Corse du 30 mai 1882. Le maire Jules Martin DESANTI (qui vécut de 1831 à 1910) enregistra le 20 mai les cessions de terrains de quatre propriétaires:
- Antoine PIETRI, vigne et terres, à Vignali, pour six cent quatre-vingt quatre francs et soixante centimes
- Angèle-Françoise LOVICHI, qui vécut de 1827 à 1917 et était la veuve de l'instituteur Jean LOVICHI, jardin, à Chioso Bambito, pour cinq cent vingt-sept francs et quatre-vingt-dix-huit centimes
- Pierre MARTINI, dit de Gracieuse (1829-1911), jardin, au Luccio, pour sept cent soixante quatre francs et cinquante centimes
- Louis DEFRANCHI, terre et vigne, à Covita, pour mille treize francs.
Les sommes sont très différentes car les surfaces et leurs utilisations agricoles étaient variées. Si l'on rapporte le prix à la surface, on se rend compte que le terrain de Madame LOVICHI valait 196,28 francs à l'are (1 are=100 m2) alors qu'Antoine PIETRI reçut 53,99 francs par are.
Ainsi, les travaux furent achevés quelques mois plus tard et la route prit son tracé actuel. Agrandissez la carte ci-dessous.
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