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2 octobre 2025 4 02 /10 /octobre /2025 07:00

 

   Il est assez paradoxal qu'un parrain n'assiste pas au baptême son filleul. Le fait se produisit pourtant il y a exactement 230 ans à Poggiolo, le 30 septembre 1795.

 

   Ce jour-là, en l’église Saint Siméon, le nouveau chrétien, fils de Gioan Natale Pinelli et de son épouse Maria Leca, reçut les prénoms de «Carlo francesco Pasquale». 

Fonts baptismaux (classés monument historique) dans l'église St Siméon. Photo Michel Franceschetti.

Fonts baptismaux (classés monument historique) dans l'église St Siméon. Photo Michel Franceschetti.

 

   Le dernier prénom est aussi celui du parrain que l'acte de baptême appelle «Sua Xccelonza il Signore Generale Pasquale de Paoli», formule mise en valeur car écrite avec des lettres plus grosses que les autres et avec de grandes boucles. Elle est encadrée en rouge dans la reproduction ci-dessous. 

Pasquale Paoli n'était pas au baptême

 

   Le doute n’est pas permis: ce personnage est bien Pascal Paoli, u «Babbu di a Patria», le Père de la Patrie corse.

   Le parrain n’était pas présent mais cette absence n’avait rien d’étonnant. Pascal Paoli n’était pas venu non plus à d’autres baptêmes à Vico où il avait été sollicité.

    Au moment de la cérémonie de Poggiolo, le vieux chef corse n’était d’ailleurs pas libre de ses mouvements. A Bastia, où il se trouvait alors, il était sous la surveillance constante des Anglais avec lesquels il s’était brouillé. Le 14 octobre 1795, deux semaines après le baptême, il s’embarqua à Saint-Florent pour son exil en Angleterre où il finit sa vie. Ce baptême aurait-il une valeur politique? Serait-il le signe de la fidélité de la famille Pinelli à un barbu di a patria?  

Pasquale Paoli n'était pas au baptême

 

      Cependant, un homme représenta Pascal Paoli à Poggiolo.

 

   L’acte du baptême indique que la procuration avait été attribuée «nella persona del Signor Dottor Giovantonio pinelli».  
 

   Il est facile de reconnaître sous ces mots Gian Antonio Pinelli, surnommé «l’homme le plus cultivé de Corse».

 

   Né le 6 septembre 1760, Gian Antonio était le grand-oncle du jeune baptisé. Dans le document, il est qualifié de «Signor Dottor» car, entré dans les ordres, il devint docteur en théologie (1785) et en droit (1789).

 

   Au début de la Révolution Française, il fut élu à l’assemblée départementale puis à la consulte de 1794 qui désigna le roi d’Angleterre comme roi de Corse. Gian Antonio serait allé habiter Florence pendant la période du royaume anglo-corse. Mais il était pourtant bien présent au baptême de son petit-neveu. Sa signature est bien visible en bas du document, juste au-dessus de celle du curé Giovanni Bonifacy.

 

   Le nom et la signature sont mis en évidence ici par un soulignage vert. 

 

Pasquale Paoli n'était pas au baptême

 

   Le filleul de Pascal Paoli vécut à Poggiolo. 

   Carlo Francesco Pasquale devint greffier de justice de paix du canton de Soccia. Il devint maire de Poggiolo de 1821 à 1847. Il décéda sans enfant en 1849

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La vie de Gian Antonio PINELLI, l'homme le plus cultivé de Corsea fait l'objet de trois articles de ce blog auxquels il est bon de se référer.

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21 septembre 2025 7 21 /09 /septembre /2025 07:00

 

Dans la vidéothèque poggiolaise, une vidéo est consacrée à... Soccia!

 

Plus exactement, cette paghiella, qui est peut-être la seule spécifique à la piève de Sorru in Sù, évoque "la partenza", le départ pour le service militaire d'un jeune de Soccia. Il passe par Saint Marcel et le village de Poggiolo avant d'embarquer pour le continent. 

 

Diana di l'Alba a effectué l'enregistrement en 2002. Les paroles originales et leur traduction en français sont ci-dessous. La vidéo a été réalisée en 2010 avec des photos et des morceaux de films réalisés par Michel Franceschetti.

 

Ses quatre strophes permettent de voir l'éloignement progressif du chanteur:

   - La première évoque Soccia et les quartiers de Lumbriccia et u paese.
   - La seconde est consacrée à Saint Marcel, à mi-chemin de Soccia et Poggiolo, là où se trouve une source et où a été maintenant placé un héliport pour les pompiers et secouristes.
    - Dans la troisième, le héros arrive à Poggiolo.
   - La quatrième est celle où il arrive au bateau qui l'emmène loin de sa terre familiale et de sa bien-aimée.

 

Voici le texte corse tel qu'il est publié par Wikipedia:

Addiu o Soccia
 
Addiu addiu o Soccia
L'umbriccia è lu paese
Addiu donne succese
Mi n'aghju da andà.
 
Quandu partu da A Soccia
Passu per San Marcellu
Faccia ti à lu purtellu
Per vede mi passà.
 
Quandu partu da A Soccia
Passu per U Pighjolu
Un ci hè chè Diu solu
Per pudè mi parà.
 
Quandu serò luntanu
Davanti à i bastimenti
Mi crepu da lu pientu
Sempre pinsendu à tè.



En voici une traduction française:

 Adieu Soccia
 
Adieu, adieu, Soccia,
Lumbriccia et u Paese,
Adieu, femmes socciaises,
Je n'ai qu'à m'en aller.
 
Quand je pars de Soccia,
En passant par Saint Marcel,
Mets-toi à la fenêtre
Pour me regarder passer.
 
Quand je pars de Soccia
Je passe par Poggiolo
Où il n'y a que Dieu seul
Qui pourrait m'en empêcher.
 
Quand je serai loin
Devant les bateaux,
Je meurs de mes plaintes
Toujours en pensant à toi.
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17 septembre 2025 3 17 /09 /septembre /2025 07:00

 

 

Il n'existe plus depuis 1989 et il est bien oublié mais le certificat d'études primaires était très important: institué en 1882, il marquait la fin de la scolarité primaire obligatoire voulue par Jules Ferry.

 

Le but des instituteurs était de faire réussir cet examen à leurs élèves. Le diplôme était un document important que l'on gardait avec soin dans les familles.

 

Il en a été ainsi de celui-ci:

 

Guagno-les-Bains au centre  de l'école

 

Il fut décerné en 1893 par l'inspecteur d'Académie pour la session 1892 et confirme la réussite de Valère CECCALDI, né en 1879 à Poggiolo. La fiche 17 du dossier des Poggiolais en 14-18 donne les éléments biographiques essentiels de celui qui devint instituteur puis inspecteur des écoles de la ville de Paris.

 

Valère Ceccaldi adulte

Valère Ceccaldi adulte

 

Mais un élément important de ce diplôme est qu'il résulte d'une attestation de "la Commission cantonale de Guagno-les-Bains".

 

Guagno-les-Bains au centre  de l'école

 

La station thermale était donc le lieu où étaient concentrés et examinés les résultats de l'examen pour l'ensemble des villages du canton (qui comprenait Guagno, Orto, Poggiolo et Soccia). Ce fait montre l'importance du hameau (dans lequel se trouvait une école jusqu'en 1965).

 

Ce diplôme de réussite au certificat d'études a été reproduit par Agnès CECCALDI dans l'excellent ouvrage qu'elle a consacré à ses ancêtres: "Ceccaldi et Bournazel, histoire de nos familles".

 

Guagno-les-Bains au centre  de l'école

 

Après une enquête minutieuse, elle a rassemblé dans 132 pages une documentation inédite dont elle a su présenter une synthèse intelligente. 

 

Pensez-y ! Pour que les racines familiales ne se perdent pas, faites le récit de vos familles. En même temps, vous trouverez des éléments qui peuvent servir à mieux connaître le passé du village.

 

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26 août 2025 2 26 /08 /août /2025 07:00

 

Pont-à-Mousson est une cité lorraine où pratiquement personne ne doit connaître Poggiolo. Pourtant, elle est le lieu du décès d'un Poggiolais le 26 août 1870, voici exactement 155 ans.

 

Antoine-Laurent DEMARTINI vit le jour le 28 juillet 1850 à Poggiolo. Il était le quatrième des cinq fils de Domenico DEMARTINI, né en 1806 ou 1807 et mort en 1880, et de son épouse Madalena (1810-1871).

 

Engagé volontaire le 17 février 1869, il était soldat au 6e régiment de ligne de l'armée du Rhin. Il décéda, âgé de 20 ans, le 26 août 1870 à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle).

 

Cette ville fut l'objet de sévères combats de rues les 12 et 13 août avant d'être prise par les Allemands le 14. On peut supposer qu'Antoine-Laurent mourut dans le camp de prisonniers français installé dans cette ville, peut-être à la suite de blessures reçues les jours précédents.

 

Curieusement, son décès ne fut retranscrit sur le registre d'état-civil de Poggiolo que le 25 décembre 1871, soit plusieurs mois après la guerre. Retard dû à des difficultés de communications entre autorités françaises et allemandes?

 

Entrée des troupes allemandes à Pont-à-Mousson le 14 août 1870.

Entrée des troupes allemandes place du Roc à Pont-à-Mousson le 14 août 1870.

 

Cette guerre, comme toutes les guerres, plongea des Poggiolais dans le chagrin. Mais il fut plus grand dans la famille de Domenico et Madalena DEMARTINI dont deux enfants disparurent tragiquement en 1870. 

 

En effet, en août 1870, arriva au village l'annonce de la mort de François-Marie, qui était né en 1847, trois ans avant Antoine-Laurent. Lui aussi était militaire. "Premier canonnier à la 1ère batterie du régiment d'artillerie de marine et des colonies" (d'après le registre d'état-civil communal), il avait décédé le 27 juin 1870 à l'hôpital de Saïgon au Vietnam. 

 

Est-ce à cause de son chagrin que Madalena trépassa le 22 juin 1871 ?  La notification officielle du décès d'Antoine-Laurent n'était pas encore parvenue au village mais son silence depuis dix mois ne laissait plus d'espoir.

 

 

La guerre de 1870-1871 est bien oubliée alors qu'elle fut très meurtrière. Pourquoi ne pas ajouter une plaque aux Poggiolais tombés pendant ce conflit? Orto l'a fait depuis longtemps pour ses enfants.

 

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5 juin 2025 4 05 /06 /juin /2025 07:00

 

Un document ancien vient d'être ajouté à l'article précédent par Philippe PRINCE. 

 

Cliquer sur les images permet de les agrandir.

Un peu de Libbiu pour Murzu

 

Cette feuille non datée, mais très certainement de la fin du XIXe siècle, semble être un accord entre l'Etat et la commune de Murzu sur le partage de la forêt de Libbiu (Libio).

Un peu de Libbiu pour Murzu

 

Le village recevrait 322 hectares 80 ares, l'Etat gardant 1200 hectares 80 ares.
Un plan montre bien ce partage.

 

Un peu de Libbiu pour Murzu

La partie attribuée à la commune est coloriée en brun pâle. Pour bien la situer, attention à l'orientation de la carte: le nord, montré par une flèche, se trouve à droite de la feuille. Il faut lui faire opérer un quart de tour à gauche pour retrouver les points cardinaux dont on a l'habitude.

 

Un peu de Libbiu pour Murzu
Un peu de Libbiu pour Murzu

Les terrains étant alors intégrés à Murzu partent au nord du ruisseau de Riosecco, là où est désormais la limite officielle entre Pighjolu et Murzu. Ils suivent ensuite un arc de cercle depuis la Punta di Sirenese jusqu'à la Sposata.

 

Nos lecteurs auraient-ils d'autres documents sur ces accords de délimitations?

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4 juin 2025 3 04 /06 /juin /2025 07:00

 

 Voici juste 160 ans, le 1er juin 1865, une bataille rangée entre habitants de Poggiolo et de Rosazia fut évitée de justesse. La cause en était la propriété et l'exploitation de Libbiu.

 

   La forêt de Libbiu avait autrefois un rôle économique important de par l'exploitation de ses arbres et de par l'élevage qui s'y pratiquait. Cette importance explique la poussée de fièvre qui, au XIXème siècle, opposa habitants de Poggiolo et de Rosazia.

 

   Après la création des communes par la Révolution Française, il fallut parfois du temps pour appliquer ce principe dans toute la Corse.

 

   Ce n'est qu'en 1835 qu'eut lieu la délimitation de la forêt domaniale de Libio-Tritorre (orthographe de l'époque et en partie encore utilisée par les cartes de l'IGN) mais la réclamation de Jean-Baptiste MARTINI entraîna un procès, premier épisode d'une opposition entre les deux villages sur l'attribution de ces terrains.

 

    En août 1863, le maire de Poggiolo Jean-Baptiste Etienne DEMARTINI (né en 1832 et décédé en 1897, maire de 1860 à 1867) se plaignit que les gens de Rosazia, mécontents du tracé intercommunal, aient, maire en tête, enclavé les terrains contestés derrière des clôtures qu'ils avaient édifiées.

 

    Le 1er juin 1865, l'escalade prit une tournure plus grave car les habitants de Rosazia mirent le feu à des cabanes de bergers poggiolais à Libbiu. 

 

    Voici ce qu'écrivit le maire de Poggiolo dans sa lettre au Préfet de Corse le 2 juin,  lettre conservée aux Archives départementales d'Ajaccio:

    "Je suis obligé pour le troisième fois de vous écrire pour vous faire connaître la conduite tenue par M. le Maire de Rosazia. Le 1er du courant il s'est rendu à la tête de ses habitants dans la montagne de Libio, propriété qui appartient de temps immémorial aux particuliers de Poggiolo, et a mis le feu aux cabanes et aux bergeries des bergers de Poggiolo bâties en pierre qui y existaient depuis plus de cent années. Les pauvres bergers ont vu consumer sous leurs yeux leurs abris et même le peu de mobilier qu'ils y avaient. Cet acte barbare a irrité les habitants de ma commune. Pour contenir leur indignation, j'ai été obligé à inviter la gendarmerie de Guagno à se rendre sur les lieux du dégât le deux du mois de juin où plus de cinquante hommes de ma commune s'étaient rendu pour demander raison à M. le Maire de Rosazia qui s'y trouvait avec ses habitants."

 
Extrait de la lettre du maire de Poggiolo. Cliquez pour l'agrandir.

Extrait de la lettre du maire de Poggiolo. Cliquez pour l'agrandir.

   

  L'affrontement physique n'eut pas lieu et l'affaire retourna entre les mains de la justice. Mais ce fut long:

    En mai 1867, le tribunal d'Ajaccio donna gain de cause aux Poggiolais qui se plaignaient d'avoir à payer des impôts à Rosazia. Par là, les juges reconnaissaient que ces terrains étaient sur la commune de Poggiolo.

    La décision finale revint, en 1873, à la cour d'appel de Bastia qui fixa les limites de Libbiu entre les deux communes.

    Il fallut attendre décembre 1881 pour que le bornage fut réalisé.

 

   Sur cette carte, les lignes jaunes représentent les limites actuelles, désormais non contestées,  des communes. Sur les flancs du Ciarbellu (Cervellu), jusqu'au sommet, la forêt de Libbiu (Libio) est bien poggiolaise. Les conflits sont tout à fait apaisés.

 

La fièvre monte à Libbiu

Cet article reprend un texte publié le 26 septembre 2012.

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7 mai 2025 3 07 /05 /mai /2025 07:00

 
L'association Letia-Catena, animée par le dynamique Antoine-Martin ARRIGHI, annonce deux prochaines initiatives: la sortie imminente d'un nouveau livre et le programme des Rencontres du 17 août à Letia Saint Roch.
 
 
I/ ---Le livre de notre association, MIMORIA MUNTAGNOLA, est à l'imprimerie. Il sera en vente à Letia à la fin du mois de mai.
Nous pourrons l'acheter pour Vingt Euros : 
--à Letia auprès des membres actifs;
--à la librairie le Mouflon , 19 Bd Fred Scamaroni à Ajaccio;
--à Sagone à la Villa Romana;
--à Renno, à SIPOFA;
--à Vico à la librairie du Café National.
Ci-dessous, reproduction des pages 1 et 4 de couverture.
 
Letia-Catena prépare l'été

 

II/--Les Rencontres de Letia (I Scontri) auront lieu au hameau de saint Roch le 17 Août 2025.

Nous comptons sur votre présence amicale et active.
Cordialement

 

 

I Scontri di Letia 2025, les rencontres de Letia,

se dérouleront

le dimanche 17 Août 2025 à Letia San Roccu,

                                   à partir de  15 Heures.                                           

 

Au cours de ces Rencontres, interviendront :  

Antoine Marie GRAZIANI.

Historien et chercheur, professeur des universités, il est l’auteur d’un nombre important d’ouvrages dont la plupart sont consacrés à l’histoire de la Corse ou à la biographie documentée des grandes figures de cette histoire.  Membre honoraire de l’Institut Universitaire de France. Il a obtenu le Prix du livre corse 1992 pour Les Feux de la Saint-Laurent et le prix de la Région corse en 2000 pour Sampiero, un mercenaire européen au XVIe siècle. Il a signé en 2002 une biographie de Pascal Paoli, Père de la patrie corse (Prix spécial du livre corse). Il est l’auteur en outre d’une Histoire de Gênes en 2009 et il a obtenu le Prix de la Région corse à nouveau en 2011 pour La violence dans les campagnes corses du XVIe au XVIIIe siècle et le Prix Don José Morellini (Haute-Corse) pour le premier volume de sa nouvelle Histoire de la Corse en 2014.                       

Jean Pierre POLI  

Avocat et essayiste. Il est l’auteur du livre "1769-1789, vingt ans de résistance corse", qui a obtenu le prix du livre corse en 2019. En 2007 il a publié le livre "Autonomistes corses et irrédentisme fasciste". Jean Pierre Poli interviendra en début d'après-midi, le 17 août, pour nous présenter son nouveau livre, qui porte également sur les "Autonomistes corses et l'irrédentisme fasciste", réédité en septembre 2024 aux éditions Piazzola. Cette étude porte divers ajouts qui relèvent d'une étude précise de la situation de l'entre deux guerre (1919-1939) et provenant de sources diverses.                                                                        

 Erick MICELI ,

Historien et chercheur, docteur en histoire moderne des universités de Corse et de Gênes, spécialiste des dynamiques politiques dans la Corse de l’époque moderne. Il est l’auteur du Livre, publié en janvier 2024 : « Les Révolutions corses et l’idée républicaine. Pascal Paoli face à ses innovations, limites et contradictions », le Bord de l’eau Editions. Erick Miceli interviendra à l'occasion du tricentenaire de la naissance de Pascal Paoli, proclamé le 15 juillet 1755 général du Règne de Corse, à l'âge de 28 ans, élevé à la dignité de Père de la patrie en juin 1794 par les députés de l'ensemble des localités de la Corse, réunis en assemblée générale à Corti. Il quittera la Corse pour son deuxième exil en Angleterre, avant l’effondrement du royaume anglo-corse.                 

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24 mars 2025 1 24 /03 /mars /2025 07:00

 

   Après avoir échappé de justesse au quadrillage opéré par le capitaine MARINETTI, chef des voltigeurs corses (opération décrite dans l'article précédent), Théodore et Mathieu Poli avaient quitté les deux cantons de Sorru pour se réfugier dans la Cinarca.

   Ils se reposèrent dans une cabane de MORTOLA, dans la commune d'AMBIEGNA, où ils furent encerclés par des voltigeurs.

   Sur l'affrontement final, les versions diffèrent.                                                             

   Henri PIERANGELI dit PIERHOME (dans "La vie du bandit Théodore") raconte comment le berger Toussaint COLONNA s'était rallié aux voltigeurs et s'était embusqué près de la bergerie avec les voltigeurs GRAZIANI et FORNARI.

   Pour François ROBIQUET (dans "Statistique de la Corse"), ces trois hommes étaient tous voltigeurs et rôdèrent douze jours avant de tomber sur Théodore le 5 février 1827 (au matin du 4 février pour PIERHOME). Dans le combat, GRAZIANI et FORNARI furent blessés mais ce fut ce dernier qui tua Théodore.

    Une troisième version est fournie par l'écrivain Santu CASANOVA (1850-1936). Originaire du village d'AZZANA, élevé à ARBORI et scolarisé à VICO (donc dans la zone des exploits de Théodore), Santu Casanova avait recueilli le récit des exploits du bandit auprès des anciens des villages.

    Il en fit le texte ci-dessous qui est traduit de la version parue en langue corse dans le périodique "L'Annu Corsu" de 1932. L'auteur commet une grande erreur en datant la mort de Théodore de l'année 1831 au lieu de 1827. Il décrit une trahison d'un berger. Il invente l'intervention d'une jeune fille pour vérifier le décès du bandit (qu'il place le 6 février). Enfin, il décrit avec des détails scabreux ce qui arriva à son corps. Le coup de théâtre final laisse planer le doute sur ce qui advint de celui qui avait imposé la loi du maquis pendant sept ans. 

 

Les exploits de Théodore: la mort et la disparition (6/6)

 

"On ne put avoir raison du bandit que par la trahison.

    Arrivé le soir du samedi 5 février 1831 sur les bords du Liamone, il attrapa une pneumonie et se réfugia dans la cabane d’une veuve de Guagno qui passait là l’hiver avec ses chèvres. Le malade passa la nuit avec une forte fièvre. Au matin, la veuve envoya son berger à COGGIA pour chercher un pain en recommandant bien de ne pas faire savoir que Théodore était dans la cabane. Mais le berger ne pouvait rester sans parler. Quand il arriva à COGGIA, tous les villageois étaient à l’église. Seuls trois voltigeurs: COLONNA, FORNARI et GRAZIANI, écoutaient la messe sous l’orme de la place de l’église. Le berger, ne pouvant plus garder son secret, s’approcha de ces trois pénitents et leur demanda s’il n’y avait rien de nouveau à COGGIA. Ces derniers, intrigués de la demande, lui répondirent :

« Ici, il n’y a rien ; mais toi, sais-tu quelque chose ? »

- Moi, je sais quelque chose, mais il faut que je garde le secret pour moi »

- Et que sais-tu? Parle. Qui est le gros poisson ? »

- Théodore a une pneumonie dans la cabane de ma patronne. Si vous descendez, vous le prenez comme un mulet ».

    Le poisson étant gros et désiré ardemment. Les voltigeurs partirent en courant et encerclèrent la cabane en hurlant :

    « Attention Lorelli, attention Colombani, attention Catignio ! tous prêts ! ».

    Burghellu, le frère de Théodore qui était au maquis, en entendant l’appel de COLONNA, s’éloigna en croyant que toutes les brigades étaient là-bas. En voyant la cause perdue, Théodore fit une dernière tentative pour sortir après avoir tiré sur GRAZIANI. Celui-ci avait un bras en morceaux mais les deux autres firent feu, et le bandit tomba à quatre pas de la cabane avec son fusil tendu sur un genou dans une attitude de défense. Les voltigeurs surpris ne savaient s’il était vivant ou mort. Une fille de la patronne regardait le bandit qui ne bougeait plus.       

   COLONNA lui dit :

   « Va voir s’il est mort »

   - J’irais si vous me donnez le foulard qu’il a autour du cou »

   - Vas-y; nous te le donnerons ».

    Quand la petite fille le toucha, Théodore était mort et ne faisait plus peur, ni aux gendarmes ni aux voltigeurs. Au comble de la satisfaction, les héros de la mort de Théodore Poli, qui devait résonner dans toute l’Europe, sautaient de joie et improvisèrent un vocero sur le mort au nom de sa compagne enceinte et sur le point d’accoucher.

 

Stava tutta addulurata
Di Tiadoru la cunsorte
Quandu intese la nuvella
Ch'ell'era firitu à morte.


Oh ! s'eiu un era in partu
Aggravata da i dulori
Vulia sfugà lu me sangue
Contru li vultisgiatori.

 

(Elle était toute affligée,

la compagne de Théodore,

quand elle entendit la nouvelle

qu’il était blessé à mort.

 

Oh si je n’étais pas enceinte

Accablée par les douleurs

J’aurai voulu épancher mon sang

Contre les voltigeurs)

 

    Pour s’assurer qu’il ne ferait pas feu même après sa mort, les voltigeurs déchargèrent un fusil puis prirent le mulet de la bergère, attachèrent le mort par les pieds à la croix du bât et partirent vers VICO en criant à voix étouffée:  

  

Compra stacci, ciarnìgliuli, ferru,

acciaghju, chjodi, stacchette è carne fresca !

(Achetez des tamis, des cribles, de la ferraille,

de l’acier, des clous, des pointes à chaussure et de la viande froide !)

 

    La nouvelle se répandit dans toute la région. De chaque village, accoururent des hommes, des femmes, des vieux et des enfants. Quand le cortège entra dans VICO, il était escorté de plus de deux mille personnes. Déposé dans l’église de VICO qui était sur la route, le mort fut confié à un certain ORSONI, ancien voltigeur installé comme boucher à VICO. Théodore, pendant le voyage sur la mule, avait eu la tête cassée. ORSONI lui souda sa blessure avec des herbes parfumées et lui fit une raie sur sa coiffure qu’il avait abondante.

   Dans la nuit, six hommes armés entrèrent dans l’église et prirent le mort devant ORSONI. On n'a jamais su où il a été enterré. Quand le tribunal arriva à VICO avec tout son attirail, ils ne trouvèrent que les murs."

 

    Le plus fameux des premiers bandits corses abattu, le banditisme n'en avait pas moins de beaux jours devant lui. La même année 1827 où mourut Théodore, on compta 125 assassinats en Corse. Pour éradiquer cette violence, il faudra l'expédition militaire de 1931. 

 

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15 mars 2025 6 15 /03 /mars /2025 12:00

 

 Théodore POLI a défié les autorités pendant plusieurs années (voir les articles précédents: le n° 1le n° 2le n° 3 et le n° 4).

 

   Au début, il bénéficiait d'une certaine sympathie dans la population de Sorru. Il pouvait ainsi parader en uniforme d'opérette dans les rues du village de GUAGNO près duquel se trouvait son premier refuge.

 

   Ensuite, il s'installa "dans un bois situé aux confins du village d'ORTO, une maison confortable dont il avait fait son hôtel de plaisance", écrit Henri PIERHOME. Dans cette maison, résidaient une de ses maîtresses et son oncle UCELLONE. Théodore n'avait pas à craindre d'intervention policière car un passage souterrain dans la cave lui permettait de rejoindre "à deux cents mètres derrière la maison, (...) un ravin profond (Malavia), tapissé d'une végétation extrêmement touffue", qui rejoignait un bois de châtaigniers (à Isoletta).

 

Voltigeur corse

Voltigeur corse


 

    Le refuge était sûr. Mais, après la période de gloire où il avait regroupé des dizaines de contumaces dans la forêt d'Aitone, Théodore vit les difficultés s'accumuler. La création du corps des voltigeurs corses lui porta un rude coup car ces auxiliaires connaissaient bien le terrain. Des défections se produisirent parmi ses lieutenants. D'après PIERHOME, ce fut UCELLONE qui permit aux forces de l'ordre de monter l'embuscade où périt BRUSCO, le grand ami de Théodore. A la fin de l'été 1826, il jugea préférable de quitter la maison d'ORTO avec son frère Joseph.

 

    Le Capitaine MARINETTI, commandant la troisième compagnie de voltigeurs corses, entreprit alors une véritable expédition pour traquer les bandits. Le cheminement peut être suivi sur la carte ci-dessous (cliquez sur elle pour l'agrandir).

 

Les exploits de Théodore: la traque (5/6)
  • Le vendredi 20 octobre 1826, il partit de VICO avec un détachement de quinze voltigeurs et alla à ORTO.
  • Le samedi 21, il quitta ORTO pour GUAGNO où il interrogea des paysans à qui THÉODORE avait interdit de ramasser des châtaignes. Il apprit ainsi que le bandit serait réfugié dans la forêt de PEGA. Mais il décida de d'abord bien ratisser les alentours en perquisitionnant et en interrogeant dans les différents villages.
  • Le dimanche 22, il revint à VICO.
  • Le lundi 23, il repartit de VICO pour CARGESE.
  • Le mardi 24, MARINETTI inspecta le poste de PIANA et se renseigna sur le bandit NEGRONELLO, obtenant confirmation qu'il était devenu inoffensif.
  • Le mercredi 25, il était à OTA.
  • Le jeudi 26, il arriva à RENNO.
  • Le vendredi 27, il était à LETIA. De là, le soir, il se rendit dans la forêt de PEGA (entre le col de Sorru et le Liamone, en face de LETIA). Il répartit ses voltigeurs à divers postes stratégiques pour quadriller les lieux.                           
  • Le samedi 28, au petit matin, MARINETTI descendit du col de Sorru avec huit hommes. Il découvrit la grotte où se réfugiaient les deux frères POLI. Dans l'échange de coups de feu qui suivit, Théodore fut blessé au bras gauche et son frère au menton. Mais ils réussirent à s'enfuir.

    MARINETTI rentra à VICO. Les deux fuyards dévalisèrent plus tard le curé de PASTRICCIOLA et se cachèrent à AMBIEGNA où leur carrière prit fin, comme l'indiquera un prochain article.

(à suivre)

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8 mars 2025 6 08 /03 /mars /2025 07:00

 

   Comme tous les habitants de Sorru in sù, les Poggiolais eurent à subir les exactions de Théodore POLI (précédents articles sur Théodore: ICI,  et encore ICI). Il leur fallait se méfier en empruntant les routes et il était préférable de se regrouper. Cette précaution n'était pas toujours suffisante, comme le montra l'embuscade de 1824 où un voltigeur et un Poggiolais furent abattus (voir l'article ). Le maire de Poggiolo dut même véritablement mobiliser ses concitoyens. L'épisode est conté à la fois par Henri PIERHOMME et François-Guillaume ROBIQUET.

 

COMMENT PROTÉGER LE PAYEUR?

   Le 29 juillet 1822,  M. POZZO DI BORGO, payeur de la Corse, se trouvait à GUAGNO-LES-BAINS (qui est appelé POGGIOLO-LES-BAINS dans le livre de PIERHOMME). Il devait se rendre à VICO porteur d'une grosse somme. Mais il avait reçu plusieurs messages de plus en plus menaçants du BRUSCO, le principal lieutenant de Théodore, qui voulait le racketter (le mot n'existait pas encore mais la réalité oui).

  

  D'après Henri PIERHOMME, le maire de POGGIOLO, "se méfiant à juste titre de l'insécurité qui régnait dans la région, eut l'idée d'escorter le payeur avec une quarantaine de montagnards armés et résolus".

    Si son nom n'est pas donné, on peut supposer que cet édile courageux et prévoyant était Carlo Francescu Pasquale PINELLI. Nommé alors par le préfet, ce maire resta en place de 1821 à 1847. A partir de 1841, il eut comme adjoint Antoine-François FRANCESCHETTI. 

 

UN MAIRE TRÈS PARTICULIER

    Mais ce maire était un personnage très particulier. En effet, il était le filleul de Pasquale PAOLI, "u Babbu di a Patria".

   Pour montrer leur attachement au Général de la Nation, plusieurs familles de notables lui demandèrent d’être le parrain de leurs fils. 

   Le baptême de Carlo Francescu Pasquale PINELLI, fils de Gioan Natale Pinelli et de son épouse Maria Leca, eut lieu en l’église Saint Siméon le 30 septembre 1795, à l'époque du royaume anglo-corse. 

 L’acte du baptême indique que, Pasquale PAOLI n'étant pas présent, sa procuration avait été attribuée «nella persona del Signor Dottor Giovantonio pinelli».

   Il est facile de reconnaître sous ces mots Gian Antonio PiNELLI, surnommé «l’homme le plus cultivé de Corse», qui était le grand-oncle du jeune baptisé. 

Carlo Francesco Pasquale devint greffier de justice de paix du canton de Soccia, peut-être avec l’aide de son grand-oncle Gian Antonio. 

   Il n’est pas interdit de penser qu’il ait également permis à Carlo Francesco Pasquale de devenir maire de Poggiolo en été 1821 (à 26 ans!). A cette époque, les maires des petites communes n’étaient pas élus mais désignés par le préfet, donc avec l’accord du gouvernement. Sa vie est racontée ICI.

Signature de Carlo Francesco Pasquale Pinelli maire en 1841

Signature de Carlo Francesco Pasquale Pinelli maire en 1841

 

THÉODORE HUMILIÉ

    Donc, en 1822, le maire mobilisa donc une forte escorte (le recensement de 1821 donnait alors une population de 170 habitants dans la commune).

 

   THÉODORE et BRUSCO s'étaient postés derrière un rocher, sur la route de Sorru, "à une lieue environ" de GUAGNO-LES-BAINS, soit 4 km. En voyant arriver la troupe, les bandits renoncèrent à lancer l'assaut. Ils se contentèrent de tirer quatre balles qui tombèrent aux pieds des paysans et ils s'enfuirent en montrant le poing tandis que les Poggiolais leur criaient, d'après ROBIQUET: "Pourquoi fuyez-vous? Venez ici si vous  l'osez !".

 

   Mais de tels actes furent rares et Théodore poursuivit sa carrière jusqu'à sa mort en 1827.

(à suivre)

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  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
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Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
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