Quand on se trouve devant l'église Saint Siméon, il suffit d'emprunter le chemin qui débute à gauche et longe le mur du cimetière communal en direction de Soccia et d'Orto. Il correspond au sentier multi-centenaire qu'empruntaient nos ancêtres avant la création des routes actuelles.
Au bout de quelques pas, après la porte métallique de la station de pompage, il faut prendre une montée sur la gauche
Et le but est atteint: on peut longer le mur d'enceinte du cimetière privé jusqu'au portail.
Tout cela se situe sur une distance très réduite.
En 2010, il était très facile de trouver cet endroit car la mairie avait eu l'heureuse idée de faire réaliser un débroussaillage complet, alors qu'il s'agit d'un terrain privé, et la construction se voyait parfaitement.
Mais, depuis, la végétation a bien prospéré.
Toutes ces photos sont de Michel Franceschetti.
Sans se déplacer, il existe un autre moyen de situer et de visualiser ce lieu, avec les photos prises par satellite (cliquer sur l'image pour l'agrandir). La limite du cimetière se distingue encore assez bien.
Au moment de Toussaint, en Corse, la tradition des bénédictions de cimetières est toujours respectée. Mais, sauf quand on le lui signale, le prêtre ne bénit que les tombes placées en terrain communal. Ainsi, le cimetière privé de Poggiolo est régulièrement oublié.
Pourtant, il n'est pas très éloigné du cimetière municipal: juste un peu au-dessus, à quelques dizaines de pas.
Sur 165 mètres carrés, il contient une dizaine de tombes portant les noms de DEMARTINI, DESANTI et MARTINI, décédés entre la fin du XIXe siècle et 1945.
Mais, en plus de l'oubli spirituel, ce cimetière souffre de son absence d'entretien matériel. Seuls, des descendants de Jean-Martin DESANTI (1846-1922) viennent nettoyer les deux tombes de leur famille.
Tombes de Jean-Martin DESANTI et Rose BRANDIA (1837-1898), sa première épouse.
Le problème le plus grave est la dégradation du portail d'entrée métallique. Il est rongé par la rouille.
Les deux battants s'ouvrent difficilement.
La photo ci-dessus date de 2020. Les deux suivantes sont de cette année 2023.
La destruction s'accélère.
Les panneaux décoratifs, ornés chacun d'un sablier et d'ailes de corbeau symbolisant le temps qui passe et la mort, le tout entouré d'une couronne de fleurs, vont bientôt se détacher de leur encadrement. Ils ont été réalisés voici un siècle par un forgeron poggiolais.
Cette œuvre, témoin de l'artisanat local, va disparaître.
Le patrimoine de Poggiolo, qui a déjà été si détérioré, va subir une nouvelle atteinte.
Il y a dix ans, en 2013, un reportage sur la fête des bastelle avait été réalisé par Michel FRANCESCHETTI. Le regarder aujourd'hui permet de retrouver la recette de ces spécialités culinaires et de revoir les visages des Poggiolais de cette époque.
Cette année-là, les bastelle furent préparées de façon tout à fait communautaire et à la date traditionnelle.
-Jeudi 31 octobre, après la messe et la bénédiction du cimetière, les Poggiolais avaient rendez-vous à la salle des fêtes. Le plus gros du travail était à réaliser: éplucher et couper les légumes destinés à farcir les chaussons. Heureusement, le nombre de volontaires était important. Mais la séance a duré jusqu'à au-delà de vingt heures.
-Le vendredi 1er novembre, les légumes, salés et pressés, avaient rendu beaucoup de leur eau tandis que le four démarrait.
-Samedi 2 novembre, jour des Morts, les bastelle purent être confectionnées, fourrées et pliées. Cuites au four, elles furent appréciées par ceux qui les avaient préparées et par ceux, Poggiolais ou invités, qui étaient venus pour l'occasion. Autour des tables, les conversations allèrent bon train. Comble de bonheur: il resta assez de pâte pour avoir des tartes aux pommes.
En dehors de la messe et de la bénédiction des cimetières, le temps de Toussaint est toujours marqué par les bastelle.
Tous les habitants de Poggiolo, de Guagno-les-Bains ou de Soccia sont invités à venir avec leurs amis pour cuire et partager ce plat typique de la Toussaint corse.
Parmi les productions gastronomiques corses, on cite rarement la bastelle alors qu'elle est de consommation courante, notamment dans les Deux Sorrù. Une bastelle est un délicieux chausson aux oignons, aux blettes ou à la courge (il en existe aussi à la pomme de terre et aussi au raisin) et au brocciu.
Si la bastella se déguste maintenant toute l'année et se trouve facilement dans les boulangeries de VICO et de SAGONE, la tradition est d'en fabriquer à la Toussaint en communauté. En dehors des Deux Sorru, elle est appelée scaccia et elle parsemée de raisins secs.
A Bastia, on confectionne pour la Toussaint un gâteau particulier, en forme de S (puisque c'est le gâteau d'I Santi), de 20 à 30 centimètres de long, la Salviata. Il est fait à base de farine de blé, d'œufs, de beurre, de liqueur d'anis et de sucre.
Pourquoi ces gâteaux de la Toussaint que l'on s'échange et que l'on mange en famille?
Pour les sociétés anciennes, les morts ne meurent jamais. La nuit du 1er au 2 novembre est le moment où les âmes des défunts peuvent rendre visite aux vivants. Il faut penser à les nourrir.
Image extraite du site Corsica Mea.
L'origine de ce "pain des morts" (bastella di i morti) est racontée dans la légende suivante (extraite de "L'almanach de la mémoire et des coutumes" de Claire TIEVANT et Lucie DESIDERI, Albin Michel, 1986):
Ce début de novembre semble être une période d'échange entre les vivants et les morts. (...) Selon la tradition, quelques vivres sont préparés à l'intention des morts le soir de la Toussaint. Ces pratiques se perpétuent encore sous la forme du "saint des morts" (a bastelle di i morti). Une légende établit cette relation:
Un soir du 2 novembre, un homme, passant à cheval près de la sépulture commune (l'arca)* d'un village, entendit les voix des défunts de sa famille. Ils se plaignaient de n'avoir eu que très peu comme repas: une corbeille de châtaignes, une gourde de vin, un croûton de pain noir... Le cavalier franchit la rivière en tremblant et, arrivé au village, il raconta l'histoire. Il jura que chaque année, à cette date, il ne manquerait pas de donner non seulement aux pauvres, mais encore à chaque famille du village, une belle fougace (scaccia). Ainsi, morts et vivants seraient rassasiés.
Il y a quinze ans, en 2008, les Poggiolais s'étaient regroupés pour préparer en commun les bastelle et pour les faire cuire dans le four de Philippe et Hélène DUBREUIL. Le four municipal n'était pas encore construit sur l'esplanade de la salle des fêtes.
Thierrry CALDERONI produisit sur la fabrication et la cuisson des bastelle un superbe reportage diffusé en deux films sur internet.
Regardez-les. Vous retrouverez également les figures de quelques personnes disparues depuis cette époque.
Sur la radio RCF Corsica, qui a publié une recette de bastelle de Soccia récemment diffusée sur ce blog (voir article ICI), il existe une autre émission très intéressante: MUSICA DI MINA.
Présentée par Noelle CASABIANCA, comme Croqosel, elle est consacrée aux musiques corses d'antan. Elle permet de retrouver chanteurs et chansons avec émotion et bonne humeur.
Le samedi 14 octobre, elle a "rendu hommageàun de nos plusgrands poètes corsesqui a su par ses vers et sa sensibilité émouvoir jusqu’aux nouvelles générations avec des chansons devenues célèbres: Petru Santu Leca d’Arbori".
Vous pouvez l'écouter ci-dessous.
Le lien est accompagné de liens pour deux émissions très récentes:
celle du 2 septembre sur les chants de la Résistance corse
Comment doit-on confectionner les bastelle de la Toussaint? Plusieurs recettes existent sur internet. La toute dernière a été diffusée par RCF Corsica, la version corse de la Radio Chrétienne Francophone, le mardi 17 octobre.
L'émission Croqosel a présenté comment faire les bastelle de Soccia et de Guagno en montrant avec justesse la différence entre les deux. L'animatrice, Noëlle Casabianca, grand maître de la confrérie du Fiadone, commence par montrer l'importance de cette coutume pour la vie communautaire et elle termine en saluant "tout le canton; c'est un joli coin et ils aiment entretenir leurs traditions".
Dommage que les seuls villages cités soient Soccia, Guagno, Vico et Murzu. Il en manque!
La recette est reproduite ci-dessous mais vous pouvez l'écouter en suivant le lien. Sa particularité : il s'agit de bastelle au raisin.
RECETTE:
E cociule di Soccia (con brocciu e uva)
Bastelle de Soccia (au brocciu et aux raisins)
Pour la pâte :
500g de farine
1 œuf
10cl d'huile
20cl d'eau chaude
1 cac de sel
Pour la garniture :
1 brocciu passu mi à tremper pendant 48 heures pour le dessaler.
250g de raisin sciaccarellu ou muscat rouge
1 bouquet de basilic
1 peu d’huile
Préparer la pâte. Faire une fontaine avec la farine tamisée, puis ajouter le sel, l'œuf et l'huile. Travailler la pâte du bout des doigts. Ajouter l'eau et former une boule. Recouvrir d'un linge et laisser reposer la pâte 1h.
Vous avez mis votre brocciu passu à tremper dans l’eau pendant 48 heures pour le dessaler.
Quand il a bien ramolli, l’égoutté. Il est malaxé avec un peu d’huile d’olive et du basilic que vous aurez lavé, séché et finement haché.
Ensuite, prendre une petite boule de pâte et l'étaler au rouleau de manière à former un disque.
Sur les ronds de pâte, étaler le brocciu et disposer des grains de raisins dessus. Laisser suffisamment d’espace pour refermer le chausson
Le rond de pâte est replié sur lui-même pour former un chausson carré qui est enfourné à four chaud.
Cuire dans un four préchauffer à 230°, environ 20mn. Surveiller la cuisson. Lorsqu’on obtient une jolie coloration dorée, c’est prêt!!!
E cociule di Soccia (con brocciu e uva) Bastelle de Soccia (au brocciu et aux raisins) Pour la pâte : 500g de farine 1 œuf 10cl d'huile 20cl d'eau chaude 1 cac de sel Pour la garniture : 1 brocci...
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blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù).
Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité. POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici. Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO. Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images. Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).