Le village de Soccia va fêter la Saint André samedi 2 décembre.
En Corse, pendant longtemps, le 30 novembre, la fête du premier apôtre qui suivit le Christ, avait des ressemblances avec l'américaine Halloween.
"L'almanach de la mémoire et des coutumes de la Corse" de Claire Tiévant et Lucie Desideri (voir ICI) évoque cette coutume:
"Le jour de la Sant' Andria était naguère fort attendu par les jeunes gens; en effet, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, dans de très nombreux villages ils avaient coutume de se réunir et, par petits groupes joyeux, d'aller frapper de porte en porte en chantant:
Aprite! Aprite!
A Sant' Andria Chi vene da lunga via
Ai pedi cunghjalati : E hà bisognu di riscalda si
D'un bu on bichier' di vinu!
(Ouvrez! ouvrez! A saint André Qui vient de loin Les pieds gelés: Il a besoin d'être réchauffé
Avec un bon verre de vin!)
La voix des jeunes gens se faisait d'autant plus convaincante que la maison à laquelle ils frappaient était habitée par de jolies jeunes filles. Pour respecter les usages, u padrone (le maître de maison) ne tardait pas à ouvrir sa porte aux visiteurs auxquels il offrait du vin, des fruits et des biscuits."
Il serait trop simple de croire que, à Poggiolo, les enterrements puissent avoir lieu uniquement dans le cimetière communal ou dans le cimetière privé dont le portail est de plus en plus dégradé (voir l'article "un chef-d'œuvre qui disparaît").
Quelques familles ont leur propre lieu de sépulture.
Au-dessous de l'église, s'échelonnent trois constructions presque parfaitement alignées.
Sauf la photographie aérienne, toutes les illustrations de cet article sont de Michel FRANCESCHETTI.
En haut, la plus imposante est la chapelle funéraire DESANTI-BARTOLI.
Une chapelle funéraire se présente comme une chapelle de taille réduite avec une porte, des murs et un toit. Elle peut accueillir un ou plusieurs cercueils. Comme une véritable église, elle est dotée d'un autel permettant d'accomplir un rite funèbre.
Sur le caveau qui est en dessous, l’inscription «FAMILLE L. A. PINELLI» permet de savoir qu'il est la dernière demeure de plusieurs membres d'une branche de la famille qui a été l’une des plus anciennes et des plus nombreuses de Poggiolo. Il a la forme d'une maisonnette surmontée d’une croix, avec des murs décorés de pierres alternativement grises et rouges. Sa construction date de la fin du XXème siècle.
La façade est constituée par douze plaques fermant les casiers destinées aux cercueils. La moitié des places est occupée.
Enfin, plus bas, en partie caché, un caveau plus petit montre six plaques. De forme rectangulaire avec un fronton triangulaire, il se trouve dans un petit espace clôturé et bien entretenu par la famille à qui il appartient.
Sur son fronton, sont inscrits les noms: PINELLI - VENTURINI - OTTAVY.
Ces noms expliquent la situation de ce caveau car ils sont apparentés à la famille CALDERONI dont la maison est à quelques mètres. Pour plus de renseignements, lire l'article "Le caveau caché".
Certaines parties du cimetière communal ont une situation particulière. Au cœur de celui-ci, il se trouve un carré MARTINI. Il se dit que cette famille aurait donné le terrain à la commune pour constituer le cimetière mais aurait tenu à garder ce morceau pour elle. Par ailleurs, certains caveaux, comme celui des CECCALDI, ont des dimensions imposantes.
Cette photographie aérienne permettra de donner une idée claire des diverses localisations.
Quand on se trouve devant l'église Saint Siméon, il suffit d'emprunter le chemin qui débute à gauche et longe le mur du cimetière communal en direction de Soccia et d'Orto. Il correspond au sentier multi-centenaire qu'empruntaient nos ancêtres avant la création des routes actuelles.
Au bout de quelques pas, après la porte métallique de la station de pompage, il faut prendre une montée sur la gauche
Et le but est atteint: on peut longer le mur d'enceinte du cimetière privé jusqu'au portail.
Tout cela se situe sur une distance très réduite.
En 2010, il était très facile de trouver cet endroit car la mairie avait eu l'heureuse idée de faire réaliser un débroussaillage complet, alors qu'il s'agit d'un terrain privé, et la construction se voyait parfaitement.
Mais, depuis, la végétation a bien prospéré.
Toutes ces photos sont de Michel Franceschetti.
Sans se déplacer, il existe un autre moyen de situer et de visualiser ce lieu, avec les photos prises par satellite (cliquer sur l'image pour l'agrandir). La limite du cimetière se distingue encore assez bien.
Au moment de Toussaint, en Corse, la tradition des bénédictions de cimetières est toujours respectée. Mais, sauf quand on le lui signale, le prêtre ne bénit que les tombes placées en terrain communal. Ainsi, le cimetière privé de Poggiolo est régulièrement oublié.
Pourtant, il n'est pas très éloigné du cimetière municipal: juste un peu au-dessus, à quelques dizaines de pas.
Sur 165 mètres carrés, il contient une dizaine de tombes portant les noms de DEMARTINI, DESANTI et MARTINI, décédés entre la fin du XIXe siècle et 1945.
Mais, en plus de l'oubli spirituel, ce cimetière souffre de son absence d'entretien matériel. Seuls, des descendants de Jean-Martin DESANTI (1846-1922) viennent nettoyer les deux tombes de leur famille.
Tombes de Jean-Martin DESANTI et Rose BRANDIA (1837-1898), sa première épouse.
Le problème le plus grave est la dégradation du portail d'entrée métallique. Il est rongé par la rouille.
Les deux battants s'ouvrent difficilement.
La photo ci-dessus date de 2020. Les deux suivantes sont de cette année 2023.
La destruction s'accélère.
Les panneaux décoratifs, ornés chacun d'un sablier et d'ailes de corbeau symbolisant le temps qui passe et la mort, le tout entouré d'une couronne de fleurs, vont bientôt se détacher de leur encadrement. Ils ont été réalisés voici un siècle par un forgeron poggiolais.
Cette œuvre, témoin de l'artisanat local, va disparaître.
Le patrimoine de Poggiolo, qui a déjà été si détérioré, va subir une nouvelle atteinte.
Il y a dix ans, en 2013, un reportage sur la fête des bastelle avait été réalisé par Michel FRANCESCHETTI. Le regarder aujourd'hui permet de retrouver la recette de ces spécialités culinaires et de revoir les visages des Poggiolais de cette époque.
Cette année-là, les bastelle furent préparées de façon tout à fait communautaire et à la date traditionnelle.
-Jeudi 31 octobre, après la messe et la bénédiction du cimetière, les Poggiolais avaient rendez-vous à la salle des fêtes. Le plus gros du travail était à réaliser: éplucher et couper les légumes destinés à farcir les chaussons. Heureusement, le nombre de volontaires était important. Mais la séance a duré jusqu'à au-delà de vingt heures.
-Le vendredi 1er novembre, les légumes, salés et pressés, avaient rendu beaucoup de leur eau tandis que le four démarrait.
-Samedi 2 novembre, jour des Morts, les bastelle purent être confectionnées, fourrées et pliées. Cuites au four, elles furent appréciées par ceux qui les avaient préparées et par ceux, Poggiolais ou invités, qui étaient venus pour l'occasion. Autour des tables, les conversations allèrent bon train. Comble de bonheur: il resta assez de pâte pour avoir des tartes aux pommes.
En dehors de la messe et de la bénédiction des cimetières, le temps de Toussaint est toujours marqué par les bastelle.
Tous les habitants de Poggiolo, de Guagno-les-Bains ou de Soccia sont invités à venir avec leurs amis pour cuire et partager ce plat typique de la Toussaint corse.
Parmi les productions gastronomiques corses, on cite rarement la bastelle alors qu'elle est de consommation courante, notamment dans les Deux Sorrù. Une bastelle est un délicieux chausson aux oignons, aux blettes ou à la courge (il en existe aussi à la pomme de terre et aussi au raisin) et au brocciu.
Si la bastella se déguste maintenant toute l'année et se trouve facilement dans les boulangeries de VICO et de SAGONE, la tradition est d'en fabriquer à la Toussaint en communauté. En dehors des Deux Sorru, elle est appelée scaccia et elle parsemée de raisins secs.
A Bastia, on confectionne pour la Toussaint un gâteau particulier, en forme de S (puisque c'est le gâteau d'I Santi), de 20 à 30 centimètres de long, la Salviata. Il est fait à base de farine de blé, d'œufs, de beurre, de liqueur d'anis et de sucre.
Pourquoi ces gâteaux de la Toussaint que l'on s'échange et que l'on mange en famille?
Pour les sociétés anciennes, les morts ne meurent jamais. La nuit du 1er au 2 novembre est le moment où les âmes des défunts peuvent rendre visite aux vivants. Il faut penser à les nourrir.
Image extraite du site Corsica Mea.
L'origine de ce "pain des morts" (bastella di i morti) est racontée dans la légende suivante (extraite de "L'almanach de la mémoire et des coutumes" de Claire TIEVANT et Lucie DESIDERI, Albin Michel, 1986):
Ce début de novembre semble être une période d'échange entre les vivants et les morts. (...) Selon la tradition, quelques vivres sont préparés à l'intention des morts le soir de la Toussaint. Ces pratiques se perpétuent encore sous la forme du "saint des morts" (a bastelle di i morti). Une légende établit cette relation:
Un soir du 2 novembre, un homme, passant à cheval près de la sépulture commune (l'arca)* d'un village, entendit les voix des défunts de sa famille. Ils se plaignaient de n'avoir eu que très peu comme repas: une corbeille de châtaignes, une gourde de vin, un croûton de pain noir... Le cavalier franchit la rivière en tremblant et, arrivé au village, il raconta l'histoire. Il jura que chaque année, à cette date, il ne manquerait pas de donner non seulement aux pauvres, mais encore à chaque famille du village, une belle fougace (scaccia). Ainsi, morts et vivants seraient rassasiés.
Il y a quinze ans, en 2008, les Poggiolais s'étaient regroupés pour préparer en commun les bastelle et pour les faire cuire dans le four de Philippe et Hélène DUBREUIL. Le four municipal n'était pas encore construit sur l'esplanade de la salle des fêtes.
Thierrry CALDERONI produisit sur la fabrication et la cuisson des bastelle un superbe reportage diffusé en deux films sur internet.
Regardez-les. Vous retrouverez également les figures de quelques personnes disparues depuis cette époque.
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blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù).
Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité. POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici. Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO. Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images. Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).