Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
9 novembre 2022 3 09 /11 /novembre /2022 18:00

 

Oui, ils ont vraiment existé, les personnages dont les noms sont gravés sur les monuments aux morts.

 

Chaque 11 novembre, les cérémonies célèbrent des hommes qui ont vécu, grandi, aimé, souffert avant de tomber sur le champ de bataille.

 

Il reste à leurs familles de vieilles photos et aussi des lettres. La correspondance était le seul lien possible entre les soldats et leurs parents ou amis. Ils avaient besoin de ce véritable ballon d'oxygène pour oublier les horreurs du front et pour se sentir faire encore partie de la communauté familiale ou villageoise.

 

Ce blog a récemment publié le premier document de la guerre de 1914-1918 rédigé par François Marie Ceccaldi, document qui est  un texte juridique: un testament.

 

Nous vous présentons maintenant les dernières lettres rédigées peu avant leur mort au combat par deux Poggiolais très différents qui sont mentionnés sur le monument aux morts de Poggiolo. La ponctuation et l'orthographe ont été respectées. Lettres et photos ont été fournies par les familles concernées.

 

 

Tout d'abord, les derniers écrits de Jean-Toussaint DEMARTINI.

Né le 1er novembre 1890, d'Antoine François DEMARTINI et Gracieuse DESANTI, il était timonier dans la Marine. Il dut la quitter pour des raisons liées aux élections municipales à Poggiolo (voir l'article en cliquant ici). Il entra dans l'infanterie coloniale et combattit au Togo, où il obtint une citation à l'ordre des troupes du groupe de l'A.O.F. (Afrique Occidentale Française) pour sa bravoure dans les combats contre les Allemands, puis en France. Il mourut le 9 février 1916 à Cappy dans la Somme.

 

Les dernières lettres

Une lettre:

 

Aux tranchées le 30.1.1916

Mes chers parents

Toujours en bonne santé, je suis aux tranchées depuis trois jours, le 1er jour j'ai pris part à un rude combat, ma compagnie a beaucoup souffert, nous avons reçu des renforts et je crois que les Boches vont finir par croire que dans cette terrible guerre  nous voulons le dernier mot.

Quant à mon ami, c'était un nommé Marcangelli il a trouvé la mort glorieuse; précisément sa permission avait été retardée. C'était un jeune homme plein d'avenir et mon meilleur ami à la compagnie. Son père avait travaillé à la maison Pinelli à guagno les Bains comme maçon, mais maintenant il n'est plus, laissons reposer le jeune héros en paix.

Toujours bien portant, je compte qu'il en sera de même par la suite.

Toujours dispos et le moral meilleur que jamais je vous embrasse bien affectueusement.

Toussaint

Une carte de correspondance:

4.2.1916

Mes chers parents

 

Je me porte toujours bien, et vous en souhaite autant.

Depuis 6 jours on se bat. Tout va bien pour le moment. Je vous embrasse

Toussaint Demartini

sergent 24ème colonial

5ème colonial

secteur postal 13

 

 

 

Deuxième série de lettres: celles de Jean Ary François Léon LOVICHI.

Né le 10 novembre 1893 à Constantine, fils de Charles LOVICHI et Odile DELON, il était licencié de philosophie à la Sorbonne et préparait l'agrégation.

Bien que réformé, il voulut absolument défendre son pays. Aspirant au 2ème RMA, il partit se battre aux Dardanelles. Son attitude lui valut une citation et la promesse du grade de sous-lieutenant mais il fut tué au combat le 14 juillet 1915.

 

Jean Lovichi avec deux de ses sœurs dont une se prénommait Fanny.

Jean Lovichi avec deux de ses sœurs dont une se prénommait Fanny.

 

 

 

Sans date mais étant une de ses dernières lettes:

J'allais commencer une longue lettre quand l'invitation est venue de repartir. Quelques embarras gastriques ont disparu et j'ai bien apprécié votre eau lithinée.

Je vis comme un capitaine et j'ai l'élixir le plus précieux, la confiance de mes hommes. J'ai vu des blessés qui ne voulaient pas être évacués avant d'avoir de mes nouvelles. Voilà la seule vraie récompense avec l'autre vos lettres qui redeviennent rares et que je lis avec mon cœur.

Vos petits paquets, précieux. Ajoutez livres et journaux, plumes, encre et crayons, une main-serviette pour "m'approprier": je suis chocolat et créole.

Je vous embrasse. Eu la joie de voir Théo Zanetacci ce matin.

 

Lettre du 6 juillet:

Retour de nouveaux combats. Je n'ai que la force, dans une fatigue de 5 jours d'action, de vous promettre une belle lettre.

Au camp, j'ai la joie de trouver deux lettres de maman, une - émouvante - de papa, et trois bons colis qui me comblent d'utile. La joie de ces lectures et de ces découvertes dans de pareils retours est un délice. Ô affection de mes parents!

Votre enfant vraiment à vous.

 

Mot du 11 juillet: 

En action - constamment depuis le 21 -, je reçois une lettre de Fanny dont je suis heureux. J'en aurais voulu de vous tous. Pas trop fatigué et toujours paré. Parfait guerrier, vieux guerrier. Les cuisiniers redescendent*. Je vous embrasse.

 

 

* L'unité étant en première ligne, et afin d'éviter les pertes par trop d'allées et venues, les cuisiniers se chargeaient du courrier en plus de la nourriture.

 

Une lettre écrite par son père arriva aux Dardanelles après sa mort et fut retournée à l'envoyeur.

 

Les dernières lettres

 

Un article a déjà été consacré à Jean LOVICHI: suivez le lien suivant:

Partager cet article
Repost0
24 octobre 2022 1 24 /10 /octobre /2022 18:00

 

Comme souvent, trop souvent, les occasions manquées pour mettre en valeur notre patrimoine s'ajoutent les unes aux autres.

 

Un exemple vient d'être donné avec le message reçu à l'adresse de contact du Blog des Poggiolais. Madame Michèle Renous a écrit:

 

 

Bonjour, je suis la nièce de Raymond Rifflard, la fille de sa soeur Raymonde. J’aimerais participer à toute célébration en mémoire de Raymond et correspondre avec toute personne qui l’aurait connu ou qui s’intéresserait à ses oeuvres. J’aimerais offrir 2 tableaux de Raymond à un musée corse, et j’aurais besoin de conseils et d’avis sur ce sujet !

 

Cordialement,

 

Mic (michele.r01@orange.fr)

 

 

L'an dernier, le 12 juillet 2021, le Blog des Poggiolais avait publié un article décrivant la richesse de l'œuvre de Raymond Rifflard décédé quarante ans auparavant, en 1981, à Sagone.

 

Ce peintre avait exercé son talent en Corse, mais surtout dans les Deux Sevi et les Deux Sorru, à Letia, Vico, Evisa, Soccia, Orto (avec la fameuse fresque représentant le général de Gaulle).

 

Photo Ariane Chemin.

Photo Ariane Chemin.

 

Son épouse était d'origine poggiolaise et au moins un de ses tableaux représente une partie de Poggiolo.

 

Photo Michel Franceschetti

Photo Michel Franceschetti

 

Après l'oubli des quarante ans de son décès, Raymond Rifflard, né en 1902, souffrira-t-il également de l'ignorance des 120 ans de sa naissance?

 

En attendant, quel est le maire ou le responsable culturel qui va répondre à la nièce de notre artiste?

 

Partager cet article
Repost0
9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 18:00

 

 

Un Mexicain a vécu à Poggiolo.

 

Non, il ne s'agissait pas de Marc Antoine CECCALDI qui, en ce matin du 26 septembre 1892, courait de tous côtés dans la maison de sa famille CECCALDI et dans la rue de Poggiolo car un groupe de Guagnais armés venait d'arriver et se rafraîchissait chez le maire Pierre MARTINI, avant de repartir vers Soccia. 

 

Les articles précédents ont raconté ce sanglant fait divers qui aboutit à la mort de deux gendarmes.

 

 

Le Mexicain était François Marie CECCALDI, le fils de Marc Antoine.

 

Marc Antoine s'était installé au Mexique lors de l'expédition militaire de Napoléon III. Il vivait à La Piedad, dans l'Etat de Michoacan, sur la côte de l'Océan Pacifique. C'est là que naquit son fils le 4 janvier 1869. Il l'appela François Marie en souvenir de son frère tué en 1859 dans une bagarre à Soccia.

 

La tradition orale poggiolaise donne à François Marie une mère mexicaine. Mais, sur le registre matricule militaire (fiche 9 NUL 30/2147– Archives Pumonti), il est inscrit le nom de "feue Thérèse COLONNA", une Corse donc, et morte avant 1891, date de la rédaction de sa notice individuelle.

 

Marc Antoine revint en Corse, longtemps après, en 1892, avec son fils François Marie, semble-t-il.

 

Il était donc arrivé depuis quelques mois dans la maison familiale quand, le 26 septembre 1892, il entendit le remue-ménage provoqué par la troupe des Guagnais en route pour leur coup de force à Soccia. Se croyant revenu dans les turbulences mexicaines, il réagit comme décrit au début de cet article.

 

 

Mais que devint le fils de Marc Antoine? 

 

 

 

UN MEXICAIN DANS L'ARMÉE FRANÇAISE

 

François Marie, inscrit sur les listes françaises de recensement militaire, fut déclaré insoumis le 30 juin 1891 pour ne pas s'être présenté au conseil de révision. Mais il obtint un non-lieu en se présentant volontairement au bureau de recrutement d'Ajaccio le 3 juin 1893.

 

Il semble que, avant de quitter le continent américain, il ait servi dans l'armée mexicaine. Peut-être aurait-il participé à un coup d'Etat qui aurait échoué.

 

En tout cas, il fit ensuite carrière dans les troupes coloniales françaises pendant une quinzaine d'années, jusqu'en 1909: 4e, 13e et 4e régiments de marine, puis 22e régiment d'infanterie coloniale. Il servit notamment pendant la seconde campagne de conquête de Madagascar, d'avril 1895 à juin 1900, ce qui lui permit de recevoir plusieurs décorations. Il servit également à La Martinique.

 

François Marie vint ensuite habiter à Poggiolo où il était surnommé "U Messicanu". Six mois après avoir quitté l'armée, il se maria le 30 octobre 1909 avec Angèle Françoise MARTINI (1867-1928), dite "Mozza", veuve de Xavier VINCIGUERRA (1850-1905), de qui elle avait eu plusieurs enfants. Elle fut l'arrière-grand-mère de Jacques-Antoine MARTINI, qui nous a donné la photo ci-dessous, et du reste de sa famille.

 

U Messicanu et Mozza.

U Messicanu et Mozza.

 

SOLDAT ET AGRICULTEUR

 

Quand éclata la première guerre mondiale, en août 1914, l'armée française le rappela. Il fut versé dans l'infanterie, puis dans l'artillerie. 

 

 Le 2 août 1914, au moment de sa mobilisation et alors que l'Allemagne déclara la guerre le lendemain, François Marie rédigea un testament. "Partant pour la guerre et ne connaissant pas les secret (orthographe respectée) de Dieu", il donnait tout à son épouse. Soldat expérimenté, il savait que son retour n'était pas certain et il voulait que "Mozza" ne manqua de rien. Combien de mobilisés de 1914 eurent cette délicate attention?

 

L'expédition sanglante de 1892: U Messicanu (6/6)

 

"U Messicanu" échappa aux balles allemandes et il bénéficia, le 23 février 1917, du statut de "détaché agricole comme propriétaire exploitant à Poggiolo".

 

Libéré de toute obligation militaire le 1er décembre 1918, François Marie put profiter de sa retraite jusqu'à son décès le 12 novembre 1931. Son épouse était décédée deux ans auparavant.

 

----------------------------------------------

Certains renseignements qui ont permis de rédiger cet article ont été trouvés dans le registre matricule militaire des Archives de Corse et dans les fiches généalogiques rédigées par Pierre LECCIA sur le site GENEANET. D'autres ont été fournis par Xavier PAOLI. Les deux documents viennent de Jacques-Antoine MARTINI.

Partager cet article
Repost0
23 septembre 2022 5 23 /09 /septembre /2022 09:55

 

Le mystère des manuscrits de l'écrivain CÉLINE réapparus voici un an avait passionné le monde littéraire pendant tout l'été 2021.

 

Il a connu de nouvelles péripéties pendant les vacances avec les révélations distillées peu à peu par Jean-Pierre THIBAUDAT qui fut longtemps dépositaire de ces précieux papiers. Il a fini par révéler qu'il avait reçu ce dépôt de la part des héritiers d'Yvon MORANDAT à qui l'appartement de l'écrivain antisémite avait été attribué à la Libération. 

 

Mais l'ancien critique littéraire reconnaît, dans l'entretien ci-dessous, diffusé sur France-Inter le 30 août,  qu'il reste des mystères. Pourquoi CÉLINE n'est-il pas venu reprendre les feuilles que le résistant disait tenir à sa disposition? Pourquoi a-t-il plusieurs fois accusé Oscar ROSEMBLY de vol? N'y avait-il vraiment rien dans la maison de Poggiolo? N'y a-t-il vraiment pas d'autres documents?

 

Partager cet article
Repost0
12 août 2022 5 12 /08 /août /2022 10:37
Hier et maintenant: la fontaine des élégances

 

La fontaine du Lucciu, bien abandonnée maintenant, fut un centre d'animation important à Poggiolo. Avant l'installation de l'eau courante, pratiquement chaque famille venait remplir cruches, brocs ou seaux pour la boisson ou même pour la toilette.

 

De nombreuses personnes pouvaient se retrouver en ce lieu et elles en profitaient pour raconter les dernières nouvelles, et surtout les ragots les plus déplaisants. Il valait donc mieux ne pas paraître trop négligé en allant remplir son récipient.

 

Les personnages de cette photo l'avaient bien compris.

 

 

Hier et maintenant: la fontaine des élégances

 

Ils étaient habillés de façon décontractée mais très correcte.

 

Leurs noms?

A gauche, Marcel ANGELINI.

Au centre, Gisèle ANGELINI.

A droite, accroupi, Félix PINELLI, et, derrière lui, Jules OLIVA.

 

La date n'est pas précisée mais la scène pourrait se situer dans les années 1950. Nous serions heureux qu'un lecteur nous donne plus de précision.

 

Un indice existe: "le bar des fauchés".

 

Hier et maintenant: la fontaine des élégances

 

Cette inscription humoristique, tracée soigneusement à la peinture noire (ou au goudron, disent certains) en arc de cercle au-dessus de la sortie de l'eau, daterait des années 1930 et aurait subsisté longtemps, jusqu'au début des années 1960.

 

Autre photo, autre date, mais toujours avec de beaux habits:

 

Hier et maintenant: la fontaine des élégances

 

De gauche à droite, on reconnaît facilement:

- François OLIVA

- Bernard FRANCESCHETTI

- Jeanne CECCALDI

- Martine CECCALDI

- Dominique PINELLI

- Michel FRANCESCHETTI

- Joël CALDERONI

- Hervé CALDERONI

 

La photo est bien datée: le 15 août 1967. Ce jour étant la fête de l'Assomption, on peut penser que l'habillement avait été un peu plus soigné que d'habitude.

 

Attention, cette photo est historique: L'eau courante ayant été installée dans les maisons poggiolaises lors des mois suivants, nous avons certainement là le dernier cliché de la corvée d'eau.

 

 

Le retour de la fontaine avait été photographié vingt ans auparavant, en 1947, avec cette bande de joyeux drilles eux aussi tirés à quatre épingles. 

 

Hier et maintenant: la fontaine des élégances

 

La scène se déroulait sur la route, un peu plus haut que l'entrée du bar Le Belvédère, pratiquement en face de l'actuelle maison de Fosca, qui n'était pas encore construite. En revanche, la casette du fond n'existe plus depuis très longtemps. On peut remarquer, près du monument aux morts, la grande croix en bois remplacée maintenant par une croix en maçonnerie. 

 

Le porteur de seau était Jean-Martin FRANCESCHETTI. Près de lui, se trouvait André PINELLI. Qui peut identifier les autres membres du groupe?

 

 

Partager cet article
Repost0
6 août 2022 6 06 /08 /août /2022 10:58

 

   En août dernier, le monde littéraire était en effervescence car des manuscrits inédits de l'écrivain Louis-Ferdinand Céline avaient été révélés. Le rôle du Poggiolais Oscar Rosembly dans la disparition et la réapparition ces documents fut souvent évoqué, sans que l'on sache son importance exacte.

 

   Jean-Pierre Thibaudat, journaliste à Libération, qui fut le dépositaire de ces feuillets avant de les transmettre aux héritiers de l'écrivain, commence aujourd'hui 6 août une série de neuf vidéos pour expliquer cette histoire hors du commun.

 

   Dans la vidéo de présentation, il évoque Rosembly à partir de 4 minutes 50.

 

 

Le premier épisode du feuilleton peut être lu aujourd'hui ici sur Médiapart:

https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-thibaudat/blog/030822/celine-le-tresor-retrouve-la-revelation-19 

 

Partager cet article
Repost0
28 juillet 2022 4 28 /07 /juillet /2022 18:00

 

   Contre l'insécurité, il faut avoir la volonté de la combattre et s'en donner les moyens.  Un exemple en fut fourni voici exactement deux cents ans. 

 

 

Le ratage du guet-apens

    Entre 1820 et 1827, le bandit Théodore Poli, de Guagno, faisait régner la terreur dans la région vicolaise. Le 29 juillet 1822, le trésorier-payeur Pozzo di Borgo se trouvait à Guagno-les-Bains et devait se rendre à Vico porteur d'une grosse somme. Mais il avait reçu plusieurs messages de plus en plus menaçants de Brusco, le principal lieutenant de Théodore, qui voulait le racketter (même si le mot n'existait pas encore).

 

    Le maire de Poggiolo décida de faire escorter le fonctionnaire par une quarantaine de villageois armés.

 

   Théodore et Brusco s'étaient postés derrière un rocher, sur la route de Sorru, à environ 4 kilomètres de la station thermale. En voyant arriver la troupe, les bandits renoncèrent à lancer l'assaut. Ils se contentèrent de tirer quatre balles qui tombèrent aux pieds des paysans et ils s'enfuirent en montrant le poing tandis que les Poggiolais se moquaient d’eux.

 

   Il faut reconnaître que de tels actes furent rares et que Théodore poursuivit sa carrière jusqu'à sa mort cinq ans plus tard mais la réputation du maire en fut renforcée.

 

 

 

Pascal Paoli parrain d’un Poggiolais

    L’édile courageux était Carlo Francescu Pasquale Pinelli et il était le filleul de Pascal Paoli.

 

   Pour montrer leur attachement au Général de la Nation, plusieurs familles de notables lui demandèrent d’être le parrain de leurs fils. Jean-Laurent Arrighi a répertorié trois cas à Vico, entre 1756 et 1764, pendant la période de l’indépendance («Vico Sagone, Regards sur une terre et des hommes», ouvrage collectif, ed. Piazzola, 2016, pages 81 et 82).

 

   Le cas poggiolais est particulier car le baptême eut lieu en l’église Saint Siméon le 30 septembre 1795. Depuis juin 1794, sous l’influence de Pascal Paoli, la rupture avec la France révolutionnaire avait été votée par la Consulte de Corte et le royaume anglo-corse avait été institué. 

 

Fonts baptismaux de l'église St Siméon de Poggiolo (photo Michel Franceschetti).

Fonts baptismaux de l'église St Siméon de Poggiolo (photo Michel Franceschetti).

   

Le nouveau chrétien, fils de Gioan Natale Pinelli et de son épouse Maria Leca, reçut les prénoms de «Carlo francesco Pasquale».

 

   Le dernier prénom est aussi celui du parrain que l'acte de baptême appelle «Sua Xccelonza il Signore Generale Pasquale de Paoli», formule mise en valeur car écrite avec des lettres plus grosses que les autres et avec de grandes boucles. Elle est encadrée en rouge dans la reproduction ci-dessous.

 

Pascal Paoli avait un filleul à Poggiolo

 

   Le doute n’est pas permis: ce personnage est bien Pascal Paoli, u «Babbu di a Patria», le Père de la Patrie corse.

 

   Le parrain n’était pas présent mais cette absence n’avait rien d’étonnant. Pascal Paoli n’était pas venu non plus aux baptêmes vicolais mentionnés ci-dessus. Il était remplacé par un mandataire. 

 

   Au moment de la cérémonie de Poggiolo, le vieux chef corse n’était d’ailleurs pas libre de ses mouvements. A Bastia, où il se trouvait alors, il était sous la surveillance constante des Anglais. Le 14 octobre, deux semaines après le baptême, il s’embarqua à Saint-Florent pour son exil en Angleterre où il finit sa vie. 

 

 

L’homme le plus cultivé de Corse

 

   Il est bon de savoir qui était l’homme qui représenta Pascal Paoli.

 

   L’acte du baptême indique que la procuration avait été attribuée «nella persona del Signor Dottor Giovantonio pinelli».

 

   Il est facile de reconnaître sous ces mots Gian Antonio Pinelli, surnommé «l’homme le plus cultivé de Corse».

 

   Né le 6 septembre 1760, Gian Antonio était le grand-oncle du jeune baptisé. Dans le document, il est qualifié de «Signor Dottor» car, entré dans les ordres, il devint docteur en théologie (1785) et en droit (1789).

 

   Au début de la Révolution Française, il fut élu à l’assemblée départementale puis à la consulte de 1794 qui désigna le roi d’Angleterre comme roi de Corse. Gian Antonio serait allé habiter Florence pendant la période du royaume anglo-corse. Mais il était pourtant bien présent au baptême de son petit-neveu. Sa signature est bien visible en bas du document, juste au-dessus de celle du curé Giovanni Bonifacy.

 

   Le nom et la signature sont mis en évidence ici par un soulignage vert. 

 

Pascal Paoli avait un filleul à Poggiolo


 

 Une longue carrière

 

   Le filleul de Pascal Paoli vécut à Poggiolo.

 

   Carlo Francesco Pasquale devint greffier de justice de paix du canton de Soccia, peut-être avec l’aide de son grand-oncle Gian Antonio. Le représentant du Père de la Patrie lors du baptême était devenu un personnage important: dernier vicaire général du diocèse de Sagone, secrétaire général de la préfecture sous Napoléon Ier, invité au mariage de l’empereur avec Marie-Louise, il fut nommé sous la Restauration conseiller général du canton de Soccia, tout en étant curé de deuxième classe de Soccia avec autorité sur les desservants de Guagno, Orto et Poggiolo. 

 

   Il n’est pas interdit de penser qu’il ait permis à Carlo Francesco Pasquale de devenir maire de Poggiolo en été 1821 (à 26 ans!). A cette époque, les maires des petites communes n’étaient pas élus mais désignés par le préfet, donc avec l’accord du gouvernement.

 

    «L’homme le plus cultivé de Corse», qui avait, disait-on, la plus grande bibliothèque de Corse, servit fidèlement l’administration, favorisant la diffusion de la langue française dans la presse et les écoles corses. 

 

    Le filleul de Paoli fit de même dans son domaine. A partir de 1824, tous ses actes d’état-civil furent rédigés en français. En revanche, dans les documents où il fut remplacé par son adjoint Antoine François Pinelli, le texte était entièrement en italien. 

 

   Rappelons que l'obligation de rédiger les actes d'état-civil dans la seule langue française date de 1852.

 

   Le maire de Poggiolo n’utilisait chaque fois que son premier prénom sous la forme française de Charles, oubliant complètement Francesco et surtout Pasquale. Très souvent, il écrivait simplement: «Pinelli maire».

 

Pascal Paoli avait un filleul à Poggiolo

 

   Sa fonction l’entraîna à enregistrer le décès de son grand-oncle Gian Antonio Pinelli, rappelé à Dieu le 26 décembre 1832 en la maison familiale de Poggiolo.   

 

Maison Pinelli (photo Michel Franceschetti).

Maison Pinelli (photo Michel Franceschetti).

 

   Maintenu à la tête de la municipalité poggiolaise sous la Monarchie de Juillet, Charles signa son dernier acte d’état-civil le 2 juillet 1847. Il décéda le 14 avril 1849 à l’âge de 54 ans. Il ne s’était pas marié et n’avait pas d’enfant.

 

    Paradoxalement, le filleul de Pascal Paoli fut un acteur docile de la francisation à Poggiolo.

-----------------------

 

La vie de Gian Antonio PINELLI, l'homme le plus cultivé de Corsea fait l'objet de trois articles de ce blog auxquels il est bon de se référer.

 

Partager cet article
Repost0
9 juin 2022 4 09 /06 /juin /2022 18:00

 

Le lieu montré par cette photo est connu: le Fragnu, à l'entrée de Poggiolo, avec la route qui, venant de Guagno-les-Bains, se sépare entre la partie conduisant à Orto et celle allant à Soccia.

 

Cet endroit, qui doit son nom à la présence ancienne d'un moulin à huile, a toujours été marqué par la présence d'une croix en bois qui a plusieurs fois été remplacée, la dernière fois en février 2015. Elle est plantée sur des rochers qui peuvent servir de sièges plus ou moins confortables, comme l'ont fait les deux hommes de cette photographie. Ils sont bien habillés à la mode de 1925-1930: costume, chemise blanche, cravate, chapeau. Peut-être était-ce un dimanche ou un jour de fête.

 

Leurs identités ont été données par le regretté Xavier PAOLI qui avait utilisé cette image pour l'exposition du 16 août 1999 (voir l'article "Quand les Poggiolais regardaient leurs ancêtres").

 

Hier et maintenant: repos au Fragnu

Le personnage de gauche se nommait Toussaint CECCALDI. Nous n'avons pas pu faire des recherches sur lui mais il faisait partie d'une famille connue  Si vous avez des renseignements, faites-en part au blog.

 

A droite et en avant, se trouve François SIAS. Nous allons porter notre attention sur lui.

 

Son nom n'a rien de corse. Son père, Napoléon Auguste SIAS, était né à Marseille en 1855. Il s'établit à Poggiolo comme cordonnier. A cette époque-là, les artisans étaient nombreux dans les villages dont les habitants allaient rarement faire des achats en ville.

 

De son union avec Marie-Hélène BONIFACJ (d'après l'état-civil d'Orto) ou BONIFACCI (d'après l'état-civil de Poggiolo) qui était née en 1861 à Orto, naquit François le 18 août 1899.

 

Il s'engagea le 19 janvier 1918 dans l'armée et fut l'un des près de quatre-vingt-dix Poggiolais ayant participé à la première guerre mondiale. Il fut affecté à l'artillerie lourde. Après l'armistice du 11 novembre 1918, il fit partie de l'armée du Levant jusqu'à sa démobilisation, le 12 février 1922.

 

La seconde guerre mondiale le rattrapa: il dut reprendre l'uniforme le 2 septembre 1939 pour rejoindre un dépôt du train des équipages. Il fut démobilisé le 6 août 1940, après la défaite française.

 

Il décéda à Poggiolo le 1er octobre 1958.

 

 

Hier et maintenant: repos au Fragnu
Hier et maintenant: repos au Fragnu

 

Même s'ils ont été légèrement arrangés et un peu réduits pour mieux installer les diverses versions de la croix, les rochers sur lesquels s'assirent Toussaint et François sont toujours là. Mais, à l'époque, l'arbre du fond ne s'était pas encore développé.

Hier et maintenant: repos au Fragnu
Partager cet article
Repost0
4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 18:00
Solution de la devinette. Hier et maintenant: des baigneurs prudents

 

Quand, en juillet 1969, ces deux baigneurs s'aventurent dans l'eau près de Tiuccia, ils ont quand même une vingtaine d'années.

 

Cette image est une copie d'écran d'un film tourné alors par Michel FRANCESCHETTI, ce qui explique sa qualité très moyenne. Mais découper la séquence permet de fournir plusieurs photos. 

 

Solution de la devinette. Hier et maintenant: des baigneurs prudents

 

Ici, on peut comprendre que le personnage de gauche semble entraîné par son camarade. Il faut voir le film pour s'apercevoir qu'il porte des lunettes. Il s'agit de Joël CALDERONI.

 

Solution de la devinette. Hier et maintenant: des baigneurs prudents

 

Le personnage qui se trouvait à droite et qui finit par se jeter à l'eau, tout en gardant sa casquette, était Jean-Marc TRAMINI.

 

Solution de la devinette. Hier et maintenant: des baigneurs prudents
Solution de la devinette. Hier et maintenant: des baigneurs prudents

 

Tous deux purent rejoindre les copains sur la plage pour blaguer et s'amuser. C'étaient les vacances d'été avec des plaisirs simples.

 

Partager cet article
Repost0
9 avril 2022 6 09 /04 /avril /2022 18:00

Christian PINELLI, bien connu à Poggiolo, expose ses réalisations artistiques à Guagno-les-Bains. Une présentation de cet artiste a été publiée dans "Corse-Matin" vendredi 1er avril. Nous en reproduisons le texte et les photos d'illustration.

-------------

 

François-Aimé Arrighi, directeur du Fam (foyer pour adultes médicalisé) de Guagnu I Bagni, organisait cette semaine le vernissage des œuvres de Christian Pinelli, résident de l'établissement.

 

Il y a un an, l'espace "Arti in Mossa" avait été créé pour accueillir les œuvres de ceux qui avaient participé aux ateliers d'art-thérapie et de médiation artistique de Marie-Claire Benedetti-Papadacci. Un projet auquel Christian n'avait pas participé.

 

Pourtant, celui qui depuis son enfance aime dessiner, sculpter l'olivier ou le châtaignier, et a fabriqué les panneaux de signalisation en bois du village, a pu reprendre sa passion depuis qu'il a intégré le foyer il y a quatre ans. Seul dans sa chambre. "Quand j'ai vu l'exposition l'année dernière, j'ai eu un déclic. pour la première fois, j'ai eu envie de montrer mes œuvres", explique-t-il.

 

Les œuvres de Christian PINELLI

 

"Le style que j'ai dans la tête est plutôt sombre"

Une vingtaine de toiles peintes à l'acrylique, autant de galets peints. Une toile représente quelques maisons de Guagnu I Bagni, une autre U Pighjolu et son clocher, tout le reste est sorti de son imagination. L'artiste donne sa vision de la Sibérie, de la Suisse ou du Canada, où il n'est jamais allé. Il peint des rivières, des forêts et des montagnes, avec des couleurs chatoyantes, dominées par l'orange.

 

"Pourtant, le style que j'ai dans la tête est plutôt sombre, avoue Christian. Mais avec la couleur, les tableaux rendent mieux." Et le résultat est gai et chaleureux.

 

Les œuvres de Christian PINELLI

 

L'exposition est ouverte au public du lundi au vendredi de 13h30 à 16 heures, et durera quelques mois. Les bénéfices des ventes sont intégralement reversés à l'artiste. L'exposition précédente a été transférée dans les locaux de l'agence régionale de santé à Ajaccio.

 

PASCALE CHAUVEAU

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
  • Contact

Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

Recherche

Le calendrier poggiolais

 

 

---------------

Dates à retenir:

Jeudi 14 mai:

à 10h30, messe de l'Ascension à Ortu.

 

Samedi 23 mai:

à 15 heures, à l'église de Soccia, cérémonie du dépôt de l'urne de Guiguite.

 

Samedi 6 juin:

 à 11h, au cimetière de Poggiolo, cérémonie civile pour l’inhumation des cendres d’Edouard Martini, décédé à Chambéry le 26 novembre 2025. Un apéritif amical suivra au bar de Poggiolo.

 

 

5, 6 et 7 juin:

Salon des éditeurs de Corse à Allauch.

 

Vacances d'été:

à partir du samedi 4 juillet.

 

Messe et procession de saint Roch:

Dimanche 16 août après-midi.

---------------

L'album de photos des Poggiolais:

Pour le commander, suivre le lien:

https://www.collectiondesphotographes.com/i-nostri-antichi-di-u-pighjolu-de-philippe-prince-demartini.html

 

-----------------

Votre ancêtre a participé à la guerre de 1914-1918?

Envoyez une photo de lui à l'adresse larouman@gmail.com

Elle pourra être publiée dans notre dossier des combattants poggiolais.

..............

 

 

La météo poggiolaise

Pour tout savoir sur le temps qu'il fait et qu'il va faire à Poggiolo, cliquez sur LE BULLETIN METEO

POGGIOLO SUR FACEBOOK

Les articles du blog se trouvent sur la page Facebook du groupe Guagno-les-Bains Poggiolo.