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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 18:00

momument aux morts.jpeg   

Le rituel du 11 novembre permet d'honorer les Français tués pendant la guerre de 14-18 et même les morts  de toutes les guerres. Les élus et la population se rassemblent autour du monument aux morts où sont écrits les noms des héros. Mais ces noms n'évoquent souvent pas grand-chose aux gens d'aujourd'hui.
    Sur ce blog, deux articles avaient déjà été consacrés au monument de Poggiolo. L'un était une synthèse sur l'ensemble de ces hommes (cliquer ici) et un autre à trois particulièrement caractéristiques (cliquer ici). Nous revenons avec plus de détails sur Jean LOVICHI.

   Jean LOVICHI est particulier car il n'est pas né à Poggiolo et n'y a pratiquement vécu que pour les vacances scolaires. Son nom n'est pas d'origine poggiolaise. Enfin, il aurait pu ne pas être soldat.
    Les renseignements réunis ici viennent de la brochure "L'oncle Jean, Correspondance de Jean LOVICHI", extraite de "Soldats par habitude, Etre soldat de 1720 à 1920", étude publiée par son neveu Romain DURAND (décédé en juin 2010).


La famille LOVICHI
    Lovichi Charles

Jean-Paul LOVICHI, le grand-père de Jean, est né en 1822 à Azzana-Vignamayo (mais le foyer patronymique des Lovichi est Monacia d'Aullène). Instituteur à Poggiolo, Jean-Paul a épousé en 1851 dans notre village Angèle Françoise Eugénie Pinelli (1827-1885). Ils ont eu neuf enfants dont Charles-Désiré-Gabriel-François né à Poggiolo en 1862.
    Charles (photo ci-contre) fait ses études au séminaire d'Ajaccio, passe le baccalauréat de lettres et obtient un emploi de rédacteur à la préfecture de Constantine (Algérie). Il est nommé en 1894 secrétaire particulier du chef de cabinet du préfet, administrateur de commune mixte en 1896, administrateur principal de la commune mixte de l'Edough (avec résidence à Bône) en 1912, sous-préfet en 1918, maintenu à titre exceptionnel jusqu'en 1930, il se retire à Alger où il meurt en 1942. Il était chevalier de la Légion d'honneur, officier d'Académie, chevalier du mérite agricole, officier du Nicham Iftikar.
    Il a épousé à Sèvres, en 1892, Odile Delon, professeur de lettres, fille de Charles  Delon (1839-1900), écrivain et pédagogue. De ce mariage, naissent quatre enfants: l'aîné Jean en 1893, puis ses soeurs Fanny, Charlotte et Odile. 
 

Le philosophe qui voulait se battre
    Lovichi enfants

Jean Ary Francois Léon LOVICHI (photo ci-contre de Jean avec deux de ses sœurs) est né le 10 novembre 1893 à Constantine, en Algérie. Il fait ses étudesau lycée de Constantine et au lycée Henri IV de Paris où il est l'élève d'Alain, le philosophe qui  était alors l'inspirateur de la Troisième République radicale. Agé d'à peine 18 ans, il est licencié de philosophie à la Sorbonne. Diplômé de philosophie, Jean est empêché par la guerre de présenter le concours de l'École normale supérieure. 

    L'article "1914: la fin d'un bel été", publié ici en août 2010, raconte comment Jean, en vacances à Poggiolo, et tous les Poggiolais apprirent la nouvelle de la déclaration de guerre.

    Jean prépare son agrégation comme répétiteur au lycée de Philippeville. et il aurait pu être le plus jeune agrégé de France. Il avait été réformé en 1913 pour sa faible constitution. Mais, patriote, il se porte volontaire à l'appel de la classe 15. De nouveau jugé inapte au service armé, il refuse d'être réformé. Son père, qui préside le conseil de révision, tranche en sa faveur: "C'est mon fils, prenez-le. Il a le droit de vouloir. C'est un cœur et un cerveau qui s'offrent au pays: sa volonté et son amour de la patrie maîtriseront son corps. Service armé!". Contrairement à d'autres, il n'a pas eu un passe-droit pour éviter l'armée mais pour y aller.

    Il rejoint l'école des élèves-officiers d'Alger-Ben-Aknoun. Comme il l'écrit alors à ses parents: "J'ai presque dépouillé le vieil homme et n'aspire plus maintenant qu'à me redresser de toute ma taille de défenseur de la Patrie". A un de ses amis, Joseph ANGELINI-BENEDETTI, rédacteur en chef de "L'Echo de la Corse", il précise: "j'aurais été, si je n'avais pas été appelé, réduit aux sophismes et à la vie misérable. Maintenant une vie nouvelle commence, de force et de responsabilité". L'armée a changé l'intellectuel.

 

La folie des Dardanelles

   Il est affecté aux zouaves du 2e RMA (régiment de marche d'Afrique) qui comprend des Français d'Algérie et de Tunisie. Son unité part aux Dardanelles où elle arrive le 12 mai 1915.  

   Le 24 avril, les troupes alliées (Français et Anglais, Australiens et Néo-Zélandais) avaient débarqué sur la pointe de la presqu'île de Gallipoli qui commande le passage de la mer de Marmara, entre la mer Egée et la Mer Noire. Le but était de s'emparer d'Istanbul, la capitale de l'Empire ottoman allié de l'Allemagne. Attendues par les soldats turcs, les forces de l'Entente se trouvèrent bloquées sur le cap Helles, entre la mer et les collines tenues par leurs ennemis. 

Dardanelles-carte

   Contrairement aux vastes espaces de la Marne ou de Verdun, ici le front est très étroit: 7 kilomètres sur 3. Les combats se concentrent sur les rives du ravin, large et profond, dans lequel coule le Kérévés-Dér et où les Alliés ont creusé des tranchées pour contrer les attaques turques venus de Krithia.

   Dans ses lettres, Jean LOVICHI ne donne pas de détails sur les dures conditions de combat (censure oblige!). Il affirme souvent qu'il est bien nourri mais il demande constamment que sa famille lui envoie de nouvelles lettres.

   Pour les intellectuels comme lui, mais aussi comme Jérôme CARCOPINO, François CHARLES-ROUX ou Jean GIRAUDOUX, eux aussi présents sur ce champ de bataille, les Dardanelles sont un lieu exceptionnel car ils sont très proches du site de l'ancienne Troie. De l'autre côté du détroit, se trouve le lieu des exploits de PRIAM, ACHILLE, HECTOR, ULYSSE et des autres héros chantés par HOMÈRE. Jean demande d'ailleurs l'Iliade et l'Odyssée, ainsi que les oeuvres de MONTAIGNE, dans sa lettre du 30 juin.

 

Mort d'un héros

    Les Français attaquent les 21 et 22 juin et remportent un grand succès: ils avancent de... 200 mètres! et ils perdent 2.500 hommes. Jean reçoit une citation: "Aspirant LOVICHI. A entraîné vaillamment sa section à l'assaut et, pendant près de quinze heures, n'a cessé de commander seul et de donner le meilleur exemple aux défenseurs de la tranchée conquise par lui". Il doit accéder au grade de sous-lieutenant.

     Les combats deviennent terribles à partir du 12 juillet. Le 14 juillet 1915, Jean est tué. Extrait de la lettre du brancardier ZANETACCI à ses parents: "Blessé au visage par des éclats vers 7 heures du soir, puis à l'épaule vers 9 heures par une balle, il persistait à vouloir diriger lui-même l'assaut de sa compagnie déjà privée de tous ses officiers; c'est en allant dans un boyau pris en enfilade par des Turcs qu'une balle l'a frappé au front".

    Il aura une nouvelle citation  (J.O. du 1er octobre 1915) et sera décoré de la Médaille Militaire à titre posthume (décret du 20 octobre 1919).

Lovichi dernière lettredernière lettre de Charles LOVICHI à son fils, arrivée après son décès et renvoyée à l'expéditeur

 

   En dehors de sa famille, sa mort eut un certain retentissement en Algérie où des journaux la mentionnèrent. Joseph ANGELINI-BENEDETTI prononça à Paris le 28 novembre 1915 une conférence reproduite dans la revue "L'Echo de la Corse", organe des Corses de Paris. Il y déplora, dans le style de l'époque, qu'une balle ait anéanti "ce puissant cerveau, remarquable produit du génie français".

Lovichi conférence(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

 

Quel souvenir?

   Romain DURAND, fils de Charlotte, sœur de Jean, termine sa brochure avec une conclusion qui pourrait s'appliquer à d'autres disparus:

 

   "Il ne reste de l'oncle Jean qu'un léger souvenir qui disparaîtra avec la dernière de ses sœurs. Pour les neveux et nièces qu'il n'a pas connus, il y a une photographie sur laquelle un officier imberbe croise les bras. On a fixé au cadre la Médaille Militaire et la Croix de guerre avec une palme et une étoile.

   Au village, les vieux disaient: "Ah! votre oncle Jean!", et c'était tout. Grand-père et grand-mère ne disaient rien, mais chaque jour, vivement, ils regardaient la photo. Jean est resté au cimetière français de Gallipoli, face au tombeau d'Achille. Son nom est gravé sur le monument aux morts de Poggiolo avec vingt-six autres: la moitié de ceux qui sont partis".

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  Cimetière militaire francais de Seddul-Bahr (presqu'île de Gallipoli). Jean repose dans la tombe N° 269.

 

P.S.: 1) la dernière sœur, Odile, est décédée en 2004. La maison LOVICHI appartient maintenant à Marie-Ange et Xavier PAOLI.

         2) le nom de Jean LOVICHI se trouvait aussi sur le monument aux morts de Bône qui a été détruit après l'indépendance de l'Algérie

         3) un autre Poggiolais est mort aux Dardanelles: Pierre Toussaint MARTINI (plus de renseignements ICI)

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