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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 18:29

Suite de l'article "Les Poggiolais actifs".

   

Le grand nombre de Poggiolais habitant en TUNISIE est le fait qui frappe quand on examine la liste des adhérents du Syndicat d'Initiative de Poggiolo en 1924 et des années suivantes (voir articles des 15 et 21 juin).

SI carnet

  

   A cette époque, nombreux étaient les insulaires qui, chassés de leurs villages par la misère, servaient dans les colonies. Charles CASTELLANI écrit, dans "Le mépris des urnes":

   "On estime qu'en 1934 l'administration coloniale comprenait 20% de Corses, jusqu'à 50% dans certains territoires, et que 22% étaient présents dans l'armée coloniale." 

 

    Mais l'originalité des Sorrinesi (les Corses originaires des DEUX SORRÙ) est leur concentration en TUNISIE où ils avaient formé un véritable empire sahélien.

 

      Le carnet des cotisations révèle que 10 membres du Syndicat d'Initiative (18,87% du total des adhérents ou 55,55% de ceux vivant dans les colonies) travaillaient en Tunisie dans l'administration: 5 dans l'enseignement (Martin DEMARTINI, Charles, Dominique et Jean DESANTI, Julie LAMON et Dominique NIVAGGIOLI), 3 dans la police (César et Noël ANTONINI et Jean-Baptiste DESANTI), 1 dans les PTT  (Charles COLONNA) et 1 à la Direction de l'Agriculture (Thimaute COLOMBANI).

   Mais cette liste est trop incomplète pour connaître l'importance réelle de cet empire sahélien.

 

GALLINI avant guerre: l'implantation de l'empire

     Les Corses ont été nombreux en Tunisie dès avant le début du protectorat français. Mais leur nombre, et surtout celui des Sorrinesi, augmenta rapidement grâce à un compatriote qui était décédé un an avant la création du Syndicat d'Initiative: Jean François GALLINI.

 gallini jean francois0492r3

 

    Né à AJACCIO en 1860, d'une mère POZZO di BORGO, Jean François GALLINI, après ses études secondaires dans sa ville natale, va faire son droit à MONTPELLIER tout en y accomplissant le service militaire. De retour à AJACCIO en 1885, il s'inscrivit au barreau.

    Dans le même temps, il faisait son apprentissage politique comme rédacteur en chef du "Journal de la Corse", le vieil organe républicain de l'île, et comme élu du canton de SALICE au conseil d'arrondissement d'AJACCIO (1886-1888).

    Puis, dès 1888, GALLINI quitta la Corse pour SOUSSE, dans le Sahel tunisien, où l'on créait un tribunal de première instance. C'est là que désormais sera sa vie. Il y épousa en 1889 Virginie BALZAN.

    Devenu avocat-défenseur depuis 1894, il fut nommé vice-président de la municipalité de SOUSSE, et accomplit dans sa petite patrie d'adoption des travaux considérables.

    Il représenta la circonscription de SOUSSE-KAIROUAN (3e collège) à la Conférence consultative de la Régence. Elu en mai 1896, il fut réélu en 1900, 1905, 1912 et 1920. Il fut secrétaire de cette assemblée en 1906 et 1909.

    Comme l'écrivit "La Dépêche tunisienne" du 10 juin 1929, il était un "bon serviteur à la chose publique qui, jusqu'à sa dernière minute, se dévoua pour elle et pour sa chère cité, dont il était si fier, qu'il voulait toujours plus belle, en un mot en faire non plus seulement la perle du Sahel, mais la perle de toute la Tunisie."

    Mais la Corse lui restait également très chère et il y continua une importante carrière politique.

    Ses compatriotes l'élirent, en 1909, conseiller général du canton de VICO. Il fut membre du Parti Républicain Démocratique et Social (PRDS) que fonda Adolphe LANDRY en 1919.

    La distance entre ses deux bastions électoraux ne semblait troubler personne.

   Il est vrai que, en même temps, le canton de SOCCIA était représenté au conseil général par Antoine LECA, alternativement consul à Palerme, Naples et Cagliari !!!

    Ses fonctions lui permettaient ainsi d'être tout naturellement un "Grand pourvoyeur de places" dans la Régence, ainsi que l'indique CASTELLANI (dans "Le mépris des urnes"). Beaucoup de Corses obtinrent ainsi des postes grâce à celui qui fut surnommé "l'Empereur du Sahel".

 

GALLINI empereur Sahel 1922   (caricature de "l'empereur du Sahel" en 1922)

 

Entre les deux guerres mondiales: l'apogée de l'empire

  Les Sorrinesi purent s'installer en nombre dans ce territoire. Dans le "Dictionnaire illustré de la Tunisie" publié par Paul LAMBERT en 1915, 64 personnages sont mentionnés comme nés en Corse, dont 7 dans les Deux Sorru:

  Nés à SOCCIA:

   - Joseph DEFRANCHI, directeur d'école et receveur des Postes et Télégraphes

    - Octave OTTAVY, entrepreneur de travaux publics

    - O. RUTILY, entrepreneur et directeur de journal

  Né à ORTO:

    - Jean PAOLI, avocat, capitaine de réserve et conférencier.

  Nés à VICO:

    - Philippe-Toussaint ANDREANI, collecteur aux Contributions diverses.

    - Bernard VERSINI, huissier

    - Jean François GALLINI

    On peut ajouter GIANNESINI François, né en 1878 à VICO, en Tunisie depuis 1895, directeur d’école et président de la Coopérative oléicole de Ghardimaou. (Source : Arrouas : "Le Livre d’or de la présence française"). Aucun Poggiolais n'est cité mais plusieurs s'installèrent entre les deux guerres  mondiales, comme le prouve la liste des adhérents du SI.

    Le zénith de "l'Empereur du Sahel" se place immédiatement après la première guerre mondiale, toujours sur ses deux espaces géographiques.

    - Dans la Régence, il était administrateur de "La Dépêche tunisienne", journal qui avait à l'époque le quasi-monopole sur la presse quotidienne en français de Tunisie.

    - En Corse, en janvier 1920, il devint vice-président du Conseil général.

    Trois mois après, les délégués corses l'élirent sénateur. Le 11 avril 1920, il obtint 417 voix contre 346 à son concurrent, TUTTI-FERRANDI, sur 794 inscrits, 780 votants et 772 suffrages exprimés. Il remplaçait ainsi le sénateur GAVINI qui, élu député de la Corse, avait démissionné le 7 janvier précédent.

    Au renouvellement du 9 janvier 1921, Jean François GALLINI ne retrouva son siège qu'après une lutte passionnée. Il eut pour collègues de département SARI élu au premier tour, et Paul DOUMER, élu comme lui, mais devant lui, au deuxième tour (DOUMER 414 voix, GALLINI 400 voix). DOUMER était sénateur de Corse depuis 1912 et le resta jusqu'à son élection à la présidence de la République  en 1931. Avec 398 voix seulement, le parfumeur François COTY était battu (voir ICI).

    Cependant, GALLINI venait d'obtenir, le 11 décembre 1922, sa consécration de Français de Tunisie. Elu en novembre membre du Grand Conseil - qui remplaçait la Conférence administrative - par la région de SOUSSE-KAIROUAN-THALA, il fut, bien que la maladie le tienne éloigné des travaux de l'assemblée, porté, à l'unanimité, à la plus haute fonction élective de Tunisie : celle de vice-président du Grand Conseil.

    Jean François GALLINI mourut le 20 avril 1923. "Aussi ses obsèques, tant à Tunis où l'on vit l'archevêque de Carthage, le maréchal Franchet d'Esperey et le général Robillot, qu'à Sousse où accourut la foule émue de ses administrés, sont-elles particulièrement imposantes."  («Dictionnaire des Parlementaires français», Jean Jolly)

    Le conseil municipal fit construire un mausolée, et une souscription qui obtint un grand succès permit d'ériger une statue qui fut inaugurée en juin 1929.

Gallini monument

    Il était officier de la Légion d'honneur, grand-officier du Nicham-Iftikhar et commandeur de la Couronne d'Italie.

    Son fils Charles fut nommé en 1934 vice-président de la municipalité de SOUSSE mais mourut rapidement et fut remplacé par Séraphin ZEVACO. Dans le Grand Conseil, siégeaient aussi son beau-frère, le colonel FELICI, et l'avocat Jean-Luc GALLINI.
    Né à Vico en 1902, Jean-Luc GALLINI avait fait ses débuts journalistiques dans "La Dépêche Tunisienne". Il devint président de la Fédération des Groupements Corses de Tunis. Fondateur du journal "La Corse Nord-Africaine", hebdomadaire en langue française et en langue corse, en 1925, il décéda en février 1936.

    Le frère de Jean François était receveur des PTT en Tunisie.

  Un boulevard de SOUSSE, entre la gare et le port, eut le nom de "Sénateur François GALLINI". Il s'appelle maintenant "avenue Muhammad MAAROUT".

 

Sousse plan

(plan de SOUSSE en 1937)

 

    Le texte publié par Emile RIPERT (dans "La Corse touristique", mai 1931) pour les 50 ans du traité du Bardo (qui institua le protectorat français sur la TUNISIE) s'applique bien à GALLINI et à tous les Sorrinesi:

    "A côté de ces Provençaux, les Corses ont constitué l'armature la plus ferme, officiers, douaniers, professeurs, instituteurs, employés, tous gardent au fond du cœur le souvenir de l'île enchantée, où l'été des navires directs les rapatrient de Tunis vers Ajaccio, tous, fidèles à leur passé, à leur pays, à leur famille, attendant l'heure du retour définitif, ou bien résignés à devenir aussi des Nord-Africains, et retrouvant, d'ailleurs, en Tunisie, comme en Algérie, toute une parenté qui leur refait une patrie."

 

Après-guerre: l'héritage maintenu

   Les positions de GALLINI en Corse s'effacèrent vite. En 1921, son élection de conseiller général de VICO fut annulée pour fraude électorale. Le 8 juillet 1923, François COTY fut élu sénateur à sa place. (voir ICI). Mais, en TUNISIE, l'empire des Sorrinesi survécut jusqu'à l'indépendance.

    Trois faits passés en 1949 le montrent très bien:

    1 - Cette année-là, Marie et Jean-Martin FRANCESCHETTI, de POGGIOLO, firent leur voyage de noces dans les propriétés de leurs cousins POLI, de GUAGNO, à SFAX.

    2 - 1949 fut l'année du mariage de Gisèle PAOLI, de SOCCIA, avec Georges VECCHIONACCE, à l'église St Joseph de TUNIS.

    3- Un film des Actualités Françaises, diffusé par l'INA, montre la visite, en novembre 1949, du résident général Jean MONS à SOUSSE, complètement reconstruite et modernisée après les ravages des combats d'avril 1943 entre Allemands et Alliés. A cette occasion,  MONS décora de la légion d'Honneur Maître ZEVACO.

    Séraphin ZEVACO (1893-1969) était originaire de VICO. Avocat, membre du Grand Conseil de Tunisie, rapporteur général du Budget de Tunisie, Vice-Président délégué de la municipalité de SOUSSE (de 1935 à 1956), il fut l'élève et le continuateur de "l'Empereur du Sahel".

   Cliquez sur la photo pour voir le reportage.

Gallini: Zevaco légion d'honneur

   Mais ce furent les derniers feux. L'empire sahélien des Sorrinesi disparut avec l'accession de la Tunisie à l'indépendance en 1956.

 

    Des Sorrinesi se souviennent-ils que leurs familles participèrent à l'histoire de cette enclave coloniale très particulière? Certains n'auraient-ils pas dans leur maison quelques objets de style oriental venant de là-bas?

 

P.S.: il est à signaler que Séraphin ZEVACO était le père de Mgr Pierre ZEVACO qui fut évêque à MADAGASCAR et qui passe ses vacances d'été dans la cité vicolaise.

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 19:10

 

Suite de l'article "La nouveauté de 1924".

Les documents disponibles sur le Syndicat d'initiative de Poggiolo créé en 1924 (voir article du 15 juin) ne consistent pas seulement en circulaires et papier à lettres. Nous avons aussi la liste des adhérents grâce au carnet à souche  de reçus de cotisations trouvé dans les archives de la famille CHABROLLE-BARTOLI.

SI carnet

Ce carnet donne de nombreux renseignements sur les 55 Poggiolais qui y adhérèrent pendant les quatre années d'activité du SI. Nous pouvons ainsi avoir une vision assez nette des Poggiolais actifs, c'est-à-dire de ceux qui voulurent faire avancer le village. N'oublions pas que cette association apparaît 6 ans après la première guerre mondiale pendant laquelle trente enfants du village ont disparu. Il fallait réagir à cette saignée.

 

COMBIEN DE POGGIOLAIS ACTIFS?

Chaque talon comprend le nom et le prénom de l'adhérent, sa profession, son adresse et la date du versement de la cotisation. Mais toutes les rubriques ne sont pas toujours remplies correctement ou remplies tout court.

Ainsi, Charles LOVICHI est orthographié LOVIQUI. Autre exemple: un FRANCESCHETTI Antoine Dominique, retraité, est mentionné uniquement en 1924 alors qu'un FRANCESCHETTI Dominique Antoine, retraité, est noté pour les années suivantes. Il est plus que probable qu'il s'agit d'une seule et même personne. De même, le Noël PINELLI, commissaire principal de la Marine hors cadre, adhérent le 18 mars 1924 est le même que le Jean Noël PINELLI qui a la même qualification professionnelle et qui verse une autre cotisation le  20 août. Compte tenu de ces réserves, ce document donne 53 personnes différentes.

Parmi leurs noms, on peut compter 8 CECCALDI et 8 DESANTI, 6 DEMARTINI et 6 MARTINI, 4 PAOLI et 4 PINELLI, 3 FRANCESCHETTI, 2 ANTONINI et 2 CARLI. 11 noms ne sont cités qu'une fois (ARNAUD, COLOMBANI, COLONNA, LAMON, LOVIQUI (sic), MOZZICONACCI, NIVAGGIOLI, OLIVA, PAPADACCI, PASQUALINI et VALENTINI). Pas de surprise: les familles les plus nombreuses et les plus anciennes de POGGIOLO sont bien les plus représentées dans cette liste.

 

SI Franceschetti

Sur les trois femmes mentionnées, une seule (Julie LAMON) a ses nom et prénom  complets. Les deux autres n'ont pas droit à leur prénom mais à celui de leur mari, et sont donc appelées Mme Noël CECCALDI et Mme Martin DEMARTINI. 

Pour les prénoms, le décompte est difficile à cause de l'habitude des prénoms composés (il y en a 19). En comptant ceux-ci pour chaque fois deux, on arrive à 71 prénoms. Le plus usité est Jean (13 occurrences), suivi par François (9 fois) et Antoine (7 fois).

Une curiosité: COLOMBANI se prénomme Thimaute.

 

LEURS ACTIVITÉS PROFESSIONNELLES

La profession est mentionnée pour 37 adhérents. Comme beaucoup d'autres Corses de l'époque, ils travaillent surtout comme fonctionnaires.

L'activité la plus représentée est l'Enseignement (8 personnes dont 2 directeurs d'école), devant l'Armée (6 personnes), la Poste (4 personnes) et la Police (4 également). Parmi eux,  5 sont retraités. 5 autres sont retraités sans précision sur leur métier antérieur. 

Il y a même un administrateur colonial (Hyacinthe DESANTI) et un sous-préfet (Charles LOVICHI).

SI Hyacinthe

Valère DESANTI exerce le métier particulier de "maître de phare".

Aucune mention d'artisan ou d'agriculteur (sauf Martin Archange PAOLI qui est qualifié de "propriétaire"). 

 

SI professions

Cette liste est-elle donc représentative de la réalité poggiolaise ou des Poggiolais qui veulent agir car, comme le montre cet éventail, ils  sont de milieux plutôt aisés et cultivés?

De plus, beaucoup d'entre eux n'habitent pas en Corse.

 

LA RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE  DES POGGIOLAIS ACTIFS

7 adhérents seulement ont POGGIOLO comme adresse. Mais, comme pour 10 autres, aucune adresse n'a été indiquée, on peut supposer qu'ils devaient habiter au village. Du moins, on peut le supposer avec beaucoup de prudence car Charles LOVICHI est alors sous-préfet de BÔNE et son adresse habituelle ne peut être en Corse.

En 1924, les souches sont remplies par le trésorier Jean Noël PINELLI qui n'est pas le parlementaire (voir l'article du 4 juin) mais un homonyme, "lieutenant en retraite". Les adresses de tout le monde sont bien rédigées. Pour les années suivantes, le trésorier s'appelle CARLI et les indications deviennent moins précises.

Les adhérents n'habitant pas POGGIOLO ont leur domicile:

- en CORSE: 3 (1 à SOCCIA, 2 à AJACCIO)

- en FRANCE continentale: 17 (11 à PARIS, 3 à SAINT-DENIS, 1 à BAVAY dans le Nord, 1 à CAP FERRAT, 1 à MARSEILLE)

- dans les colonies: 10 en TUNISIE, 5 en ALGÉRIE, 1 au MAROC, 1 au DAHOMEY, 1 en GUYANE. Cette dernière catégorie représente donc 1/3 du total.

SI géographie

Paradoxalement, les Poggiolais les plus éloignés semblent être les plus attachés au développement du village.

Justement, il est à remarquer que l'idée du Syndicat d'Initiative semble venir d'Afrique du Nord. Tous les documents sortent de l'Imprimerie Libre, 23 Cours Bertagna, à Bône (Algérie). Bône est la ville où habitaient Toussaint PASQUALINI (qui ne cotisa qu'en 1924) et Antoine MARTINI (qui ne paya qu'en 1926). Mais le sous-préfet de  BÔNE est alors Charles LOVICHI qui le restera jusqu'à sa retraite en  1927. Serait-ce lui la cheville ouvrière?

 Dans le Bureau du Syndicat d'Initiative, le Président (Charles Antoine DESANTI) et deux membres du Bureau (César ANTONINI et Jean-Baptiste DESANTI) travaillaient à Tunis.

Si le déracinement de Poggiolais au profit de l'empire colonial est alors commun  à toute la Corse, la curiosité est la sur-représentation de la TUNISIE (10 sur 18 "coloniaux"). Cette originalité se vérifie pour l'ensemble des communes des Deux-Sorrù à cette époque.

Elle tient à un élément historique bien particulier qui fera l'objet d'un prochain article.

  =================================
 A suivre en cliquant ICI.
 

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 19:12

 

"Il ne se passe rien dans ce village". "On s'ennuie". "Rien ne peut attirer des touristes ici".

Voila le genre de phrases n'ayant aucune raison d'être à Poggiolo. Ce blog montre que beaucoup d'activités sont possibles, si l'on veut bien s'en donner la peine.

Le hasard de travaux à Soccia voici deux ans a permis la découverte de documents sur une initiative poggiolaise datant de 1924. Elle avait déjà pour but de répondre aux mêmes jérémiades. En 1924, a donc été créé le SYNDICAT D'INITIATIVE de POGGIOLO.

Le but en était défini dans l'article 1 des statuts:

"1° Etudier les mesures qui peuvent tendre à augmenter d'une manière générale la prospérité de la Commune et d'en poursuivre la réalisation;

2° Attirer les touristes et leur rendre leur séjour et leurs excursions faciles et agréables".

 

SI-statuts

La lettre-circulaire envoyée par le Président du Syndicat d'Initiative aux Poggiolais qui voudraient adhérer reprenait les mêmes idées:

"Cher Compatriote,

Vous savez que notre village merveilleusement doté par la nature se trouve dans une situation précaire. Le manque absolu de ressources communales n'a jamais permis l'exécution des travaux, qui pourraient contribuer à sa prospérité et à son embellissement.

En vue de créer ces ressources et de coordonner la suite des travaux dont tout le monde comprendra l'utilité, nous avons créé un Syndicat d'Initiative à la prospérité duquel chaque originaire aura à cœur de contribuer."

 

SI-bull d'adhésion

L'article de "Corse-Matin" du 16 février 2007 qui relate la découverte de ces documents  explique une telle préoccupation par le contexte de l'époque: "Il est vrai que le syndicat d'initiative avait son utilité, la station thermale de Guagno-les-Bains était ouverte, ses eaux draînaient des centaines de curistes en toutes saisons. Pourtant, les infrastructures immobilières et routières étaient déficientes et le modernisme absent."

 

L'article X des statuts prévoyait que l'Assemblée générale aura lieu "chaque année à Poggiolo, le troisième dimanche d'Août." La première eut d'ailleurs lieu en août 1924. Le Président était Charles-Antoine DESANTI, instituteur à Tunis (qui fut ensuite à la retraite en 1927). Le Bureau était composé de César ANTONINI, Pierre CARLI, Valère CECCALDI, Jean-Baptiste DESANTI, Antoine FRANCESCHETTI et Jean Noël PINELLI (trésorier).

Papier à lettres et enveloppes à en-tête avaient également été  imprimés pour la correspondance de l'association.

 

SI-papier lettre

Ce Syndicat d'Initiative a-t-il eu une grande influence? Un prochain article permettra de mieux savoir qui avait adhéré à cette Association. Il nous donnera un tableau de la population poggiolaise de l'entre-deux guerres mondiales et nourrira plusieurs des notes suivantes.

(cliquez sur les images pour les agrandir)

Suite en cliquant ICI.

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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 17:39

Parmi les six Poggiolais tués pour la France lors du second conflit mondial, l’exemple de  Marc Jean OTTAVY sera plus particulièrement décrit ici car nous avons plus de renseignements sur lui. Les autres feront l’objet d’articles ultérieurs.

 

Marc Jean OTTAVY (dit habituellement « Jean » ou « Jeannot ») n’est pas né en Corse mais en Algérie, à CONSTANTINE, en 1922.

Il fait partie de ces familles corses qui, devant la pauvreté matérielle, cherchèrent leur survie dans les territoires coloniaux.

Son père Martin OTTAVY était né à PHILIPPEVILLE mais ses grands-parents paternels étaient nés à SOCCIA et se marièrent à PHILIPPEVILLE. Antoinette PINELLI, la mère de Jean, était née à CONSTANTINE où les parents de celle-ci, nés et mariés à POGGIOLO, s’étaient installés.

La famille avait déjà été marquée par la première guerre avec l’oncle maternel de Jean, le sous-lieutenant Jean-Toussaint PINELLI, qui était mort en 1918 dans l’Oise.

 

Jean Ottavy

Jean était étudiant en Droit à ALGER quand il fut mobilisé, comme beaucoup de Français d’Algérie. Après le débarquement anglo-américain de novembre 1942, le million de Français d’origine européenne d’AFN fournit 170.000 hommes, représentant 27 classes d’âges entre 17 et 45 ans, plus les engagés volontaires, soit 16,35% de cette population. Effort supérieur à celui de la métropole en 14-18. Rappelons que les soldats d'origine européenne (dits "pieds-noirs") étaient « appelés » et non pas "volontaires" comme leurs camarades de combat "indigènes" musulmans.

Intégré dans une unité du Génie, Jean débarqua en Provence en août 1944 avec la 1ère Armée d’Afrique du général de LATTRE de TASSIGNY, comme d’autres Poggiolais (voir article du 20 mai 2009 sur Archange COLONNA). Après la libération de TOULON et MARSEILLE , il fit la remontée du Rhône et arriva aux bords du Doubs mi-septembre.

Maîche

L’offensive qui devait aboutir à la libération de STRASBOURG débuta le 14 novembre dans de grandes bourrasques de neige. Le 1er C.A. (corps d’armée) entra le 17 à MONTBÉLIARD. Le 18, en retrait du front, la patrouille que Jean dirigeait fut prise dans une embuscade près du village de MAÎCHE (où, cinq jours auparavant, de GAULLE et CHURCHILL avaient conféré pour préparer les futurs combats). Jean fut fauché en portant secours à ses camarades. Grièvement blessé, il ne put être secouru que tardivement, ayant perdu beaucoup de sang. Il décéda le 19 novembre à PONT-DE-ROIDE où il fut inhumé.

Sa tombe fut entretenue par une famille du lieu jusqu’à ce que, bien plus tard, le rapatriement du corps à POGGIOLO put être organisé. Il était titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre. Son nom est gravé sur le monument aux morts de POGGIOLO et sur celui de SOCCIA.

 

Note: Jean était le frère de Maryvonne OTTAVY et donc l'oncle de Joël et Hervé CALDERONI.

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 19:40

   Devant le monument aux morts de Poggiolo pour 1914-1918, une plaque a été malheureusement ajoutée pour la seconde guerre mondiale. Elle comporte six noms. A-t-on encore des souvenirs sur eux dans les familles? Que sait-on sur eux?


morts 39-45jpg

 

- CANALE Pierre: né à Guagno-les-Bains en 1917, il était sergent-chef dans la 5ème compagnie du 144ème RIA et mourut en 1940 à NOGENT L'ARTHAUD dans l'Aisne.

- DESANTI François Marie: soldat du 22e Bataillon Nord-Africain, il avait 20 ans quand il fut tué le 2 octobre 1944 à ROMCHAMP FOUR A COKE (Haute-Saône) près de BELFORT.

- DESANTI Jean: né en 1914, était adjudant au 11e RAT et décéda le 19 mars 1941 en Allemagne, à RAVENSBURG WEINGARKEN, où il était prisonnier.

- ORAZI François Mathieu: né en 1924, était soldat à la 10e compagnie de tirailleurs algériens et mourut des suites de ses blessures à CITÉ AMÉLIE dans le Haut-Rhin le 28 janvier 1945.

- OTTAVY Marc Jean (orthographié OTTAVI sur la plaque): Soldat dans la  1ère Armée Française. Né le 14/09/1922 à Constantine (Algérie). Mort le 19  novembre 1944 à PONT DE ROIDE dans le Doubs.Vinciguerra Paul  

- VINCIGUERRA Paul (photo ci-contre): naquit en 1924 à Poggiolo et fut tué au combat le 23 avril 1945 en Allemagne. Etait soldat dans le 1er Régiment de spahis algériens de reconnaissance.

 

 


Comme pour l’ensemble du pays, le nombre est bien inférieur au carnage de 14-18 (trente morts pour Poggiolo). Trois sur six ont péri en trois mois, lors des durs combats de l’hiver 1944-45 dans l’Est.

Autre particularité : la grande majorité faisait partie d’unités d’Afrique du Nord, soit pour y avoir été recruté, soit pour y avoir rejoint la France Libre.


Pensons à leur sacrifice qui nous a permis de vivre libres.

 

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 17:16

Depuis la seconde guerre mondiale, la Corse a connu deux drames qui ont bouleversé la communauté insulaire.


Le premier fut la disparition, le 11 septembre 1968, de la Caravelle Ajaccio-Nice (cf article du 4 mars 2009).


L'autre fut, voici tout juste dix-huit ans, le 5 mai 1992, l'effondrement de la tribune du stade de Furiani, au début du match SECB-OM. En prévision d'une grande affluence, et d'une recette importante, cette tribune avait été construite à la hâte sans avoir été expertisée. Les responsables de la sécurité s'étaient surtout inquiétés de prévenir des incidents entre supporters des deux équipes, tandis plus que le président de l'OM et le maire de Bastia étaient alors tous deux ministres du même gouvernement.


Il y eut 17 morts et plus de 2.000 blessés, et la Corse en reste encore traumatisée.


 

 
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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 19:17

Voici une semaine, le 12 et le 13 avril, sont parus deux articles sur "tenir le mur" qui contenaient plusieurs photos de Poggiolais d'il y a une quarantaine d'années. Ces images sont de nouveau à votre disposition avec les noms de chacun (mais de façon incomplète). Ils sont tous disposés de gauche à droite.  Aviez-vous tout trouvé?

trio devant mur

Joël CALDERONI, Marie-Thérèse MARTINI (maintenant épouse LECCIA), Hervé CALDERONI

(photo prise par Michel FRANCESCHETTI le 23 juillet 1968)

 

pierre pierrot,raymond, ange

Pierre MARTINI, Pierrot PIETRI, Raymond MARTINI, Ange MERCURI

 

bande

Hervé CALDERONI, François ORAZY, Dominique PINELLI (accroupi), Jean Christian LUCCHESI, Francis LUCCHESI, Jules (accroupi), Marie-Thérèse MARTINI (maintenant épouse LECCIA), Antoine CECCALDI (dit "Bébé"), Toussaint MICHELANGELI (accroupi)

 

xaviere angele

Xavière MARTINI, Angèle PINELLI, Chantal MARTINI, Dominique PINELLI, Hervé CALDERONI, Martine CECCALDI

(ces trois photos sont de Jacques-Antoine MARTINI)

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 11:42
Les panneaux électoraux achetés pour l'occasion des élections territoriales par la mairie sont restés vierges en grande partie. Les partisans des listes en présence les ont presque totalement ignorés. Il est vrai que l'utilisation des panneaux officiels est loin d'être devenue une tradition. Depuis quelques temps, les isoloirs sont utilisés, ce qui est un progrès énorme par rapport aux habitudes d'il y a une trentaine d'années. Autrefois, les affiches politiques se mettaient n'importe où, le respect de la nature n'étant pas pris en compte.
Plus visibles sont les inscriptions à la peinture. Il en existe plusieurs à Poggiolo. Par exemple, en bas du village, à la Tiusa...
tag Tignosa    
Le garage des CALDERONI en supporte depuis longtemps...
tag garagec 
Une est visible sur le mur au bord de la route...
tag route 
L'intérêt, pour les peintres, est que leur œuvre est durable.
Le record de durée est détenu par le morceau de tag qui est encore sur le côté de la maison CECCALDI.
carli2
On voit bien un "A" précédé d'un "C" plus pâle et suivi par des ombres d'autres lettres. Les spécialistes d'épigraphie pourront y lire "CARLI", ce qui peut paraître ésotérique.
Cette inscription est bien politique sans avoir cependant une signification politique.
En août 1968, le décès de Martin PAOLI, maire de Poggiolo, ayant libéré son siège de conseiller général, deux candidats s'affrontaient: Jean GAFFORY, maire de Guagno, pour la gauche, Ange CARLI, maire gaulliste de Soccia.
Les jeunes Poggiolais en discutaient évidemment. Il y eut une dispute sur des sujets mineurs et, les esprits s'échauffant, on mélangea opinions politiques et questions personnelles. Du coup, cinq d'entre eux, pour montrer leur mécontentement et surtout pour agacer d'autres qui se proclamaient de gauche, eurent l'idée de prendre un pot de peinture. En pleine nuit, ils badigeonnèrent quelques murs du nom du candidat socciais (qu'ils ne soutenaient pas forcément tous). Le lendemain et les jours suivants, les discussions allèrent bon train, chacun y voyant une audacieuse action de propagande d'un camp. Quant aux jeunes, leur querelle fut vite oubliée.
Un tag (mot qui n'existait pas en 1968), placé sur l'actuelle maison GRIMALDI, fut rapidement barré de peinture noire et resta en l'état plusieurs années.
femmes-village.jpgtag femmes    
L'inscription de la maison de Valère est la seule rescapée.
 tag Carli
Avant qu'elle disparaisse, ne faudrait-il pas la protéger et la classer comme monument historique? Ne fait-elle pas partie du patrimoine poggiolais? Faut-il en faire la demande aux nouveaux élus de la CTC?

P.S.: L'élection cantonale fut remportée par Jean GAFFORY. Un film de la vidéothèque poggiolaise évoque sa victoire.
Cliquez sur l'image ci-dessous pour voir
le filmgaffory 1968

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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 07:47
Les statistiques de l'article précédent pouvant paraître assez désincarnées, nous présentons maintenant plus particulièrement trois des trente Poggiolais tués par la guerre de 1914-1918.



Jean Toussaint MARTINI: le premier

Le premier Poggiolais mort de la guerre 1914/1918. Mort le 19 septembre 1914 à Neuilly en Craonne (Meuse).
Le 8 octobre 1914, alors que les hostilités venaient à peine de commencer, le tocsin sonnait déjà à Poggiolo. Ce fut le prélude d'une trop longue liste qui devait malheureusement se prolonger au fil des quatre années de la sanglante boucherie que fut la première guerre mondiale.
La mère Dorothée (sœur de l'instituteur du village Bernard Paoli) était restée veuve quelques années auparavant et avait déjà eu à déplorer la perte de sa fillette de dix ans. Elle n'avait plus de raison de vivre que ce fils, son unique enfant.
Au dire des anciens qui nous l'ont conté, à la réception de la terrible nouvelle, dans le village épouvanté, personne n'osait aller la prévenir. Pourtant il le fallut bien et, le conflit s'éternisant, la funèbre cérémonie se répéta maintes et maintes fois. Qu'à travers Jean Toussaint soit honorée la mémoire de tous ceux dont le nom figure sur le monument aux morts.

(texte écrit par Xavier Paoli et publié dans le numéro 10 de novembre 2007 du journal "L'Info U Pighjolu")






Jean Ary Francois Léon LOVICHI: celui qui voulait se battre



 
Né le 10 novembre 1893 à Constantine, en Algérie.
Déclaré inapte au service armé, ce qu'il refuse, il se fait aider par son père et rejoint l'Ecole des Aspirants d'Alger. Il part aux Dardanelles avec le 2° RMA (Régiment de Marche d'Afrique).
Cité à l'ordre de la brigade pour une action le 21 juin 1915, il décède de blessures de guerre le 14 juillet 1915 dans le ravin de Kérévés-Déré (presqu'ile de Gallipoli). Le même jour, il est cité à l'ordre de l'Armée. Déclaré Mort pour la France, il reçoit la Médaille Militaire à titre posthume - Repose au cimetière militaire Francais de Seddul-Bahr (presqu'île de Gallipoli). Tombe N° 269.

(Fiche rédigée par Pierre LECCIA et complétée par Marcel GERONIMI le 25-10-2009)

















               cimetière français de Seddul-Bahr





Jean-Baptiste DEMARTINI: une simple photo

(publiée dans le numéro 10 de novembre 2007 du journal "L'Info U Pighjolu")

Les trente morts de cette guerre ne furent pas les seuls héros. Les rescapés accomplirent des actions héroïques mais beaucoup rentrèrent au village sans raconter beaucoup.
Mais, si vous avez des souvenirs concernant cette guerre, racontez-les.

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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 14:00
    Ils étaient trente Poggiolais, trente Poggiolais qui aimaient leur village et leur famille.
    Ils étaient trente Poggiolais qui, un beau jour, ont endossé l'uniforme de l'armée française. Certains le firent volontairement, qui s'engagèrent afin de pouvoir recevoir une solde leur permettant de manger régulièrement. D'autres furent appelés par le gouvernement pour aller "casser du boche".
    Ils étaient trente Poggiolais qui allèrent loin du Tretorre et de Sorrù, de St Roch et de St Siméon.
   Ils étaient trente Poggiolais qui connurent la boue, le sang et l'horreur dans les tranchées de Champagne ou  des  Dardanelles. 
    Ils étaient  trente Poggiolais  qui  moururent dans la grande tuerie de la Première Guerre Mondiale.
   Ils étaient trente  Poggiolais  qui sont toujours là, devant nous, leurs noms inscrits  sur le monument aux morts, face à la fontaine du Lucciù.
Ce sont ces trente Poggiolais auxquels on pense chaque 11 novembre à Poggiolo.
     
Le monument aux morts, édifié en 1925 ou en 1930, a la forme d'une pyramide avec une face représentant un médaillon de soldat et des insignes militaires. Les noms des morts sont gravés sur  trois des côtés (celui de derrière est difficile d'accès car au bord d'un ravin). La face avant, avec l'inscription "1914-1918 Aux enfants de Poggiolo morts pour la France", est précédée par deux lutrins portant les noms des morts de 1939-1945 et de la guerre d'Indochine.

Mais quels sont ces noms et quels sont les êtres cachés derrière?

Il est possible de le savoir en utilisant l'excellent et méticuleux travail de Pierre LECCIA, et en le croisant avec les fiches des Morts pour la France (publiées par le Ministère de la Défense sur son site SGA/Mémoire des hommes) et avec la liste étudiée par Ours Jean CAPOROSSI.
La tache est difficile car, selon les sources, les prénoms ne sont pas les mêmes et certaines fiches sont incomplètes. Ainsi, sur le monument, sont inscrits deux DEMARTINI François alors que le Ministère nous apprend que l'un était Antoine François et l'autre Dominique François. Cinq autres ont des différences de prénom sur les fiches ministérielles.

LEURS NOMS:

Ils montrent que pratiquement toutes les familles du village ont été touchées et même décimées.
6 sont des DESANTI (dont deux fois deux frères),
6 des MARTINI, 5 des PINELLI (dont un père et son fils),
4 des DEMARTINI.
Sont représentées chacune par un seul nom: ANTONINI, BALDARESCHI, BATTESTI, COLONNA, FRANCESCHETTI, LOVICHI, PAOLI, PATACHINI (dont la véritable orthographe est PATACCHINI) et VINCIGUERRA.
Tous étaient Poggiolais mais sans être tous natifs du village.
Damien BALDARESCHI est plus précisément né à Guagno-les-Bains.

Trois étaient nés dans d’autres localités corses : Pierre Toussaint Antonini et Pierre François Battesti à Guagno, Jean Antoine Martin Desanti à Eccica Suarella, Jean André Patacchini à Pastriciola, François Pinelli à Ajaccio.

Deux étaient natifs d’Algérie : Jean Ary Lovichi de Constantine, Noël Martini de Sétif.

Deux avaient ouvert les yeux sur le continent : à Marseille pour François Antoine Paoli et à Paris pour Jean Dominique Martini.



L'ÂGE DE LEUR DÉCÈS?
Sur les 27 dont on connaît le renseignement, la moyenne est de 28 ans et demi. Âge élevé alors que le service militaire se faisait à 20 ans. De plus, 7 sont décédés en ayant dépassé 30 ans. Il faut donc en déduire que plusieurs s'étaient engagés bien avant la déclaration de guerre.
Le plus vieux fut Antoine François FRANCESCHETTI, né le 10 janvier 1857 à Poggiolo et mort le 5 février 1917 en son domicile de Lyon (donc à 60 ans).
Né le 10 février 1897, c'est à 20 ans et 3 mois, le 23 mai 1917, que mourut Franco Antoine COLONNA (prénommé seulement Franco sur le monument), dans une ambulance qui l'emmenait à St Hilaire-au-Temple (Marne), le plus jeune des morts du village.

QUELS GRADES AVAIENT-ILS ATTEINT?
Sur le monument, on peut compter 9 soldats, 5 sergents-majors, 4 sergents, 2 sous-lieutenants (mais en réalité l'un d'eux était aspirant), 2 lieutenants, 2 adjudants, 2 maréchaux des logis, 2 capitaines, 1 caporal, 1 brigadier.
Certains grades atteints montrent, comme les âges, que plusieurs étaient bien des militaires professionnels.
Les deux plus haut gradés (les capitaines) sont Antoine François FRANCESCHETTI et Baptiste PINELLLI.

OÙ S'ACHEVA LEUR VIE?
En dehors de ceux qui disparurent dans les tranchées du Nord-Est de la France,
2 furent victimes de la stupide expédition des Dardanelles en Turquie,
1 mourut sur un bateau qui le ramenait de Salonique
et 1 autre en Serbie.
4 expirèrent loin du front, des suites de leurs blessures ou de maladies contractées sur le front: 1 à Fez, 1 à St-Didier (Vaucluse), 1 à Guagno et 1 à Lyon.

OÙ REPOSENT-ILS?
Un examen des tombes du cimetière de Poggiolo permettrait de savoir qui a été vraiment enterré ici.
En attendant, il peut être certain que DESANTI François Antoine et DESANTI Jacques Antoine (prénommé seulement Jacques sur le monument) n'y sont pas car ils ont été déclarés "disparus" lors de combats dans la Meuse (à Béthincourt et à Vauquois).
COLONNA Franco Antoine est enterré dans la nécropole nationale de Somme-Suippe qui regroupe 4950 corps français.
Les restes de PINELLI Dominique Félix se trouvent dans le cimetière militaire de Flirey (Meurthe-et-Moselle) (tombe n° 118) avec ceux de 4.406 victimes de la guerre.
Beaucoup plus loin, c'est en Macédoine, à Skopje, au cimetière militaire français (voir la vidéo ci-dessous), dans la tombe n° 531, que repose DESANTI Dominique Xavier (dit seulement Dominique sur le monument),
mort à Zajeca en Serbie.
Pierre Toussaint MARTINI (appellé Toussaint sur le monument), qui s'était engagé dans la Légion, et qui fut tué à l'ennemi le 24 avril 1915, âgé de 46 ans, se trouve dans le cimetière militaire français de Seddul-Bahr, dans la presqu'île de Gallipoli en Turquie. Son nom ne figure pas dans la liste des 2.236 soldats identifiés mais les quatre ossuaires contiennent un total de 20.000 corps.

QUELQUES PARTICULARITÉS
- Le premier tué: Jean Toussaint MARTINI, le 19 septembre 1914 (il en sera question dans le prochain article de ce blog).
- La dernière victime:  Dominique Xavier DESANTI décédé le 13 décembre 1918, un mois après l'armistice, de maladie contractée en service.
- Le plus décoré: Antoine François FRANCESCHETTI qui eut la Médaille Militaire, la Croix de Guerre et la Légion d'Honneur.
- La double reconnaissance:
    Pierre Toussaint ANTONINI est mentionné sur le monument aux morts de Guagno.
    François DEMARTINI est également inscrit sur le monument de Soccia.
    Jean André PATACCHINI
se trouve aussi sur celui de Pastricciolla.
   Damien BALDARESCHI est nommé sur le "Livre d'Or des
Corses tombés au Champ d'Honneur" concernant la commune de Zalana.

Ils étaient trente Poggiolais qui connurent les souffrances et le destin des 11.325 Corses tués par la Grande Guerre.


   P.S.: si vous avez des renseignements complémentaires, ils pourrront être publiés dans ce blog. Si vous constatez des erreurs dans cet article, n'hésitez pas à nous les signaler.
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Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
  • Contact

Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

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