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11 octobre 2021 1 11 /10 /octobre /2021 18:00

 

Comme annoncé, nous commençons la liste détaillée des trente Poggiolais morts pendant la guerre de 1914-1918, afin qu'ils ne soient pas de simples inscriptions sur une pierre.

Les renseignements viennent en grande partie des registres d'état-civil de Poggiolo, et des registres matricules accessibles sur Archives Pumonti (Collectivité de Corse)  ainsi que de la base de données Mémoire des hommes (Ministère des Armées). Les fiches généalogiques du site Geneanet (dont celle de Pierre LECCIA) ont bien servi, ainsi que les photos de monumentmort.corse.

Quand le lieu de naissance n'est pas mentionné, il s'agit toujours de Poggiolo.

Malgré le soin mis dans les recherches, des erreurs ont pu se glisser. N'hésitez pas à nous le faire savoir.

 

-----------

 

Les quatre premiers noms inscrits sur le monument aux Poggiolais morts pendant la Grande Guerre sont:

ANTONINI Pierre Toussaint, BALDARESCHI Damien, BATTESTI Pierre François et COLONNA Franco Antoine.

Que sait-on sur eux?

 

Les trente noms du monument: les quatre premiers (1)

 

ANTONINI Pierre Toussaint, celui qui combattit en Grèce

 

Né le 14 octobre 1882 à Guagno - Décédé le 22 novembre 1916.

Parents : Antoine Marie ANTONINI (1842-1926) et Marie Madeleine CAVIGLIOLI (1855-1916).

Taille : 1,73 m.

Engagé en octobre 1902 au 5e RIC (régiment d'infanterie coloniale).

Caporal en 1904.

Au Tonkin de janvier 1905 à février 1909. Médaille coloniale (en 1907 ?)

Sergent en 1910.

En Guinée d’août 1910 à octobre 1912.

Médaille militaire en décembre 1912.

Adjudant le 16 mars 1914.

Epouse Marie Andrea POLI (1891-1977) à Toulon en septembre 1914.

Adjudant-chef le 1er septembre 1914. Combat en France.

Cité à l’ordre du régiment (le 8e régiment d'infanterie coloniale) pour avoir enlevé des tranchées à la baïonnette « et fait prisonnier un fort détachement commandé par un officier ».

Sous-lieutenant à titre temporaire le 15 décembre 1914, à titre définitif le 4 octobre 1916.

Fait partie de l’armée d’Orient (basée en Grèce) à partir de décembre 1915.

Lieutenant à titre temporaire le 13 avril 1916, à titre définitif le 11 novembre 1916.

 

Hôpital temporaire 5 fr Salonique. Photo Ministère de la culture - Médiathèque du patrimoine.

Hôpital temporaire 5 fr Salonique. Photo Ministère de la culture - Médiathèque du patrimoine.

 

Décède le 22 novembre 1916 hôpital temporaire 5 de Salonique ou, d'après sa famille, sur le bateau l’emportant à Marseille (voir l'article à ce sujet).

Croix de guerre avec palmes.

Enterré à Toulon au carré militaire Lagoubran carré SF, rang I, tombe 26, avec l'inscription "ANTONINI Pierre lieutenant Mort pour la France".

 

Photo Francis Pech sur le site http://monumentmort.corse.free.fr/

Photo Francis Pech sur le site http://monumentmort.corse.free.fr/

 

Inscrit sur le monument aux morts de Poggiolo comme « ANTONINI Pierre Toussaint lieutenant ».

 

Il figure aussi sur le monument aux morts de Guagno comme « ANTONINI P. Toussaint ».

Site http://monumentmort.corse.free.fr/

Site http://monumentmort.corse.free.fr/

 

 

BALDARESCHI Damien, tué deux mois avant l'armistice

 

Né le 6 avril 1893 à Guagno-les-Bains - Décédé le 8 septembre 1918.

Parents : Eugène BALDARESCHI et Baptistine MARTINI.

Taille : 1,67 m

Marié le 28 octobre 1913 avec Marie Angèle LECA.

Profession avant l’armée : cocher

Mobilisé le 30 novembre 1913 au 163e Régiment d'Infanterie.

Porté déserteur par erreur du 5 au 20 octobre 1915.

Blessé au Violu (Vosges) le 12 octobre 1916 par l’éclatement d’une torpille.

Mort pour la France le 8 septembre 1918 à Minaucourt (Marne), deux mois avant la fin de la guerre.

Inhumé dans la nécropole nationale Le Pont du Marson (tombe 5366) à Minaucourt-le-Mesnil-les Hurlus (Marne) avec l'inscription "BALDARESCHI Damien 163e RI Mort pour la France le 8-9-1918".

 

Est inscrit sur le monument aux morts de Poggiolo (en troisième position alors qu’il est deuxième dans l’ordre alphabétique) comme « BALDARESCHI Damien soldat ».

 

Photo d'Alain Chevallier. Site http://monumentmort.corse.free.fr/

Photo d'Alain Chevallier. Site http://monumentmort.corse.free.fr/

 

 

 

BATTESTI Pierre François, qui mourut à Guagno

 

Né le 19 juin 1896 à Guagno - Décédé le 4 août 1918.

Parents : Baptiste BATTESTI et Xavière POLI.

Taille : 1,72 m.

Incorporé le 19 avril 1915 au 119e régiment d’artillerie lourde.

1er régiment d’artillerie de montagne en mars 1917.

Réformé pour maladie le 23 mars 1918.

Meurt à Guagno le 4 août 1918 des suites de maladie contractée en service.

 

Inscrit sur le monument aux morts (à la quatrième ligne alors qu’il est troisième dans l’ordre alphabétique) comme « BATTESTI Pierre François soldat ».

 

 

 

COLONNA Franco-Antoine, au prénom particulier

 

Né le 10 février 1897 à Guagno-les-Bains.  Décédé le 23 mai 1917.

Parents : François COLONNA et Marie Madeleine BATTESTI, domiciliés à Guagno-les-Bains.

Déclaré à la mairie de Poggiolo avec le prénom de Franco-Antoine, mais inscrit comme François Antoine sur le registre matricule militaire.

 

Le registre des naissances de Poggiolo a bien enregistré le prénom Franco-Antoine. Archives Pumonti.

Le registre des naissances de Poggiolo a bien enregistré le prénom Franco-Antoine. Archives Pumonti.

Taille : 1,72 m.

Incorporé le 9 février 1916 au 7e régiment d’artillerie à pied, puis au 118e RAL (régiment d'artillerie lourde).

Sert comme canonnier servant.

Blessé le 10 mai 1917 à la jambe gauche, amputé, meurt le 23 dans l’ambulance 3/60 faisant office d’ambulance à St Hilaire au Temple (Meuse)

Médaille militaire posthume, croix de guerre.

Inhumé dans la nécropole nationale de Somme-Suippe (tombe 3319) avec deux erreurs dans l'inscription: "COLONA France 118e RAL Mort pour la France la 23.05.1917".

 

Inscrit sur le monument aux morts de Poggiolo (en deuxième ligne alors qu’il est quatrième dans l’ordre alphabétique) comme « COLONNA Franco soldat ».

 

Photo Alain Girod

Photo Alain Girod

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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 18:07
Réponse à la devinette du mois: le nombre de la tristesse

 

Le nombre trente ne peut pas être inconnu des Poggiolais qui sont tous passés devant l'endroit où il se trouve, plus exactement, devant l'endroit où trente noms sont inscrits.

 

Trente est le nombre des noms mentionnés sur le monument aux morts. Il représente les trente enfants de Poggiolo victimes de la guerre de 1914-1918.

 

Le monument a la forme d’un obélisque avec une base carrée posée sur un piédestal de deux marches. La face avant du pilier est décorée par deux représentations en bronze de la croix de guerre. Au-dessus, une tête de poilu est sculptée dans un médaillon posé sur une palme avec l’inscription « Pro patria ».

 

Sur la base, du côté oriental, près de la route, sont gravées les lignes suivantes :

 

«1914 -1918

AUX ENFANTS

DE

POGGIOLO

MORTS POUR LA FRANCE»

 

 

© Michel Franceschetti

© Michel Franceschetti

 

Les noms, avec leurs prénoms et leurs grades, des trente soldats sont marqués dans l'ordre alphabétique (malmené trois fois pour les prénoms) sur chacune des trois faces, à raison de dix noms par côté, ce que fait bien un total de trente.

 

La liste commence sur la face nord avec le lieutenant ANTONINI Pierre Toussaint.

 

© Michel Franceschetti

© Michel Franceschetti

 

Le côté ouest est le moins visible car placé à l'opposé de la route.

 

© Michel Franceschetti

© Michel Franceschetti

 

La liste se termine sur la face méridionale avec l'adjudant Charles Marie VINCIGUERRA.

 

© Michel Franceschetti

© Michel Franceschetti

 

 Trente noms de héros qui concernent toutes les familles poggiolaises et qu'il ne faut pas oublier au moment du 2 novembre et surtout de l'anniversaire de l'armistice de 1918, le 11 novembre.

 

 

 

Dans les prochains jours, le blog des Poggiolais publiera, en plusieurs fois, les biographies de chacun de ces trente soldats.

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19 septembre 2021 7 19 /09 /septembre /2021 17:57

 

La lutte entre François COTY et Jean-François GALLINI, par CHIAPPINI et CECCALDI interposés, devait être tranchée le dimanche 11 septembre 1921 par les électeurs du canton de SOCCIA. Le verdict fut sans appel. 

 

Sur 801 inscrits, 452 électeurs allèrent voter. COTY fut élu sans difficulté par 282 voix contre 170 à  Jean-François CECCALDI, soit 62,38%:

- GUAGNO: 98 voix (64%) contre 55

- ORTO: 47 (87%) contre 7

- SOCCIA: 111 (74,5%) contre 38

Seul, POGGIOLO se singularisa en ne lui attribuant que 26 voix (30,23%) contre 70 au maire du village.

 

Dans le canton voisin de VICO:

Inscrits: 1.877 - Votants: 945 - Exprimés: 940 -

Le docteur CHIAPPINI l'emporta facilement avec 873 voix. GALLINI, non officiellement candidat, en eut 50.

 

Ces deux élections étaient bien liées et les deux vainqueurs assistèrent ensemble à la proclamation des résultats à VICO, puis à SOCCIA.

 

Le canton était au parfum. 3/3: une revanche éphémère

 

"L'EVEIL DE LA CORSE" du 13 septembre eut raison d'écrire que cette élection "avait pris les proportions d'une consultation législative". D'ailleurs, la fête qui suivit le démontra: elle fut organisée à SOCCIA mais aussi en dehors des deux cantons, dans les rues d'AJACCIO, le 13 septembre.

 

 

LA DÉROUTE IMPÉRIALE

 

Le quotidien "cotyste" revint plusieurs fois sur cette élection. Le 21 septembre, il publia un article se voulant humoristique intitulé "La déroute impériale" qui utilisait des références napoléoniennes et militaires:

 

"La bataille dirigée par l'Empereur du Sahel, en personne, a été acharnée, terrible, décisive. Les troupes de terre étaient au commandement direct de Sa Majesté; l'armée de mer obéissait à l'amiral Landry; le service général de santé était dirigé par M. le docteur Sari (...)

Prenant une résolution dont seuls sont capables les hommes de génie, Sa Majesté, si malade à Vico, trouve néanmoins assez d'énergie pour monter dans un tank et franchir le col de Sorro. Aussitôt arrivée sur les lieux, elle prend le commandement des troupes. Peine perdue! Guagno résiste, Orto est immuable et Soccia devient terrible. Seul au centre Poggiolo est conquis. Le quartier impérial y est transporté. C'est là qu'arrivent les nouvelles. (...)

Mais bientôt les illusions tombent. Le 10 septembre, au simple contact de son adversaire, l'Empereur, décontenancé, s'enfuit au Palais de Nesa."

 

Le reste est à l'avenant.

 

 

Le canton était au parfum. 3/3: une revanche éphémère

 

 

UN MANDAT SÉNATORIAL ÉCOURTÉ

 

Jean-François GALLINI fut fortement marqué par cette défaite. Les articles de "L'Eveil de la Corse" font plusieurs fois allusion à sa santé chancelante. Il décéda finalement en Tunisie le 20 avril 1923.

 

François COTY se porta immédiatement candidat pour remplacer enfin son vieil ennemi au Sénat. Il y mit les moyens. La campagne lui coûta 1.800.000 Francs de l'époque.

 

Le scrutin se déroula le 8 juillet 1923 en Corse. François COTY fut proclamé vainqueur au premier tour de scrutin, par 397 voix contre 391 à Adolphe LANDRY, sur 788 votants. Mais l'élection fut contestée par LANDRY qui reprochait à son concurrent:  

 - d'avoir fait annuler les suffrages de certains délégués sénatoriaux, parce que ceux-ci étaient inéligibles,

- des faits de corruption individuelle et de corruption collective,

- et enfin l'intervention, dans la campagne électorale, du contumace ROMANETTI. 

Nonce ROMANETTI, né à CALCATOGGIO, caché au maquis depuis 1914, prétendait contrôler toute la Cinarca, y compris la vie politique.

 

La discussion eut lieu à la séance du Sénat du 10 avril 1924, en l'absence de François COTY malade, et les opérations électorales furent annulées.

 

Le parfumeur ne se représenta pas, renonçant définitivement à la Haute Assemblée. Le 29 juin 1924, LANDRY put faire élire Joseph GIORDAN, archétype du système clanique de l'époque.

 

 

LA RECONNAISSANCE AJACCIENNE

 

COTY se contenta ensuite de financer le parti bonapartiste qui reprit la mairie d'Ajaccio aux républicains en 1925 et la garda aux élections de 1929.  En remerciement, Dominique PAOLI fit élire, à l'occasion d'une partielle, COTY conseiller municipal le 10 janvier 1931 (avec 2086 voix sur 2539) puis maire le 25.

 

Comme l'a écrit Ghislaine SICARD-PICCHIOTTINO, dans son livre "François Coty, un industriel corse sous la Troisième République", "François venait chercher en Corse l'estime et la reconnaissance de ceux qui l'avaient naguère rejeté". Il trouvait enfin cette consécration tant désirée.

 

 

Le canton était au parfum. 3/3: une revanche éphémère

 

 

Il vint ceindre l'écharpe tricolore dans la cité impériale (sur la photo, il tient un cartable à la main) puis rentra à Paris... et ne remit plus jamais les pieds en Corse.

 

Ses dépenses politiques avaient été importantes. Il fut également ruiné par la crise économique de 1929 et par son difficile divorce. Comme l'analyse l'auteur déjà cité, "Il restera en Corse un grand, très grand mécène, dépensant sans compter pour un pays dont il est originaire mais où il a compris avec douleur que, depuis son premier départ, il demeurerait un étranger, condamné à chercher un avenir ailleurs; et ses milliards ne peuvent et ne pourront rien y changer".

 

Décédé le 28 juillet 1934, François COTY ne fut inhumé à Ajaccio que le 7 juin 1968.

 

 

PS1: la société des parfums COTY est toujours une énorme société détentrice de nombreux parfums de différents noms. Son site (en anglais) fait toujours référence à son créateur.

PS 2: plusieurs ouvrages, très inégaux, existent sur François COTY.  Olivier BARROT, dans "Un livre par jour " sur France 3, en a présenté un.  Cliquez ICI.

PS 3: de très nombreux sites internet mentionnent François COTY.

 


 Parmi les nombreuses dépenses réalisées en Corse, COTY donna des subventions pour l'érection d'une soixantaine de monuments aux morts. Ceux de Sorru in Sù sont-ils concernés? Une recherche parmi les archives municipales serait très utile. 

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18 septembre 2021 6 18 /09 /septembre /2021 17:56
Manuscrits cachés à Poggiolo

 

Jean-Baptiste CROCE revient, dans Settimana du 17 septembre, sur les manuscrits volés de L-F CELINE et qui auraient été cachés en Corse (page 12).

 

Il reprend l'idée, largement déjà évoquée sur ce blog (notamment ICI et ICI, du rôle important joué par Oscar ROSEMBLY dans la disparition des feuillets de l'écrivain et, évidemment, mentionne Poggiolo.

 

Le journaliste expose clairement les connaissances actuelles sur l'affaire littéraire de l'été, ce qui est bien utile pour les personnes qui n'auraient pas tout suivi.

 

L'image peut être agrandie en cliquant sur elle.

L'image peut être agrandie en cliquant sur elle.

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17 septembre 2021 5 17 /09 /septembre /2021 18:00

 

LE COMBAT DE SOCCIA

 

    Le 11 septembre 1921, se joua le sort du siège de conseiller général de SOCCIA. Il fallait élire, au Conseil Général de la Corse (qui n'était alors qu'un seul département), le représentant de l'ancienne piève de Sorru in Sù (POGGIOLO, SOCCIA, ORTO, GUAGNO). Mais le hasard fit que, au même moment, il fallut trouver un nouveau titulaire pour le canton de VICO (l'ancien Sorru in giù: VICO, ARBORI,  BALOGNA, COGGIA, LETIA, MURZO, RENNO). En effet, l'élection de Jean-François GALLINI (pourtant conseiller général depuis 1909) avait été invalidée pour fraude électorale par le Conseil d'Etat.

 

    Jean-François GALLINI ne se présenta pas à VICO et laissa la place au docteur Philippe CHIAPPINI, de MURZO, collaborateur de "A Muvra". Par contre, il ne pouvait accepter que François COTY prenne pied dans la terre voisine. Le parfumeur ne se présenta pas  au  premier tour mais réussit à obtenir le désistement en sa faveur de trois des candidats qui s'étaient affrontés le 3 septembre, MARTINI, OTTAVY et SANTINI.

 

   Ne restait en lice contre lui que Jean-François CECCALDI, maire de POGGIOLO depuis le 8 décembre 1919. Il était prévu que, en cas de victoire, CECCALDI cède ensuite le siège à GALLINI pour lui permettre un redémarrage de sa carrière. Voilà pourquoi la présence de COTY était insupportable à celui qui était surnommé "l'empereur du Sahel". La campagne du second tour fut très âpre et paradoxale, entre un candidat de dernière minute et une personnalité non-candidate.

Caricature de J-F Gallini en "empereur du Sahel" (1922), coll Philippe Martinetti.

Caricature de J-F Gallini en "empereur du Sahel" (1922), coll Philippe Martinetti.

 

 "L'Eveil de la Corse" en donne un récit, évidemment très partisan:

 

"M. GALLINI, non content d'avoir volé le siège sénatorial de M. COTY, résolut de tout tenter pour lui ravir le siège de conseiller général: l'homme malade de VICO puisa des forces nouvelles dans sa haine incompréhensible. (...)

Oui, il se traîna à SOCCIA, à GUAGNO, à POGGIOLO, partout; il alla de porte en porte quémander, promettre, supplier ou menacer, il se démena, semant en des oreilles naïves ou ignorantes la perfidie de propos fantaisistes dont M. COTY faisait naturellement les frais. (...)

Le vieil empereur du Sahel avait en même temps fait donner la garde: parallèlement à ses manœuvres stratégiques, la grosse artillerie des lettres et des télégrammes, sous le commandement du député LANDRY et du sénateur-maire SARI, dirigeait son tir sur tout le canton. C'étaient des appels désespérés, avec des trémolos et des attendrissements, au nom de la République, ou de la parenté, ou du passé, ou de l'avenir. (...) Tout le monde était sur le pont, et l'abordage fut mené par un ancien ministre et deux sénateurs, sans compter quelques comparses de moindre importance qui formaient l'équipage de cette galère.

Et la galère sombra."

 

 

    Toute autre est la description de la tournée électorale de François COTY le 10 septembre, la veille du scrutin. Voici quelques extraits: 

 

"A GUAGNO, une manifestation enthousiaste, accompagnée de salves de coups de fusil, l'a accueilli."

"A ORTO, un arc de triomphe avait été dressé. M. le capitaine PAOLI, assisté de M. le Maire, a prononcé l'éloge de M. COTY."

"A SOCCIA, au cours d'une réunion que présidait M. le capitaine COLONNA, maire de la commune, un échange de déclarations a eu lieu. La présence aux côtés de M. COTY de MM. MARTINI, OTTAVY et SANTINI, candidats du premier tour, a donné à cette manifestation le caractère le plus significatif."

 

    Bien sûr, la réception poggiolaise fut d'un autre genre:

"A POGGIOLO, un accueil affable a été réservé à M. COTY, dont la première visite de courtoisie a été pour le maire, M. CECCALDI, qu'on désigne comme son adversaire probable de demain, et avec lequel il s'est fort courtoisement entretenu."

 

 

Il ne restait plus qu'à attendre le verdict des urnes.

 

(à suivre)

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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 18:00

 

Il peut être difficile de croire qu’une simple élection cantonale dans les Deux Sorru ait pu retenir l’attention des hommes politiques et des journaux du continent. Et pourtant ce fut le cas en septembre 1921, voici exactement un siècle, à cause de la personnalité des deux adversaires en lice: Jean-François GALLINI et François COTY.

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ENRICHI PAR SON NEZ

    Joseph Marie François SPOTURNO naquit à Ajaccio le 3 mai 1874, de Jean-Pierre SPOTURNO et de Marie COTI. Son arrière-grand-père, Jean-Baptiste SPOTURNO, fut maire de la cité impériale, entre 1822 et 1826. Mais, son père ayant abandonné le foyer et sa mère étant morte alors qu'il avait quatre ans, il fut élevé modestement par sa grand-mère Anne BELLONI.

   A 22 ans, ayant pris comme nom celui de sa mère avec un "y", il alla à Paris où il fut initié au journalisme par Emmanuel ARENE (qui était aussi président républicain du conseil général de Corse, député puis sénateur) et à la chimie par un pharmacien, Raymond GOERY, qui lui donna l'idée de fabriquer des parfums. Ayant un "nez" exceptionnel et un grand sens de la publicité, il se tailla une grande place dans la parfumerie. Sa société COTY-LANCASTER, fondée en 1904, prit une taille internationale.

 

Le canton était au parfum. 1/3: la richesse et l'humiliation

 

UNE TÊTE POLITIQUE

 

    Devenu très riche grâce à ses parfums, François COTY était torturé par le démon de la politique.

   Il acheta des journaux ("Le Figaro" en 1922, puis "Le Gaulois") ou en créa ("L'Ami du peuple" en 1928).

   Il finança des mouvements politiques monarchistes ou très à droite. De 1924 à 1928, il donna près de 2 millions de Francs au quotidien royaliste "L'Action Française" avant de se brouiller avec Charles MAURRAS. Il soutint financièrement le Faisceau de Georges VALOIS (1925) et les Croix de Feu (1927). Il en arriva à créer sa propre ligue, Solidarité Française, en 1933. Ce mouvement nationaliste, antiparlementaire, antisémite et antimaçonnique joua un rôle important lors de l'émeute du 6 février 1934.

    Le duc de GUISE, prétendant au trône de France de 1926 à 1940, le désigna comme conseiller de son fils le comte de PARIS. Au mariage de celui-ci, COTY offrit à la princesse Isabelle un cadeau qui fit sensation: un diadème de feuillages en diamants sertis de sept grosses émeraudes cabochon.

 

François COTY vers 1926 (photo Wikipedia)

François COTY vers 1926 (photo Wikipedia)

 

L'HUMILIATION SÉNATORIALE

 

    Il s'engagea également très tôt dans la politique insulaire. Il finança la revue autonomiste "A Muvra" du Vicolais Petru ROCCA. Mais c'est à gauche qu'il débuta.

 

   Aux élections législatives de 1919, il soutint, avec ses gros moyens, les candidats dirigés par LANDRY et MORO-GIAFFERI. Seulement, il fut oublié sur la liste des sénatoriales de 1920. Dès lors, la rupture avec la gauche fut définitivement consommée et, lors des sénatoriales partielles du 9 janvier 1921, il fut candidat sur la liste de la Droite Gaviniste, aux côtés de Paul DOUMER, qui fut élu.

 

   La liste du PRDS (gauche) l'emporta et obtint 2 élus: EMILE SARI et Jean-François GALLINI, le maire de SOUSSE en Tunisie, qui fut proclamé élu avec, sur COTY, une majorité de deux voix venant de deux grands électeurs dont la Préfecture avait pourtant préconisé la radiation.

 

 

 

 

Le canton était au parfum. 1/3: la richesse et l'humiliation

 COTY vécut ce déni de justice comme une humiliation et mit tout en œuvre pour se venger. Dans ce but, il devint propriétaire du quotidien ajaccien "Le COLOMBO" (fondé en 1913) qui devint, dès le 20 avril 1921, "L'Eveil de la Corse" ("journal quotidien de grande information politique, économique, agricole et littéraire"), dont les bureaux étaient 14 cours Grandval et qui fut dirigé par le journaliste et romancier Henri OMESSA. Il lui fut vite très utile pour prendre sa revanche sur GALLINI.

(à suivre)

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27 août 2021 5 27 /08 /août /2021 18:09
Poggiolo et Oscar Rosembly dans l'hebdomadaire "Marianne"

 

L'affaire de la découverte des manuscrits inédits de l'écrivain CÉLINE continue à agiter le monde littéraire et de nouveaux articles paraissent encore sur ce sujet. Dernier en date: l'hebdomadaire Marianne.

 

Dans son numéro daté du 27 août, le magazine de Natacha POLONY publie une enquête de Laurent VALDIGUIÉ intitulée "Louis-Ferdinand Céline, l'enfant caché".

 

Dans ce texte fouillé et précis, le journaliste évoque longuement la "piste corse", et plus exactement poggiolaise, pour expliquer où ces documents ont pu disparaître si longtemps, depuis 1944 jusqu'à cette année.

 

Il est amplement question d'Oscar ROSEMBLY à propos des témoignages de Jacques-Antoine et Pierre MARTINI qui évoquent diverses anecdotes sur la personnalité de celui qui était "fin lettré" mais se faisant passer pour "l'idiot du village". Le maire de Sampolo se souvient de sa mort en 1990: "C'est moi qui ai fait la croix de sa tombe, au cimetière de Poggiolo, et son enterrement était d'une tristesse inouïe, il n'y avait personne, ni sa fille ni ses petits-enfants."

 

Nous vous donnons ci-dessous la partie de cette enquête consacrée à Poggiolo et à ROSEMBLY mais il est conseillé d'acheter Marianne pour lire l'ensemble de l'article, d'autant que cet hebdomadaire est une des rares publications ne trempant pas dans la bien-pensance du politiquement correct.

 

Petite précision: la photo de la maison du Luccio (où vécut Oscar ROSEMBLY) qui illustre l'article est extraite de Google Maps et date de novembre 2008. En cadeau, voici une photo du même lieu actualisée car prise par Michel Franceschetti le 6 août 2021.

 

 

Poggiolo et Oscar Rosembly dans l'hebdomadaire "Marianne"
Poggiolo et Oscar Rosembly dans l'hebdomadaire "Marianne"
Poggiolo et Oscar Rosembly dans l'hebdomadaire "Marianne"
Poggiolo et Oscar Rosembly dans l'hebdomadaire "Marianne"
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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 18:00

 

    Le début du XXème siècle, fut un "âge d'or" pour Guagno-les-Bains, au moins jusqu'à l'attaque sanglante du 17 août 1931.

 

    Même après la fermeture de l'hôpital militaire en 1883, le hameau recevait de nombreux curistes et touristes. Le "Guide bleu" de 1939 écrivit que ce lieu "est non seulement une station thermale très fréquentée, mais aussi une villégiature et un centre d'excursions recommandables dans une contrée accidentée et pittoresque.". Et d'énumérer ensuite les hôtels du lieu:

 

- Grand Hôtel Continental (ouv. toute l'année; autos et calèche à Vico à l'arrivée de l'autobus t. l. j. pendant la saison; gar.)  

- Central

- de la Terrasse 

- Martini

- Villa des Fleurs

- de l'Etablissement thermal (du 1er juin au 30 septembre)

 

La folle et sanglante agression de Guagno-les-Bains (17 août 1931)

 

   Il faisait bon vivre à Guagno-les-Bains mais, voici 90 ans, un drame troubla la fête et fit une très mauvaise publicité à la station thermale. Ce fut le 17 août 1931.

 

   Reprenons le récit qui parut le 24 août dans "Le Petit Provençal", journal marseillais qui avait une importante rubrique corse.

 

    "Mardi dernier, vers 9 heures du matin, le bandit CAVAGLIOLI François et ses deux neveux TORRE Jean-Baptiste et CAVAGLIOLI Toussaint - ce dernier âgé de 17 ans - sont arrivés à GUAGNO-les-BAINS. Ils étaient tous trois armés de fusils et de pistolets avec cartouchières garnies.

   Dès leur arrivée dans cette station d'été, très fréquentée par les malades et les estivants, ils sont allés aux hôtels Casta, Martini Pascal et au débit Leca. Sous la menace de leurs fusils braqués dans la direction des patrons de ces établissements, ils ont exigé le versement de sommes variant de 1.000 à 5.000 francs.

   Après quoi, le bandit CAVAGLIOLI François a posté ses deux neveux au coin de l'établissement thermal tenu par M. Michel SIMONGIOVANNI et lui-même est rentré dans la cour de l'hôtel, a fait lever les mains en l'air aux clients de l'établissement qu'il a rencontrés, puis se plaçant au bas d'une fenêtre, il a appelé le patron: "Michel!  Michel!", son fusil braqué dans la direction de la fenêtre où le propriétaire était susceptible de paraître."

 

    Michel SIMONGIOVANNI, concessionnaire de l'établissement, avait refusé, quelque temps auparavant, le racket établi par le bandit et avait déclaré: "Plutôt que de verser à Caviglioli la somme qu'il me réclame, je suis prêt à lui flanquer cinq balles dans le front" (extrait de Jean BAZAL "Avec les derniers bandits corses", 1973).


   

 

Publicité parue dans "La Corse touristique" en 1926.

Publicité parue dans "La Corse touristique" en 1926.

 

 Le quotidien raconte ensuite:

   "Ce dernier n'ayant pas répondu, CAVAGLIOLI s'est retiré et, de la route, ses neveux et lui ont tiré une trentaine de coups de fusils sur les fenêtres de l'établissement.

   Notre malheureux concitoyen, M. Antoine GUAGNO, qui se trouvait dans sa chambre avec sa jeune femme, atteint à la tête par une balle, fut foudroyé."

 

    Certains textes, mis en référence par Pierre LECCIA sur GENEANET dans sa notice sur Antoine GUAGNO, évoquent l'imprudence de la victime qui se serait mise à la fenêtre pour regarder ("Le Figaro", 26/08/1931, p. 4) ("L'Humanité", 26/08/1931, p. 1) ("Ric et Rac", n° 140, 14/11/1931, p. 2). Les articles se partagent pour localiser l'impact de la balle (tête ou cœur).

 

    Antoine GUAGNO était né en 1900 à Ajaccio où son père Sébastien dirigeait un important garage. La publicité ci-dessous est extraite de la revue "A Muvra".

 

La folle et sanglante agression de Guagno-les-Bains (17 août 1931)

 

Le journal continue:

  "Avant de se retirer vers les collines de LETIA, les bandits ont mis le feu au pré qui s'étend en contrebas de l'établissement thermal."

Il s'agit du terrain sur lequel a été ensuite construit l'Hôtel des Thermes.

 

    Cet article fut complété le 26 août par le même journal qui, dans un nouveau récit de l'événement, donna des détails supplémentaires sur la fuite des bandits:

   "En s'éloignant, les malandrins croisèrent sur leur route le capitaine LECA et M. OTTAVI qui, avec leurs épouses, se rendaient à la source sulfureuse. Sous l'œil noir des fusils, les quatre personnes furent en un tournemain dépouillées de leur argent et de leurs bijoux.

   Quelques heures plus tard, le receveur des Postes de Vico recevait à son tour la visite des bandits qui le prévinrent qu'ils lui interdisaient, sous peine d'être tué sans pitié, de donner à qui que ce soit la communication téléphonique pour Ajaccio."

 

    "All in all it was a successful day for les Caviglioli" (traduction: "Dans l'ensemble, ce fut une journée réussie pour les Caviglioli"), écrivit ironiquement, dans un article intitulé "Again Caviglioli" (voir ICI), le magazine américain "TIME" du 7 septembre 1931 (car l'affaire de GUAGNO-les-BAINS n'eut pas seulement un retentissement français mais véritablement international).     

 

"Time" du 7 septembre 1931

"Time" du 7 septembre 1931

 

   Mais l'affolement était général à GUAGNO-les-BAINS. "Le Petit Provençal" du 24 août continuait par le paragraphe suivant:

    "Dans la soirée, toutes les voitures qui se trouvaient à Guagno et dans les environs ont été réquisitionnées pour permettre aux estivants et aux malades de quitter GUAGNO-les-BAINS qui est complètement désert à l'heure actuelle."

 

   Didier DAENINCKW décrit cette désolation dans son roman «Têtes de Maures» paru en 2013 :

« La panique s’empara des curistes, des vacanciers. Un véritable exode précipita des centaines de familles sur les quais d’embarquement d’Ajaccio. En quelques jours, le bourg de Guagno-les-Bains fut déserté, on dut rapidement fermer les restaurants, les pensions de famille, on licencia le personnel des thermes, les services de voitures depuis Vico ou Ajaccio furent interrompus, et tous ceux qui travaillaient la terre, qui élevaient de la volaille, pétrissaient la pâte, réduisirent leur activité. »

 

   Guagno-les-Bains n’a plus jamais retrouvé son «âge d’or». L’attaque du 17 août 1931, qui eut une si grande importance, est maintenant bien oubliée. Ne serait-il pas utile qu’une plaque posée sur un mur des thermes rappelle la mémoire d’Antoine GUAGNO, victime innocente de la brutalité et de la stupidité de certains ?

 

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26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 17:59

 

 

Pour se moquer des cartes postales véhiculant des clichés éculés sur les Corses, comme celles du lac de Crena ou du col de Vergio vues dans l'article du 22 juillet, des jeunes de Soccia prirent l'initiative de réaliser une scène tout aussi "typique".

 

Avec les femmes entièrement couvertes de vêtements noirs et semblant complètement dévouées à l'homme à qui elles présentent ses armes, l'ensemble fut réussi.

 

Parmi nos lecteurs, certains pourront-ils identifier les membres de ce trio?

 

Photo publiée par Pierre Cannamelo le 24 août 2019 sur Facebook.

 

Corse typique: la réponse socciaise
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16 juillet 2021 5 16 /07 /juillet /2021 18:00

 

Les élections territoriales, qui ont une nouvelle fois montré l’importance du sentiment national corse, auraient fait plaisir à Petru ROCCA, le grand défenseur de l’identité insulaire.

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Décédé voici exactement cinquante-cinq ans, le 7 juin 1966, à Vico, Pierre, dit Petru, Rocca y était né le 28 septembre 1887.

 

Fils d’un boucher, il fut attiré très jeune par les lettres, sous l’influence de sa mère, née Pozzo di Borgo, qui descendait des imprimeurs Marchi.

 

Après une période d’engagement dans l’armée, il s’installa à Paris où il fut employé dans une imprimerie. Il commença à écrire, notamment dans la revue «A Tramuntana» de Santu Casanova.

 

Petru Rocca participa à la guerre de 1914-1918 et en sortit avec le grade d’officier et le titre de chevalier de la légion d’honneur.

 

A partir du 15 mai 1920, il publia la revue « A Muvra » pour défendre la langue et la culture corse. Son imprimerie, transférée à Ajaccio, publia de très nombreux ouvrages d’écrivains corses.

 

Extrait du site L'Histoire par l'image (https://histoire-image.org/de/etudes/autonomisme-corse-entre-deux-guerres-muvra)

Extrait du site L'Histoire par l'image (https://histoire-image.org/de/etudes/autonomisme-corse-entre-deux-guerres-muvra)

 

Petru Rocca passa rapidement à la politique en créant en 1923 le Partitu Corsu d’Azione, devenu en 1927 le Partitu Corsu Autonomistu qui réclamait l’autonomisme de l’île, puis, progressivement, l’indépendance.

 

Le dynamisme et les talents de tribun de l’écrivain vicolais lui donnèrent une grande audience. Ainsi, il lança une souscription publique pour édifier la Croce di u ricordu à Ponte Novu. La bataille décisive de 1769 entre soldats français et corses, alors tombée dans l’oubli, fut célébrée pour la première fois le 3 août 1925 devant une foule considérable avec un discours historique du chef de « A Muvra ».

 

Petru Rocca voulait s’en tenir à l’action culturelle et refusa l’action directe. Mais son parti fut de plus en plus attiré par l’irrédentisme italien. En 1938, Petru Rocca fut exclu de l’ordre de la légion d’honneur. En septembre 1939, quand le conflit mondial débute, « A Muvra » fut interdite et son imprimerie fermée.

 

A la fin de la guerre, Petru Rocca fut condamné à plusieurs années de prison. Libéré, il continua à écrire des poésies et contribua à de nombreux journaux.

 

SOUVENIR DE PETRU ROCCA

 

De Petru Rocca, décédé et enterré à Vico voici cinquante-cinq ans, on se souvient de son incroyable énergie et de l’ampleur de son œuvre littéraire qui est toujours admirée. Et combien de fois les militants régionalistes, autonomistes et nationalistes, et aussi les Corses non militants, n’ont-ils pas entonné U Culombu, l’hymne laïc et politique écrit par Petru Rocca en 1937 pour équilibrer l’hymne religieux Dio vi salvi regina ?

Qui ne vibre pas au son de ces vers ?

 

Un son di cornu da li monti

Stende lu volu cun furor

A stu cennu siamu pronti

Riscassi da lu patriu ardor

Svanisce la diminticanza

Cresce la nostra voluntà

Disceta la speranza

A voce di colombu

Chjama di u so ribombu

A santa libertà.

 

Le livre « Vico Sagone. Regards sur une terre et des hommes » (ed. Alain Piazzola), toujours disponible en librairie, contient un article de François-Aimé Arrighi sur la vie de Petru Rocca et une étude détaillée de Jean-Laurent Arrighi sur le poème « Scàlanu ».

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Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
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