Pour changer un peu des sèches informations administratives ou historiques, voici aujourd'hui et après-demain deux petits textes récents qui expriment les puissants sentiments que provoquent nos paysages et nos villages.
Le premier a été publié dans le dernier numéro de INSEME. Il est illustré par des photos de Klape.
PROMENADES
Il est des lieux, comme de la compagnie de certaines personnes, dont on ne se lasse pas, où le désenchantement n’a pas cours.
Mes pas me conduisent chaque jour sur cette route, « ma route », un véritable balcon sur la vallée, un tableau changeant qui m’émerveille chaque jour ; c’est l’invitation à la promenade, à la rêverie contemplative. "Accompagnez-moi, je vous y conduis".
Du Monte d’Oro à la Cuma les montagnes et les collines forment un rempart naturel aux sommets desquels planent de fiers milans.... J’aperçois au loin les villages de Guagno, Guagno les Bains, Calcatoggio, le col de San Sebastianu, le couvent St François tout drapé de blancheur. Mon regard balaie la lointaine ligne d’horizon, mais mystérieusement si proche lorsque je découvre la mer scintillante. Une folle envie de me couler dans ses flots m’envahit alors.
A la pointe du jour, comme le soir, tous les sens sont en éveil. Le ciel offre une palette de couleurs oscillant des doux pastels aux couleurs les plus flamboyantes -artistes peintres servez-vous !- Le vent sur mon visage est caresse, le gazouillis des oiseaux est mélodie, même les joutes criardes des geais me séduisent. J’aime le son cristallin des fontaines et le bouillonnement sourd et sauvage de la Catena -lieu que j’affectionne particulièrement ! -
Sur cette route mille senteurs m’accompagnent ; un véritable festival de parfum pour l’odorat : tout le maquis distille ses fragrances. Délicates senteurs des asphodèles, des bruyères... Les immortelles pas encore fleuries exhalent déjà leur puissant parfum. Les fleurs blanches ou roses des cystes sont prêtes à éclore, les aulnes se parent de tendres bourgeons vert pâle.
Cette promenade me plonge comme en rêve dans le palais vert et enchanté du maquis.
Annie PRASTER
[Photo du Jour N°1080] Soccia sous la neige au Soleil couchant. De beaux rayons de lumières couvrent d'un voile doré la vallée des Deux-Sorru.
En dehors des grandes routes goudronnées, il existe les chemins noirs.
Ce terme, employé par Sylvain TESSON dans un excellent livre, vient d'être repris comme titre de l'adaptation cinématographique qui vient de sortir sur les écrans.
Jean DUJARDIN y tient le rôle de l'écrivain-randonneur.
Les chemins noirs sont les chemins représentés par des traits noirs sur les cartes de l'IGN. Ils ont ce nom tandis que les sentiers sont en pointillés. Ils sont surlignés en rose quand ils font partie d'un itinéraire balisé comme le GR 20 dont une alternative, le Mare a Mare Nord, passe près de nos villages.
TESSON n'a pas marché en Corse mais les sentiments qu'il exprime dans son livre sont valables sur l'île comme sur le continent, qu'il s'agisse de la beauté des paysages naturels comme de ceux travaillés par l'homme maintenant abandonnés ou des villages qui se meurent.
Les paysages ont une grande importance mais le récit s’attache surtout à rendre hommage à la liberté qu’ils offrent lorsqu’on accepte de s’y perdre, de préférence en solitaire. Les chemins noirs du titre désignent autant ces passages peu fréquentés que la part sombre de cet homme pressé, moins charmant qu’il n’en a l’air. (Pascal Le Duff, Le Télégramme, le 21 mars 2023)
Allez voir le film!
Lisez le livre!
Et, surtout, marchez!
On était le samedi 23 février mais en 2013, voici dix ans.
Le temps était mauvais sur Poggiolo. La pluie avait cessé mais la neige menaçait. Comme il était dangereux de grimper jusqu'à l'église d'en haut, la fête de saint Siméon prévue pour ce jour-là eut lieu à la chapelle saint Roch. Ensuite, l'apéritif, accompagné de frappi, fut offert au bar.
A cette occasion, le conseil paroissial, après avoir rendu les comptes, quitta ses fonctions. Il ne fut pas remplacé et il ne l'est toujours pas.
Ensuite, la neige tomba sans discontinuer à partir de 22 heures et toute la journée de dimanche, et encore le lundi. La couche dépassa largement 50 centimètres. Le dimanche, l'électricité fut même coupée longuement (de 6 h à 13 h).
Poggiolo, comme tous les villages de Sorru in sù, devint tout blanc.
Les habitants furent à la peine pour dégager leurs habitations. Ici, Philippe DUBREUIL s'active pour créer un passage entre la route et l'entrée de sa maison.
L'hiver avait montré qu'il fallait compter avec lui.
Photo publiée jeudi 19 janvier par Pascal OTTAVI sur Facebook, accompagnée de ce texte:
La vague de froid et de mauvais temps n'affecte pas toute la Corse de façon uniforme, même pour des villages voisins.
Le site Keraunos, observatoire français des tornades et orages violents, a comptabilisé 146 éclairs en Corse-du-Sud pour le mardi 17 janvier.
Sur ce total, Marignana en a connu 13 contre 7 à Soccia, 6 à Orto, 4 à Letia et seulement 3 à Poggiolo.
Autre intempérie: la neige.
Aujourd'hui mercredi, elle vient de tomber, légère et mince à Poggiolo, plus épaisse à Orto.
Pas de doute: le climat le plus sain se trouve bien à Poggiolo!!!
3 - Le lac de Crena, les aiguilles d'Ortu et Guagnu vu du ciel.

La seule vidéo disponible sur cette inondation concerne Serriera:
La mise en place de nouvelles barres pour récipients n'a pas été la seule modification connue par la fontaine de Poggiolo ces derniers mois.
Entre le bassin de réception et le banc de droite, sur le mur du fond, on peut distinguer une tache blanche de quelques centimètres de diamètre (elle n'est pas visible sur la photo ci-dessus).
Elle est entourée d'une bordure métallique sur laquelle est sculpté "NIVELLEMENT GENERAL IGN" et en son centre des lettres et des chiffres en relief indiquent "ALTITUDE 596 m".
En réalité, il n'y a là rien de vraiment nouveau.
Ce morceau de métal rond enfoncé dans le mur est une borne de nivellement posée par l'Institut Géographique National (IGN), c'est-à-dire un repère dont l'altitude est déterminé avec précision. Les 596 mètres sont destinés au grand public et ne comportent pas les décimales. Le Lucciu est exactement à 596,194 mètres.
Cette borne avait été placée depuis longtemps et elle avait fait l'objet d'un article du blog en février 2010. Elle vient seulement d'être rénovée.
Ancienne version de la borne de nivellement de la fontaine. Toutes les photos de cet article sont de Michel Franceschetti.
Dans la commune, il existe depuis 2008 trois autres bornes de nivellement:
- au pont de Genice, sur le Fiume Grosso (443,498 m)
- au Fragnu (578,838 m)
- à la maison Martini, à l'angle de la route et de la stretta, mais cachée par des câbles électriques (589,660 m)
Grâce au sérieux du travail des employés de l'IGN, nous savons que "Oh, c'est haut, Poggiolo" (allusion à une chanson peu connue de Serge Gainsbourg sur New-York).
Toi, petite fourmi, tu fais lever mes yeux
Vers ces mondes géants qui roulent dans les cieux
Car je crois qu’en plein jour, à travers le bleu voile,
Tu sais prendre pour guide une lointaine étoile,
Tu as, comme autrefois le mage et le berger,
Ta boussole céleste quand tu dois voyager.
Oui, le ciel te conduit, diligente ouvrière,
Unie à l’astre d’or par un fil de lumière !
Et malgré cette gloire, au travail, ton ami,
Modestement tu vas, toi, petite fourmi !
Poggiolo, septembre 1922
Ainsi que l'indique la dernière ligne, ce poème a bien été écrit à Poggiolo il y a exactement cent ans. Un centenaire à ne pas oublier et qu'il aurait fallu fêter.
Mais ce poème ne vient pas d'un Poggiolais ni même d'un écrivain. Il est l’œuvre d’un Suisse et d’un savant, Félix SANTSCHI, dont la découverte est exposée dans ces vers.
DE LA SUISSE À POGGIOLO
Né à Bex (canton de Vaud, en Suisse) en 1872 et mort à Lausanne en 1940, Félix SANTSCHI a connu une carrière qui est résumée ainsi par le «Dictionnaire historique de la Suisse» :
Observateur infatigable du monde des fourmis, il observa près de 2.000 types de fourmis et publia 188 articles ou ouvrages entre 1906 et 1939 (liste complète sur le site spécialisé: http://www.antcat.org/references pages 266 à 272). Les Tunisiens le surnommaient Tabib-en-neml, le docteur des fourmis.
Dans ses listes de fourmis, il cite plusieurs variétés observées à Poggiolo. Il est difficile, dans l’état actuel de notre documentation, de préciser combien de séjours il fit dans le village mais il est certain qu’il y passa trois mois entre juillet et septembre ou octobre 1922.
L'entomologiste y fit une expérience fondamentale, dont il sera question ci-dessous, le 12 août 1922.
Il nous fournit des indications sur la nature poggiolaise de cette époque, même sur les pluies de septembre de cette année-là en écrivant:
«A Poggiolo (Corse), par 750 m. d’altitude, j’ai pu observer par les nuits étoilées mais fraîches du 17 au 26 septembre (il avait plu abondamment les jours précédents) les Crematogaster scutellaris dont j’ai déjà parlé, se presser nombreuses, alertes et actives, comme en plein jour, dans leurs longues files» («L’orientation sidérale des fourmis…», Mémoires de la Société Vaudoise des Sciences Naturelles, n°4, 1923, page 151).
Nous ignorons où il logeait mais nous savons à quelle heure il commençait sa journée car il nota :
«Poggiolo, 30 août 1922. Une seule femelle (de Bothriomyrmex meridionalis Rog., v. corsica), prise au vol pendant mon déjeuner à 7 ½ h du matin. Je n’ai pas pu trouver d’autres individus ni aucun nid durant trois mois de recherches.» («Note sur les fourmis paléoarctiques», Boletin de la Real Sociedad Espanola de Historia Natural, marzo 1923, page 136).
Ce spécimen était particulier par rapport à d’autres variétés proches car «elle diffère par ses antennes, surtout les scapes (partie des antennes), plus minces.». Félix SANTSCHI remarquait que de nombreuses fourmis poggiolaises ont des différences par rapport au modèle général, comme la Bothriomyrmex corsicus ou la Leptothorax tuberum, «découverte par moi-même sous l’écorce d’un abricotier» à Poggiolo (ce qui prouve qu'il existait alors bien plus d'arbres fruitiers que maintenant) et dont la reine est «plus robuste que le type» («Messor et autres fourmis paléarctiques» dans «Revue suisse de zoologie», vol. 30, n°12, septembre 1923, p. 331-332).
Il serait fastidieux d’énumérer toutes les observations faites dans notre village mais elles furent très nombreuses et fructueuses.
Ce spécialiste des fourmis ne dédaignait cependant pas les autres insectes puisque, dans «le compte-rendu de l’administration municipal de la ville de Genève pendant l’année 1922», il est fait mention d’un don de «une série d'Araignées de la Corse», effectuée par «M. le Dr F. SANTSCHI, à Poggiolo per Soccia (Corse)»
LA BOUSSOLE CÉLESTE
Mais la célébrité de ce savant et de Poggiolo vient de ses travaux sur la façon dont les fourmis pouvaient s’orienter.
L’article, déjà cité, sur «L’orientation sidérale des fourmis…», publié dans les "Mémoires de la Société Vaudoise des Sciences Naturelles, n°4, 1923", montre que, après avoir éliminé diverses hypothèses, SANTSCHI pensa que le soleil jouait un grand rôle dans les déplacements de ces animaux.
En utilisant un miroir, il fit déplacer l’image du soleil selon des angles différents et, chaque fois, les fourmis modifièrent leur déplacement.
Les expériences décisives eurent lieu à Poggiolo le 12 août 1922.
Les cobayes étaient des Aphaenogaster spinosa de fourmilières différentes et qui avaient été isolées de leur nid. Chaque fois, le reflet solaire artificiel entraîna une déviation. Le miroir retiré, les fourmis rejoignirent leurs congénères sans encombre. La figure reproduite ci-dessous décrit l’expérience.
L’énigme était résolue. L’émotion que ressentit alors Santschi se manifesta avec la composition du poème cité au début de cet article. Cet homme cultivé, ami du peintre Paul KLEE, rédigea ces vers à Poggiolo même.
SANTSCHI accomplit en Afrique du Nord d’autres essais qui donnèrent les mêmes résultats.
Ces travaux firent autorité pendant cinquante ans, jusqu’à ce que Karl von Frisch complète l'explication en apprenant que la lumière du Soleil est polarisée, et en vérifiant que les insectes peuvent le percevoir.
Les fourmis poggiolaises ont permis à la science de faire un pas important. Nous devons donc les respecter en souvenir de leur contribution.
Nous pouvons aussi sourire en imaginant le spectacle de ce Suisse moustachu et barbichu, armé de loupe, pinces, carnet de notes, miroir, etc., examinant les herbes, les mousses, les arbres et les pierres des murs du village sous les yeux de nos aïeux.
Précision: tous les documents cités sont en libre accès sur internet.
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Dimanche 14 juin:
messe et confirmations à Soccia en présence du cardinal Bustillo.
Samedi 20 juin:
Fête de la musique avec le groupe Millishake à la salle des fêtes.
Dimanche 21 juin:
Concours de boules au Belvédère à 11 heures.
Vacances d'été:
à partir du samedi 4 juillet.
Messe et procession de saint Roch:
Dimanche 16 août après-midi.
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L'album de photos des Poggiolais:
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Pour le commander, suivre le lien:
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Elle pourra être publiée dans notre dossier des combattants poggiolais.
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