Comme partout, le temps du cheval (évoqué dans l'article précédent) laissa la place à l'époque de l'automobile.
Les routes étant particulièrement difficiles (elles feront l'objet d'articles dans ce blog plus tard), les voitures à moteur à explosion se montrèrent très tardivement à Sorru in Sù. Certains prétendent que la première venue d'un véhicule de ce type daterait de la campagne électorale de 1921 où François COTY serait venu ainsi, mais ils se basent sur des témoignages oraux confus.
En réalité, les progrès techniques permirent d'utiliser, au moins jusqu'à Vico, la traction automobile pour les transports en commun avant même la première guerre mondiale.
Le quotidien "La Croix" du 14 novembre 1902 publia, sous le titre "CORSE - Le transport automobile", un article dont voici le texte intégral:
"Le paquebot Insulaire, courrier d'Ajaccio, a emporté de Marseille trois grandes automobiles appartenant à la Compagnie corse des Messageries automobiles et destinées à desservir les points des arrondissements d'Ajaccio et de Sartène, où ne passe pas encore le chemin de fer.
Les premières lignes qui seront exploitées sont celles d'Ajaccio à Vico et d'Ajaccio à Bonifacio par Sartène. Par la suite, d'autres lignes seront créées. La Compagnie corse des Messageries automobiles, qui s'est assuré le transport de la poste, transportera des passagers et des marchandises, rendant ainsi prochaine la disparition des antiques diligences qui aujourd'hui encore assurent en Corse la plupart des services de transport."
Mais tout n'alla pas facilement comme l'indique une autre nouvelle parue le 19 mars 1909 dans le même journal:
"CORSE - Une automobile dans un ravin - L'automobile faisant le service d'Ajaccio à Vico descendait la rampe de Listincone, quand les freins ne fonctionnant plus, le mécanicien ne put rester maître de sa voiture, qui alla buter contre le parapet de la route. Toute la carrosserie se détacha et tomba dans le ravin, entraînant les voyageurs, dont deux furent grièvement blessés."
La progression du transport automobile n'en fut pas freinée et rendit des services de plus en plus importants. Le "Guide bleu" de 1939 le reconnaît:
"Comme partout, l'automobile a fait presque disparaître la voiture hippomobile qui n'est plus guère utilisée que pour les petites courses en ville ou aux environs; toutefois les calèches existent encore à Ajaccio et permettent de visiter les environs dans des conditions particulièrement reposantes.
Le moyen de locomotion indigène c'est le cheval, nous le recommandons aux jeunes touristes. Le cheval corse est une excellente bête, dure à la fatigue et très douce; il a le pied ferme et se dirige très bien dans les sentiers de montagne".
Cet ouvrage signale que des "autobus publics" joignent tous les jours SAGONE à AJACCIO, VICO et GUAGNO. La page 160 ajoute que GUAGNO-LES-BAINS est accessible par "autos et calèche à VICO à l'arrivée de l'autobus tous les jours pendant la saison".
L'importance des transports en commun suscita la cupidité du banditisme local, notamment de SPADA et de
CAVIGLIOLI, ce qui sera décrit bientôt, à l'occasion du rappel des événements de 1931.
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