La procession de Soccia d’octobre 1923 (voir les articles précédents) a tourné au pugilat entre PALELLU et MATTONE qui en a perdu son pantalon. L’homme déculotté va se plaindre auprès des gendarmes.
La gendarmerie de Soccia se trouvait à l’entrée du village. Son emplacement exact est marqué par une croix entourée d'un cercle vert sur cette carte postale envoyée avant la première guerre mondiale par un gendarme alors affecté dans ce chef-lieu de canton. Les cartes postales étant rares, il n’avait trouvé que ce moyen pour montrer à sa famille le lieu où il travaillait.
Cette brigade avait été durement éprouvée en 1892 par la mort de deux de ses membres (voir l’article : http://poggiolo.over-blog.fr/article-les-mexicains-arrivent-48859828.html).
Le brigadier enregistre la plainte de MATTONE qui, comme beaucoup de villageois de l’époque, a du mal à s’exprimer en français.
L’affaire est jugée suffisamment importante pour que les représentants de la loi emportent leurs armes. Ils s’assurent que la procession puisse aller jusqu’au bout de l’itinéraire prévu. Mais leur venue a fait fuir PALELLU qui s'imagine déjà contraint à devenir un bandit. En 1923, les Deux Sorru étaient le terrain d’élection de nombreux malfaiteurs. Voir les séries d’articles parus sous les titres « Mauvaise pub pour Guagno-les-Bains » et notamment
http://poggiolo.over-blog.fr/article-mauvaise-pub-pour-guagno-les-bains-n-2-l-82765801.html
La plainte n’est pas enterrée et un procès a lieu. Le nom du tribunal et son emplacement ne sont pas désignés dans le poème mais, comme il y a un procureur et un président, la scène doit s’être déroulée à Ajaccio. Soccia avait alors un juge de paix mais, visiblement, il n’était pas compétent pour cette si grosse affaire.
MATTONE est condamné à une amende.
Dans le récit du procès, trois strophes avant la fin, un vers peut étonner :
« Benchi Soccia un sia Palneca » (Bien que Soccia ne soit pas Palneca).
Quel rapport avec ce village du Taravo, bien loin de Sorru ? D’après Sixte UGOLINI, dans « Macàgna e detti di i paesi corsi » (Ed. Piazzola, 2008), il avait autrefois une très mauvaise réputation dont témoignaient plusieurs proverbes comme celui-ci :
« In Palleca, un ci vive mancu una serpa »
(A Palneca, même un serpent n’y vivrait pas)
Effectivement, il en est un qui s’applique à l’attitude de PALELLU pendant son procès :
« Palleca, Palleca,
a chi fura e a chi nega ! »
(Palneca, Palneca,
les uns volent et les autres nient !).
Les deux vers de conclusion expriment la honte de PALELLU d’avoir été condamné :
« Cusi vide in prucissione
A san Roccu in lu stagnone »
(Ainsi je vis en procession
Saint Roch dans le bidon).
Jean-Baptiste PAOLI ajoute un point d’interrogation et des points de suspension car la traduction de cette expression lui a donné du fil à retordre. Normalement, les lecteurs habituels du blog doivent la connaître, s'ils se souviennent des renseignements qui avaient été donnés dans l’article paru le 15 août 2014 et intitulé « Saint Roch peut vous « en faire baver » ».
http://poggiolo.over-blog.fr/2014/08/saint-roch-peut-vous-en-faire-baver.html
Ce récit est une mise en garde : les processions ne sont pas toujours un long fleuve tranquille.
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