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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 18:00

La prochaine suppression des deux départements corses et leur remplacement par une collectivité unique occupe beaucoup l’esprit des hommes politiques insulaires. Dans l’unanimité des discours approuvant cette réforme, une petite musique particulière vient d’être jouée par Eric BOISTARD dans le « Corse-Matin » du 17 octobre.

Photo José Martinetti (Corse-Matin)

Photo José Martinetti (Corse-Matin)

Rompre avec le nanisme communal

Pour ce maître de conférences en droit, directeur de cabinet du maire de Corte, «la rupture avec le nanisme communal reste la condition sine qua non d’une modernisation totalement aboutie des institutions locales de la Corse». La réforme va créer la collectivité unique et quelques grandes intercommunalités mais les communes de petite taille ne pourront plus vivre :

« Quant à la petite commune, elle va s’affaiblir encore sur les plans démographique et économique, mais elle va devenir une coquille vide dans la mesure où l’ensemble de ses compétences sera transféré à l’intercommunalité. »

Or, « le premier attachement du citoyen vis-à-vis de l’élu, c’est d’abord le maire. Si on ne repense pas cette commune, si on ne lui redonne pas un nouveau rôle dans le cadre des politiques de décentralisation qui ont été conduites, on va en faire des coquilles vides dont on va finir par se poser la question de l’utilité. »

Le juriste propose d’utiliser la solution de la  "commune nouvelle". Le statut de commune nouvelle a été créé par l'article 21 de la loi 16 décembre 2010 sur la réforme des collectivités territoriales, et est destiné à favoriser le regroupement de communes. Dans ce cas, les communes historiques continuent d’exister sous forme de «communes déléguées» avec le nom et le territoire des anciennes communes dont la commune nouvelle est issue ;

L’avantage, d’après Eric BOISTARD, est que «la commune nouvelle permet l’initiative au niveau local, de se regrouper, réfléchir à un destin commun qui pourrait, par exemple, reprendre les territoires des anciennes pieve

Pour les lecteurs qui auraient oublié ce mot de pieve, l’attaché territorial rappelle :

«La pieve a longtemps été la circonscrition administrative de base de la Corse pendant des siècles.

Géographiquement et historiquement, on devrait tendre vers cette alternative.

Les populations ne revendiquent-elles pas, depuis longtemps, une appartenance non seulement à une commune, mais aussi à une entité micro-régionale plus large ?»

Allons plus loin que ce qui est écrit dans «Corse-Matin» pour rappeler la particularité de la pieve.

Genèse et fonctionnement de la pieve

La pieve est bien définie par par Jean–Laurent ARRIGHI, dans «Vico-Sagone, Regards sur une terre et des hommes», ed. Piazzola (page 164, «Aspects du pouvoir à Vico-De la pieve à la municipalité»):

«Dans la Corse médiévale, tandis que l’habitat rural est très dispersé, même si des communautés villageoises existent déjà, et parfois depuis fort longtemps, la division territoriale et administrative locale la plus importante est la pieve. En effet, dès la fin du XIème siècle, Pise qui a reçu de Rome l'inféodation de l'île, va en réorganiser les structures politiques et religieuses.

L'ensemble du territoire insulaire scindé d'abord en cinq évêchés, dont celui de Sagone, est alors entièrement divisé en pieve (du latin plebs, plebis, « le penple »). Cette appellation de pieve, qui s'applique à l'origine à un groupement humain occupant un même secteur géographique, correspond en général à un territoire bien circonscrit par des limites naturelles comme par exemple celles d'une même vallée.

La pieve, regroupant en son sein plusieurs communautés, constitue ainsi l'unité primordiale du territoire et l'échelon local où s'exerce le pouvoir religieux, juridique et administratif. Ce pouvoir, est alors matérialisé symboliquement par l'église «piévane» (a pieve) où sont administrés tous les baptêmes et où se réunissent des assemblées coutumières.

C'est au niveau de la pieve, qui correspond également à une juridiction placée sous l'autorité d'un piuvanu (piévan: du latin plebanus), que s'organise la vie communautaire et que sont rendus les arbitrages ainsi qu'une justice de proximité. »
 

Faut-il ressusciter la pieve ?

 Les Génois ont utilisé les pieve pour en faire des circonscriptions administratives et judiciaires de base. Xavier PAOLI en a expliqué le fonctionnement dans le mensuel "L'INFO U PIGHJOLU" (numéro d'avril 2008), texte reproduit dans l’article «Tous les maires de Poggiolo»:

«Avant l'annexion de 1768, la gestion des communautés villageoises était régie par les "Statuts civils et criminels de la Corse", textes mis au point par l'administration génoise (et promulgués en 1571).


Sous le généralat de Pasquale Paoli, la communauté était gérée par un Podestat élu par les chefs de famille (qu'ils soient homme ou femme), assisté par 2 pères du commun. L'administration était complétée par un huissier et un chancelier et, en cas de contestation sur la valeur d'un bien, d'un "Stimadore" (élu pour 2 ans). 


L'Ancien Régime conservera en gros les mêmes structures administratives et ce n'est qu'en 1789 que les Constituants créeront les "communes"».

Les podestats étaient les interlocuteurs reconnus pour représenter la pieve auprès des autorités, qu’elles fussent génoises, paolines ou françaises.

Comme ce blog en a la vocation, il sera question dans le prochain article de la pieve de Sorru in Sù, composée de Poggiolo et des autres villages se trouvant au-delà du col de Sorru.

 

 

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