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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 18:00

Un an après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, la laïcité est de plus en plus invoquée dans une société inquiète.

Ce principe, qui est en théorie la tolérance et l’indépendance de l’Etat par rapport aux religions, est maintenant souvent considéré comme un moyen de lutter contre l’islamisme radical.

 

UNE LAÏCITÉ DE COMBAT

De même, il y a cent dix ans, quand, le 9 décembre 1905, la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat eut été votée, elle fut interprétée comme un instrument de combat de la République contre la religion catholique. Des députés radicaux l’avaient d’ailleurs conçue ainsi. La fin du Concordat signé en 1801 entre Napoléon BONAPARTE et PIE VII pouvait asphyxier financièrement l’Eglise de France. De nombreux chrétiens le ressentirent. Ayant le sentiment d’être attaqués dans leur foi la plus profonde, ils furent nombreux à s’opposer aux conséquences de la loi sur la laïcité.

Les villages des Deux Sorru ne furent pas épargnés par cette agitation.

La loi du 9 décembre 1905 décidait que l’Etat ne subventionnait plus aucun culte et proclamait la liberté religieuse individuelle. Mais, au-delà de ces principes, il fallait en tirer les conséquences concrètes.

La loi fut promulguée au «Journal Officiel» le 12 décembre 1905 pour entrer en application le 1er janvier 1906. Son article 3 prévoyait de dresser un «inventaire descriptif et estimatif» des biens ecclésiastiques avant leur répartition à des associations cultuelles qui devaient être fondées ensuite. Une circulaire du Ministère des Finances publiée le 2 janvier ordonna aux fonctionnaires de procéder de façon approfondie, y compris en demandant l’ouverture des tabernacles.

«Dans les tabernacles, faut-il le rappeler, sont conservées les hosties consacrées qui contiennent, selon la doctrine catholique, la présence réelle du Christ: l’objet sacré par essence. (…) Toute la presse catholique s’enflamme, dénonçant cette menace de profanation. Elargissant la protestation, les journaux appellent au rejet des inventaires, présentés comme le prélude à la spoliation des biens de l’Eglise.» (Jean SÉVILLIA, «Quand les catholiques étaient hors la loi», Perrin, 2005, p. 197).

Même dans les petits villages comme Poggiolo, le tabernacle est une partie richement décorée et à laquelle on tient particulièrement (un article sur les tabernacles poggiolais sera ultérieurement publié sur ce blog).

ancien tabernacle de l'église St Siméon

ancien tabernacle de l'église St Siméon

LA COLÈRE CONTRE LES INVENTAIRES

Plusieurs évêques et prêtres tentèrent l’apaisement. Ce fut l’attitude du Père Antoine-Louis OTTAVY, qui avait à la fois les fonctions de professeur au petit séminaire d’Ajaccio et de conseiller général républicain du canton de Soccia élu en 1901.

Mais le mal était fait. De nombreux croyants se mobilisèrent contre le sacrilège. Les premiers incidents se produisirent à Paris les 31 janvier et 1er février.

«Le peuple catholique se rebelle, laissant exploser sa colère contre les brimades incessantes que le pouvoir lui fait subir depuis plusieurs années» (Jean SÉVILLIA, op. cit. p. 205-206).

Le sang coula dans plusieurs départements.

En Corse, les inventaires débutèrent à Bastia le 26 janvier et les incidents se succédèrent.

«Dans l’intérieur de l’île, les percepteurs, même escortés par la gendarmerie, ne peuvent le plus souvent instrumenter. Les opérations se déroulent toujours de la même façon. Au jour notifié, l’agent de l’Etat se présente devant l’église. Le curé, généralement assisté du conseil de fabrique, donne lecture d’une protestation et se retire dignement. Si le percepteur tente de pénétrer dans l’église, celle-ci est inabordable. Les hommes s’y opposent, avec violence s’il le faut; les femmes, barricadées à l’intérieur, chantent des cantiques et les cloches sonnent à toute volée. Pour éviter tout affrontement sérieux, le percepteur et son escorte se retirent. Quelques jours plus tard, à la suite d’un arrangement avec le curé, l’inventaire est annoncé comme ayant été effectué, alors qu’il n’est qu’une composition factice du curé» (François J. CASTA, «Le diocèse d’Ajaccio», ed. Beauchesne, 1974, p.222).

Il en fut ainsi dans les Deux-Sorru.

 

A SOCCIA

La Laïcité en action dans les Deux Sorru : des inventaires difficiles (1/6)

 Cette photo montre la population socciaise rassemblée devant son église. On remarque bien les bâtons dont hommes en chapeau et femmes en fichu noir s’étaient armés pour défendre la porte du bâtiment.

Jean-Baptiste PAOLI, dans «Histoire d’un petit village de montagne au cœur de la Corse du Sud», décrit ce qui se passa  alors:

«Le percepteur chargé des opérations d’inventaire ne put instrumenter qu’escorté par la Gendarmerie qui se heurta à une vive résistance de la part aussi bien des hommes que des femmes, malgré la protestation du curé POLI, assisté du conseil de fabrique».

Plus précisément, les témoins de l’inventaire furent Pierre Antoine MAINETTI, président du conseil de fabrique, et le forgeron Antoine Dominique OTTAVI.

Mais il n’y eut pas de violences comme, par exemple, à Ota où trois gendarmes furent blessés.

Les inventaires se déroulaient en pleine campagne électorale, les élections législatives ayant été fixées aux 6 et 20 mai. Sur les 510 prêtres de Corse, 250 firent activement campagne contre le gouvernement anticlérical. De l’autre côté, 160 religieux soutinrent, souvent discrètement, le candidat républicain. L’abbé OTTAVY, qui n’avait pas désavoué la loi de séparation, appuya ouvertement FORCIOLI, qui fut réélu député gauche radicale d’Ajaccio.

La majorité de gauche s’étant renforcée à la Chambre des Députés, la laïcité s’imposa.

(à suivre: "la fabrique part dans la dignité")

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