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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 17:24

La passion des Poggiolais pour les élections a toujours été très grande. Ils tiennent tellement à voter qu'il a même fallu, une fois, enlever l'urne pour échapper à la horde des citoyens voulant absolument déposer leurs bulletins.

Cet épisode se déroula le jour des élections municipales du 13 janvier 1878.

UN CURIEUX RAPPORT DE GENDARMERIE

Il est raconté par les gendarmes Paul François BOROSSI et Paul Vincent LUCCIONI, des brigades de Soccia et de Vico, dans le procès-verbal, consultable aux Archives Départementales d'Ajaccio, qui fut établi ce jour-là "à trois heures du soir". Ce P.V. constatait: 

"Elections de Poggiolo suspendues par le maire de cette localité, par suite d'incident survenu par le Mr. ANGELI Jean, âgé de 66 ans, laboureur, demeurant aux bains de Guagno, lequel voulait voter sans être porté sur la liste électorale."

Le texte, disponible en entier ci-dessous, raconte que le maire, Martin DEMARTINI, s'était présenté aux gendarmes pour leur déclarer que Jean ANGELi avait voulu voter et que le maire avait ajourné les élections et emporté l'urne chez lui.

Ce rapport est assez curieux:

- curieux que le maire ait décidé d'emporter l'urne chez lui au lieu de la laisser dans le bureau de vote fermé à clef

- curieux qu'il ait été forcé de prendre cette décision à cause de l'attitude d'un seul homme

- curieux que le maire n'ait pas appelé ces gendarmes "se trouvant à cinquante pas environ de cette maison" où se devait se dérouler le scrutin

- curieux que les gendarmes de Guagno-les-Bains (un caporal et trois hommes) présents dans la salle ne soient pas intervenus.

Péripéties municipales: une urne très convoitée

GUAGNO-LES-BAINS ET LES BONAPARTISTES

En fait, Jean ANGELI n'était pas seul à avoir voulu voter sans être inscrit. La lettre écrite le 23 janvier 1878 au préfet par Jean PAPADACCI mentionnait, en dehors de Jean ANGELI (1799-1881):

- Antoine Joseph RICCI

- Alexandre de la ROCCA

- Jean-Baptiste DEBIENVILLE

Tous étaient de Guagno-les-Bains.

Le signataire, "cordonnier aux Bains de Guagno", basait sa réclamation sur une "décision du Juge de Paix du Canton de Soccia rendue le 17 février 1877" qui lui avait donné le droit de voter à Poggiolo avec les quatre autres nommés.

Après avoir mentionné le refus du maire à les faire voter, PAPADACCI terminait en espérant "que vous reviendrez sur cette détermination qui a été sans doute prise par suite de renseignements inexacts et que vous ne voudriez pas priver des citoyens d'un droit qu'ils ont légalement acquis".

Ici, il faut donc comprendre que l'attitude du maire ait été dictée par une décision préfectorale.

Des explications se trouvent dans deux lettres de Martin DEMARTINI décrivant les incidents au Préfet de la Corse. Toutes deux sont datées du 13 janvier 1878, jour du scrutin écourté.

On y apprend que le maire était arrivé à 8 heures du matin dans le bureau de vote qui était la salle de l'école. Mais le bâtiment appartenait à Etienne PINELLI, "bonapartiste" et "notre adversaire".

Cette salle était remplie de "bonapartistes armés de toute espèce d'armes" et aussi par "un groupe d'électeurs des Bains de Guagno qui n'avaient aucun droit à voter". Il n'est pas question du seul Jean ANGELI contrairement au rapport de gendarmerie. Ces perturbateurs avaient eux-mêmes composé le bureau avec:

Valère CECCALDI, ancien maire

Dominique François FRANCESCHETTI

Charles Marie FRANCESCHETTI

Ils tentèrent de s'emparer de l'urne. Le maire essaya de les raisonner et finit par "enlever la séance". Il n'informait pas le Préfet du transport de l'urne à son domicile et il demandait l'autorisation "de faire les élections municipales dans la salle de la Merie (sic) que tout le monde (sic) peut circuler dans danger". En tout cas, il n'évoque aucune violence physique.

Les membres du bureau auto-proclamé se justifièrent, d'après DEMARTINI, car "ce que le dernier Préfet avait fait était faut (sic), et qu'ils voulaient se faire droit d'eux-mêmes".

Il faut alors resituer la pagaille poggiolaise dans la situation politique de ce moment.

Péripéties municipales: une urne très convoitée

LE RÔLE DU PRÉFET

La Corse venait de connaître une rapide succession de préfets, liée au contexte national. Le 17 mai 1877, le duc de BROGLIE avait pris la tête d'un gouvernement d'ordre moral favorable à la monarchie. Dès le 26 mai, Emmanuel Louis GRANDVAL avait été nommé pour représenter l'Etat et cette politique dans l'île. Le 25 juin, la dissolution de la Chambre des Députés par le président de la république, le maréchal MAC-MAHON, avait été la dernière tentative des monarchistes pour garder le pouvoir en France. Mais les élections législatives des 14 et 28 octobre donnèrent la victoire aux républicains.

Le nouveau gouvernement dirigé par Jules DUFAURE nomma le 27 décembre le nouveau préfet de Corse en la personne d'Eugène SCHNERB. Cet ardent républicain, qui fut ensuite préfet de Maine-et-Loire puis directeur de la sûreté générale (poste éminemment politique), prit immédiatement des mesures contre les conservateurs dans la perspective des élections municipales de janvier 1878. Certaines d'entre elles entraînèrent des modifications des listes électorales. Les membres du bureau auto-proclamé faisaient bien allusion à ces radiations en disant "ce que le dernier Préfet avait fait était faut (sic)".

Aussi bien les trois personnes de ce bureau que les cinq électeurs des Bains étaient tous mentionnés sur les listes électorales des années 1871 et 1874 (documents se trouvant aux Archives Départementales d'Ajaccio) et, le 13 janvier 1878, ils ne pouvaient plus voter !

Mais ils n'étaient pas du bon côté de la force.

Valère CECCALDI (né en 1816 ou 1817 et décédé en 1889), Dominique François FRANCESCHETTI (le seul membre de cette famille à avoir eu ces prénoms semble avoir été celui qui fut curé d'Arro et vécut de 1827 à 1892) et Charles Marie FRANCESCHETTI (1833-1904) faisaient partie des bonapartistes armés qui avaient investi l'école.

Valère CECCALDI avait déjà été accusé l'année précédente par Martin DEMARTINI d'être "mené par des bonapartistes" (voir l'article "Péripéties municipales: le maire n'est pas là").

Dans le "groupe des cinq", on relève Alexandre de la ROCCA (1837-1880) qui était le directeur de l'établissement thermal et parent de Jean de la ROCCA, bonapartiste convaincu (dont il a été question dans l'article: Jean a-t-il triché?).

Un cocktail explosif était donc réuni:

- opposition entre républicains et bonapartistes

- sentiment des habitants des Bains d'être mis à l'écart

- modification des listes électorales au dernier moment et radiation d'électeurs anciens.

Tout semble avoir été fait pour empêcher certains d'avoir le droit de voter.

Heureusement, tout cela appartient à une époque révolue depuis longtemps.

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P.S.: Les élections de janvier 1878 donnèrent 56% des communes de Corse (dont Poggiolo) aux républicains. Eugène SCHNERB avait bien travaillé.

Le triomphe de la République

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