Un pulendaghju dans la ville
C'est ce qui a inspiré Vannina Bernard-Leoni. Elle vend des exemplaires artisanaux sur sa plateforme dédiée à la châtaigne, Castagnina : "Ma démarche était plutôt centrée sur la décoration mais je me suis dit qu'il était dommage de ne pas faire quelque chose d'utile pour la culture de la châtaigne en Corse et cela passe aussi par la consommation de farine. Et le premier objet auquel on pense, quand on parle de cuisine à base de farine de châtaigne, c'est le pulendaghju."
Avec Pantaleon Alessandri, elle l'a imaginé plus petit, "pour un usage urbain", pour un couple plus qu'une famille. "Et puis, en ville, les gens ne vont pas en forêt pour trouver un morceau de bois qu'ils vont travailler", indique l'ébéniste qui poursuit : "Au début, je l'avais fait ainsi pour les touristes puis j'ai eu de plus en plus de demandes venant des Corses car les familles se sont transformées, se sont réduites. Avant, une pulenda pouvait durer des jours, elle devait être consistante et il fallait un grand pulendaghju. Aujourd'hui, c'est différent."
Innovation et imagination sont les seules limites
Certains rivalisent d'innovation pour ne pas avoir à tourner la préparation avec force pendant de longues minutes. "De nos jours, la pulenda pour deux se fait au micro-ondes. L'utilisation du pulendaghju est intimement liée à un moment de partage entre amis ou en famille. Il se passe d'une paire de mains à une autre, comme une transmission. C'est un objet communautaire", explique Vannina Bernard-Leoni.
Surtout, sa conception semble appartenir à tout le monde, et à personne à la fois. Aucun cahier des charges n'existe. "Ça permet de laisser libre cours à son imagination, tout en respectant le caractère utile de l'objet", souffle Pantaleon Alessandri.
Damien Duval-Filippi est bien d'accord. Le tourneur trentenaire fabrique lui aussi des pièces artisanales, mais il les préfère en châtaignier : "L'essence nécessite un peu plus de traitements pour dégorger le tanin mais ça me semblait tomber sous le sens. Je pense qu'il y a autant de pulendaghji que de gens qui font de la pulenda. Leur point commun doit être la robustesse." Comment définir la pièce idéale plus que par sa solidité ? "Quand on est confortable, c'est que c'est le bon. Cela dépend beaucoup du récipient pour la partie basse. Pour le haut, on peut faire ce qu'on veut : mettre du cuir, sculpter des ornements", confie Damien Duval-Filippi. La seule contrainte à respecter : il doit bien racler la marmite et faire de la préparation de la pulenda un véritable moment de partage.
À Sant'Andria di Boziu, un pulendaghju en partie triangulaire
Quand on évoque la forme de la partie basse de l'ustensile, le cylindre est tout de suite précisé comme idéal. Sauf dans le centre de l'île, à Sant'Andria di Boziu, où certains le façonnent en triangle. "Selon la ''recette'' de Pierre Simoni, la partie triangulaire doit correspondre à la hauteur des parois du récipient. Les trois arêtes permettent de bien racler la farine délayée et cuite qui adhère aux parois", confie le grand passionné de l'histoire de Sant'Andria di Boziu, Raoul Pioli.