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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 20:50

 

Dans les nombreuses histoires de banditisme et de réglements de comptes qui jalonnent l'histoire de notre canton et de toute la Corse, les récits insistent beaucoup plus sur les auteurs des meurtres que sur les victimes et sur l'immense chagrin de leurs familles. C'est le mérite de Marc GIORGI de nous rappeler ce point de vue.

  Son site intitulé http://marc-giorgi.e-monsite.com/ est consacré au village de Pietra di Verde (Haute-Corse) et à la généalogie de sa famille (Giorgi-Valéry).
  Dans cet émouvant récit, il nous donne une version toute différente, celle de la famille du gendarme SALA, de l'affrontement sanglant qui eut lieu à SOCCIA en 1892 et qui a fait l'objet de trois articles (que l'on peut relire en cliquant ICI, ICI et LÀ).

En voici le texte.

 

 

"LE MALHEUR"
 


AlataMinnanna se tient devant le four à pain. Elle a en main la grande pelle, le pain est cuit, elle va le retirer du four. Dans son visage rond, ferme, énergique, dans ses yeux vifs qui fixent le photographe, on devine une femme de caractère. Elle est tout de noir vêtue. Elle porte un foulard noir sur la tête et, par dessus, le chapeau en paille des femmes alataises, “a paglietta”. Elle était d’ALATA, Minnanna, de familles alataises. Elle y était née en 1848, “l’année de la République“ précisait-elle à ses petits-enfants.

Elle y est revenue après “le malheur“.

Elle a eu trois enfants, Minnanna. Les deux garçons, l’armée les a accueillis, les a éduqués. Ils furent “enfants de troupe”. (...)
La fille de Minnanna resta avec sa mère à ALATA. Elle était belle, avec des yeux clairs. A dix-neuf ans, elle épousa l’instituteur dont elle eut cinq enfants. Minnanna vécut toujours avec eux, aimée de ses petits-enfants, aidant sa fille du mieux qu’elle pouvait, cousant, tricotant, crochetant, cuisant le pain de la famille, aidant aux travaux du ménage.
Personne ne parlait du “malheur” dans cette famille. Mais, les jours d’élection, la fille de Minnanna fermait les portes, les fenêtres et les volets, à l’heure du dépouillement...

gendarmes-en-groupe_p.jpgLe mari de Minnanna venait d’un village des Pyrénées catalanes conquises par la France au temps de Louis XIV et qui garde encore son nom catalan: Prats-de-Mollo. Nommé gendarme, il fut affecté en Corse où il connut sa future femme. Mariés, ils partirent dans le Sud de la France où sont nés leurs trois enfants. Puis le gendarme revint en Corse, à SOCCIA.

C’est là que “le malheur” s’est produit, le 26 septembre 1892. On sait parfaitement ce qui s’est passé ce jour-là. Les élections au Conseil d’Arrondissement venaient d’avoir lieu et on ne savait toujours pas qui avait gagné dans le canton de SOCCIA. Des gens d’un village voisin, GUAGNO, voulurent aller à SOCCIA, le chef-lieu, afin d’obliger le maire à proclamer vainqueur leur candidat. Le maire fit appel aux gendarmes pour les empêcher d’entrer dans le village. Les “Guagnesi” tirèrent. Deux gendarmes furent touchés, ils devaient mourir quelques instants plus tard. L’un d’eux était le mari de Minnanna. A son fils aîné, accouru aux coups de feu, il ne put que dire : “Pour moi, c’est fini”. L’adolescent rassembla tout son courage et alla prévenir sa mère, son jeune frère et sa petite soeur.

Pendant la nuit qui suivit le drame, il se passa dans ce village une chose incroyable. Les deux veuves et leurs enfants veillaient leurs morts. Dehors, on faisait la fête. On avait tiré tout à l’heure pour tuer, on tirait maintenant pour se réjouir. Ce fut une fête démente, sans pitié pour la douleur des familles, la douleur des enfants, une fête sauvage.

Il y eut un procès, des condamnations...

Les années ont passé, les trois enfants vont bien, les petits-enfants naissent... Mais comment vit-on avec le souvenir d’un époux, d’un père assassiné et de cette nuit de fête infernale ? Seuls ceux, qui, cinquante ans après, continuaient à fermer, les soirs d’élections, les portes, les fenêtres et les volets, auraient pu le dire. Dans cette famille, où l’on n’en parlait jamais, “le malheur” est resté dans toutes les têtes, génération après génération.

Parmi les petits-enfants et arrières-petits-enfants de Minnanna, plusieurs sont allés à SOCCIA, POGGIOLO, ORTO et dans le beau village de GUAGNO y compris, cent ans après, le 26 septembre 1992. Tous ont admiré ces paysages splendides, assurément parmi les plus beaux de Corse, où tant de rage meurtière s’était déchaînée, parmi des gens que l’on avait excités, au fond, pour rien: la proclamation d’un simple conseiller d’arrondissement.

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commentaires

DOMINIQUE 04/06/2011 00:31


IL me semble que ce n'est pas très chrétien votre théorie: " Dieu a doté l'homme de le barbarie "..Et je panse que vous la confondez peut-être avec la pulsion de mort, qui donne l'agressivité dont
parle Freud.. mais en ce qui concerne le christianisme , Le Christ n'a t-il pas dit de "tendre la joue gauche quand in te frappe sur la joue droite? "


DOMINIQUE 30/05/2011 15:08


Je ne suis pas d'accord avec ALBERTINE pour dire que l(homme ne change pas! Heureusemnt que l'homme à changé, et qu'une telle barbarie ne se produirait plus au niveau d'un village, puisque je pense
que par respect pour les morts et par tradtion religieuse, la fête des élections serait carrément supprimée!..


Albertine 01/06/2011 15:17



Pardon de confirmer :  l’Homme n’a pas changé... Pendant des siècles sa barbarie était visible parce que sans “garde-fou”. Maintenant elle est cachée, sournoise ; elle est en nous mais, la
peur du gendarme, fait que nous essayons de la dissimuler, de maitriser nos bas instincts.
Observons  certains dans une foule,  dans des écoles : “ le nombre fera que je ne serai pas vu”. La pulsion qu’ils peuvent, enfin,libérer, entraîne des plus faibles qui, tout à
coup,  se croient forts. L’engrenage de la barbarie exulte. Ils oublient les caméras, le portable etc... Bien sur, il y a des hommes dont l’intelligence  fait qu’ils savent que la
barbarie n’engendre que douleur, désordre, donc il faut la canaliser, l’utiliser qu’à bon escient : le militaire pour sauver son Pays, son Régiment, sa Compagnie,
sa Famille et, finalement, sa Vie...La Justice, n’est-ce pas de la barbarie de priver de liberté une créature de Dieu ?  
Je pense que Dieu a doté l’Homme de la barbarie pour se défendre contre le Diable.



DOMINIQUE 30/05/2011 15:00


Cela surprend de penser qu'à Soccia qui a toujours été considéré dans le canton, comme un village pacifique et de bons vivants - à la différence de Guagno.. mais ceci du moins depuis l'après
guerre, il y ait pu y avoir une telle fête si indécente et si cruelle après un tel drame,seulement 50 ans avant! Voilà à quoi pouvait conduire la folie des éléctions!


albertine 25/05/2011 17:51


Eh bien oui...on peut dire que l'homme ne change pas : de l'homme de néandertal à l'homme moderne, l'homme a gardé, dans son cerveau, la partie "crocodile". Alors, au cours des siècles les mêmes
horreurs se perpétuent. On en a des
exemples tous les jours.


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