De nombreuses élus locaux s'inquiètent des dégâts sur l'environnement provoqués par une trop grande affluence touristique.
Ainsi, ces jours-ci, deux réunions viennent de se tenir, l'une à Orto sur la gestion du lac de Crena et l'autre à Soccia sur la situation du canyon de Zoicu. Pascale CHAUVEAU en a rédigé le compte-rendu, paru dans Corse-Matin de dimanche 25 juin.
Hasard du calendrier : le 22 juin, pointant la dangerosité du site du massif de Bavella en raison de sa surfréquentation, un arrêté préfectoral en a interdit l'accès aux personnes non accompagnées par un professionnel des activités de pleine nature, et plus particulièrement pour la pratique du canyoning. Parallèlement, Nicolas Rutily, maire d'Orto et directeur du comité de pilotage lac de Crena Natura 2000, avait programmé jeudi une réunion sur la gestion du lac et de ses alentours, animée par le Parc naturel régional (PNRC). De son côté, Jean-François Bartoli, maire de Soccia, tenait ce samedi matin une réunion similaire plus axée sur la gestion du canyon du Zoicu.
Les comptages indiquent une moyenne de 300 visiteurs par jour au lac de Crena, et une fréquentation instantanée moyenne de 80 personnes présentes simultanément sur le site. Quant au canyon, une convention établie par la municipalité de Soccia en a restreint l'accès à cinq guides, limités à un groupe de douze personnes le matin et un l'après-midi. "On reste dans des dimensions acceptables et quasi-familiales, mais nous avons à cœur de faire de l'anticipation sur toutes les problématiques et de mettre en place une charte des bonnes pratiques avec tous les acteurs concernés ", précise Jean-François Bartoli.
Conviés par les maires, les fédérations de chasseurs, de pêcheurs, les guides de canyon et autres agents de l'ONF ont pu bénéficier des observations des agents du PNRC sur l'évolution de la faune et la flore autour du lac de Crena. De son côté, l'hydrobiologiste Antoine Orsini a rendu compte de l'étude rendue fin juillet 2022, à la demande du conseil municipal de Soccia, sur l'impact de la fréquentation du Zoicu sur la faune.
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"Car le véritable sujet n'est pas le canyoning ou la randonnée à Crena", soulignait Pierre Larrey, secrétaire général de la préfecture de Corse-du-Sud, " mais bien l'impact de la présence humaine dans un milieu fragile, et comment concilier le développement d'une activité touristique sans porter atteinte à l'environnement. La régulation est un outil, qui peut passer par des arrêtés préfectoraux ou simplement municipaux, ou simplement par le paiement obligatoire pour permettre l'accès à un site, mais parfois, l'information aux visiteurs se révèle une mesure tout aussi efficace".
Il a souligné par ailleurs la démarche rare engagée par les deux édiles de Soccia et Orto qui travaillent de concert sur une réflexion préalable pour éviter toute difficulté à venir, en conviant à leurs tables tous les acteurs concernés.
François Arrighi, chef du pôle conservation du patrimoine au Parc, est formel : "Il n'y a pas de péril majeur pour le lac de Crena", et sa fréquentation, en léger fléchissement depuis quelques années, n'a pas grand impact sur l'environnement, l'état des habitats des espèces et leur nombre. Il faut dire que de nombreux aménagements ont été effectués, destinés à l'accueil du public : grillage autour du lac pour protéger les pelouses fragiles, panneaux d'affichage sur les interdictions, notamment de baignade, mais aussi d'information sur la faune et la flore, et présence d'un agent du Parc en haute saison qui assure gardiennage, prévention et information des visiteurs. La seule inquiétude viendrait d'un constat : le niveau du lac a baissé légèrement en raison du réchauffement climatique. "On parle de 3 cm environ, précise François Arrighi, ce qui peut paraître dérisoire, mais cela assèche la pelouse du pourtour et par conséquent la faune qui y pousse, comme la droséra qui est une espèce protégée."
Si le phénomène perdure, il sera envisagé d'installer une martelière pour rehausser le niveau de l'eau.
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Les photos sont extraites de Corse-Matin.
De son côté, l'étude menée par Antoine Orsini est moins réjouissante. Des mesures ont été prises au départ du canyon et plus bas que l'arrivée des pratiquants, montrant que la population de truites à l'hectare est inférieure de 44 % à l'arrivée, et est réduite d'autant pour certaines espèces endémiques d'invertébrés aquatiques. Relevés en juillet 2022, un été particulier marqué par une sécheresse extrême, ces résultats devront être confirmés par une étude comparative demandée par la municipalité de Soccia, probablement l'été prochain. Mais selon le scientifique, l'impact sur le peuplement piscicole et les invertébrés aquatiques n'est pas dû à la seule présence des canyoneurs, mais aussi des pêcheurs qui se concentrent plutôt en bas de la portion de rivière étudiée, et des baigneurs. Par ailleurs, la présence de frayères, endroits où les femelles déposent leurs œufs afin que les mâles les recouvrent de semence, est souvent méconnue par les usagers de la rivière.
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