Une semaine avant Pâques, le dimanche des Rameaux est un jour important dans la liturgie catholique et a donné naissance à de nombreuses traditions en Corse.
A cette occasion, nous republions un article paru dans ce blog voici quelques années.
Cette fête, qui rappelle le jour de l'entrée de Jésus à Jérusalem, a été décrite par Claire TIEVANT et Lucie DESIDERI dans "Corse - Almanach de la mémoire et des coutumes".
"Les «Oraisons de la Bénédiction Rameaux» précisent le nom des plantes consacrées: le buis, les palmes, l'olivier; noms que l’on retrouve dans la désignation de la fête. En Corse, on l'appelle « e Palme » (les palmes), « e Crucette » (les petites croix ou croisettes) ou encore l'Alivu (l'olivier). En effet, n'est-ce pas encore la période où les olives, arrivées à maturité, sont récoltées dans villages? On ne peut s'empêcher de remarquer la coïncidence du calendrier religieux et de celui des « travaux et des jours » de la vie traditionnelle de cette île méditerranéenne.
Du point de vue cérémoniel, le dimanche des Rameaux ouvre la période de Pâques en nous faisant entrer dans la semaine sainte. A ce jour d'ailleurs, on pratique un rite de clôture et d’ouverture, connu dans la liturgie sous le nom d’Attolite portas (Ouvrez les portes). La Corse, jusqu’à tout récemment, a célébré ce rite qui se déroule sur le seuil de l'église:
Après que le curé a bénit et distribué aux paroissiens les rameaux de palme et d'olivier, on ouvre les portes de l'église et l’on sort processionnellement. Cette procession, au cours de laquelle on porte à la main les rameaux, doit être relativement longue. Elle faisait autrefois le tour du village, elle se limite aujourd'hui à faire le tour de l'église. Pendant ce temps, la porte de cette dernière est fermée de l'intérieur par trois hommes. A son retour, la procession se masse derrière l'officiant, sur le parvis. Le prêtre demande alors à trois reprises l'ouverture des portes: il frappe trois fois avec le pied de la croix en disant, en langue corse: « - Apri la porta! Hosanna pia! » (Ouvre la porte, Hosanna saint!). Au troisième coup et à la troisième invocation, les hommes demeurés à l'intérieur procèdent à l'ouverture: alors la foule s'engouffre dans l'église et l'on peut célébrer enfin la messe des Rameaux.
Les palmes et l'olivier bénits le dimanche des Rameaux possèdent une puissante vertu protectrice; ils empêchent les calamités de s'abattre sur les gens et les biens, ils procurent bienfaits et abondance. Chaque famille ramène chez elle et suspend dans sa maison ces crucette (petites croix). Celles-ci sont aussi appelées San Martini (Saints-Martin), par évocation du saint que la Corse vénère comme protecteur des troupeaux et des récoltes, comme fournisseur d'abondance. Les San Martini sont plantés dans les champs fraîchement cultivés ou sur les tas de céréales tout juste moissonnées. Dans les maisons, e crucette ont les mêmes vertus bénéfiques que les petits pains de Saint-Antoine (panioli), l'œuf de l'Ascension, et le cierge de la Chandeleur, qui conjurent les orages, protègent les enfants contre la maladie ou le mauvais œil (l'occhju). Les signatore (guérisseuses) savent d'ailleurs utiliser ces végétaux bénits pour chasser les « mauvais esprits », dans un rite qui consiste à enfumer le malade en faisant brûler l'olivier et les rameaux. Chaque année, on renouvelle ces plantes rituelles dans toute leur fraîcheur. Les vieux rameaux sont incinérés dans le focu novu (le feu nouveau) du samedi saint."
La fabrication des crucette est expliquée dans ces deux articles parus sur ce blog en 2011:

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