Le 26 juin 2023 est l'anniversaire d'une funeste décision pour les Poggiolais. Il y a 245 ans, le 26 juin 1781, l’Assemblée des Etats de Corse entérina la nomination du curé de Guagno comme piévan de Sorru in sù.
Elle rompait ainsi avec deux siècles de tradition.
Dans la Corse d'autrefois, l'église piévane était celle où se déroulaient les grandes cérémonies. Les desservants des diverses églises de la pièce reconnaissaient l'autorité du curé piévan. Dans notre pièce, Orto, Guagno et Soccia dépendaient de Poggiolo.
Lors de sa visite apostolique, en 1589, Mgr Nicolò Mascardi, évêque de Mariana, nommait l’église San Simeone "canonicat et pieve de Poggiolo de Sorunsù». Il ajoutait : «Les jours de fêtes solennelles, on célèbre dans cette église, à la satisfaction des populations de la pieve».
Tout changea le 26 juin 1781, quand l’Assemblée des Etats de Corse, étudiant la liste des curés piévans dont la désignation faisait problème, évoqua notre piève :
«Que la Piève de Sorrinsù manque de Piévan de droit ;
Que l’Eglise réputée la plus ancienne est celle de la communauté de Poggiolo, composée de vingt feux environ ;
Que Mgr de Guasco (évêque de Sagone) dans sa première visite, n’ayant trouvé dans cette Piève aucun Piévan décoré de ce titre, nomma le curé de Guagno, comme étant le lieu le plus nombreux et faisant par lui-même presque la moitié de la Piève ;
Qu’il est à croire que cette paroisse sera plus que les autres, pourvue d’un bon curé et auquel on pourrait attribuer le droit à l’Assemblée.»
L’Assemblée accepta cette décision. Pourtant, cette rupture avec la tradition se basait sur le seul critère du nombre d’habitants et ne tenait pas compte des difficultés de circulation, alors que Saint Siméon est situé à un carrefour de chemins.
A partir du 25 décembre 1783, le curé de Guagno signa désormais tous ses actes de baptême, mariage et sépulture avec le titre «Piev° di Sorroinsu», comme les registres d’état-civil accessibles sur le site du conseil général de Corse-du-sud.
Mais Giovanni Bonifacy, le curé de Poggiolo, continua à signer «Pievano di detto luogo» (piévan du dit lieu) !!!
Ce problème ne fut pas réglé rapidement par la Révolution.
Le curé de Poggiolo signa simplement «curato» en 1791, quand s’appliqua la Constitution Civile du Clergé. Mais il prit le titre de «curato Pievano» en 1794, quand la Corse se détacha de la République Française. En 1796, quand la France revint sur l’île, la signature fut simplement suivie de «curato del Poggiolo».
Le titre de piévan disparut complètement avec le Concordat signé par le pape et Napoléon Bonaparte.


/image%2F0574608%2F20241218%2Fob_ab3251_image-0574608-20241216-ob-6a2469-img-7.jpg)
/image%2F0574608%2F20260520%2Fob_647f75_outlook-z3zn1q3u.jpg)
/image%2F0574608%2F20240828%2Fob_77e4eb_couver-nostri.jpg)
