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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 20:04

La troupe guagnaise qui contestait les résultats de l'élection au conseil d'arrondissement et qui a traversé le village de Poggiolo le 26 septembre 1892 n'est évidemment pas passé inaperçue.

Elle a particulièrement ému Marc Antoine CECCALDI.

Marc Antoine CECCALDI était né à Poggiolo en 1832. Son père Saverio (1784-1865) avait eu également deux filles, Maria Lilla et Magdeleine, et un autre fils François Marie, né en 1829. Mais François Marie avait été tué en 1851, à l'âge de 21 ans, dans une bagarre à la sortie d'un bal à Soccia. Un peu plus tard, profitant de l'expédition militaire française au Mexique (1862-1867), Marc Antoine s'installa dans ce pays et y resta après le départ de l'armée.

 

camerone

Camerone, le fait d'arme héroïque de la Légion au Mexique

 

Il épousa une Mexicaine qui lui donna un fils, né en 1869 à La Piedad, dans l'État de Michoacan, sur la côte pacifique. Il l'appella François Marie en souvenir de son malheureux frère.

Il revint en Corse, longtemps après, en 1892. Arrivé à Vico en voiture à cheval, il continua à pieds. Mais, ayant quitté le village depuis trente ans, il se trompa de route et arriva à Guagno, d'où il repartit, toujours à pieds, pour Poggiolo.

Il était dans la maison familiale le 26 septembre quand il entendit le remue-ménage provoqué par la troupe des Guagnais en route pour leur coup de force à Soccia. Surpris par ce bruit et la vue des armes, il s'affola, se crut revenu dans les turbulences mexicaines et se mit à courir dans la maison en criant dans un mélange de français, de corse et d'espagnol: "Les Mexicains arrivent. Il y a la Riboluzione contre la force armée!". Il fut difficile de le calmer.

Est-ce le choc de cet événement? Il mourut quelques mois plus tard.

Après une carrière de quinze ans dans la Légion Etrangère, son fils François Marie vint habiter à Poggiolo où il était surnommé "El Mexicano". Il se maria en 1909 avec Françoise MARTINI, veuve de Xavier VINCIGUERRA.

 

Suite en cliquant ICI.

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 20:26

A première vue, aucun lien ne peut exister entre Poggiolo, le Mexique et la mort de deux gendarmes. Il existe pourtant à l'occasion d'un fait divers qui s'est déroulé en 1892.


Les querelles électorales sont aussi vieilles que les élections elle-mêmes. Mais, si elles se règlent souvent tranquillement (comme le cas qui s'est produit en 1795 et qui a été décrit dans l'article du 8 avril), elles peuvent révolutionner des villages entiers et se terminer dans le sang. Pour conter l'affaire, le plus simple est de reprendre l'article très documenté paru dans le numéro 1718 (21 juin au 1er juillet 1893) du "Journal de la gendarmerie". Afin de faciliter la lecture, l'animateur du blog a placé des inter-titres.

 

COUR D'ASSISES DE LA CORSE

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                                   MEURTRE SUR DEUX GENDARMES

    La Cour d'assises de Bastia juge en ce moment les assassins des gendarmes Ferradet et Sala, de la brigade de Soccia (2° compagnie de la Corse). Les accusés, qui appartiennent tous à la commune de Guagno, sont au nombre de quarante-six.
    A aucune époque, dit "Le Petit Bastiais", on n'a vu comparaître devant la Cour d'assises de la Corse autant d'accusés à la fois. Le retentissement  qu'ont eu les faits de cette cause a été très considérable; on ne saurait trop déplorer la mort de deux braves soldats de la loi, qui ont poussé la consigne jusqu'à l'abnégation et peut-être même jusqu’à la témérité.
    L'acte d'accusation, que nous reproduisons en partie, donne une singulière idée des mœurs corses lorsqu'il s'agit de procéder à des élections.


UNE ÉLECTION ÂPREMENT DISPUTÉE   
     Le 25 septembre 1892, on avait procédé aux élections pour le conseil d'arrondissement dans le canton de Soccia, qui compte quatre communes: Soccia, Guagno, Poggiolo et Orto. Deux candidats étaient en présence: le sieur Pinelli (Philippe) de Poggiolo, et Poli (Antoine-Joachim), de Guagno. Ce dernier avait obtenu plus de suffrages que son concurrent à Guagno, Soccia et Poggiolo, mais la majorité acquise au sieur Pinelli à Orto était plus que suffisante pour modifier le résultat final et assurer son élection.
    Empêcher la proclamation du résultat d’Orto, tel fut le parti auquel on s’arrête dans le camp Poli, et voici comment on procéda. Pendant le dépouillement et alors que le président du bureau électoral d’Orto sur les 85 bulletins trouvés dans l’urne en avait déjà lu 76, dont 55 portant le nom de Pinelli et 21 seulement celui de Poli, un membre du bureau,  partisan de celui-ci, le sieur Battesti, qui avait eu soin de réunir sous sa main tous les bulletins déjà lus, les jeta de nouveau dans l’urne, puis s’emparant de la feuille de pointage et de la liste d’émargement les déchira.


LA TROUPE SE FORME
    Le bureau de recensement devait se réunir à Soccia
le 26 à 10 heures du matin. Ce jour-là, dès 6 farandole Guagnoheures, Poli (Antoine-Joachim), assisté de son père Dominique-Mathieu, dit Formiculello, rassemblait chez lui, à Guagno, ses partisans, leur distribuait des armes, de la poudre et des balles, en leur disant: “Ecoutez-moi, et je réponds de tout”.   

 

    Une heure après, une bande de cinquante-deux hommes dont trente-quatre armés de fusils quittait Guagno, se dirigeant vers Soccia. Elle avait à sa tête Poli (Antoine-Joachim), marchant à pied, et son père Formiculello, ainsi que  Leca (Jean-François), maire de Guagno, ces deux derniers à cheval. Elle fit une première halte à Poggiolo, chez le maire, où l’on servit à boire à ceux qui la composaient, pendant que Leca (François-Xavier), Poli, dit Formiculello, et Pinelli (Jean-Antoine) se rendaient aux bains de Guagno pour conférer avec leurs amis politiques.                                 (photo de fête électorale à Guagno)  


    La troupe des Guagnais, reprenant ensuite sa marche, alla attendre le retour de ses trois délégués à la fontaine Saint-Marcel, à 1.200 mètres de Soccia.


LA RIPOSTE DU MAIRE
    Cependant, à la nouvelle que que les Guagnais en armes marchaient sur ce village, une inquiétude bien légitime s’était emparée de ses habitants, et le maire, pressé de tous côtés, se décida à prendre un arrêté interdisant à tout individu armé de pénétrer dans la commune et de se tenir à une distance moindre de 200 mètres de la maison d’école où devait se tenir le bureau de recensement, réunion qui n’avait pu avoir lieu à l’heure fixée, le procès-verbal de Guagno notamment n’étant pas arrivé. Il alla lui-même afficher cet arrêté sur le mur de la maison Ottavioloi situé à 80 mètres du village, et en remit une copie à la gendarmerie en l’invitant à en assurer l’exécution.
    Les gens de Guagno étaient encore à la fontaine Saint-Marcel lorsqu’ils apprirent l’existence de cet arrêté. L’un d’eux, Caviglioli (Jean-Charles), dit Carlone, s’écria aussitôt: “J’en ferai des bourres pour mon fusil”, et un autre, Casanova (Jean-Toussaint), s’empressa, suivant l’expression employée par un témoin, de rafraîchir son fusil, c’est-à-dire de le décharger pour en renouveler la charge. Enfin, vers deux heures, Poli, dit Formiculello, le maire de Guagno et Pinelli (Jean-Antoine) ayant rejoint leurs concitoyens, ceux-ci furent disposés en colonne par trois. Les hommes armés marchant en tête, puis Poli, dit Formiculello, et le maire de Guagno ayant repris leur place au premier rang, à côté de Poli (Antoine-Joachim), cette colonne reprit sa marche en avant.


   gendarmes 1892 LES GENDARMES S’INTERPOSENT
    La brigade de Soccia ne comprenait que le gendarme Sala, commandant par intérim en l’absence du brigadier, et les gendarmes Ferrandet, Pisella et Jourdan; mais celui-ci, qui s’était foulé le poing la veille, était incapable de tout service. En recevant l’arrêté municipal, Sala avait ordonné à ses hommes de se mettre en tenue de résidence et revêtit lui-même cette tenue qui ne comporte que le revolver.
    Il se dirigea ensuite avec Pisella au-devant des Guagnais. Les ayant rencontrés à environ 200 mètres de la maison d’école, Pisella serra la main aux chefs, les engageant au calme et les invitant à respecter l’arrêté du maire.
    Leca (François-Xavier) et Poli, dit Formiculello, ayant demandé à lire ce document, ils s’avancèrent tous jusqu’à la maison Ottavioli; mais, après avoir pris connaissance de l’arrêté, le maire de Guagno s’écria: “Ni cet arrêté, ni les gendarmes, ni les habitants de Soccia ne nous empêcheront d’entrer dans le village, et le sang coulera”, et au cri “En avant”, aussitôt poussé par Poli (Antoine-Joachim), succéda le même cri poussé par Caviglioli (Jean-Charles), qui tout en brandissant son fusil prenait place lui aussi à la tête de la colonne.


    LA POUDRE PARLE
    Celle-ci s’ébranla de nouveau, entraînant les gendarmes Pisella et Sala qui, les bras tendus, s’efforçaient de l’arrêter. Les deux agents de la force publique venaient d’être refoulés jusqu’à 20 mètres de la maison d’école, lorsque survint le gendarme Ferrandet; à son tour il engagea vivement les Guagnais à déposer leurs armes, et il venait à peine de proférer les mots: “Nous mourrons plutôt que de ne pas faire notre devoir”, que Poli (Antoine-Joachim) commandait: “En tirailleurs”, et qu’une autre voix, qui, d’après le gendarme Pisella, ne serait que celle du maire de Guagno, commandait “Feu de peloton”. En commandant: “En tirailleurs”, Poli (Antoine-Joachim) s’était armé d’un revolver, et, pendant qu’il faisait feu, Caviglioli Jean-Charles, de son côté, épaulait son fusil et pressait la détente. Il avait visé le gendarme Ferraudet qui tomba inanimé, son revolver à la main, mais sans en avoir fait usage, frappé par deux balles au cou et à la poitrine. Une vive fusillade suivit ces deux premières détonations. Le gendarme Sala s’affaissa à son tour, déchargea son revolver sans résultat, et expira peu d’instants après. Il avait reçu plusieurs projectiles à la cuisse et à la hanche. Quant à Pisella, il n’a échappé à la mort que parce qu’il était mêlé aux Guagnais, qui ne pouvaient faire feu sur lui sans s’atteindre entre eux.
    Sur les cinquante-deux hommes qui avaient quitté Guagno pour se rendre à Soccia, six, dont deux parmi eux qui étaient armés, s’étaient éloignés de la troupe avant d’arriver dans cette dernière commune. Les quarante-six autres ont tous pris part aux faits criminels dont ils ont aujourd’hui à rendre compte à la justice.
    Les débats commencés le 20 juin, se sont terminés le 27. Les principaux accusés ont été condamnés aux travaux forcés à perpétuité.

 

"C'est une histoire assez extraordinaire, mais quel rapport avec les Mexicains?

- Nous le verrons dans un prochain article. Il fallait d'abord décrire le contexte".

 

Suite en cliquant ICI.

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 19:01

L'article du 16 avril décrivait les efforts de Christophe BATTESTI pour rénover le bâtiment de l'Indigence.

Depuis un siècle, Guagno-les-Bains a connu des modifications mais l'essentiel a été conservé. Ainsi, ces deux photos qui ont pratiquement cent ans d'écart. Elles ont été prises au même endroit, devant l'Indigence (une partie du bâtiment se voit à gauche).

Il est possible de jouer au jeu des ressemblances et des différences. On reconnaît le chemin qui quitte la route pour rejoindre certaines maisons du village. Mais plusieurs maisons ont connu des travaux. Sur la première photo, l'Indigence ne s'est pas encore écroulée. Les arbres ne sont pas les mêmes. La route a été bien améliorée.


Bains vers 1900

 

Bains chemin oggi

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 20:21

Le 26 mars, ce blog montrait la première mention de POGGIOLO sur la carte de Corse confectionnée en 1731 par Francesco Maria ACCINELLI, historien et géographe génois, et publiée dans "Image de la Corse", de Franck CERVONI (La Marge édition).

Sur la même carte, apparaissent également pour la première fois les villages voisins de SOCCIA (orthographié "SOCIA") et d'ORTO. Les trois lieux sont quasiment en ligne droite et représentés chacun par une petite tour.

 

voisins

GUAGNO apparaît plus tôt, sur la carte de Gerhard MERCATOR en 1589.

 

Mercator

 

guagno

 

   ViCO et SAGONE sont présents dès 1560 sur la carte de Giacomo GASTALDI. 

Gastaldi 1

Mais notez leurs bizarres localisations par rapport à AJACCIO (écrit ici AIAZZO).

Les lacs de CRENO et NINO (appelé INNO) sont également nommés pour la première fois.

Gastaldi 2 


 

 

 

 

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 21:10
Les récentes élections territoriales ont manqué de ce qui faisait le sel des traditions politiques corses, à savoir les contestations des résultats. Il y en eut très souvent, y compris à Sorrù in Sù, voici plus de deux siècles.

Pendant la Révolution Française, les excès de la Convention avaient poussé Pascal PAOLI à demander l'aide anglaise. Il en résulta que la Corse fut associée au royaume d'Angleterre pendant près de deux ans. 
La Constitution du royaume anglo-corse fut adoptée par la Consulte du 19 juin 1794 qui réunissait les représentants de chaque communauté urbaine et villageoise (Anton Domenico LetteronDEFRANCHI pour Soccia, Francesco Antonio MASSIMI pour Orto et Gio: Antonio PINELLI  pour Poggiolo). Elle prévoyait un Parlement composé de deux députés par piève.    
Le Titre II de la Constitution précisait que, pour être électeur, il fallait avoir 25 ans, être domicilié depuis au moins un an dans la piève et être propriétaire. Pour être député, on devait également posséder au moins 6.000 livres de biens-fonds (biens immeubles) dans la piève.

L'abbé LETTERON ayant publié les "Procès-verbaux des séances du Parlement anglo-corse" (tous écrits en italien) en 1891, nous sommes bien renseignés sur ce qui s'y passa.
Ce Parlement se réunit le 7 février 1795 à Bastia et créa le 17 février un "comitato de verificazione de'poteri" pour régler les contentieux électoraux. Ce comité avait en son sein un représentant de chacune des neuf juridictions. Mais il fut immédiatement paralysé par la contestation de l'élection de Giovanni STEFANOPOLI, originaire de Cargese, pour la juridiction de Vico. Il fut remplacé par Durabile Maria COLONNA CECCALDI (de la piève de Sevidentro) le 27 février. La juridiction de Vico regroupait les pièves de Cruzini, Sorroingiù, Sevinfuori, Sevidentro et de Sorroinsù (orthographe de l'époque). 

armoiries anglo-corsesDès le 28 février, une des premières affaires examinées par le comité fut le recours intenté par Francesco Antonio MASSIMI (celui qui représentait Orto en juin 1794) contre l'élection de Francesco FRANCESCHETTI et de Filippo LECA pour représenter Sorroinsù. Le mémoire, présenté par le fils mineur (ayant donc moins de 25 ans) du contestataire, avançait que le vote ne s'était pas tenu au lieu habituel, que les habitants de Soccia n'avaient pas pu voter dans les règles car ils n'avaient pas été convoqués, que LECA n'avait pas la fortune nécessaire pour être élu et que Francesco FRANCESCHETTI n'avait pas eu la majorité des voix.

Les armoiries du royaume anglo-corse

Le recours fut facilement repoussé pour différentes raisons:
  - Tout d'abord, rien ne prouvait que MASSIMI père ait bien donné mandat à son fils pour le présenter.
  - Francesco Antonio MASSIMI ayant, lors de l'élection, donné sa voix à LECA, il ne pouvait ensuite prétendre que ce candidat n'était pas éligible.
  - Certains documents fournis se contredisaient et étaient démentis par le procès-verbal officiel de la municipalité poggiolaise et du Podestà.
  - "Enfin, les assemblées de la piève de Sorroinsù ont été toujours tenues à Poggiolo, comme lieu central, et en ont été produites les plus authentiques justifications."
La Chambre entérina sans problème la recommandation du Comité et notre piève put être ainsi représentée sans problème par Francesco FRANCESCHETTI et Filippo LECA tout le temps que dura le royaume anglo-corse.

Mais d'autres contestations furent plus violentes et même, un siècle plus tard, particulièrement sanglantes. Ce sera l'objet d'un prochain article.
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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 20:23

Poggiolo existe depuis longtemps mais le village a souvent été délaissé et ignoré. Il a fallu beaucoup de temps  pour  le voir sur des cartes de géographie.
Grâce à "Image de la Corse", de Franck CERVONI, publié en 1989 à La Marge édition, la première présence de POGGIOLO peut être datée de 1731. C'est à cette date que le nom de "POGIOLO" ou de "POGIALO" (le nom est difficile à déchiffrer) apparaît sur la carte de Corse confectionnée par Francesco Maria ACCINELLI, historien et géographe génois.
Si un de nos lecteurs a une référence plus ancienne,  ce blog serait heureux de l'annoncer.

(cliquez sur ces cartes pour les agrandir)
1731 Accinelli234

 

1731 Corse entière

 
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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 20:02
Il n'était pas Corse, ni d'origine insulaire. Il n'a jamais parlé de l'Ile de Beauté dans ses chansons.
Jean FERRAT vient de mourir samedi 13 mars à l'âge de 79 ans à l'hôpital d'Aubenas, à une quinzaine de kilomètres de son village d'Antraigues-sur-Volane, dans son pays ardéchois cher à son cœur. On peut apprécier ou non son engagement politique. On peut aimer plutôt telle ou telle de ses chansons. Jean FERRAT a cependant sa place ici pour "La montagne", inspirée par son Ardèche mais qui retentit chez tous ceux qui tiennent à leurs racines. Sa montagne est aussi la nôtre. Ses paysans sont aussi nos familles.
Marthe POLI a eu l'excellente idée d'illustrer cette chanson par des vues d'Ortu et de Guagnu. Regardez. Ecoutez.

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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 20:03
Photographier l'ensemble du village de Poggiolo est une opération délicate car, si le viseur arrive à voir toutes les habitations, il n'englobe pas forcément l'église qui est tout en haut. L'église Saint SiméonPoggiolo domine les maisons alors que la chapelle de Saint Roch est difficile à distinguer.

L'histoire de ce bâtiment a été décrite dans un article de Xavier PAOLI publié dans le numéro 1 de "L'info... U Pighjolu" (février 2007) et que nous reproduisons ici.

"L'église St Siméon telle qu'elle apparaît à nos yeux n'est pas très ancienne. Elle date d'à peine plus d'un siècle.
Par contre l'édifice qui l'a précédée et qui, selon toutes probabilités, se trouvait à cet endroit même, était d'un âge beaucoup plus vénérable.
En 1587, Monseigneur MASCARDI, évêque du Nebbiu, lors d'une visite apostolique, indique qu'elle fait office d'église pièvane pour la piève de Sorru ln sù ...
On y administre le Sacrement du Baptême pour tous les habitants des villages environnants. C'est un monument de dimension à l'aspect bien modeste: il n'y a pas de fenêtre, le sol est en terre battue, le toit en bardeaux ne protège que partiellement de la pluie, il n'y a pas de clocher, les deux cloches sont suspendues à un arbre.
Cependant l'évêque la juge convenable, et ajoute : "Qu'aux jours solennels on célèbre dans cette église, à la satisfaction de tous les habitants de la piève".
Comme partout ailleurs, elle sert aussi de sépulture, d'abord à même le sol, et un siècle plus tard lorsqu'on aménagera
un pavement de pierres, on laissera trois ouvertures avec dalles pour les trois "arce".(cf l'article consacré à l'arca: ICI)
(...)
St Roch +village Il semble que l'Eglise St Siméon, pour diverses raisons, ait été abandonnée durant plus d'un siècle et que la chapelle St Roch située au centre du village, ait pris le relais.

En 1863, le conseil de fabrique de l'époque décida la reconstruction ou plutôt l'édification d'un nouvel édifice.
Le premier argent fut apporté le 4 octobre 1863 par la vente de la "casa chjegale" (presbytère).
Muni de ce premier viatique, la communauté villageoise entama alors un véritable marathon d'opiniâtreté et de volonté qui dura pratiquement 50 ans.
Chaque famille donna soit de l'argent, mais il y en avait peu, soit une part de récoltes : tabac, huile, farine de châtaigne, bétail ...
Il y eu des moments de profond découragement, mais jamais il ne fut envisagé de baisser les bras.
Après bien des vicissitudes, on vint à bout de gros oeuvre le 04 octobre 1874, fête de notre Dame du Rosaire.
Le curé Pierre-Jean OTTAVY, desservant de la paroisse, spécialement délégué par Monseigneur l' évêque François-Xavier André de GAFFORY, bénit l'église reconstruite. Mais il reste encore beaucoup à faire et, dans une lettre émouvante datée du 07 juillet 1889, le Président du conseil de fabrique, en désespoir de cause, envoie une supplique au ministre des cultes où il dit : "Les habitants, épuisés par les sacrifices énormes qu'ils se sont imposés dans le but d'avoir une église, ne peuvent plus rien donner,clocher sommet.jpg malgré toute leur bonne volonté". Avec ou sans subvention, on décide pour la décoration de s'adresser au peintre Jean-Noël COPPOLANI de Marignana.
Celui-ci, l'argent manquant, fut le plus souvent rétribué en victuailles diverses: décalitre de pommes de terre, vin, tabac, huile, farine de châtaignes, cabri ...
Mais il mourut avant d'avoir terminé et fut remplacé par Jean-baptiste BASSOUL qui mit un point final à la décoration de l'édifice en 1903.
Puis vint la construction du clocher, la fonte des trois cloches.

Les statues furent, pour la plupart, offertes, selon l'usage, par les familles, qui voulaient ainsi honorer leur Saint Patron.

Aussi après tant d'efforts et de privations, nos ancêtres nous ont laissé ce legs sacré en témoignage de leur foi et de ce que peuvent les hommes lorsqu'ils joignent leur volonté dans un but commun.
Puissions-nous en tirer des leçons .."


N'oubliez pas: la fête de saint Siméon aura lieu le 28 février.
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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 18:21
Malgré son nom bien continental, M. Pierre PUGET, principal du collège de Vico, tient à montrer que son établissement est bien enraciné dans la micro-région.
Il a ainsi eu l'excellente initiative de publier une carte de vœux de nouvel an avec comme illustrations des cartes postales anciennes de plusieurs des villages liés à ce collège.
Dans le sens des aiguilles d'une montre, autour de la photo du collège: Guagno-les-Bains, Vico, Cargese, Piana, Porto, Sagone, Evisa.
Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
     voeux P. PugetSite du collège: http://web.ac-corse.fr/clg_borrossi/ 
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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 16:55
    Il n'était pas possible de parler des traditions de la fête des morts (voir le premier et le second article du 1er novembre) sans évoquer le lieu où ceux-ci reposent. Et, en Corse, les sépultures se firent dans le cimetière mais aussi  dans l'arca.
    L'arca était une tombe collective, sorte de chambre souterraine voutée à orifice étroit fermé par une dalle de pierre, accolée à l'église ou creusée sous celle-ci. Elle permettait aux croyants d'être le plus près possible de l'endroit le plus sacré du village et elle renforçait le sens de la communauté, unie ici et maintenant comme pour l’éternité. C'est à partir du XVème siècle que s'est répandue, en Corse, la pratique des enterrements dans les églises.

L'arca poggiolaise
    Cette coutume fut pratiquée à Poggiolo comme le prouvent les rapports des visites apostoliques effectuées par les évêques (de Sagone ou du Nebbio) ou de leur délégué (documents étudiés par le Père DOAZAN).
    Si en 1587 et en 1589, Mgr MASCARDI écrit que "le cimetière entoure l'église", il mentionne déjà l'existence de l'arca de Vico. Mgr COSTA décrit un siècle plus tard, en 1698, dans le village, un "pavement de pierre avec trois ouvertures d'arca avec trappe de pierre". Ces trois ouvertures signifient qu'une était destinée aux hommes, l'autre aux femmes et la dernière aux enfants. Mais, en 1702, le même Mgr COSTA note que "le cimetière est pourvu d'une croix et bien enclôs"
    Il est vrai que la sépulture en arca n'était pas bien vue des autorités ecclésiastiques. Ainsi, dès le XVI° siècle, la constitution de Mgr SAULI, évêque d'Aleria, imposait d'ensevelir les morts dans les cimetières et non dans les églises, à moins d'avoir la permission de l’évêque.
    En 1776, un Edit Royal interdisait les sépultures dans les églises insulaires, et en 1789 un Décret de la Révolution ordonnait la création de cimetières, sans grand succès en Corse.
        Les registres de catholicité de Poggiolo permettent de distinguer deux périodes:
       - de 1729 à 1756: l
es inhumations ont toujours lieu "dans l'église" (les registres utilisent  les termes "arca", "nel pavimento", "attraco");
        - après 1770 et jusqu'en 1792, les documents précisent:
            + "nel grande sepultura", c'est-à-dire dans l'arca collective
                                             ou
           + "nel picola sepultura" ou "nel cimeterio", donc en tombe individuelle.

Vers la suppression de l'arca

    Mais, au nom de l'hygiène, les décisions administratives se succédèrent. Par Décret en date du 23 Prairial An XII (12 Juin 1804), Napoléon imposait l'établissement de cimetières loin des églises et à plus de 40 mètres des habitations en France. Les Edits préfectoraux de 1810-1812 confirmaient les textes précédents, mais avec des mesures coercitives. Cependant, des problèmes financiers importants ne permettaient pas aux communes de s'y conformer sur le champ. En 1830, le Préfet de Corse Jourdan du Var ordonnait la fermeture de toutes  les "arce", mais leur usage devait perdurer encore de nombreuses années.
   L'arca du couvent de Vico servit à enterrer les 40 habitants d'Arbori victimes du choléra en 1816. Dans une autre partie de la Corse, celle de Zevaco fut exceptionnellement réutilisée pendant l'épidémie de grippe espagnole, de mai 1918 à janvier 1919. Elle est maintenant classée monument historique.
    Il est difficile de donner la date exacte de l'abandon de l'arca de Poggiolo.
    Pour Soccia, où il existait aussi une arca en deux ou trois parties, l'étude publiée voici quelques années par Jean-Baptiste PAOLI indique que la première inhumation dans le cimetière communal eut lieu en 1812.

Saint Siméon contre l'arca
    En tout cas, le prestige de l'arca dura longtemps comme le prouve l'anecdote de la destruction de l'ancienne église de Saint Siméon.
    L’évêque d’Ajaccio avait accepté la destruction de l’église (décidée par le conseil de fabrique de la paroisse en 1863). Mais rien ne se fit immédiatement. Finalement, un dimanche, à la sortie de la messe, Jean-Antoine FRANCESCHETTI (1831-1922) demanda: «Alors, on la détruit ?». Personne n’avait l’air décidé, car dans l’église se trouvait toujours la fosse de l’arca et y touchait semblait sacrilège. Finalement, quelqu’un dit à Jean-Antoine de commencer. On lui donna une pioche. Il attaqua le mur avec résolution. Au bout d'un moment, un, puis deux autres, puis tout le monde finit par faire comme lui et l’église fut démolie. A sa place, fut construite l’actuelle église Saint Siméon.
    Aujourd'hui, il ne reste plus rien de l'arca, même pas la dalle qui la recouvrait (le couvent St François conserve des dalles de certaines familles vicolaises).
 
    Le cimetière de la commune ne fut pas accepté facilement et certaines familles utilisèrent leurs propres propriétés pour inhumer leurs parents, les plus aisées édifiant même des chapelles funéraires isolées mais pas trop loin de l'église. Ces bâtisses affirmaient la puissance de ces lignées, et aussi permettaient de rendre les terrains inaliénables. "On ne vend pas les morts !", comme dit un proverbe.

    Visibles ou invisibles, les morts restent parmi nous et leurs tombeaux nous montrent d'où nous venons, quelles sont nos racines. Nous sommes les héritiers d'une histoire et d'une communauté.


Bibliographie:
    - "Le couvent Saint François de Vico" par le R. P. Louis DOAZAN (ed. Alain Piazzola)
    - "Soccia. Santa Maria delle grazie. A nostra ghjesgia" par Jean-Baptiste PAOLI (dactylographié, avec l'aide d'"A Mimoria")

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Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
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Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

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Le calendrier poggiolais

 

Lisez "INSEME" de mai en cliquant sur l'image:

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- dimanche 22 mai:

fête du Père ALBINI au couvent de Vico (messe à 10h 30 suivie d'un apéritif et d'une exposition).

- dimanche 26 juin:

trail A Viculese

- 8 juillet: 

Fin des classes

- dimanche 25  septembre:

u Mele in Festa à Murzo.

 

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La météo poggiolaise

Pour tout savoir sur le temps qu'il fait et qu'il va faire à Poggiolo, cliquez sur LE BULLETIN METEO

Un bulletin indispensable

  le bulletin des paroisses des Deux Sorru.

 

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