Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 19:19

L'expédition guagnaise de 1892 qui s'est soldée par la mort de deux gendarmes (voir les articles des   4 mai et 6 mai) s'est terminée par un grand procès.

Du 20 au 27 juin 1893, comparurent 44 accusés à la Cour d'Assises de Bastia. Une cinquantaine de témoins donnèrent des versions très différentes selon leur parti. La défense était assurée par Me AGOSTINI, Me de CARAFFA et Me Hyacinthe de MONTERA. Le maire de Guagno et le père du candidat furent condamnés aux travaux forcés à perpétuité, sept Guagnais reconnus coupables eurent 20 ans de bagne et une dizaine d'autres écopa d'une peine de 3 à 10 ans. Le plus jeune, LECA dit LICONE, mineur au moment des faits, passa 5 ans en Guyane et composa une chanson sur ce séjour forcé.

La presse donna un large écho au procès, comme le montre la première page du "Petit Bastiais", qui donne même un  plan du tribunal.


tribunal 1893

 

 

  L'affaire avait eu aussi des répercussions sur le continent et même à l'étranger.


  En 1894, dans "La Revue de Paris", Maurice JOLLIVET publie une étude de dix-huit pages sur la Corse. Il décrit l'affaire de Soccia et la considère comme "la synthèse des élections corses où s'épanouissent dans toute leur beauté la surexcitation des appétits, le dédain de la loi et du droit, le culte exclusif de la force". Il trouve que "le jury ne se montra pas impitoyable". D'ailleurs, "les accusés pouvaient invoquer, à leur décharge, un état d'esprit général qu'ils n'avaient pas créé, qui préexistait de longue date aux événements de Soccia, que les politiciens de haut vol se plaisent à entretenir pour leur plus grande gloire, et qui fait du département insulaire, en temps d'élection, - en tout temps même - un foyer d'agitation et de troubles."

  Réaction typique des hommes de plume qui prirent plaisir à renforcer la légende noire de la Corse.



  L'affaire fut connue très loin, y compris aux Etats-Unis, dans la Ohiopetite ville de LOGAN (Ohio) où le journal local "The Ohio Democrat" du 9 décembre 1893 reprend un article de la "Contemporary Review" intitulé "Une petite difficulté" ou "Comment les journaux corses suppriment les nouvelles".

  Sans l'exprimer franchement, ce texte contient des insinuations sur les pressions qui peuvent exister sur l'exercice de la justice dans l'île.

  Le rédacteur remarque que le premier compte-rendu du quotidien bastiais "occupait environ sept pouces d'une colonne". Mais, "le lendemain, le rédacteur en chef avait eu le temps de réfléchir (ou peut-être a-t-il reçu un avertissement sérieux) et, dans un article de trois pouces de long, il y avait cette correction importante: "Il semble que nous n'avons pas eu raison de dire que c'était le maire de Guagno qui avait donné l'ordre de tirer sur les gendarmes". Le troisième jour, il y eut seulement deux lignes: "à la suite de la malheureuse affaire de Soccia, il est probable que le maire de Guagno enverra sa démission".

Salut! C'est tout: J'ai pris le journal pendant une semaine, car j'étais curieux, de voir comment l'affaire se terminerait, mais il n'y avait plus rien, apparemment aucune enquête, aucune poursuite des délinquants".

 


 Un autre journal américain, le "Boston Evening", décrivit beaucoup plus tard le destin de l'un des acteurs du drame: Jean-Charles CAVIGLIOLI, dit CARLONE, l'un des Guagnais les plus excités et qui tira sur le gendarme FERRAUDET.

Cette petite dépêche fut publiée le 29 décembre 1898 et s'intitulait: "Un célèbre bandit Corse capturé" (âmes sensibles s'abstenir).


Boston 1898
Traduction:

  "Jean CARLONE, le bandit le plus remarquable de la Corse, et qui est depuis six ans la terreur des cantons de Soccia et de Vico, a été capturé après un combat dans lequel plusieurs gendarmes et le bandit ont été blessés. En 1892, Carlone avait tué deux gendarmes qui tentaient de l'arrêter lors de l'élection de Guagno. Récemment, en se querellant sur un partage du butin, il a poignardé un autre bandit en plein cœur, et il lui coupa la barbe qu'il porta comme un trophée sur sa poitrine. Carlone a un palmarès de dix meurtres atroces. Il a été trahi par ses camarades, qui avaient été écœurés par ses brutalités."


Partager cet article

Repost0
15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 09:26

A cause de son ancienne renommée de station thermale, Guagno-les-Bains a bénéficié de l'édition de bien plus de cartes postales que Poggiolo. Mais, datant de la même époque que celle publiée dans la note du 24 avril, voici une carte avec une vue du village sous un angle inhabituel.

Qui pourra préciser le lieu précis où se trouvait le photographe?


Poggiolo de loin

Partager cet article

Repost0
13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 20:30

 

Les élections déchaînent souvent les passions, pouvant aller jusqu'à des issues meurtrières, comme en 1892 (voir l'article du 4 mai).

Il est vrai que les joutes électorales ne laissent personne indifférent, même pas les hommes d'Eglise. Le Père THEVENET publie dans le numéro de mai du journal "INSEME" des extraits du mandement de l'évêque de Marseille, Mgr Eugêne de MAZENOD, à ses ouailles lors des premières élections au suffrage universel en 1848.

Le hasard a fait que, dans sa chronique historique de "La Corse - Votre hebdo" du 30 avril dernier, Paul SILVANI évoque la vie politique corse sous la Monarchie de Juillet. Il signale que l'évêque d'Ajaccio, Mgr Xavier Toussaint Raphaël CASANELLI d'ISTRIA, intervenait dans la politique et que, lors des mêmes élections de 1848, il fit "savoir aux mille curés insulaires qu'ils seraient "responsables devant Dieu et la société de tout mauvais choix qui se ferait par leur faute"". 

Une autre intervention de l'évêque d'origine vicolaise provoqua l'édition, en 1858, d'une brochure de 40 pages intitulée "Mission du prêtre corse" (cliquez sur son image). Elle avait été écrite par le bonapartiste Jean de LA ROCCA, auteur l'année précédente de l'excellente étude "La Corse et son avenir". 

mission prêtre corseJean de LA ROCCA y affirme, avec beaucoup de respect et de prudence, que l'Eglise n'a pas à se mêler de politique car "C'est épouvantable! c'est ridicule!  c'est scandaleux!". L'Eglise en subira le conséquences puisque "la guerre appelle la guerre". Le prêtre doit se cantonner à "l'exercice de la charité, (...) à la distribution des secours aux indigents".

La cause de cette publication est tout simplement l'élection cantonale qui venait d'avoir lieu dans le canton de SOCCIA et où se présentaient le candidat officiel du gouvernement (M. LECA, géomètre en chef de la Corse) et l'avocat CASANELLI, neveu de l'évêque.

Jean de LA ROCCA dénonce la pression exercée par le clergé. L'évêque aurait procédé à une véritable mobilisation générale.

"Le canton de Soccia, entre autres, a reçu la battue de plus de cinquante prêtres qui allaient de porte en porte, de chaumière en chaumière, de ferme en ferme, de village en village, endoctrinant les paysans, faisant des promesses, donnant telle ou telle couleur à la mission du candidat qu'ils patronnaient. 

Ils faisaient la leçon à la femme, à la jeune fille; ils séduisaient le père, la mère , pour assurer leur succès auprès du fils. Ils ne craignaient pas d'aller trouver l'électeur au milieu des champs, à sa bergerie, le jour comme la nuit, aux heures de son travail, et là de mettre en usage tous les moyens pour lui faire accepter un bulletin que sa conscience repoussait peut-être."


Il produit un document montrant ces pressions:

"Qu'on juge, par exemple, la lettre suivante, écrite par un curé à son cousin, à l'occasion de ces élections. Elle est curieuse et elle donne une idée du caractère de cette lutte. Je la copie textuellement sur l'original.

    « Caro cucino,

   Ricordatevi che il curato di ... vostro cucino è quello che viscrive per sapere se voi 10 mancarete iD quest occasione. 10 dunque intendo da voi come cucino che voi non mancarete di darmi il vostro voto e cercarete degli altri per l'avvocato Casanelli sola persona che io ho in questo monda.
«Oggi e il momento che io riconosca i miei parenli vi saluto e mi dico il vostro cucino Corso.
«D ..... , curato .
“ C .•. , 17 aprile 1858. “


L'auteur est du coin (il est le filleul de la Vicolaise Cécile Multedo, à qui il dédia un
Épithalame, et il fut enterré à Vico en 1883). A ce titre, il peut donner un exemple d'une "scène scandaleuse" dont il a été témoin, mais sans préciser dans quel village:

"Voyez-vous un curé de village réunir son peuple à la seule, mais fausse, nouvelle de la victoire de son candidat, pour chanter un Te Deum en l'honneur de ce succès? Le voyez-vous suspendre de ses fonctions le caissier de la fabrique, parce  que celui-ci voulait attaquer l'auteur de cet acte irréligieux en dommages et intérêts pour avoir brûlé les cierges de l'église?"

 

Autre moyen utilisé et qualifié de "fait déplorable": l'utilisation des séminaristes.

"Au petit séminaire de Vico, dans cette pépinière de jeunes prêtres où l'on doit former à la fraternité, à l'amour de tous les hommes le cœur du lévite, où on doit chercher à diriger toutes ses vues vers le ciel et l'éloigner de plus en plus des misérables passions de ce monde, qu'ont fait les professeurs, ces hommes sacrés, touchés de l'esprit de Dieu, les plus éclairés d'entre les prêtres, puisqu'ils concourent à les former? Ont-ils casanellienseigné le dogme ou la morale à leurs élèves? Les ont-ils pénétrés des préceptes du Seigneur? ont-ils attiré sur ces jeunes intelligences les lumières de l'Esprit-Saint? 
Non, ces hommes s'occupaient d'élections. 
Ils ont réuni leurs élèves, et ils leur ont dit: « Laissez en ce moment l'œuvre du ciel, et faisons l'œuvre de la terre. Dieu veut que vous n'ayez parmi les hommes que des frères; eh bien, il faut y voir des ennemis: un tel est notre ennemi, notre rival, notre compétiteur. Dieu commande la paix, allez faire la guerre.”
Et ils sont partis, ces jeunes adeptes; ils ont franchi les montagnes, animés d'une ardeur, d'une passion coupables. Ils ont fait leurs premières armes dans la vie de la prêtrise; ils ont conquis quelques votes! Et les voilà plus satisfaits de ce petit triomphe que s'ils avaient converti tous les barbares ou sauvé toutes les âmes de ce monde! "


Le fait est exact. Mgr CASANELLI d'ISTRIA décida de mettre fin à l’année scolaire un mois plus tôt que d’habitude afin de permettre à une douzaine de séminaristes de Vico d’être sur place pendant la campagne électorale et pour voter.


La brochure se termine par une adresse à l'évêque pour que le clergé ne sorte plus de son rôle religieux et caritatif.

On pourrait dire bravo! Voilà un bel exemple de la laïcité telle qu'elle triomphera plus tard sous la Troisième République.


Oui, mais, mais...  

...Mais il faut resituer l'événement dans son contexte.

 

En 1856, Mgr CASANELLI avait décidé de sévir contre les unions illégitimes et prit  des mesures d'une extraordinaire sévérité comme l'excommunication majeure. 

Il réussit ainsi à légitimer environ deux mille unions, mais  NAPOLÉON III lui-même s'était cru indirectement visé parce que justement un de ses cousins, le prince Lucien BONAPARTE, voulait se remarier avec une riche Anglaise avec qui il vivait. Il demandait donc l'annulation de son premier mariage. En vain Lucien BONAPARTE avait-il demandé l'appui de Mgr CASANELLI pour obtenir une sentence d'annulation de ce mariage par Rome. Par la suite, l'empereur, dont Jean de LA ROCCA était un fidèle, eut toujours une attitude très froide envers l'évêque alors que son règne fut très bienveillant pour la Corse.


De toute façon, une telle agitation ne servit pas à grand-chose. Etienne LECA fut conseiller général du canton de Soccia pendant presque tout l'Empire, jusqu'en 1867 où le prince Napoléon-Charles fut élu (mais il préféra représenter le canton d'Ajaccio), puis ce fut le tour du comte François POZZO di BORGO.


Partager cet article

Repost0
6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 20:04

La troupe guagnaise qui contestait les résultats de l'élection au conseil d'arrondissement et qui a traversé le village de Poggiolo le 26 septembre 1892 n'est évidemment pas passé inaperçue.

Elle a particulièrement ému Marc Antoine CECCALDI.

Marc Antoine CECCALDI était né à Poggiolo en 1832. Son père Saverio (1784-1865) avait eu également deux filles, Maria Lilla et Magdeleine, et un autre fils François Marie, né en 1829. Mais François Marie avait été tué en 1851, à l'âge de 21 ans, dans une bagarre à la sortie d'un bal à Soccia. Un peu plus tard, profitant de l'expédition militaire française au Mexique (1862-1867), Marc Antoine s'installa dans ce pays et y resta après le départ de l'armée.

 

camerone

Camerone, le fait d'arme héroïque de la Légion au Mexique

 

Il épousa une Mexicaine qui lui donna un fils, né en 1869 à La Piedad, dans l'État de Michoacan, sur la côte pacifique. Il l'appella François Marie en souvenir de son malheureux frère.

Il revint en Corse, longtemps après, en 1892. Arrivé à Vico en voiture à cheval, il continua à pieds. Mais, ayant quitté le village depuis trente ans, il se trompa de route et arriva à Guagno, d'où il repartit, toujours à pieds, pour Poggiolo.

Il était dans la maison familiale le 26 septembre quand il entendit le remue-ménage provoqué par la troupe des Guagnais en route pour leur coup de force à Soccia. Surpris par ce bruit et la vue des armes, il s'affola, se crut revenu dans les turbulences mexicaines et se mit à courir dans la maison en criant dans un mélange de français, de corse et d'espagnol: "Les Mexicains arrivent. Il y a la Riboluzione contre la force armée!". Il fut difficile de le calmer.

Est-ce le choc de cet événement? Il mourut quelques mois plus tard.

Après une carrière de quinze ans dans la Légion Etrangère, son fils François Marie vint habiter à Poggiolo où il était surnommé "El Mexicano". Il se maria en 1909 avec Françoise MARTINI, veuve de Xavier VINCIGUERRA.

 

Suite en cliquant ICI.

Partager cet article

Repost0
4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 20:26

A première vue, aucun lien ne peut exister entre Poggiolo, le Mexique et la mort de deux gendarmes. Il existe pourtant à l'occasion d'un fait divers qui s'est déroulé en 1892.


Les querelles électorales sont aussi vieilles que les élections elle-mêmes. Mais, si elles se règlent souvent tranquillement (comme le cas qui s'est produit en 1795 et qui a été décrit dans l'article du 8 avril), elles peuvent révolutionner des villages entiers et se terminer dans le sang. Pour conter l'affaire, le plus simple est de reprendre l'article très documenté paru dans le numéro 1718 (21 juin au 1er juillet 1893) du "Journal de la gendarmerie". Afin de faciliter la lecture, l'animateur du blog a placé des inter-titres.

 

COUR D'ASSISES DE LA CORSE

----------------

                                   MEURTRE SUR DEUX GENDARMES

    La Cour d'assises de Bastia juge en ce moment les assassins des gendarmes Ferradet et Sala, de la brigade de Soccia (2° compagnie de la Corse). Les accusés, qui appartiennent tous à la commune de Guagno, sont au nombre de quarante-six.
    A aucune époque, dit "Le Petit Bastiais", on n'a vu comparaître devant la Cour d'assises de la Corse autant d'accusés à la fois. Le retentissement  qu'ont eu les faits de cette cause a été très considérable; on ne saurait trop déplorer la mort de deux braves soldats de la loi, qui ont poussé la consigne jusqu'à l'abnégation et peut-être même jusqu’à la témérité.
    L'acte d'accusation, que nous reproduisons en partie, donne une singulière idée des mœurs corses lorsqu'il s'agit de procéder à des élections.


UNE ÉLECTION ÂPREMENT DISPUTÉE   
     Le 25 septembre 1892, on avait procédé aux élections pour le conseil d'arrondissement dans le canton de Soccia, qui compte quatre communes: Soccia, Guagno, Poggiolo et Orto. Deux candidats étaient en présence: le sieur Pinelli (Philippe) de Poggiolo, et Poli (Antoine-Joachim), de Guagno. Ce dernier avait obtenu plus de suffrages que son concurrent à Guagno, Soccia et Poggiolo, mais la majorité acquise au sieur Pinelli à Orto était plus que suffisante pour modifier le résultat final et assurer son élection.
    Empêcher la proclamation du résultat d’Orto, tel fut le parti auquel on s’arrête dans le camp Poli, et voici comment on procéda. Pendant le dépouillement et alors que le président du bureau électoral d’Orto sur les 85 bulletins trouvés dans l’urne en avait déjà lu 76, dont 55 portant le nom de Pinelli et 21 seulement celui de Poli, un membre du bureau,  partisan de celui-ci, le sieur Battesti, qui avait eu soin de réunir sous sa main tous les bulletins déjà lus, les jeta de nouveau dans l’urne, puis s’emparant de la feuille de pointage et de la liste d’émargement les déchira.


LA TROUPE SE FORME
    Le bureau de recensement devait se réunir à Soccia
le 26 à 10 heures du matin. Ce jour-là, dès 6 farandole Guagnoheures, Poli (Antoine-Joachim), assisté de son père Dominique-Mathieu, dit Formiculello, rassemblait chez lui, à Guagno, ses partisans, leur distribuait des armes, de la poudre et des balles, en leur disant: “Ecoutez-moi, et je réponds de tout”.   

 

    Une heure après, une bande de cinquante-deux hommes dont trente-quatre armés de fusils quittait Guagno, se dirigeant vers Soccia. Elle avait à sa tête Poli (Antoine-Joachim), marchant à pied, et son père Formiculello, ainsi que  Leca (Jean-François), maire de Guagno, ces deux derniers à cheval. Elle fit une première halte à Poggiolo, chez le maire, où l’on servit à boire à ceux qui la composaient, pendant que Leca (François-Xavier), Poli, dit Formiculello, et Pinelli (Jean-Antoine) se rendaient aux bains de Guagno pour conférer avec leurs amis politiques.                                 (photo de fête électorale à Guagno)  


    La troupe des Guagnais, reprenant ensuite sa marche, alla attendre le retour de ses trois délégués à la fontaine Saint-Marcel, à 1.200 mètres de Soccia.


LA RIPOSTE DU MAIRE
    Cependant, à la nouvelle que que les Guagnais en armes marchaient sur ce village, une inquiétude bien légitime s’était emparée de ses habitants, et le maire, pressé de tous côtés, se décida à prendre un arrêté interdisant à tout individu armé de pénétrer dans la commune et de se tenir à une distance moindre de 200 mètres de la maison d’école où devait se tenir le bureau de recensement, réunion qui n’avait pu avoir lieu à l’heure fixée, le procès-verbal de Guagno notamment n’étant pas arrivé. Il alla lui-même afficher cet arrêté sur le mur de la maison Ottavioloi situé à 80 mètres du village, et en remit une copie à la gendarmerie en l’invitant à en assurer l’exécution.
    Les gens de Guagno étaient encore à la fontaine Saint-Marcel lorsqu’ils apprirent l’existence de cet arrêté. L’un d’eux, Caviglioli (Jean-Charles), dit Carlone, s’écria aussitôt: “J’en ferai des bourres pour mon fusil”, et un autre, Casanova (Jean-Toussaint), s’empressa, suivant l’expression employée par un témoin, de rafraîchir son fusil, c’est-à-dire de le décharger pour en renouveler la charge. Enfin, vers deux heures, Poli, dit Formiculello, le maire de Guagno et Pinelli (Jean-Antoine) ayant rejoint leurs concitoyens, ceux-ci furent disposés en colonne par trois. Les hommes armés marchant en tête, puis Poli, dit Formiculello, et le maire de Guagno ayant repris leur place au premier rang, à côté de Poli (Antoine-Joachim), cette colonne reprit sa marche en avant.


   gendarmes 1892 LES GENDARMES S’INTERPOSENT
    La brigade de Soccia ne comprenait que le gendarme Sala, commandant par intérim en l’absence du brigadier, et les gendarmes Ferrandet, Pisella et Jourdan; mais celui-ci, qui s’était foulé le poing la veille, était incapable de tout service. En recevant l’arrêté municipal, Sala avait ordonné à ses hommes de se mettre en tenue de résidence et revêtit lui-même cette tenue qui ne comporte que le revolver.
    Il se dirigea ensuite avec Pisella au-devant des Guagnais. Les ayant rencontrés à environ 200 mètres de la maison d’école, Pisella serra la main aux chefs, les engageant au calme et les invitant à respecter l’arrêté du maire.
    Leca (François-Xavier) et Poli, dit Formiculello, ayant demandé à lire ce document, ils s’avancèrent tous jusqu’à la maison Ottavioli; mais, après avoir pris connaissance de l’arrêté, le maire de Guagno s’écria: “Ni cet arrêté, ni les gendarmes, ni les habitants de Soccia ne nous empêcheront d’entrer dans le village, et le sang coulera”, et au cri “En avant”, aussitôt poussé par Poli (Antoine-Joachim), succéda le même cri poussé par Caviglioli (Jean-Charles), qui tout en brandissant son fusil prenait place lui aussi à la tête de la colonne.


    LA POUDRE PARLE
    Celle-ci s’ébranla de nouveau, entraînant les gendarmes Pisella et Sala qui, les bras tendus, s’efforçaient de l’arrêter. Les deux agents de la force publique venaient d’être refoulés jusqu’à 20 mètres de la maison d’école, lorsque survint le gendarme Ferrandet; à son tour il engagea vivement les Guagnais à déposer leurs armes, et il venait à peine de proférer les mots: “Nous mourrons plutôt que de ne pas faire notre devoir”, que Poli (Antoine-Joachim) commandait: “En tirailleurs”, et qu’une autre voix, qui, d’après le gendarme Pisella, ne serait que celle du maire de Guagno, commandait “Feu de peloton”. En commandant: “En tirailleurs”, Poli (Antoine-Joachim) s’était armé d’un revolver, et, pendant qu’il faisait feu, Caviglioli Jean-Charles, de son côté, épaulait son fusil et pressait la détente. Il avait visé le gendarme Ferraudet qui tomba inanimé, son revolver à la main, mais sans en avoir fait usage, frappé par deux balles au cou et à la poitrine. Une vive fusillade suivit ces deux premières détonations. Le gendarme Sala s’affaissa à son tour, déchargea son revolver sans résultat, et expira peu d’instants après. Il avait reçu plusieurs projectiles à la cuisse et à la hanche. Quant à Pisella, il n’a échappé à la mort que parce qu’il était mêlé aux Guagnais, qui ne pouvaient faire feu sur lui sans s’atteindre entre eux.
    Sur les cinquante-deux hommes qui avaient quitté Guagno pour se rendre à Soccia, six, dont deux parmi eux qui étaient armés, s’étaient éloignés de la troupe avant d’arriver dans cette dernière commune. Les quarante-six autres ont tous pris part aux faits criminels dont ils ont aujourd’hui à rendre compte à la justice.
    Les débats commencés le 20 juin, se sont terminés le 27. Les principaux accusés ont été condamnés aux travaux forcés à perpétuité.

 

"C'est une histoire assez extraordinaire, mais quel rapport avec les Mexicains?

- Nous le verrons dans un prochain article. Il fallait d'abord décrire le contexte".

 

Suite en cliquant ICI.

Partager cet article

Repost0
24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 19:01

L'article du 16 avril décrivait les efforts de Christophe BATTESTI pour rénover le bâtiment de l'Indigence.

Depuis un siècle, Guagno-les-Bains a connu des modifications mais l'essentiel a été conservé. Ainsi, ces deux photos qui ont pratiquement cent ans d'écart. Elles ont été prises au même endroit, devant l'Indigence (une partie du bâtiment se voit à gauche).

Il est possible de jouer au jeu des ressemblances et des différences. On reconnaît le chemin qui quitte la route pour rejoindre certaines maisons du village. Mais plusieurs maisons ont connu des travaux. Sur la première photo, l'Indigence ne s'est pas encore écroulée. Les arbres ne sont pas les mêmes. La route a été bien améliorée.


Bains vers 1900

 

Bains chemin oggi

Partager cet article

Repost0
11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 20:21

Le 26 mars, ce blog montrait la première mention de POGGIOLO sur la carte de Corse confectionnée en 1731 par Francesco Maria ACCINELLI, historien et géographe génois, et publiée dans "Image de la Corse", de Franck CERVONI (La Marge édition).

Sur la même carte, apparaissent également pour la première fois les villages voisins de SOCCIA (orthographié "SOCIA") et d'ORTO. Les trois lieux sont quasiment en ligne droite et représentés chacun par une petite tour.

 

voisins

GUAGNO apparaît plus tôt, sur la carte de Gerhard MERCATOR en 1589.

 

Mercator

 

guagno

 

   ViCO et SAGONE sont présents dès 1560 sur la carte de Giacomo GASTALDI. 

Gastaldi 1

Mais notez leurs bizarres localisations par rapport à AJACCIO (écrit ici AIAZZO).

Les lacs de CRENO et NINO (appelé INNO) sont également nommés pour la première fois.

Gastaldi 2 


 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 21:10
Les récentes élections territoriales ont manqué de ce qui faisait le sel des traditions politiques corses, à savoir les contestations des résultats. Il y en eut très souvent, y compris à Sorrù in Sù, voici plus de deux siècles.

Pendant la Révolution Française, les excès de la Convention avaient poussé Pascal PAOLI à demander l'aide anglaise. Il en résulta que la Corse fut associée au royaume d'Angleterre pendant près de deux ans. 
La Constitution du royaume anglo-corse fut adoptée par la Consulte du 19 juin 1794 qui réunissait les représentants de chaque communauté urbaine et villageoise (Anton Domenico LetteronDEFRANCHI pour Soccia, Francesco Antonio MASSIMI pour Orto et Gio: Antonio PINELLI  pour Poggiolo). Elle prévoyait un Parlement composé de deux députés par piève.    
Le Titre II de la Constitution précisait que, pour être électeur, il fallait avoir 25 ans, être domicilié depuis au moins un an dans la piève et être propriétaire. Pour être député, on devait également posséder au moins 6.000 livres de biens-fonds (biens immeubles) dans la piève.

L'abbé LETTERON ayant publié les "Procès-verbaux des séances du Parlement anglo-corse" (tous écrits en italien) en 1891, nous sommes bien renseignés sur ce qui s'y passa.
Ce Parlement se réunit le 7 février 1795 à Bastia et créa le 17 février un "comitato de verificazione de'poteri" pour régler les contentieux électoraux. Ce comité avait en son sein un représentant de chacune des neuf juridictions. Mais il fut immédiatement paralysé par la contestation de l'élection de Giovanni STEFANOPOLI, originaire de Cargese, pour la juridiction de Vico. Il fut remplacé par Durabile Maria COLONNA CECCALDI (de la piève de Sevidentro) le 27 février. La juridiction de Vico regroupait les pièves de Cruzini, Sorroingiù, Sevinfuori, Sevidentro et de Sorroinsù (orthographe de l'époque). 

armoiries anglo-corsesDès le 28 février, une des premières affaires examinées par le comité fut le recours intenté par Francesco Antonio MASSIMI (celui qui représentait Orto en juin 1794) contre l'élection de Francesco FRANCESCHETTI et de Filippo LECA pour représenter Sorroinsù. Le mémoire, présenté par le fils mineur (ayant donc moins de 25 ans) du contestataire, avançait que le vote ne s'était pas tenu au lieu habituel, que les habitants de Soccia n'avaient pas pu voter dans les règles car ils n'avaient pas été convoqués, que LECA n'avait pas la fortune nécessaire pour être élu et que Francesco FRANCESCHETTI n'avait pas eu la majorité des voix.

Les armoiries du royaume anglo-corse

Le recours fut facilement repoussé pour différentes raisons:
  - Tout d'abord, rien ne prouvait que MASSIMI père ait bien donné mandat à son fils pour le présenter.
  - Francesco Antonio MASSIMI ayant, lors de l'élection, donné sa voix à LECA, il ne pouvait ensuite prétendre que ce candidat n'était pas éligible.
  - Certains documents fournis se contredisaient et étaient démentis par le procès-verbal officiel de la municipalité poggiolaise et du Podestà.
  - "Enfin, les assemblées de la piève de Sorroinsù ont été toujours tenues à Poggiolo, comme lieu central, et en ont été produites les plus authentiques justifications."
La Chambre entérina sans problème la recommandation du Comité et notre piève put être ainsi représentée sans problème par Francesco FRANCESCHETTI et Filippo LECA tout le temps que dura le royaume anglo-corse.

Mais d'autres contestations furent plus violentes et même, un siècle plus tard, particulièrement sanglantes. Ce sera l'objet d'un prochain article.

Partager cet article

Repost0
26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 20:23

Poggiolo existe depuis longtemps mais le village a souvent été délaissé et ignoré. Il a fallu beaucoup de temps  pour  le voir sur des cartes de géographie.
Grâce à "Image de la Corse", de Franck CERVONI, publié en 1989 à La Marge édition, la première présence de POGGIOLO peut être datée de 1731. C'est à cette date que le nom de "POGIOLO" ou de "POGIALO" (le nom est difficile à déchiffrer) apparaît sur la carte de Corse confectionnée par Francesco Maria ACCINELLI, historien et géographe génois.
Si un de nos lecteurs a une référence plus ancienne,  ce blog serait heureux de l'annoncer.

(cliquez sur ces cartes pour les agrandir)
1731 Accinelli234

 

1731 Corse entière

 

Partager cet article

Repost0
13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 20:02
Il n'était pas Corse, ni d'origine insulaire. Il n'a jamais parlé de l'Ile de Beauté dans ses chansons.
Jean FERRAT vient de mourir samedi 13 mars à l'âge de 79 ans à l'hôpital d'Aubenas, à une quinzaine de kilomètres de son village d'Antraigues-sur-Volane, dans son pays ardéchois cher à son cœur. On peut apprécier ou non son engagement politique. On peut aimer plutôt telle ou telle de ses chansons. Jean FERRAT a cependant sa place ici pour "La montagne", inspirée par son Ardèche mais qui retentit chez tous ceux qui tiennent à leurs racines. Sa montagne est aussi la nôtre. Ses paysans sont aussi nos familles.
Marthe POLI a eu l'excellente idée d'illustrer cette chanson par des vues d'Ortu et de Guagnu. Regardez. Ecoutez.

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
  • Contact

Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

Recherche

Le calendrier poggiolais

Calendrier des messes de janvier et février dans les Deux Sorru:

cliquer ici.

 

Fête de Saint Siméon:

messe à Poggiolo

samedi 20 février

à 15 heures. 

 

VACANCES SCOLAIRES DE FÉVRIER

fin des cours: 

samedi 13 février

reprise des cours:

lundi 1er mars

 

La nouvelle formule du mensuel "INSEME":

La météo poggiolaise

Pour tout savoir sur le temps qu'il fait et qu'il va faire à Poggiolo, cliquez sur LE BULLETIN METEO

Un bulletin indispensable

  le bulletin des paroisses des Deux Sorru.

 

En-tete-inseme-copie-1.jpg

.

POGGIOLO SUR FACEBOOK

Votre blog est maintenant sur Facebook. https://www.facebook.com/pages/ Poggiolo/167056470125907