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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 18:00

L’année 2016 est celle du bicentenaire de la congrégation des missionnaires oblats de Marie Immaculée (OMI).

C’est en effet en 1816 que saint Eugène de Mazenod a réuni ses cinq premiers compagnons à Aix-en-Provence et qu’ils écrivaient une supplique aux vicaires généraux de ce diocèse pour manifester leur désir de se mettre en communauté missionnaire, afin de prêcher des missions paroissiales dans la région... d'où le nom qui leur fut alors donné: les "Missionnaires de Provence". Ils ne deviendraient "Missionnaires Oblats de Marie Immaculée" que 9 ans plus tard, lors de leur reconnaissance par Rome.

Le bicentenaire des oblats

Une aventure spirituelle qui a rapidement eu des répercussions en Corse. Dès 1835, à la demande de Mgr CASANELLI d’ISTRIA, saint Eugène de Mazenod a en effet envoyé cinq oblats à Ajaccio pour créer un grand séminaire et au couvent de Vico pour les missions dans les villages. Parmi eux, le Père ALBINI qui fut surnommé «l’apôtre de la Corse».

La communauté des oblats de Vico, avec le concours de nombreux laïcs, a donc décidé d’organiser, le dimanche 14 février, une commémoration de cette fondation. En ce premier dimanche de Carême, elle prendra la forme d’une demande de pardon, mais aussi d’une action de grâce pour tous les frères oblats qui se sont succédés, depuis, en Corse.

Le dimanche 14 Février 2016 à 10h30 au Couvent Saint François de Vico, les chrétiens des Deux Sorru et de Sevi in Grentu se retrouveront, unis à la Communauté des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, à la fois pour ce bicentenaire et pour l’entrée en Carême dans cette année de la Miséricorde.

La célébration commencera donc par l’imposition des cendres, puis suivra une eucharistie intergénérationnelle, continuera avec le «DIO VI SALVE REGINA» devant le cimetière des OMI qui ont vécu en Corse depuis 1835, et s’achèvera dans la convivialité.

Vous êtes tous les bienvenus !

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Le bicentenaire a déjà été célébré le 24 janvier dans la cathédrale d’Aix par une belle cérémonie qui s’est terminée par une saynète jouant l'appel des premiers Missionnaires de Provence par Eugène de Mazenod.

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 18:00
Photo Michel Franceschetti

Photo Michel Franceschetti

L’image présentée pour la devinette de février est celle d’un saint posée sur une matière métallique, plus précisément sur le bronze de la cloche de Guagno-les-Bains.

Photo Michel Franceschetti

Photo Michel Franceschetti

Au-dessus du village, se trouve la chapelle Saint Antoine, dont la fête a eu lieu le 16 janvier dernier.

Elle n’a pas de clocher mais un clocheton éloigné de quelques mètres du bâtiment. Autrefois, près de nombreuses églises, dont les fidèles n’avaient pas les moyens de payer l’édification d’un clocher, une cloche était suspendue à la grosse branche d’un arbre ou entre deux troncs. Ce fut le cas pendant longtemps avant l’actuelle construction en moellons de granite bétonnés. A Poggiolo, il fallut de nombreuses années pour que Saint Siméon obtienne son clocher (voir article: "La Laïcité en action dans les Deux Sorru : La fabrique part dans la dignité").

Depuis quand le clocheton existe-t-il à Guagno-les-Bains ?

Un élément en donne une idée. Le côté de la cloche opposé au saint comporte un crucifix et l’inscription :

 « LAUDATE DOMINUM

A. D . 1926 »

(Louez le Seigneur

Année du Seigneur 1926)

Photo Leca Anna-Maria et Medurio Noelle, Médiathèque Culturelle de la Corse et des Corses.

Photo Leca Anna-Maria et Medurio Noelle, Médiathèque Culturelle de la Corse et des Corses.

Depuis au moins 1926, cette cloche domine la chapelle et les maisons de Guagno-les-Bains, comme sur cette carte postale où le clocheton, entouré d’un cercle rouge, émerge des ruines de l’hôpital militaire.

Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 18:00

La Révolution Française s’empara de toutes les propriétés ecclésiastiques le 2 novembre 1789. Elles furent vendues, parfois tardivement, comme à Poggiolo où il fallut attendre 1803 (voir l’article "Une vente aux enchères bien compliquée"). Les prêtres ayant accepté la Constitution Civile du Clergé et un serment de fidélité étaient payés par l’Etat jusqu’au 18 septembre 1794 où la Convention supprima tout traitement.

Mais, sans revenu, comment les prêtres pouvaient-ils vivre ? Cette question, ainsi que celles de l’organisation de l’Eglise et des relations avec la papauté, ne fut résolue que par la signature du Concordat par le Premier Consul Napoléon BONAPARTE et le pape PIE VII le 26 messidor an IX (15 juillet 1801). Les prêtres furent désormais rémunérés par l’Etat (et ainsi jusqu’à la loi de Séparation de 1905).

Célébration du Concordat.

Célébration du Concordat.

Les Articles Organiques publiés par le gouvernement consulaire le 18 germinal an X (8 avril 1802) précisèrent l’application du Concordat.

Dans leur article LXI, les curés étaient divisés en deux classes: la première, recevant un traitement de 1.500 francs, et la deuxième, recevant 1.000 francs.

Cette somme pouvait être éventuellement complétée par les communes, d’après l’article LXVII :

«Les conseils généraux des grandes communes pourront, sur leurs biens ruraux ou sur leurs octrois, leur accorder une augmentation de traitement, si les circonstances l’exigent».

L’article LXXII prévoyait un logement fourni par la commune:

«Les presbytères et les jardins attenants, non aliénés, seront rendus aux curés et aux desservants des succursales. A défaut de ces presbytères, les conseils généraux des communes sont autorisés à leur procurer un logement et un jardin».

Mais ces possibilités ne pouvaient pas s’appliquer à Poggiolo. Le conseil municipal s’en plaignit et proposa une solution originale dans une lettre reçue par le sous-préfet de Vico le 10 ventose an XI (1er mars 1803). La date est importante : on était alors à neuf jours de la première vente des terres confisquées à la paroisse de Saint Siméon. Ces terrains avaient été divisés en lots et la mise aux enchères annoncée par affiche préfectorale.

L'affichage déclencha la réaction des élus poggiolais qui se réunirent solennellement dans la salle de réunion du conseil municipal et rédigèrent une lettre officielle au «Prefetto Generale del Departimento di Liamone» (Préfet Général du Département du Liamone).

Sous l’en-tête «Liberta Eguaglianza» (Liberté, Egalité), le texte, écrit en italien, avec un style qui se veut juridique, est signé par :

 

Anton Martino DESANTI

Domenico Felice PINELLI

Anton Francesco PINELLI

Natale PINELLI

Polo FRANCESCHETTI

Martino PAULI

Giuseppe LORENZETTI

Giacomo CAMILLI, conseillers

DEMARTINI, adjoint

FRANCESCHETTI, maire

 

Le prénom de l’adjoint était Giuseppe. Celui du maire était Domenico Felice.

 

La Laïcité en action dans les Deux Sorru : Comment le curé pourra-t-il manger ? (6/6)
La Laïcité en action dans les Deux Sorru : Comment le curé pourra-t-il manger ? (6/6)

Le conseil municipal poggiolais faisait remarquer que les anciens biens paroissiaux «sono stati stimati senza aver lasciato cio’che permette la legge al ministro di culto. Cioé l’orto e la casa» (ont été estimés sans avoir laissé ce que permet la loi au ministre du culte. C’est-à-dire le jardin potager et la maison). En effet, l’article LXXII des Articles Organiques mentionne bien qu’il faut rendre aux curés  «Les presbytères et les jardins attenants, non aliénés». Or, ces terres avaient été confisquées mais non encore vendues. Le curé de Poggiolo aurait pu bénéficier de cette possibilité.

La lettre déclarait ensuite que la population de la commune étant peu nombreuse (trente-six feux environ) : «non puo con decore sostenere les spese di culto, ed il ministro» (ne peut avec dignité soutenir les dépenses du culte, et du ministre). Il n’était donc pas possible d’appliquer l’article LXVII pour augmenter le traitement.

La deuxième phrase de l’article LXXII permettait de «procurer un logement et un jardin». Mais, en dehors des biens mis aux enchères, la commune n’avait aucune richesse foncière: «non c’é un luogo sufficiente per forti l’orto secondo la legge».

 

Pourtant, cette lettre de réclamation était également constructive. Elle suggérait de concéder au prêtre des parcelles non encore vendues, à savoir les terres et les châtaigniers proches de l’église et le jardin de la Tignosa:

«le terre e castagni della Costa alla Chieja, cioé dal monte alla Canonica ingiù per fino a comprendere il chiojo della Tignosa»

Le conseil municipal osait même avancer que l’on pourrait inclure le morceau de terre dit San Annaria.

En gros, la proposition recouvrait à peu près les numéros 1, 2 et 6 des lots proposés aux enchères. Elle était audacieuse car elle arrivait alors que l’organisation de la vente aux enchères était «bouclée».

Malgré tout, la protestation poggiolaise réussit en partie. Lors de l’adjudication du 24 ventose (15 mars 1803), le Préfet Jean-Baptiste GALEAZZINI déclara au préalable au public que la vente du lot 1, placé à la Tignosa, était suspendue.

Les curés de Poggiolo purent se nourrir grâce au sauvetage opéré au dernier moment par le conseil municipal.

De ce terrain, il reste maintenant Chioso Chiesale, dit aussi «u ouijare», dont il a été question dans un article précédent (voir "Le trésor municipal").

(Fin de la série "La Laïcité en action dans les Deux Sorru")

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Published by Blog Poggiolo - dans Religion Tempi fa
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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 18:00

Sans que le terme de laïcité ait existé à l’époque, la mise à l’écart de l’Eglise par rapport à l’Etat avait débuté en 1789. Après le 14 juillet et l’abolition des privilèges le 4 août, la situation financière du gouvernement était préoccupante. Un financement fut trouvé avec la nationalisation de toutes les propriétés de l’Eglise le 2 novembre 1789. Ses bâtiments et ses terres formèrent les biens nationaux qui servirent à émettre les assignats, rapidement utilisés comme papier-monnaie, et qui furent vendus aux citoyens.

En Corse, ces ventes furent très difficiles à cause des multiples querelles et de la période du royaume anglo-corse (1794-1796).

Finalement, les biens nationaux de Poggiolo ne furent mis en vente qu’en l’an XI de la République, c’est-à-dire en 1803, quinze ans après la confiscation ! Le calendrier révolutionnaire, institué en 1792, resta en vigueur jusqu’au 1er janvier 1806.

Nous sommes bien informés sur cette vente car le procès-verbal de la cession des biens de Poggiolo est resté intact et complet, ce qui n’est malheureusement pas le cas de tous les documents.

Une affiche annonça dès le 18 pluviose (7 février 1803) que la vente de «propriétés nationales (…) provenant de l’Eglise paroissiale de Poggiolo» aurait lieu le 19 ventose dans la grande salle des séances publiques de la Préfecture du département du Liamone, à Ajaccio.

La Laïcité en action dans les Deux Sorru : Une vente aux enchères bien compliquée (5/6)

UNE LONGUE LISTE POUR LES RICHES

 

Neuf lots étaient proposés (orthographe originale respectée):

1° un bacinate de terres au lieu dit Tignosa, aboutissant au levant avec terres Nationales, et au nord avec françois marie Desanti (estimé à) 60 francs

2° trois mezzinate de terres, quarante deux chataigniers fruitiers, la moitié de deux cent vingt sept non fruitiers, la moitié de dix  noiers non fruitiers, trois noiers fruitiers, et la moitié de cinq petits cerisiers au lieu dit Costa alla chiesa… 415 francs

3° trois mezzinate de terres, vingt huit chataigniers fruitiers, et la moitié de soixante dix chataigniers non fruitiers au lieu dit Griscetto… 245

4° cinq bacinate de terres avec sept chataigniers fruitiers, et quinze non fruitiers au lieu dit Pollastra, bien entendu que la rente ne s’étand qu’à ce qui revient au Curé… 75

5° deux mezzinate de terres, vingt trois chataigniers fruitiers et cinquante non fruitiers au lieu dit Sialello aboutissant au midi aux terres communales, et au nord avec Joseph Defranchi… 180

6° trois mezzinate de terres, et huit chataigniers non fruitiers au lieu dit Santa Maria… 180

7° dix bacinate de terres, et vingt six chataigniers non fruitiers au lieu dit Fango… 120

8° huit bacinate de terres, et trois chataigniers non fruitiers au lieu dit Pesatoggia… 35

9° cinq chataigniers fruitiers au lieu dit Gentilone… 45

Cette énumération permet de connaître l’étendue et la valeur des terres de l’Eglise à Poggiolo.

«La bacinata est la superficie de terrain capable de recevoir un bacinu de semence en céréales.

Pour un bacinu déterminé, cette mesure variait en fonction de la qualité de la terre. (…) En comptant l’arpent de Paris 34,18869 ares, on obtient pour la bacinata : 2,44 ares en bonnes terres, 3,19 en terres médiocres, 4,04 en terres mauvaises.

La mezinata = 6 bacinate.» (« Essai sur les anciennes unités de mesure utilisées en Corse avant l’adoption du système métrique » par Anton Dumenicu MONTI, ADECEC CERVIONI 1982).

La Laïcité en action dans les Deux Sorru : Une vente aux enchères bien compliquée (5/6)

Pour estimer la valeur de ces parcelles et en dresser procès-verbaux, un commmissaire-expert, Jean Noël PINELLI, s’était déplacé sur place avec le maire de Poggiolo, Dominique Félix FRANCESCHETTI, du 20 au 29 frimaire (11 au 20 décembre 1802). La valeur totale atteignait 1.355 francs.

Il faut remarquer que tous les terrains étaient vendus en une seule fois, interdisant aux petits villageois le moindre espoir d’acquérir une parcelle.

Cette situation illustre bien ce qu’écrivaient Antoine CASANOVA et Ange ROVERE à la page 181 de «La Révolution française en Corse» (Privat, 1989) :

«Dans la province de Vico, la vente et l’adjudication des biens nationaux est l’affaire des notables des villages ou de Vico ; les lots sont importants, bien au-dessus des possibilités des petits paysans».

D’autre part, la vente aux enchères se faisait à Ajaccio, bien loin du village.

 

La vente fut compliquée.

Une première adjudication provisoire eut lieu le 19 ventose (10 mars 1803) pour 1.355 francs au profit de François LECA, demeurant à La Mezzana, près d’Ajaccio, qui fut le seul à se présenter. Une seconde vente fut organisée le 24 ventose (15 mars 1803). Le Préfet Jean-Baptiste GALEAZZINI déclara au préalable au public que la vente du lot 1 était suspendue, pour une raison qui fera l’objet du prochain article. Du coup, la valeur totale des biens passait à 1.295 francs, au lieu des 1.355 précédents.

L’EMBROUILLAMINI DU LOT N°4 OU COMMENT LES FRANCESCHETTI PROTÈGENT LEURS INTÉRÊTS

 

Le quatrième lot était également un cas particulier. L’affiche disait: «que la rente ne s’étand (sic) qu’à ce qui revient au Curé».

Après la publication de l’affiche annonçant la future vente, SUSINI, sous-préfet de l’arrondissement de Vico (qui était alors sous-préfecture), reçut une lettre envoyée par Francesco et Anton Francesco Franceschetti, respectivement oncle et père du maire. Elle fut appuyée par une autre lettre de Francesco envoyée au Préfet du Liamone lui-même le 23 ventose, juste la veille de la vente définitive.

Ces documents, trouvés et analysés par Xavier PAOLI, signalaient une subtilité juridique concernant le lot 4.

Un conflit entre la famille FRANCESCHETTI qui avait voulu clôturer un terrain et l’Eglise à qui un morceau appartenait avait été réglé avec un décret pris le 7 février 1775 par Leonardo PIETRAGGI, vicaire général du diocèse de Sagone.

A l’intérieur du champ nommé Pollastra appartenant aux FRANCESCHETTI, une parcelle enclavée, dite Campo d’Ansaldo, qui mesurerait 3 bacinate, venait de la paroisse St Siméon qui en recevait des revenus.

Francesco expliquait dans sa lettre du 23:

«A la lecture de ce décret, vous comprendrez que l’exposant (FRANCESCHETTI) a le droit de pacage (l’erbatico) tant en vertu de ce décret que du fait que la clôture de son propre terrain (stabile) qui protège cette terre.

Du décret précité il résulte aussi que ce terrain ne doit être ensemencé que par l’exposant qui doit donner en contrepartie le quart du fruit des récoltes à la Paroisse et ainsi il a fait jusqu’à présent.

La nation n’a succédé qu’aux droits des anciens paroissiens et l’acquéreur ne doit jouir que des droits que possède la nation.»

La demande fut entendue puisqu’il est bien écrit, dans la liste des terrains affichée à la Préfecture, que l’acheteur ne possédera pas la parcelle mais seulement «la rente», c’est-à-dire la partie de la récolte qui était auparavant versée au curé.

Pollastra se trouve dans la partie supérieure de Poggiolo, plus loin que les Case Soprane.

DES ENCHÈRES ACHARNÉES

La Laïcité en action dans les Deux Sorru : Une vente aux enchères bien compliquée (5/6)

La vente aux enchères se fit selon le principe traditionnel de la bougie. Une bougie était allumée et, quand elle s’éteignait, une autre prenait sa place, jusqu’à l’extinction de la dernière qui arrêtait les enchères. Pour les biens de la paroisse de Poggiolo, il était prévu sept bougies.

La mise à prix était de 1295 francs, somme sur laquelle persista LECA, l’adjudicataire provisoire de la première vente. Mais il dut se battre à coup d’enchères contre ROSSI (qui formula le plus d’enchères de tous les compétiteurs), CITTADELLA (importante famille de Vico) et PERALDI. A l’allumage de la sixième et dernière bougie, CRISTINACCE et SUBRINI entrèrent dans la danse. Finalement, après 69 enchères acharnées, le vainqueur fut Antoine François CRISTINACCE, habitant Vico, pour 13.540 francs, soit plus de dix fois la mise à prix initiale !

Mais, aussitôt, il déclara avoir agi «en société des citoyens Jean PERALDI de Vico et François FRANCESCHETTI de Poggiolo pour égales portions ici présents». 

Les signatures des vainqueurs

Les signatures des vainqueurs

Les trois compères ne furent pas les seuls à avoir gagné car, pour le fameux quatrième lot, la commande avait été organisée avec Jean Etienne PINELLI (écrit PINNELLI sur le procès-verbal) et Jean Baptiste DEMARTINI de Poggiolo !

Sans aucun doute, cette vente aux enchères avait été l’objet de nombreuses tractations, avant et pendant les enchères.

Mais en est-il différemment à d’autres époques quand l’enjeu est considéré comme important ?

 

(à suivre)

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 18:04

En application de la loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat vue précédemment (voir les articles "La Laïcité en action dans les Deux Sorru : des inventaires difficiles (1/6)" et "La Laïcité en action dans les Deux Sorru : La fabrique part dans la dignité (2/6)"), tous les biens de l’Eglise de France furent confisqués pendant l’année 1906 après avoir été inventoriés.

Pour ce qui concerne la Corse, «Les «morceaux» de jardins, arbres et autres minuscules propriétés appartenant à la mense épiscopale et aux fabriques paroissiales, remplissent 38 pages du Journal Officiel du 5 mai 1909» (François J. CASTA, «Le diocèse d’Ajaccio», ed. Beauchesne, 1974, page 227).

 

Voici ce qui peut être trouvé dans le Journal publié ce jour-là au sujet des villages du canton de Soccia :

La Laïcité en action dans les Deux Sorru : le trésor municipal (4/6)

A Poggiolo, les «meubles de l’église» furent confiés au curé et le «jardin Chioso Chiesale» devint propriété communale.

Ce terrain était la partie cloturée, «chiusa», qui restait d’une grosse propriété ecclésiastique («chiesale») s’étendant autrefois d’au-dessus de Saint Siméon à la rivière et, sur l’autre versant, jusqu’à Umbriccia. Une grande partie avait été morcelée et vendue en quasi-totalité aux familles DESANTI.

Son nom a été très déformé et il est maintenant devenu «u ouijale» (orthographe phonétique).

Il semble coïncider au territoire d’un lot qui fut exclu de la vente, en 1803, des biens paroissiaux confisqués par l’Etat révolutionnaire (voir le prochain article de cette série).

Ce terrain se trouve très facilement sur le plan cadastral actuel où il correspond à la parcelle numéro 144, c’est-à-dire à une grande partie de l’espace compris entre les maisons FRANCESCHETTI et CALDERONI.

 

La Laïcité en action dans les Deux Sorru : le trésor municipal (4/6)

Comme un plan est toujours assez abstrait, nous vous proposons plusieurs photos d'époques différentes et d'auteurs différents pour mieux connaître ce terrain.

Le terrain photographié depuis un avion par Joël Calderoni vers 1980.

Le terrain photographié depuis un avion par Joël Calderoni vers 1980.

Le terrain vu du Tretorre en juillet 2013 (photo Michel F)

Le terrain vu du Tretorre en juillet 2013 (photo Michel F)

Le terrain vu depuis la maison Franceschetti en été 1954 (photo J-M F).

Le terrain vu depuis la maison Franceschetti en été 1954 (photo J-M F).

Le terrain vu depuis la maison Franceschetti en juillet 1972 (photo Michèle Genêt)

Le terrain vu depuis la maison Franceschetti en juillet 1972 (photo Michèle Genêt)

 Le terrain fut ensuite longtemps loué à Jean-Antoine FRANCESCHETTI pour y mettre son âne.  

Photo Michel F (1966)

Photo Michel F (1966)

Maintenant, grâce à la loi de séparation de 1905, Chioso Chiesale est le trésor de la municipalité poggiolaise car il est son seul bien en dehors du bâtiment de la maison communale et de la salle des fêtes.

Et il est aussi le seul vestige de la richesse foncière ecclésiastique d’avant la Révolution.

 

 

(à suivre: "Une vente aux enchères bien compliquée (5/6)")

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 18:01

L’appel de l’équipe de «Inseme» avait été relayé sur ce blog le 13 octobre dernier (article intitulé "«INSEME» a besoin de vous").

Le bulletin interparoissial demandait de nouveaux volontaires pour améliorer sa diffusion.

Ce mensuel très original a vu le jour en décembre 1996. Il a donc tout juste dix-neuf ans et il vient d'entamer sa vingtième.

Déjà, le 10 décembre 2004, «Corse-Matin» signalait les huit ans de la publication par un article, signé J-M F, qui est reproduit ci-dessous. Il montrait les caractéristiques du journal voulu par le Père BONNAFOUX et donnait la liste des collaborateurs de l’époque. Vous pourrez comparer avec l'équipe actuelle.

La photo qui l’illustrait avait été prise par J-M F dans la salle de réception du couvent de Vico dont la présentation a été faite sur ce blog le 5 novembre dernier.

Voir: "Le Vésuve et Pompéi : la solution"

Le bulletin «Inseme» en route pour ses vingt ans

Huit bougies pour le bulletin mensuel lnseme

«Inseme per a communicazione a fraternita e a fedé», édité mensuellement par l'association des Amis du couvent de Vico, vient de souffler sa huitième bougie.

Né en décembre 1996, il en est à son 93ème numéro tiré à 1.000 exemplaires sur 12 pages. Par ce bulletin mensuel, les fondateurs ont eu la volonté de donner la parole et faire circuler l'information.

Tout ce qui se passe dans le canton de Vico y est évoqué. Ainsi, ce mensuel est le lien entre les différentes communautés des Deux Sorru, la vie associative. Il constitue un moyen de rencontre et de débat.

Inlassablement, le directeur de publication, éditorialiste, le Père Jean-Pierre Bonnafoux, a réalisé la prouesse pendant des années de rédiger des éditoriaux réalistes et d'une haute tenue collant à l'actualité du moment, avec une équipe dynamique du comité de rédaction certes renouvelée au cours des ans. Il est agréable de citer parmi les fondateurs Lucie Ottavy-Ottavj, Marcel Herz, Marcelle Paoli.

La particularité de ce mensuel: tout est fabriqué au siége de l'association, de la conception à la diffusion. Son contenu mensuel est fixé par le comité de rédaction qui se réunit réguliérement. Autour de Jean-Pierre Bonnafoux, on note Lucie Quinton, Pascale Chauveau, Marcelle Paoli, Claude Julien, Annie Abbamonte, Jacqueline Beroud, Marie-Jo Mattei, Terri Madisson.

Le tirage et le pliage sont assurés par les bénévoles de nos paroisses du canton.

Dès lors, chaque premier jour du mois, le mensuel est diffusé gratuitement dans les villages auprès des commerçants et des habitants. On peut également le recevoir par poste pour un abonnement de 12 € correspondant aux frais d'envoi.

J.-M. F.

 

Les numéros de "Inseme" sont également disponibles sur internet: 

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 18:00

Si la loi de 1905 est la plus connue des mesures qui imposèrent la laïcité, elle fut précédée par de nombreuses autres décisions.

Dès 1789, toutes les propriétés de l’Eglise furent nationalisées et vendues comme biens nationaux. Puis, quand, en 1879, les républicains eurent remplacé les monarchistes de la Chambre des Députés, du Sénat et de la Présidence de la République, ils mirent en place avec Jules FERRY une législation anticléricale de grande ampleur.

Vico fut au premier plan des retombées de cette politique. Le couvent,  franciscain à l'origine, avait été fondé en 1481 par Giovan Paolo de LECA. Sur l'importance de ce personnage, voir l’article paru dans ce blog: Le feuilleton de l'été - Les guerres des seigneurs - 3/3: la fin de la Cinarca

Nationalisé comme tous les biens religieux en 1789, le monastère fut épargné de la destruction car les Vicolais s’opposèrent à sa vente et laissèrent des frères vivre dans les bâtiments qui s’abimaient peu à peu.

Il fut sauvé de la ruine quand, en février 1836, l’évêque d’Ajaccio, Mgr Raphaël CASANELLI d’ISTRIA, l’acheta aux Domaines. Le 7 mai 1836, il en fit donation à la congrégation des Oblats de Marie Immaculée, fondée par Mgr Eugène de MAZENOD. Le premier supérieur en fut le Père ALBINI dont l’œuvre marqua les esprits.

Statue de Mgr CASANELLI d'ISTRIA à Vico.

Statue de Mgr CASANELLI d'ISTRIA à Vico.

LE SAUVETAGE DE 1880

 

Les décrets de mars 1880, inspirés par Jules FERRY et Léon GAMBETTA, permirent de fermer 261 couvents et d’expulser près de 6.000 religieux dont beaucoup partirent à l’étranger. Mais, là encore, le couvent est sauvé, comme l’écrit l’abbé François CASTA :

«A l’annonce de l’application des décrets de 1880, l’attitude des populations fut si menaçante – en particulier à Vico en faveur des Oblats et à Sartène en faveur des Franciscains – que le préfet télégraphia à Paris pour signaler que l’expulsion des religieux était, dans ce département, une entreprise dangereuse, voire impossible. Après avoir reçu un blâme du ministre, le préfet, prêt à donner sa démission, se rendit à Paris. Très mal reçu, il finit par faire entendre ses arguments et obtenir un sursis en faveur des religieux de Corse, à l’exception des Jésuites» (François J. CASTA, «Le diocèse d’Ajaccio», ed. Beauchesne, 1974, page 216).

Une pétition, présentée au Sénat par le légitimiste Charles CHESNELONG, signée par trois mille habitants de Vico et des environs (plus exactement de Cargèse, Murzo, Ota, Bologna, Guagno, Rosazia, Pastricciola, Arbori, Vico, Salice, Poggiolo, Orto, Coggia, Soccia, Marignana et Azzana) qui s’étaient dits prêts à donner leur vie pour garder les Oblats, explique l’attitude du préfet OMER de MARÇAY. Il fut d’ailleurs remplacé dès octobre de la même année 1880.

L'EXPULSION MAIS SANS LA CONFISCATION

 

Une nouvelle alerte eut lieu en 1903 alors que les expulsions de communautés religieuses se multipliaient.

La plus spectaculaire fut celle des Chartreux qui quittèrent le monastère de la Grande-Chartreuse dans la neige, entre deux rangées de soldats. 

La Laïcité en action dans les Deux Sorru : le sauvetage du couvent (3/6)

«En juillet 1901, nouvelle loi d'expulsion contre les congrégations non autorisées. Les Oblats de Vico reçurent l'ordre de livrer la maison au Gouvernement le 2 mai 1903. La foule accourue empêcha les forces de l'ordre de déloger les Oblats et les autorités judiciaires d'apposer les scellés aux portes. Le préfet réquisitionna la troupe qui devait arriver le 3. Pour éviter des incidents sanglants, le père Bernardin d'Istria se présenta à une fenêtre du couvent et convainquit les fidèles à laisser partir la communauté, qui fut solennellement accompagnée à Vico.



Le couvent ne fut nationalisé que pour peu de temps. Mgr Noël Casanelli, vicaire général et neveu de Mgr Raphaël Casanelli d'Istria, fit valoir en justice une clause de l'acte de donation du couvent aux Oblats par son oncle. Elle stipulait que si pour une raison quelconque ceux-ci quittaient la maison, la propriété devait revenir à sa famille. Il obtint gain de cause en 1907 et le couvent devint la propriété de la famille Casanelli qui en fit sa résidence d'été.» (Yvon BEAUDOIN, OMI, article Vico dans le Dictionnaire historique vol. 1 du site Oblate Communications, http://www.omiworld.org/).

Grâce à la précaution de l’évêque, l’Etat ne put mettre la main sur le couvent. Le couvent revint finalement au diocèse en 1927 et les Oblats s’y réinstallèrent en 1935. Et ils y sont toujours.

 

(à suivre: le trésor municipal)

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 21:15

L'IMPORTANCE DES FABRIQUES

 

Parmi les articles de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat votée en 1905, il était prévu la suppression des fabriques instituées par le Concordat de 1801. La gestion matérielle de l’église paroissiale était assurée jusque là par un conseil de fabrique ayant ses ressources propres et pouvant les compléter par l’aide du conseil municipal.

Ainsi, le conseil de fabrique de Soccia décida en 1837 de construire une nouvelle église. De même, l’actuel Saint Siméon de Poggiolo résulte d’une décision du conseil de fabrique prise en 1863.

Xavier PAOLI en a décrit la construction dans le numéro 1 du journal «L’Info U Pighjolu» de février 2007 qui fut repris dans un article publié sur ce blog sous le titre "L'église d'en haut": Saint Siméon.

«Le premier argent fut apporté le 4 octobre 1863 par la vente de la "casa chjegale" (presbytère).

Muni de ce premier viatique, la communauté villageoise entama alors un véritable marathon d'opiniâtreté et de volonté qui dura pratiquement 50 ans.

Chaque famille donna soit de l'argent, mais il y en avait peu, soit une part de récoltes: tabac, huile, farine de châtaigne, bétail ...

Il y eu des moments de profond découragement, mais jamais il ne fut envisagé de baisser les bras.

Après bien des vicissitudes, on vint à bout de gros oeuvre le 4 octobre 1874, fête de Notre Dame du Rosaire.

Le curé Pierre-Jean OTTAVY, desservant de la paroisse, spécialement délégué par Monseigneur l'évêque François-Xavier André de GAFFORY, bénit l'église reconstruite. Mais il reste encore beaucoup à faire et, dans une lettre émouvante datée du 7 juillet 1889, le Président du conseil de fabrique, en désespoir de cause, envoie une supplique au ministre des cultes où il dit : "Les habitants, épuisés par les sacrifices énormes qu'ils se sont imposés dans le but d'avoir une église, ne peuvent plus rien donner, malgré toute leur bonne volonté". Avec ou sans subvention, on décide pour la décoration de s'adresser au peintre Jean-Noël COPPOLANI de Marignana.

Celui-ci, l'argent manquant, fut le plus souvent rétribué en victuailles diverses: décalitre de pommes de terre, vin, tabac, huile, farine de châtaignes, cabri ...»

 

L'église St Siméon et le cimetière (vus depuis le Tretorre).

L'église St Siméon et le cimetière (vus depuis le Tretorre).

UN PATRIMOINE CONFISQUÉ

 

On conçoit l’inquiétude des paroissiens quand ils apprirent la suppression de ces fabriques et leur remplacement par des associations cultuelles à la composition obscure. Dans son encyclique «Gravissiom officii», le pape Pie X refusa cette nouvelle institution.

Par ce refus, «l’Eglise catholique ne joue pas le jeu, préférant perdre son patrimoine que de s’associer à une loi qui lui a été imposée sans négociation». (Jean SÉVILLIA, «Quand les catholiques étaient hors la loi», Perrin, 2005, page 223).

Mais, comme prévu, le 12 décembre 1906, un an après sa publication, la loi sur la Séparation entra en vigueur. Partout, les bâtiments ecclésiastiques furent mis sous séquestre. A Ajaccio, Mgr Jean-Baptiste DESANTI «est évêque depuis à peine quatre mois que le 18 décembre 1906, il est expulsé du palais épiscopal situé cours Grandval» (François J. CASTA, «Le diocèse d’Ajaccio», ed. Beauchesne, 1974, page 227).

A Soccia, Jean-Baptiste PAOLI, trésorier du conseil de fabrique, rendit sa comptabilité : «Les dépenses étant égales aux recettes, toutes les opérations de l’exercice 1906 étaient déclarées définitivement closes et sinon pour toujours, du moins jusqu’à de meilleurs temps» (cité par Jean-Baptiste PAOLI, «Santa Maria Delle Grazie, a nostra ghjesgia», A Mémoria, page 12).

Il faut surtout retenir le beau texte de protestation adopté par ce conseil :

La Laïcité en action dans les Deux Sorru : La fabrique part dans la dignité (2/6)

Avant de se séparer en vertu de la loi dite de séparation, les membres du conseil de fabrique de Soccia, sentent le besoin et se font un devoir de protester hautement contre une loi qui leur enlève l’administration temporelle d’une Eglise qu’ils ne doivent ni à l’Etat, ni au Département, ni à la Commune. Ils l’ont construite et ornée, grâce à un travail opiniatre, à des libéralités et à des sacrifices sans bornes. Et ils trouvent étrange que l’on vienne les empêcher de travailler pour la plus grande gloire de leur Dieu, alors qu’ils ne troublent en aucune façon l’ordre public et observent religieusement les lois de la justice et de la morale.

On va jusqu’à les dépouiller des biens qu’ils détiennent de bienfaiteurs croyants et généreux, mais ils entendent que les dons faits à leur Eglise, sans être l’objet d’une donation et d’une acceptation en bonne et due forme, ne puissent être soumis à aucun séquestre, ni enlevés par aucun ordre, si ce n’est par la volonté du donateur ou de ceux qui ont mission de diriger et de gouverner l’Eglise.

 

Ad Sempiternam Dei Gloriam.

Cejourd’hui, 11 décembre 1906.

Les membres du Conseil de fabrique de Soccia.

 

L’Eglise catholique avait tout perdu. «On abandonnait, sur consigne de Rome, et sans possibilité de le reconstituer, le maigre patrimoine patiemment reconstitué depuis le Concordat.» (François J. CASTA, op. cit. , page 227).

 

Pour résoudre le blocage, le gouvernement fit voter le 2 janvier 1907 une loi attribuant les églises paroissiales aux communes qui pouvaient ensuite en laisser la jouissance aux curés. Tous les conseils municipaux des Deux Sorru votèrent rapidement cette autorisation.

 

Puis, le temps apaisa petit à petit les blessures…

(à suivre: le sauvetage du couvent)

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 15:56

Avec quelques jours de retard, «Settimana», le supplément hebdomadaire de «Corse-Matin» publié le vendredi, a suivi la même inspiration que le Blog des Poggiolais.

Le numéro du 15 janvier contient un article de Jean-Pierre GIROLAMI sur la façon dont «les fidèles empêchent l’inventaire» en Corse à la suite de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Les incidents furent nombreux et très vifs: «Inspecteurs des Domaines refoulés, églises barricadées, prêtres interpellés. En janvier 1906, les Corses défendent becs et ongles leur clocher, dénonçant une «spoliation» et un «sacrilège» ». L’auteur décrit l’opposition aux inventaires à Bastia, à Corte et dans plusieurs villages. A côté, l’opposition des habitants de Soccia (voir sur ce blog l’article: La Laïcité en action dans les Deux Sorru : des inventaires difficiles (1/6)) paraît finalement bien modérée.

Dans le même numéro, les passionnés d’Histoire pourront retenir l’étude de Véronique EMMANUELLI sur les constitutions corses de 1735 et de 1755.

On pourra lire également l’entretien, publié en langue corse, de Mgr de GERMAY, évêque de Corse, qui affirme que «A Corsica hè marcata assai da a religione cristiana (…), è nigaà la serebbe assurdo» mais que «a fede cristiana ùn po ghjustificà l’odiu».

Comme beaucoup sont perdus dans la crise des déchets qui gêne la Corse depuis plusieurs mois, un dossier de dix pages intitulé «Mullizzu gate» permet d’en comprendre un peu mieux tous les tenants et aboutissants.

Rappel: la semaine dernière, le dossier était consacré à la violence et comportait un très intéressant article de Pascal OTTAVI, ancien doyen de la faculté des lettres de Corte, originaire de Soccia, sur: «Les Corses sont-ils «naturellement» violents ?»

 

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 18:00

Un an après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, la laïcité est de plus en plus invoquée dans une société inquiète.

Ce principe, qui est en théorie la tolérance et l’indépendance de l’Etat par rapport aux religions, est maintenant souvent considéré comme un moyen de lutter contre l’islamisme radical.

 

UNE LAÏCITÉ DE COMBAT

De même, il y a cent dix ans, quand, le 9 décembre 1905, la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat eut été votée, elle fut interprétée comme un instrument de combat de la République contre la religion catholique. Des députés radicaux l’avaient d’ailleurs conçue ainsi. La fin du Concordat signé en 1801 entre Napoléon BONAPARTE et PIE VII pouvait asphyxier financièrement l’Eglise de France. De nombreux chrétiens le ressentirent. Ayant le sentiment d’être attaqués dans leur foi la plus profonde, ils furent nombreux à s’opposer aux conséquences de la loi sur la laïcité.

Les villages des Deux Sorru ne furent pas épargnés par cette agitation.

La loi du 9 décembre 1905 décidait que l’Etat ne subventionnait plus aucun culte et proclamait la liberté religieuse individuelle. Mais, au-delà de ces principes, il fallait en tirer les conséquences concrètes.

La loi fut promulguée au «Journal Officiel» le 12 décembre 1905 pour entrer en application le 1er janvier 1906. Son article 3 prévoyait de dresser un «inventaire descriptif et estimatif» des biens ecclésiastiques avant leur répartition à des associations cultuelles qui devaient être fondées ensuite. Une circulaire du Ministère des Finances publiée le 2 janvier ordonna aux fonctionnaires de procéder de façon approfondie, y compris en demandant l’ouverture des tabernacles.

«Dans les tabernacles, faut-il le rappeler, sont conservées les hosties consacrées qui contiennent, selon la doctrine catholique, la présence réelle du Christ: l’objet sacré par essence. (…) Toute la presse catholique s’enflamme, dénonçant cette menace de profanation. Elargissant la protestation, les journaux appellent au rejet des inventaires, présentés comme le prélude à la spoliation des biens de l’Eglise.» (Jean SÉVILLIA, «Quand les catholiques étaient hors la loi», Perrin, 2005, p. 197).

Même dans les petits villages comme Poggiolo, le tabernacle est une partie richement décorée et à laquelle on tient particulièrement (un article sur les tabernacles poggiolais sera ultérieurement publié sur ce blog).

ancien tabernacle de l'église St Siméon

ancien tabernacle de l'église St Siméon

LA COLÈRE CONTRE LES INVENTAIRES

Plusieurs évêques et prêtres tentèrent l’apaisement. Ce fut l’attitude du Père Antoine-Louis OTTAVY, qui avait à la fois les fonctions de professeur au petit séminaire d’Ajaccio et de conseiller général républicain du canton de Soccia élu en 1901.

Mais le mal était fait. De nombreux croyants se mobilisèrent contre le sacrilège. Les premiers incidents se produisirent à Paris les 31 janvier et 1er février.

«Le peuple catholique se rebelle, laissant exploser sa colère contre les brimades incessantes que le pouvoir lui fait subir depuis plusieurs années» (Jean SÉVILLIA, op. cit. p. 205-206).

Le sang coula dans plusieurs départements.

En Corse, les inventaires débutèrent à Bastia le 26 janvier et les incidents se succédèrent.

«Dans l’intérieur de l’île, les percepteurs, même escortés par la gendarmerie, ne peuvent le plus souvent instrumenter. Les opérations se déroulent toujours de la même façon. Au jour notifié, l’agent de l’Etat se présente devant l’église. Le curé, généralement assisté du conseil de fabrique, donne lecture d’une protestation et se retire dignement. Si le percepteur tente de pénétrer dans l’église, celle-ci est inabordable. Les hommes s’y opposent, avec violence s’il le faut; les femmes, barricadées à l’intérieur, chantent des cantiques et les cloches sonnent à toute volée. Pour éviter tout affrontement sérieux, le percepteur et son escorte se retirent. Quelques jours plus tard, à la suite d’un arrangement avec le curé, l’inventaire est annoncé comme ayant été effectué, alors qu’il n’est qu’une composition factice du curé» (François J. CASTA, «Le diocèse d’Ajaccio», ed. Beauchesne, 1974, p.222).

Il en fut ainsi dans les Deux-Sorru.

 

A SOCCIA

La Laïcité en action dans les Deux Sorru : des inventaires difficiles (1/6)

 Cette photo montre la population socciaise rassemblée devant son église. On remarque bien les bâtons dont hommes en chapeau et femmes en fichu noir s’étaient armés pour défendre la porte du bâtiment.

Jean-Baptiste PAOLI, dans «Histoire d’un petit village de montagne au cœur de la Corse du Sud», décrit ce qui se passa  alors:

«Le percepteur chargé des opérations d’inventaire ne put instrumenter qu’escorté par la Gendarmerie qui se heurta à une vive résistance de la part aussi bien des hommes que des femmes, malgré la protestation du curé POLI, assisté du conseil de fabrique».

Plus précisément, les témoins de l’inventaire furent Pierre Antoine MAINETTI, président du conseil de fabrique, et le forgeron Antoine Dominique OTTAVI.

Mais il n’y eut pas de violences comme, par exemple, à Ota où trois gendarmes furent blessés.

Les inventaires se déroulaient en pleine campagne électorale, les élections législatives ayant été fixées aux 6 et 20 mai. Sur les 510 prêtres de Corse, 250 firent activement campagne contre le gouvernement anticlérical. De l’autre côté, 160 religieux soutinrent, souvent discrètement, le candidat républicain. L’abbé OTTAVY, qui n’avait pas désavoué la loi de séparation, appuya ouvertement FORCIOLI, qui fut réélu député gauche radicale d’Ajaccio.

La majorité de gauche s’étant renforcée à la Chambre des Députés, la laïcité s’imposa.

(à suivre: "la fabrique part dans la dignité")

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