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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 17:29

Pour être valables, les délibérations du conseil municipal doivent réunir le quorum des élus, lesquels sont convoqués par le maire à une heure, à une date et à un lieu précis.

Un tel principe paraît simple mais il est parfois difficile à appliquer quand s'opposent deux groupes avec une égale mauvaise foi. Il en fut ainsi à Poggiolo.

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Le conseil municipal du village fut convoqué pour le 22 novembre 1903 par le maire Pascal Antoine MARTINI, dit CAGNAZZOLU, élu deux ans auparavant.

Cette réunion se passa très mal d'après la lettre envoyée à la Préfecture le même jour par l'adjoint Jean Noël FRANCESCHETTI et quatre conseillers (Jean FRANCESCHETTI, Noël CECCALDI, Dominique Antoine MARTINI et Baptiste DEMARTINI).

Ces cinq hommes déclarèrent s'être "rendus à la mairie à l'heure indiquée sur les lettres de convovation", soit une heure du soir.

Péripéties municipales: l'heure, c'est l'heure
Péripéties municipales: l'heure, c'est l'heure

Mais il était trop tard pour le maire "sous prétexte que l'on était cinq minutes en retard, ce qui n'était pas vrai". Pour le maire, le retard était plus important. Dans la réponse sollicitée par la Préfecture et datée du 18 décembre, Pascal Antoine MARTINI écrivit que "c'était déjà une heure et demi".

Les cinq retardataires donnèrent dans leur réclamation des détails pour montrer que leur retard ne dépassait pas 5 minutes. Ainsi, ils comparèrent l'heure de leurs montres avec "celle de DUCANI Pierre conducteur de voiture à Vico qui disait avoir l'heure d'Ajaccio". Mais les conseillers arrivés avant eux avaient constaté l'absence de quorum et "s'étaient déjà séparés".

Le groupe des cinq expliquait cette obstination par le fait que, s'il avait pu voter, il aurait mis le maire "en minorité pour délibérer" sur des questions importantes: "la liste des reppartiteurs (sic), le délégué du conseil municipal et les deux juges pour la confection de la liste électorale" (problème qui est toujours aigu un siècle plus tard !) et le vote du "budjet (sic) des chemins vicinaux".

La lettre des contestataires ajoutait que le conflit n'était pas une nouveauté: "Notre maire ce n'est pas la première fois que lorsque il est en minorité ferme la porte de la mairie et ne laisse pas délibérer la majorité du conseil".

La réponse du maire fut de la même eau: "Les raisons qu'ils donnent n'existent que dans leur imagination. Ce sont des gens qui ont la manie de la dénonciation et qui sont en quête de griefs et à défaut c'est très expéditif pour eux (souligné) d'affirmer ce qui est contraire à la vérité".

Curieusement, nulle part dans ce texte, le maire ne relevait que, dans le groupe des cinq, se trouvait Noël CECCALDI qui avait perdu la mairie à la suite de l'annulation des élections par le Conseil d'Etat le 26 juillet 1901 (voir l'article Péripéties municipales : gagner ou perdre le droit de vote). Le nouveau maire avait été l'adjoint de l'ancien.

La mauvaise foi des rédacteurs des deux lettres est évidente mais peut-on vraiment savoir dans quel camp elle se trouve?

On peut imaginer l'ambiance qui règnait dans ce conseil municipal, quand il arrivait à se réunir.

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Mais tout cela appartient à une époque révolue depuis longtemps…

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Les documents de cet article sont consultables aux Archives Départementales d'Ajaccio.

Péripéties municipales: l'heure, c'est l'heure

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 18:07
Péripéties municipales: les habitués du Palais-Royal

Depuis 1875, année de son installation au Palais-Royal, le Conseil d'Etat a été appelé plusieurs fois à s'occuper des affaires municipales de Poggiolo. Certains articles de ce blog y ont fait référence.

Pour s'y retrouver, il est bon de réaliser un récapitulatif.

- en 1892, les élections municipales sont annulées car on a trouvé plus de bulletins que d'émargements;

Péripéties municipales: les habitués du Palais-Royal

- en 1901, l'annulation a pour cause l'inscription d'électeurs par le maire seul en dehors de la commission électorale (voir l'article Péripéties municipales : gagner ou perdre le droit de vote);

- en 1912, un Guagnais ayant voté à Poggiolo, l'élection de François CANALE est annulée;

- le 7 février 1930, le Conseil d'Etat confirme la décision du conseil de préfecture du 12 juillet 1929 d'annuler l'élection de cinq conseillers à cause du vote de deux incapables (voir l'article Péripéties municipales: et le dépouillement eut lieu... à Nice !);

- le 13 février 1931, annulation de la nouvelle élection des cinq mêmes conseillers qui, le 30 mars 1930, avait donné lieu à plusieurs incidents;

- le 26 mars 1990, un candidat tête de liste élu le 12 mars 1989 est déclaré inéligible. 

 

Photo prise par Michel Franceschetti le 18 janvier 2014

Photo prise par Michel Franceschetti le 18 janvier 2014

Il n'est pas fait mention ici des plaintes qui ont été rejetées ni des litiges électoraux qui ne sont pas allés jusqu'au Conseil d'Etat. Ainsi, le 20 mai 1925, la Cour de Cassation cassa la décision du juge de paix de Soccia qui avait favorisé la radiation d'un Poggiolais de la liste des électeurs.

Le Conseil d'Etat s'est également penché plusieurs fois sur des cas individuels de Poggiolais qui ont même pu, comme l'un d'eux en 1979, faire condamner le gouvernement pour décision illégale.

Poggiolo, un endroit que l'on connaît au Palais-Royal pour la complexité de ses litiges.

Mais tout cela appartient certainement à une époque révolue depuis longtemps…

 

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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 18:00

Même si un conseil municipal est élu pour gérer les affaires locales, il ne peut être totalement à l'écart des grandes affaires nationales.

L'élection présidentielle de 1988, qui se termina par la réélection de François MITTERRAND, fit tanguer le conseil municipal de Poggiolo.

A la fin du mois d'avril, dans "Corse-Matin", parut ce communiqué de Jacques-Antoine MARTINI.

Péripéties municipales: Jacques-Antoine a des convictions

Il ne pouvait plus travailler au conseil municipal avec un maire qui avait donné sa signature à Jean-Marie LE PEN pour la candidature à l'élection présidentielle.

Le soutien de Bernard PAOLI n'avait pas été annoncé au conseil et ne fut connu que par sa publication au "Journal Officiel".

Les conseillers municipaux n'avaient pas été élus sous une étiquette politique officielle mais ils avaient plutôt une sensibilité de gauche. Fidèle à ses convictions, Jacques-Antoine décida de démissionner immédiatement et ne se présenta plus aux élections dans le village.

Il avait préféré ses idées à un siège, attitude honorable quelles que soient les opinions politiques que l'on peut avoir.

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Tout cela appartient-il à une époque révolue depuis longtemps…?

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 11:26
Du côté du tribunal

Le juge du Tribunal d'Instance saisi des contentieux sur la liste électorale de Poggiolo a décidé :

- de mettre en délibéré au 18 février les décisions relatives aux demandes de radiation;

- de renvoyer au 24 février l’examen des cas des électeurs ayant demandé leur inscription et refusés par la commission administrative .

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 17:23
Péripéties municipales: et le dépouillement eut lieu... à Nice !

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Les urnes, ces boîtes dans lesquelles sont recueillis les bulletins lors d'une élection sont censées demeurer dans la salle du bureau de vote. Mais certaines peuvent avoir une humeur vagabonde.

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Nous avons déjà vu que, en 1878, l'urne poggiolaise était partie de l'école pour le domicile du maire avant d'aller à la mairie. En 1930, elle a accompli un voyage plus long, jusqu'à Nice.

UNE ARITHMÉTIQUE PARTICULIÈRE

Des élections municipales eurent lieu le 5 mai 1929 dans toute la France.

A Poggiolo, six candidats furent déclarés élus, les autres sièges devant être pourvus au second tour, le 22 mai.

Mais une douche froide intervint le 12 juillet quand le conseil de préfecture interdépartemental de Nice annula l'élection de conq conseillers municipaux.

Cette juridiction releva que, sur les 184 électeurs inscrits à Poggiolo, il y eut 88 votants. Pour être élu au premier tour, il faut obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés mais aussi le quart des inscrits. 46 voix auraient été nécessaires. Seulement, les membres du bureau avaient laissé voter deux incapables, c'est-à-dire deux personnes frappées d'incapacité légale (peut-être pour avoir subi une condamnation judiciaire). 

D'après le conseil de préfecture, il falllait donc "déduire 2 suffrages, tant du nombre des votants que du nombre des voix obtenues par les candidats proclamés". Du coup, "ces déductions opérées, le sieur CECCALDI seul garde un chiffre de voix qui n'est pas inférieur au quart des électeurs inscrits et (...) les autres candidats proclamés ne peuvent être maintenus en qualité de conseillers municipaux".

Le seul reconnu comme élu du premier tour était Jean-François CECCALDI, maire depuis 1912. 

Les conseillers invalidés (Pascal-Antoine MARTINI, Antoine-Dominique FRANCESCHETTI, PINELLI, DESANTI et CANALE) firent appel au Conseil d'Etat. Celui-ci rejeta leur protestation le 7 février 1930.

De nouvelles élections durent être organisées le 30 mars 1930 pour attribuer les cinq sièges.

Extrait du Recueil des arrêts du Conseil d'Etat de 1930.

Extrait du Recueil des arrêts du Conseil d'Etat de 1930.

UNE URNE TRÈS VOYAGEUSE

Ce jour-là, la tension était intense et des incidents se produisirent quand un homme qui avait déjà voté dans la commune de Serriera vota aussi à Poggiolo.

Cette action "eut pour conséquence de créer une agitation générale parmi la population et surtout parmi les électeurs à la faveur de laquelle l'urne fut projetée par la porte et passa par différentes mains ce qui forcément a pu faciliter l'échange de bulletins se trouvant dans l'urne. Cet incident ne permettait plus que les opérations présentassent dès lors toutes les garanties de sincérité.

Manœuvre à la suite de laquelle la majorité du bureau, pour éviter des bagarres possibles à la suite des surprises qui pouvaient surgir au dépouillement, se prononça pour l'envoi de l'urne scelléee en présence de la gendarmerie pour ce requise, à la Préfecture aux fins de dépouillement."

Extrait de la demande d'annulation déposée après le dépouillement

A Ajaccio, il fut estimé plus prudent d'envoyer l'urne à Nice où le Conseil de Préfecture procéda au dépouillement le 3 avril et proclama officiellement les résultats le 9 avril.

Des candidats et des membres du bureau de vote déposèrent une requête en annulation en avançant que le contenu de l'urne avait pu être modifié pendant le désordre de la salle et que le bureau n'avait pas pu accompagner l'urne dans son voyage hors de Poggiolo.

Le Conseil d'Etat accepta cette réclamation et annula une nouvelle fois les élections le 13 février 1931.

Finalement, le 5 avril 1931, furent élus les titulaires des cinq sièges invalidés ainsi que celui d'un conseiller décédé depuis le début de cet embrouillamini. Ouf !

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Il avait fallu deux ans pour obtenir un conseil municipal au complet.

Tout cela parce que, par deux fois, on avait laissé voter des gens qui n'en avaient pas le droit.

Heureusement, tout cela appartient à une époque révolue depuis longtemps… 

Péripéties municipales: et le dépouillement eut lieu... à Nice !

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 18:13

Une des bases essentielles du bon fonctionnement de la vie municipale est la publicité des réunions et des décisions des élus.

Mais ce principe est parfois oublié. Ce fut le cas à Poggiolo au XIXème siècle.

Une lettre envoyée au Préfet le 9 mai 1895 nous l'apprend. Elle fut écrite par Jean Dominique MARTINI, dit CITARINU, qui naquit en 1833 et mourut en 1895. Il était alors conseiller municipal mais opposé au maire Jean Noël CECCALDI (1850-1925) qui dirigea la commune de 1894 à 1901. 

 

UNE SÉANCE TARDIVE

L'auteur de la lettre signala au représentant de l'Etat qu'une séance extraordinaire du conseil municipal poggiolais avait eu lieu le 28 avril à huit heures du soir. Il ajouta que "ce fut avec calcul que la séance avait été fixée à huit heures du soir". La suite du texte permet de comprendre que le choix de ce moment avait pour but de l'écarter.

Jean Dominique MARTINI put participer aux délibérations qui n'épuisèrent pas tout l'ordre du jour, l'étude de la construction d'une fontaine étant renvoyée au 1er mai, et encore le soir.

Mais, cette fois-ci, CITARINU ne put venir, "étant un peu indisposé et à mon âge très avancé, ce n'est pas sans beaucoup de peine que l'on peu (sic) marcher la nuit". Il avait alors 62 ans.

Une semaine plus tard, le 9 mai, il demanda à la mairie de lui fournir un extrait de la délibération.

 

DEUX ILLÉGALITÉS

Il y avait un grand intérêt car il était "propriétaire de la source que l'on veut captiver" (sic). Le maire lui répondit de s'adresser à la Préfecture. Cette attitude du premier magistrat communal n'était pas du tout conforme à la loi. En effet, l'article numéroté actuellement L. 2121-26 dans le Code des collectivités locales (mais qui existait alors avec les mêmes termes) déclare clairement:

"Toute personne physique ou morale a le droit de demander communication des procès-verbaux du conseil municipal, des budgets et des comptes de la commune et des arrêtés municipaux. Chacun peut les publier sous sa responsabilité.

La communication des documents mentionnés (...) peut être obtenue aussi bien du maire que des services déconcentrés de l'Etat".

Autre infraction dénoncée dans la lettre: les compte-rendus des deux dernières réunions n'étaient pas affichées (contrairement à ce que dit l'article numéroté maintenant L. 2121-25).

Mais, au-delà de cette querelle, Jean Dominique MARTINI révéla au Préfet la façon de procéder de Jean Noël CECCALDI: " C'est un Maire qui aime beaucoup à travailler en cachette on dirait qu'il a honte de faire connaitre ses actes" (ponctuation et ortographe respectées).

Cet incident avait fortement perturbé une santé délicate et joua peut-être dans le décès de Jean Dominique quatre mois plus tard, le 6 septembre 1895.

La commune de Poggiolo inaugura la fameuse fontaine en 1898.

Il est évident que de telles méthodes autocratiques furent rarissimes à Poggiolo. 

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Tout cela appartient à une époque révolue depuis longtemps…

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Les documents de cet article sont consultables aux Archives Départementales d'Ajaccio.
Péripéties municipales: le maire aime le secret
Péripéties municipales: le maire aime le secret

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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 17:24

La passion des Poggiolais pour les élections a toujours été très grande. Ils tiennent tellement à voter qu'il a même fallu, une fois, enlever l'urne pour échapper à la horde des citoyens voulant absolument déposer leurs bulletins.

Cet épisode se déroula le jour des élections municipales du 13 janvier 1878.

UN CURIEUX RAPPORT DE GENDARMERIE

Il est raconté par les gendarmes Paul François BOROSSI et Paul Vincent LUCCIONI, des brigades de Soccia et de Vico, dans le procès-verbal, consultable aux Archives Départementales d'Ajaccio, qui fut établi ce jour-là "à trois heures du soir". Ce P.V. constatait: 

"Elections de Poggiolo suspendues par le maire de cette localité, par suite d'incident survenu par le Mr. ANGELI Jean, âgé de 66 ans, laboureur, demeurant aux bains de Guagno, lequel voulait voter sans être porté sur la liste électorale."

Le texte, disponible en entier ci-dessous, raconte que le maire, Martin DEMARTINI, s'était présenté aux gendarmes pour leur déclarer que Jean ANGELi avait voulu voter et que le maire avait ajourné les élections et emporté l'urne chez lui.

Ce rapport est assez curieux:

- curieux que le maire ait décidé d'emporter l'urne chez lui au lieu de la laisser dans le bureau de vote fermé à clef

- curieux qu'il ait été forcé de prendre cette décision à cause de l'attitude d'un seul homme

- curieux que le maire n'ait pas appelé ces gendarmes "se trouvant à cinquante pas environ de cette maison" où se devait se dérouler le scrutin

- curieux que les gendarmes de Guagno-les-Bains (un caporal et trois hommes) présents dans la salle ne soient pas intervenus.

Péripéties municipales: une urne très convoitée

GUAGNO-LES-BAINS ET LES BONAPARTISTES

En fait, Jean ANGELI n'était pas seul à avoir voulu voter sans être inscrit. La lettre écrite le 23 janvier 1878 au préfet par Jean PAPADACCI mentionnait, en dehors de Jean ANGELI (1799-1881):

- Antoine Joseph RICCI

- Alexandre de la ROCCA

- Jean-Baptiste DEBIENVILLE

Tous étaient de Guagno-les-Bains.

Le signataire, "cordonnier aux Bains de Guagno", basait sa réclamation sur une "décision du Juge de Paix du Canton de Soccia rendue le 17 février 1877" qui lui avait donné le droit de voter à Poggiolo avec les quatre autres nommés.

Après avoir mentionné le refus du maire à les faire voter, PAPADACCI terminait en espérant "que vous reviendrez sur cette détermination qui a été sans doute prise par suite de renseignements inexacts et que vous ne voudriez pas priver des citoyens d'un droit qu'ils ont légalement acquis".

Ici, il faut donc comprendre que l'attitude du maire ait été dictée par une décision préfectorale.

Des explications se trouvent dans deux lettres de Martin DEMARTINI décrivant les incidents au Préfet de la Corse. Toutes deux sont datées du 13 janvier 1878, jour du scrutin écourté.

On y apprend que le maire était arrivé à 8 heures du matin dans le bureau de vote qui était la salle de l'école. Mais le bâtiment appartenait à Etienne PINELLI, "bonapartiste" et "notre adversaire".

Cette salle était remplie de "bonapartistes armés de toute espèce d'armes" et aussi par "un groupe d'électeurs des Bains de Guagno qui n'avaient aucun droit à voter". Il n'est pas question du seul Jean ANGELI contrairement au rapport de gendarmerie. Ces perturbateurs avaient eux-mêmes composé le bureau avec:

Valère CECCALDI, ancien maire

Dominique François FRANCESCHETTI

Charles Marie FRANCESCHETTI

Ils tentèrent de s'emparer de l'urne. Le maire essaya de les raisonner et finit par "enlever la séance". Il n'informait pas le Préfet du transport de l'urne à son domicile et il demandait l'autorisation "de faire les élections municipales dans la salle de la Merie (sic) que tout le monde (sic) peut circuler dans danger". En tout cas, il n'évoque aucune violence physique.

Les membres du bureau auto-proclamé se justifièrent, d'après DEMARTINI, car "ce que le dernier Préfet avait fait était faut (sic), et qu'ils voulaient se faire droit d'eux-mêmes".

Il faut alors resituer la pagaille poggiolaise dans la situation politique de ce moment.

Péripéties municipales: une urne très convoitée

LE RÔLE DU PRÉFET

La Corse venait de connaître une rapide succession de préfets, liée au contexte national. Le 17 mai 1877, le duc de BROGLIE avait pris la tête d'un gouvernement d'ordre moral favorable à la monarchie. Dès le 26 mai, Emmanuel Louis GRANDVAL avait été nommé pour représenter l'Etat et cette politique dans l'île. Le 25 juin, la dissolution de la Chambre des Députés par le président de la république, le maréchal MAC-MAHON, avait été la dernière tentative des monarchistes pour garder le pouvoir en France. Mais les élections législatives des 14 et 28 octobre donnèrent la victoire aux républicains.

Le nouveau gouvernement dirigé par Jules DUFAURE nomma le 27 décembre le nouveau préfet de Corse en la personne d'Eugène SCHNERB. Cet ardent républicain, qui fut ensuite préfet de Maine-et-Loire puis directeur de la sûreté générale (poste éminemment politique), prit immédiatement des mesures contre les conservateurs dans la perspective des élections municipales de janvier 1878. Certaines d'entre elles entraînèrent des modifications des listes électorales. Les membres du bureau auto-proclamé faisaient bien allusion à ces radiations en disant "ce que le dernier Préfet avait fait était faut (sic)".

Aussi bien les trois personnes de ce bureau que les cinq électeurs des Bains étaient tous mentionnés sur les listes électorales des années 1871 et 1874 (documents se trouvant aux Archives Départementales d'Ajaccio) et, le 13 janvier 1878, ils ne pouvaient plus voter !

Mais ils n'étaient pas du bon côté de la force.

Valère CECCALDI (né en 1816 ou 1817 et décédé en 1889), Dominique François FRANCESCHETTI (le seul membre de cette famille à avoir eu ces prénoms semble avoir été celui qui fut curé d'Arro et vécut de 1827 à 1892) et Charles Marie FRANCESCHETTI (1833-1904) faisaient partie des bonapartistes armés qui avaient investi l'école.

Valère CECCALDI avait déjà été accusé l'année précédente par Martin DEMARTINI d'être "mené par des bonapartistes" (voir l'article "Péripéties municipales: le maire n'est pas là").

Dans le "groupe des cinq", on relève Alexandre de la ROCCA (1837-1880) qui était le directeur de l'établissement thermal et parent de Jean de la ROCCA, bonapartiste convaincu (dont il a été question dans l'article: Jean a-t-il triché?).

Un cocktail explosif était donc réuni:

- opposition entre républicains et bonapartistes

- sentiment des habitants des Bains d'être mis à l'écart

- modification des listes électorales au dernier moment et radiation d'électeurs anciens.

Tout semble avoir été fait pour empêcher certains d'avoir le droit de voter.

Heureusement, tout cela appartient à une époque révolue depuis longtemps.

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P.S.: Les élections de janvier 1878 donnèrent 56% des communes de Corse (dont Poggiolo) aux républicains. Eugène SCHNERB avait bien travaillé.

Le triomphe de la République

Le triomphe de la République

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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 17:58
Péripéties municipales: tu veux ou tu veux pas... voter?

Lors des révisions annuelles des listes électorales, des citoyens demandent à être inscrits dans une commune et, en conséquence, à être radiés de leur résidence précédente, soit parce qu'ils ont déménagé, soit pour faire plaisir à des amis qui ont besoin de leurs voix. Parfois, certains reviennent à leur village d'origine après avoir électoralement vagabondé.

Dans ce domaine, une mention spéciale peut être attribuée à un Poggiolais qui a changé d'avis en quelques jours sur sa domiciliation électorale.

En 1925, un nommé PINELLI, dont le prénom ne nous est pas connu, demanda le 4 février sa radiation de la liste électorale de Poggiolo. Il devait donc désirer s'inscrire dans un autre lieu. Mais, surprise, dès le lendemain, 5 février, il revint sur cette idée et sollicita son maintien en déclarant qu'il n'était inscrit ailleurs. La commission électorale ne voulut rien entendre et ordonna sa radiation le 9 février.

Un recours s'ensuivit auprès du juge de paix de Soccia qui, le 30 mars, maintint la radiation. PINELLI n'accepta pas et l'affaire gravit les échelons judiciaires pour aboutir tout en haut.

Elle fut examinée par la Chambre des Requêtes de la Cour de Cassation qui statua le 20 mai 1925 en cassant la décision du juge socciais et en renvoyant le conflit devant le juge de paix, mais celui de Vico.

Ces péripéties se retrouvent dans le jugement qui est reproduit par le "Recueil hebdomadaire de jurisprudence" édité par Dalloz en 1925 (voir ci-dessous).

On pourra épiloguer sur les raisons de ces retournements. Pourquoi PINELLI a-t-il demandé à partir puis à rester? Lui aurait-on forcé la main avant qu'il se reprenne? Pourquoi la commission a-t-elle fait la sourde oreille? Il y a du louche.

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Mais tout cela appartient à une époque révolue depuis longtemps… 

 

Péripéties municipales: tu veux ou tu veux pas... voter?

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 11:01
Les trois listes électorales

La polémique sur la composition des listes électorales bat son plein.

Pour que chacun se fasse son opinion de façon objective, il est nécessaire que l’information soit complète.

A cette fin, le blog des Poggiolais publie ici les trois listes qui font l'objet des débats.

Voici d'abord la liste des 15 personnes dont la demande d’inscription sur la liste électorale de Poggiolo a été refusée par la commission administrative et pour lesquelles un recours a été formé devant le Tribunal d’instance :

 

 

  • BACONNET Joëlle épouse LAGRANGE
  • BALDARESCHI Brigitte
  • BATTESTI Livia
  • CANALE Maria épouse CHAILLOUX
  • COLONNA Jennifer
  • COLONNA Joseph
  • COLONNA Padoue
  • DELASANTINA Thomas
  • DEMARTINI Dominique
  • DEMARTINI Marie-Antoinette épouse PRINCE    
  • HERZ Marcel
  • LAGRANGE Benjamin
  • MARTINI Nicolas
  • ORAZZI Frédéric
  • RUIZ Sandrine épouse MARTINI

 

Voici ensuite les noms des 20 personnes de l'ancienne liste électorale pour lesquelles des demandes de radiations ont été déposées:

  • Angelini Angèle, épouse Coin
  • Ballerini M. Angèle, épouse Pinelli
  • Caviglioli Jules
  • Caviglioli Mathieu
  • Chiti Antoine
  • Chiti Aurèl
  • Chiti Jean-Laurent
  • Coin Denis
  • Coin antoine-Louis
  • Coin Marianne Argia, épouse Martelli
  • Colonna Marcel
  • Conti Emilie
  • Demartini Daniel Georges
  • Demartini Jean-Charles
  • Ottavi Marie-Marcelle
  • Paoli Laetitia
  • Paoli Stéphanie, épouse Lechuga
  • Pinelli Antony
  • Pinelli Marine
  • Pinelli Dominique

Enfin, la troisième liste est celle des 23 électeurs inscrits au tableau rectificatif et dont l’inscription est contestée:

 

  • BONIFACI Madeleine épouse HARROCH
  • BUTEAU Laurent
  • CASANOVA Angèle épouse LECA
  • CAVIGLIOLI Helena (Elena)
  • CHITI Laurine épouse CASANOVA
  • CIPRIANI Archange
  • CIPRIANI Jean
  • CIPRIANI Toussaint
  • CROLET Henri
  • DAMOTTE-LECA Patrick
  • DESANTI Julie épouse CROLET
  • DURAFOUR Olivier
  • FORNERO Marie-Josée
  • HARROCH Léon
  • HUDRY Virginie épouse HARROCH
  • LEVY Marc
  • MARTELLI Noël
  • MOZZICONACCI Simon
  • OTTAVY-OTTAVJ Lucie Marie
  • PAOLI Madeleine
  • POLI Yvonne épouse PINELLI
  • RAMTOHUL Brenda
  • SAMVITI Marie-Rose épouse MELCHIO

 

Pour mémoire, voici de nouveau les photos de la liste des 40 personnes qui ont été acceptées par la commission et nouvellement inscrites.

 

Les trois listes électorales
Les trois listes électorales

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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 18:03

Les élections municipales sont le scrutin préféré des Corses car ils peuvent voter pour des gens qu'ils connaissent en fonction des questions de leur vie quotidienne. Le maire a l'avantage d'être tout proche, notamment dans les villages. Mais, s'il n'est pas là, la commune ne peut plus fonctionner.

Lisons la plainte envoyée le 17 janvier 1877 par Valère CECCALDI, adjoint au maire de Poggiolo. Maçon et cultivateur, il était né en 1816 ou 1817 et mourut le 6 janvier 1889.

Il écrivait au préfet de la Corse (qui était alors Antoine Charles Léon DAUNASSANS) pour signaler "la situation, anormale, résultant des procédés de M. le Maire de Poggiolo et les inconvéniants (sic) qui en résultent".

CECCALDI indiquait au représentant de l'Etat que le tout nouveau maire (qui n'est pas cité mais il s'agit de Martin DEMARTINI)

"habite, la plus part (sic) du temps, sa maison de campagne située sur le territoire de Murzo à plus de 6 kilomètres du village, et laisse les archives et le sceau dans la maison de l'ancien Maire qui continue à être, seul, le véritable administrateur de la commune."

En réalité, la distance entre les deux villages est de 10 kilomètres mais la route n'avait pas tout à fait le même tracé qu'aujourd'hui.

L'ancien maire mentionné est Pierre MARTINI qui avait présidé le conseil municipal les dix années précédentes. Sans en avoir le titre, il continuait donc à exercer les mêmes prérogatives.

Du coup, le premier adjoint ne pouvait rien faire, même pas, en l'absence des deux maires, assister avec écharpe et drapeau à des cérémonies officielles.

Cette dénonciation avait pour but "que la loi cesse d'être violée et que, comme partout, l'adjoint seul remplace le Maire".

On peut compatir à la détresse de cet adjoint abandonné !!!

Quelques jours après, Martin DEMARTINI, sans s'expliquer sur les faits incriminés, répondit au Préfet que son adjoint était "mené par des bonapartistes". L'accusation était grave: la France avait alors une majorité républicaine à la Chambre des Députés et un président du Conseil républicain (Jules SIMON) mais un Sénat et un Président de la République (le maréchal de MAC-MAHON) royalistes. Le 16 mai 1877, MAC-MAHON renvoya Jules SIMON et décida la dissolution de l'Assemblée le 25 juin. Ce coup de force échoua en octobre avec la victoire républicaine aux nouvelles élections législatives.

Et, justement, ce fut le 17 octobre que Valère CECCALDI devint maire de Poggiolo, mais pour très peu de temps. Il céda ensuite la place à nouveau à Martin, puis à Jean-Baptiste DEMARTINI.

En tout cas, il était assez étrange d'apprendre que le maire n'habitait point Poggiolo et que l'adjoint ne pouvait rien faire.

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Mais tout cela appartient à une époque révolue depuis longtemps… 

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Les documents de cet article sont consultables aux Archives Départementales d'Ajaccio.

Péripéties municipales: le maire n'est pas là
Péripéties municipales: le maire n'est pas là

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Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
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Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

Recherche

Le calendrier poggiolais

Calendrier des messes de janvier et février dans les Deux Sorru:

cliquer ici.

 

Fête de Saint Siméon:

messe à Poggiolo

samedi 20 février

à 15 heures. 

 

VACANCES SCOLAIRES DE FÉVRIER

fin des cours: 

samedi 13 février

reprise des cours:

lundi 1er mars

 

La nouvelle formule du mensuel "INSEME":

La météo poggiolaise

Pour tout savoir sur le temps qu'il fait et qu'il va faire à Poggiolo, cliquez sur LE BULLETIN METEO

Un bulletin indispensable

  le bulletin des paroisses des Deux Sorru.

 

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