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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 17:02

Au Sud, face aux villages d'U Pighjolu et d'A Soccia, le sommet du Tretorre attire tous les regards. Il a la forme d'un grand rocher arrondi, si bien arrondi que des enfants le voyant pour la première fois le comparent souvent spontanément à la carapace d'une tortue.

Les légendes de chez nous (5/7): les trois tours du Tretorre
Les légendes de chez nous (5/7): les trois tours du Tretorre

Pourtant, ce nom de Tretorre, qui signifie "trois tours", se justifie. Les trois tours existent bien mais il faut être de côté, comme à Guagnu qui est plus au Nord-Est, pour apercevoir les différentes éminences provoquées par la jument guagnaise du Diable. On pourrait même en compter quatre mais trois reste le chiffre officiel.

Photo extraite du blog http://corse-sauvage.com/

Photo extraite du blog http://corse-sauvage.com/

Le récit de cette cassure se trouve dans l'incontournable "Almanach de la mémoire et des coutumes de la Corse" écrit par Claire TIÉVANT et Lucie DESIDERI (Albin Michel, 1986):

     Satan a laissé de nombreuses traces de son passage dans le paysage corse, comme c'est le cas au sommet du mont Tretorre : La légende raconte qu'à l'origine, le mont Tretorre, entre Azzana et Guagnu, avait un sommet d'une seule pièce. Ce fut le passage de Satan qui le divisa en trois grosses tours de granite. Voici comment cela se produisit:

     Dans la vallée du Cruzzini, au lieu-dit Pantanu, vivait un berger solitaire. Un soir, à la tombée de la nuit, alors qu'il se préparait à rentrer son troupeau, Orsu-Maria fut intrigué par l'attitude de son chien qui vint se blottir plaintivement contre lui. Une angoisse insaisissable monta en lui lorsque apparut au détour du chemin un cavalier fort élégant monté sur une superbe jument blanche. L'homme à la barbe rousse et aux yeux verts étincelants se rendait dans la pieve de Vivariu mais, surpris par la nuit, mandait à Orsu-Maria de bien vouloir lui accorder son hospitalité.

     Malgré sa méfiance, Orsu-Maria accepta de bon cœur: un Corse ne refuse jamais l'hospitalité. Il alluma un bon feu dans la bergerie et, mettant à l'aise son hôte, alla rentrer la jument à l'écurie. Quel ne fut pas son étonnement d’entendre l’animal proférer les paroles suivantes :

 « - Méfie-toi de mon maître, Orsu-Maria. Folle fille de mon vivant, moi, Bianca de Guagnu, en punition de mes péchés, je suis devenue le coursier de Satan. Demain, nous  emporterons en enfer les âmes des mauvais chrétiens. N'oublie pas de te signer ce soir, avant de partager ton lait de brebis et tes châtaignes! »

     Tout ébahi, Orsu-Maria retourna auprès de son hôte. Suivant le conseil de la jument, Orsu-Maria se signa avant de partager son souper. Alors, au même instant, l’élégant visiteur se métamorphosa et reprit sa forme de diable aux pieds fourchus et tête cornue. Fou de rage, il enfourcha sa monture en rugissant:

« Ah ! Bianca, garce sans cervelle, tu m’as trahi; je vais te donner la plus belle course de ta vie éternelle ».

     Sous les coups de trident et d'éperons, la malheureuse jument, la bouche en sang, bondit à travers la pinède et, entourée d'une nuée de lagramanti (les génies des tempêtes), de mazzeri (les âmes des magiciens et des sorciers) et de streghe aux ailes de chauves-souris, elle s'élança avec son cavalier fou, faisant ébouler d'énormes roches, imprimant sa cuisse dans la falaise du Lancone où coule une cascade, et finalement, atteignant le sommet du Tretorre sur lequel, en une dernière ruade d'une violence incroyable, elle fendit la roche en trois énormes blocs avant de disparaître dans un éclair fulgurant.

     Cette nuit-là, dans tous les hameaux, on pria avec ferveur. Et, au matin, on découvrit que le sommet de la montagne était divisé en trois blocs qui ressemblaient à des tours. On l'appela désormais Tretorre. 

Le Tretorre n'est plus diabolique et ses pentes raides n'empêchent pas les randonneurs comme Hervé Calderoni d'atteindre son sommet (photo du 15 août 2012).

Le Tretorre n'est plus diabolique et ses pentes raides n'empêchent pas les randonneurs comme Hervé Calderoni d'atteindre son sommet (photo du 15 août 2012).

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 18:00

Pendant longtemps, dans toute la Corse, la nuit du 31 juillet au 1er août était redoutée car elle était la nuit des mandrache pendant laquelle s'affrontaient les mazzeri. La pieve de Sorru-in-Sù était directement concernée par ces événements. 

Les textes ci-dessous donnent une explication sur le sens de cette date. Les trois premières parties sont tirées du très utile "Almanach de la mémoire et des coutumes de la Corse" écrit par Claire TIÉVANT et Lucie DESIDERI (Albin Michel, 1986). La quatrième partie, consacrée à cette nuit dans notre canton, est inspirée de "Le mazzérisme: un chamanisme corse" de Roccu MULTEDO (Editions L'Originel, 1994). 

Précision préalable: Les mazzeri sont des humains ayant une vie sociale et personnelle mais qui sont considérés par le village comme des êtres surnaturels liant l'au-delà au monde des vivants. Dans la vie courante, les mazzeri sont des êtres pacifiques. On les reconnait à leur regard: ils ne vous regardent pas, mais regardent à travers vous.​ Ils sont capables de dire quels seront les prochains morts de la communauté.

LE MOMENT DE LA CANICULE ET DES MAZZERI

"Consécutive au solstice d'été (la Saint-Jean), la canicule marque l'entrée du soleil dans la constellation du Lion (i sulleoni). C'est une période redoutable, porteuse de menaces mortelles pour les animaux, les hommes, les cultures. La nature tout entière est comme embrasée. Tout risque de brûler ou de sécher. Les incendies se déchaînent et, attisés par les vents, se répandent jusqu'à prendre des proportions terrifiantes. La canicule qui tue toute vie est à l'image même des morts, êtres desséchés, affamés, assoiffés, noirs. Cette période, néfaste et dangereuse entre toutes, entame son déclin à la fin du mois de juillet, lorsqu'on entre dans les Calendes d'août. C'est pourquoi cette date est en Corse une date rituelle, et la nuit qui fait passer de juillet à août est investie par des pratiques magico-religieuses destinées à éloigner ce fléau mortel.

Dans de nombreux villages, notamment dans le Centre et le Sud, on allume un feu devant le seuil de la maison. Ce feu est appelé focu di i mazzeri (feu des mazzeri). On pose aussi, sur les fenêtres, des ustensiles remplis d'eau. Car, comme à d'autres dates, cette nuit-là, les morts se rapprochent des vivants. Leur présence est redoutée et on s'en protégera de plusieurs manières. (...)"

LA FÊTE DES MORTS ESTIVALE

"Dans la liturgie, le 1er août est la fête de Saint Pierre-aux-Liens. Cette fête religieuse est venue se superposer à celle qui, à une époque lointaine, était celle des Macchabées. Le 1er août est donc une fête des morts. Elle est symétrique de celle du 1er novembre; elle en est le doublet estival.

C'est dans ce contexte de mort que prennent place les batailles des mazzeri (...).

La nuit du 31 juillet s'engage une bataille contre la mort et la mortalité. Les mazzeri d'un village se regroupent, montent sur le col, ou se rendent à la limite qui sépare leur territoire du territoire voisin, et là, se battent contre les mazzeri de la communauté limitrophe. Les armes qu'ils utilisent dans ces combats sont des tiges d'asphodèle. (...)

L'enjeu de ces guerres végétales est d'importance." (...) 

Dans les villages des vainqueurs, la mortalité de l'année sera faible, et forte chez les vaincus.

Photo de Joan Fontcuberta.

Photo de Joan Fontcuberta.

L'ASPHODÈLE, LA REINE DES BATAILLES

L'asphodèle, appelé en Corse taravucciu, arbucciu. taravellu, luminellu, etc , est une plante bien connue dans les mythologies végétales, depuis l'antiquité grecque. C'est la plante des morts. Elle «pousse dans le royaume des Ombres ». Dans les Enfers et les Champs-Elysées où séjournent les Héros défunts, les asphodèles abondent. Dans les siècles passés, en de nombreuses régions d'Europe, on en plantait autour des tombeaux car, disait-on, les morts aimaient cette plante et se nourrissaient de ses racines. (...) Elle produit l'abondance et assure l'immortalité de l'âme.

On comprend que, pour combattre la pénurie et la mort caniculaires, les mazzeri corses, la nuit du 31 juillet, brandissent l'arme la plus efficace en ce domaine. 

un plant d'asphodèle

un plant d'asphodèle

LES MANDRACHE GUAGNAISES

D'après Rocco MULTEDO, qui reprend des travaux de Dorothy CARRINGTON, les assemblées de mazzeri ont lieu de préférence le samedi. La bataille annuelle qui se déroule dans la nuit du 31 juillet s'appelle une mandraca. Elle voit s'affronter deux groupes masqués en animaux et formés en milizie avec chacune un capitaine élu. Les deux camps viennent de deux communautés voisines et s'affrontent sur le col qui sépare celles-ci. Après avoir poussé des "cris effrayants", ils se battent à coup de tiges d'asphodèles jusqu'à la fuite d'un groupe ou l'arrivée du jour. Les asphodèles et les bâtons utilisés finissent dans un grand feu.

Notre canton étant quasiment enclavé dans la montagne, plusieurs mandrache se déroulent, ce qui laisse supposer que les batailles n'avaient pas toutes lieu la même nuit:

- Soccia contre Casamaccioli dans le Niolu

- Guagnu contre Vivario au col de Manganellu 

- Guagnu contre Venacu et Corti au col de Virdiola, près d'un ancien cimetière

La plus importante était la confrontation entre Guagnu et Pastricciola, au col de Missicella, à 1.191 mètres d'altitude. Ce lieu, qui a longtemps permis aux bergers de passer de Sorru-in-Sù aux pièves de Cruzzini et Cinarca, est particulièrement stratégique pour les mazzeri.

Les légendes de chez nous (4/7): la nuit des mazzeri

N'allez surtout pas à Missicella les 31 juillet et 1er août. De toute façon, évitez de sortir cette nuit-là. Des esprits forts peuvent dire que les mazzeri ont quasiment disparu et que les mandrache ne sont plus organisées. Mais peut-on en être certain? On murmure quelques noms d'initiés à Poggiolo, Soccia, Orto et Guagno.

Il vaut mieux être très prudent.

Réalisé à l'occasion d'une chasse au sanglier, le film suivant (https://www.dailymotion.com/video/x18lzcu_19-12-2013-bocca-missicella_animals) montre ce qu'est le col de Missicella et les paysages qui l'entourent.

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28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 18:00

La légende de la Sposata a inspiré des artistes, écrivains, peintres ou chanteurs. 

Le côté fantastique de cette histoire est accentué par l'incarnation du personnage principal dans la montagne.

Certains ne remarquent pas la tête de la méchante fille sur les rochers. Il suffit pourtant de bien lever les yeux.

Pour aider les visiteurs nouveaux, une aide leur a été fournie dans le bulletin n°8 de l'Association Renno-Informations, en date du 25 juillet 2009. Marilyne Dufresne, originaire de la commune d'Azilone-Ampaza, dans le sud de la Corse, a, en quelques coups de crayon, dégagé les traits de la Mariée et les plis de ses vêtements.

Il n'est plus possible de prétendre que la Sposata n'est pas sur la montagne.

Les légendes de chez nous ( 3/7): la Sposata ou l'inspiratrice des artistes
Les légendes de chez nous ( 3/7): la Sposata ou l'inspiratrice des artistes
Les légendes de chez nous ( 3/7): la Sposata ou l'inspiratrice des artistes

L'immense chanteur Antoine CIOSI a, dans les 276 titres de sa discographie, évoqué la Sposata. Composée par Dany REVEL, cette chanson s'intitule "La Sposata ou la légende de la mariée maudite". Elle est une réflexion sur la force de l'amour:

"Fallait -il que l’amour soit fort

Pour que tu braves ainsi le sort".

Alors que de nombreuses chansons de CIOSI sont diffusées sur Youtube, celle-ci n'est pas sur internet. Elle n'existe qu'en version audio, sur le site Music Me, Teemix ou Deezer.

Comme vidéo, la version de J M Campocasso, à la guitare, sans orchestre, est très proche de CIOSI.

Toute autre est la version de MATIAS. Ce chanteur, dont la carrière a débuté en 2009, se produit essentiellement en PACA et Rhône-Alpes. La vidéo de son spectacle de 2013 permet de l'entendre chanter "Dio vi salvi regina" puis, au bout de 2 minutes, faire le récit de la légende de la Sposata sur fond de polyphonie. 
Prochains concerts de MATIAS:
3 Août 2014: Ruoms
4 Août 2014: Sorgues
9 Août 2014: Oullioules
 
 

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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 18:00

Depuis le col de Saint Antoine, quand on descend sur Vico et Murzo, des crêtes tourmentées se détachent sur les crêtes de la montagne. Et, parmi elles, un visage de femme tourné vers le couchant, vers la Cinarca: la SPOSATA, l'Epousée, la Mariée. Pourquoi est-elle là?.

Les légendes de chez nous ( 2/7): la Sposata ou la fille au cœur dur

Il y avait jadis au petit village de Nesa, près de Vico, au pied des premiers contreforts de la montagne, une pauvre maison qui abritait Joanna Ambiegna et sa fille Maria. Les deux femmes avaient bien de la peine à vivre, étant des plus misérables parmi les plus misérables du hameau.

Joanna, âgée, devenue impotente par suite de fièvres mal soignées, restait à la maison et faisait la cuisine. Maria gardait le troupeau de chèvres d'un propriétaire de la localité. Par ce travail, elle gagnait quelques sous, le plus clair des ressources de la mère et de la fille, car, du maigre héritage du père, il ne restait à peu près que la maison et un indigent mobilier. Joanna était douce et bonne et elle souffrait sans se plaindre de la dureté de sa fille qui jamais, pour elle, n'avait un mot affectueux, jamais une de ces caresses qui vont au coeur des mères.

Les légendes de chez nous ( 2/7): la Sposata ou la fille au cœur dur

LA DEMANDE DU SEIGNEUR DE CINARCA

Seulement, si Maria Ambiegna manquait de coeur, elle était d'une grande beauté. Aucune fille dans toute la région n'avait d'aussi grands yeux noirs, aucune un visage aussi régulier, un profil aussi pur, aucune des tresses plus noires, plus longues, de cheveux plus fins. Luciano de Tellano, seigneur de la Cinarca, un jeune et très riche gentilhomme, l'avait un jour aperçue, tandis qu'il chassait le mouflon sur les pentes de la montagne. A plusieurs reprises, il était revenu, il s'était même installé dans la maison qu'il possédait à Vico, alors que son château se trouvait à quelques lieues de là, à Orcino, afin de multiplier les occasions de rencontrer la jolie bergère. Lorsqu'il causait avec Maria, les mouflons pouvaient courir en paix, les perdrix s'envoler sous ses pieds, les lièvres déboucher du maquis, cet enragé chasseur ne s'en occupait plus. Un beau jour, Luciano de Tellano demanda à brûle-pourpoint à Maria Ambiegna:

 «Veux-tu être dame de la Cinarca ?»

Maria, qui avait longtemps attendu ces mots, accepta.

Ce fut dans toute la région, de Vico à Evisa, à Sagone et jusqu'à Ajaccio, un cri d'étonnement. Jamais on n'eût supposé que le fier et beau seigneur, à qui étaient promises les plus riches héritières, les descendantes des plus nobles familles, pût songer à donner son nom à la moins fortunée des bergères.

 

LA DOT DE MARIA

Maria était heureuse, certes, mais son bonheur était mitigé par l'humiliation qu'elle éprouvait de n'apporter en dot à son époux que sa personne et les quelques misérables hardes qu'elle possédait.

Joanna Ambiegna était fière du mariage de sa fille, mais bien triste aussi. Elle sentait qu'elle la perdait à jamais. Loin de compatir à la peine de la vieille femme et de chercher à l'adoucir, la jeune fille passait ses derniers jours à la gourmander, l'accusant d'avoir mal géré son héritage, - si l'on peut appeler héritage deux chèvres, une cahute croulante et quatre meubles, - déclarant que le peu qui restait était à elle et qu'elle entendait l'emporter.

Tout ce qui se trouvait dans la cahute, jusqu'aux ustensiles de ménage, jusqu'aux couvertures, jusqu'aux assiettes d'étain, tout fut entassé dans des paniers. Ce n'est pas que Maria pensât que cela pût servir en aucune façon dans la riche demeure de son futur époux, dans ce château d'Orcino dont on vantait partout le luxe et les commodités, mais, comme elle le disait, elle ne voulait pas y entrer les mains vides.

 

LE CORTÈGE NUPTIAL

Enfin le grand jour arriva. Luciano, avec un imposant cortège d'amis, de serviteurs, de clients, tous superbement montés et harnachés, parut sur la place de Nesa. Des paniers soigneusement recouverts, afin que l'on ne vît pas les pauvres choses qu'ils contenaient, furent chargés sur le dos de mulets. Maria, après avoir rapidement embrassé sa mère, plus pour l'édification de son fiancé et du public que par le moindre sentiment de tendresse, monta sur une belle jument blanche, caparaçonnée de velours rouge, aux côtés de son futur époux. Au milieu du tumulte joyeux des cavaliers de son escorte qui, en signe d'allégresse, tiraient des coups de fusil en l'air, l'épousée quitta, sans un regard en arrière, le village natal.

Les légendes de chez nous ( 2/7): la Sposata ou la fille au cœur dur

Sur le seuil de la cahute, maintenant vide de tout ce qui avait un semblant de valeur, de tous les souvenirs de défunt son mari, des petits riens auxquels elle était attachée, Joanna, les yeux baignés de larmes, regardait le cortège s'éloigner. Le chemin d'Orcino grimpe à travers la montagne et s'élève dès la sortie du village. La pauvre veuve pouvait ainsi suivre la riante théorie, s'égrenant le long des flancs abrupts. Elle distinguait en tête du cortège sa fille sur sa jument blanche, à côté du seigneur de la Cinarca sur son cheval noir.

On eût pu croire que Maria, toute à son bonheur ou du moins à son triomphe, ne songeait plus qu'aux plaisirs qui l'attendaient, à cette vie de grande dame qu'elle allait mener à Orcino, aux immenses terres qu'elle allait partager avec son mari, aux forêts quasi impénétrables qui seraient son domaine, aux innombrables troupeaux sur lesquels elle régnerait en maîtresse, elle dont l'enfance s'était passée à garder les maigres chèvres des autres.

Mais non, dans son âpreté, elle n'avait de pensée que pour ce qu'elle emportait, pour les choses sans utilité désormais pour elle, qu'elle avait arrachées à la pauvreté de sa mère. Elle craignait d'en avoir oublié.

 

LE RACLOIR OUBLIÉ

Soudain, elle se frappa le front. Elle se rappela avoir omis de mettre dans ses bagages le racloir de son pétrin. Ce racloir, sa mère s'en était servi la veille, puisque l'on avait fait de la galette.

"Qu'y a-t-il, ma chère âme? demanda Luciano anxieux. Auriez-vous oublié quelque objet qui vous fût cher?

- Oui, mon doux seigneur, répliqua Maria. J'ai oublié à Nesa le racloir du pétrin."

Le seigneur de la Cinarca se mit à rire.

"Eh qu'importe, ma mie, le racloir de votre pétrin, votre mère s'en servira. N'en a-t-elle pas besoin? Vous n'aurez pas à Orcino à vous occuper de ces choses et je suis bien certain qu'il y en a tant qu'il en faut."

Le visage de Maria se ferma. Elle parut violemment contrariée.

"C'est ce racloir-là que je veux et non point un autre. Il m'appartient et je désire l'avoir. Donnez donc l'ordre à un de vos serviteurs d'aller le réclamer."

Luciano s'aperçut qu'il fâchait sa fiancée et il expédia un domestique à Nesa.

Les légendes de chez nous ( 2/7): la Sposata ou la fille au cœur dur

Joanna était toujours sur le seuil de sa demeure et n'avait pas perdu de vue le cortège maintenant arrivé tout en haut de la montagne à un endroit où, bientôt, il disparaîtrait à ses yeux. Elle vit le cavalier qui se détachait du convoi et qui redescendait vers le village; quand le serviteur de Luciano de Tellano déboucha sur la place, la pauvre veuve s'imagina que sa fille avait eu un regret de sa dureté et que l'homme était chargé pour elle d'un message de tendresse. Ah! comme elle était prête à y répondre de tout son amour maternel l

Très poliment, elle s'adressa au domestique qui mettait pied à terre devant sa masure

"Ma fille vous a-t-elle chargé pour moi d'une commission? Avait-elle quelque chose à me dire?

 - Oui, répliqua l'homme, bourru et furieux d'avoir été envoyé en arrière et de devoir ensuite se presser pour rattraper ses maîtres, et tout cela pour si peu de chose. Oui, donna Maria vous fait dire qu'elle a oublié le racloir du pétrin et que vous ayez à me le remettre tout de suite pour que je le lui apporte."

 

LA MALÉDICTION

Alors, pour la première fois, une révolte gronda dans le coeur de la vieille femme; cette ingratitude lui parut trop forte, trop dure, sa propre condition, seule, misérable, dépouillée.

Joanna tourna la tête vers le brillant cortège, là-haut sur la montagne; elle tendit un poing courroucé dans la direction de sa fille et s'écria:

"Tu seras punie, ô fille au coeur de pierre!"

 

Les légendes de chez nous ( 2/7): la Sposata ou la fille au cœur dur

On raconte aux veillées qu'à cet instant précis, dans le ciel bleu et sans nuage de cette journée de mai, un coup de tonnerre terrible éclata, secouant l'atmosphère, que tout le cortège nuptial fut environné subitement d'un épais brouillard et qu'un éclair vint frapper la montagne, dispersant chevaux et cavaliers. Certains ajoutent que la terre trembla, que l'on entendit des voix menaçantes sortir des précipices, mais ce ne sont là sans doute que les effets d'une imagination en proie à la terreur, une terreur bien compréhensible.

Lorsque le brouillard se dissipa, Maria Ambiegna, la fille sans pitié, était changée en pierre, elle et son cheval. Et c'est la bergère corse, l'épousée du seigneur de la Cinarca, que les touristes peuvent voir juchée là haut sur le sommet, la tête tournée vers le château de la Cinarca qu'elle ne connaîtra jamais. La Sposata, un roc, rien qu'un roc, comme son coeur.

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Ce récit reprend en très grande partie les textes de cette légende qui sont nombreux sur internet. Mais, ici, la bonne orthographe de Nesa et Orcino a été rétablie.

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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 17:59

Le relief compliqué de la Corse a entraîné pendant longtemps la division de la population en communautés vivant souvent en quasi-autarcie. Le travail artisanal, les chants et les histoires racontées le soir au coin du feu n'étaient pas les mêmes partout.

Les contes et les légendes étaient très nombreux, d'autant que plus que, près de leurs troupeaux, les bergers avaient le temps pour développer la  réflexion solitaire et observer les particularités de la nature.

Au-delà du col de Saint Antoine et encore plus au-delà du col de Sorru, les hautes montagnes couvertes de forêt qui encerclent les villages alimentaient les inquiétudes et les fantasmes. Des particularités des paysages, comme la forme des rochers du Tretorre et de la Sposata, justifiaient certaines histoires surnaturelles.

Nous ne voulons plus reconnaître l'étrangeté de la nature et de nombreuses légendes ont été perdues. Cette publication de légendes ancrées dans nos pièves de Sorru in Sù et de Sorru in Ghiu permettra peut-être de regarder notre environnement avec plus d'attention.

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Les légendes de chez nous (1/7): Le lac de Satan

Le lac de Crena est célèbre pour être le seul lac d'altitude corse bordé d'arbres, ajoutant l'obscurité de cette forêt au fait que ce lac est considéré comme le lac de Satan.

Les habitants de Soccia ayant décidé de chasser le Malin de la vallée du Liamone, celui-ci, d'un furieux coup de marteau, creusa une énorme cavité qui se remplit d'eau et dans laquelle il se réfugia. C'est le lac de Crena dont le fond communiquait avec la fournaise infernale.

 

 

Les légendes de chez nous (1/7): Le lac de Satan

Cependant, les Socciais, que le diable continuait à tourmenter durant leur sommeil, firent appel à un pieux ermite expert dans l'art de l'exorcisme. Le saint homme se rendit au bord du lac accompagné d'un berger. Les deux hommes se mirent en prière...

Peu à peu, le lac se vida de son eau, tandis que de magnifiques moutons blancs émergeaient pour tenter le berger. Mais ce dernier continua imperturbablement ses oraisons.

Alors, surgirent du lac des manteaux de pourpre, des chasubles d'or, des mitres étincelantes de diamants qui vinrent s'entasser au pied de l'ermite. Celui-ci, impassible, continua ses exorcismes, tandis que le niveau des eaux baissait toujours.

Quand le lac fut enfin à sec, Satan apparut agitant des ailes de chauve-souris couvertes de vase et avec un crinière de serpents. "Jésus! Marie!", s'écria le berger terrifié. Aussitôt, tout disparut et le lac reprit son niveau normal.

Aux berges du lac, les Droséracées, plantes carnivores, témoignent encore de la présence maléfique ....

 
Pour plus de renseignements sur les droséras: http://www.dsot.fr/drosera.htm

Pour plus de renseignements sur les droséras: http://www.dsot.fr/drosera.htm

Le texte de la légende est tiré du "Guide de la Corse mystérieuse" par Gaston d'Angelis et Don Giorgi. Les photos 2 et 3 viennent du site http://ortu.free.fr/.

 

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Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
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Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
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