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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 12:02

    Les motifs de satisfaction furent nombreux pour "LE PETIT PROVENÇAL" du 19 novembre qui annonça:

- "Un oncle de Bartoli se constitue prisonnier

- La région de Palneca est désormais <<nettoyée>>

- L'arrestation de Spada ne saurait tarder"

 

    Mais le troisième point n'était encore qu'un espoir.

novembre 19 jeudi

 

    De son côté, "L'HUMANITÉ" se préoccupait du sort des Corses emprisonnés à Ajaccio. La prison, où s'entassaient 120 prisonniers, est horrible si l'on en croit le journal communiste qui titrait "L'enfer de la prison d'Ajaccio". Mais, la veille, le 17 novembre, "LE PETIT PROVENÇAL" avait donné une description tout à fait différente.   

   La comparaison des deux articles est édifiante. Qui faut-il croire?

 

enfer prison Ajaccionovembre 17 mardi prison

 

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 12:01

   "LE PETIT PROVENÇAL" se répéta mercredi 18 novembre 1931 en publiant un autre article de son envoyé spécial sur "Le repaire du bandit Spada", qui n'était en réalité qu'une nouvelle version du texte édité la veille.

 

novembre 18 mercredi Punta

 

 

    Une bonne nouvelle pour ce journal fit un autre titre: Dominique SANTONI, lieutenant de BARTOLI, s'était constitué prisonnier.


   Ce jour-là, la chronique de Léon DAUDET dans "L'ACTION FRANÇAISE" eut comme titre: "Mémoires d'un <<bandit>>". Dans un premier paragraphe, il critiquait l'opération policière en Corse.

"Les communiqués de l'expédition sont baroques et rédigés en prose gendarmique. La population corse, qu'on nous peignait comme enchantée de ce déploiement militaire, commence, si j'en crois ce que l'on dit et ce que l'on écrit, à manifester une vive irritation d'un remède inopérant et qui sera bientôt pire que le mal. Bref, il serait temps, d'une façon ou d'une autre, que cela finit. Sans compter les fatigues effroyables auxquelles pandore est soumis, en raison de la mauvaise saison et du régime météorologique de la montagne corse."

 

Daudet bandit

   L'adjoint de Charles MAURRAS rappelait qu'il avait été "bandit et traqué, comme Spada, Caneloni et Ravioli, par la police et la maréchaussée de mon pays, et sur toutes les routes de France."

   Ayant accusé les chefs de la police d'avoir fait assassiner son fils Philippe, il avait été condamné pour diffamation à cinq mois de prison et incarcéré à la prison de la Santé le 13 juin 1927. Grâce à l'aide des Camelots du Roi, les militants de choc de l'organisation royaliste, il s'était évadé le 27 juin et s'était réfugié en Belgique le 1er août. Il rentra en France après avoir été grâcié le 30 décembre 1929.

   Dans cet article, il s'identifia aux bandits corses en mettant en parallèle ses pérégrinations et les échecs des policiers lancés à sa recherche avec la situation corse.

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 12:10

   Mardi 17 novembre 1931, la grande vedette du "PETIT PROVENÇAL" fut André SPADA. La veille, "LE POPULAIRE" et "L'HUMANITÉ" avaient annoncé la découverte d'une cache du bandit à quelques centaines de mètres de sa maison de la Punta, ce qui lui avait permis d'échapper à l'arrivée de la police.

    L'article de l'envoyé spécial du journal marseillais avait pour titre: "Dans le nid d'aigle du bandit parmi des images de piété". Il débutait par un coup de chapeau à l'intelligence de SPADA qui "était organisé d'une façon remarquable pour l'exercice de son farouche métier qu'il avait élevé à la hauteur d'une entreprise commerciale". Il insistait sur la remarquable situation de La Punta, sur un point culminant près de Calcatoggio et contrôlant les routes des alentours.

    Le journaliste décrivit l'extérieur et l'intérieur de la bergerie investie par les gardes mobiles et s'intéressa beaucoup aux objets de piété:

"Des Sacré-Cœurs de Jésus et des Saintes Vierges en chromolithographie. Une statuette en plâtre de Saint Antoine de Padoue avec un chapelet au cou. Enfin, au-dessus de chaque lit, des rameaux d'oliviers, bénits sans doute le jour de Pâques, et posés sur de petits bénitiers de bazar.

(...)

Il est certain que ni Spada, ni Antoinette Leca n'apercevaient rien d'étrange à demeurer pieux dans leur métier de criminels."

 

novembre 17 mardi nid d'aigleJPG


    Le renommée de SPADA était si grande que la reddition d'un bandit, d'ailleurs de seconde zone, Toussaint VALLE, fut reléguée en pages intérieures.

    André SPADA avait été l'objet d'une forte médiatisation et était le bandit corse le plus connu sur le continent. "LE POPULAIRE" du 16 novembre avait annoncé que, à Nice, où un cinéma du Casino municipal devait projeter un documentaire sur le bandit, un commissaire de police avait saisi le film. Le 12, en "une", "L'HUMANITÉ" avait montré une photo intitulée "Le cinéma au maquis" avec la légende suivante: "ce cliché montre le <<bandit>> Spada avec un journaliste (en réalité, unE journaliste) dans le maquis. A ce moment, reporters bourgeois s'entendaient fort bien avec les <<bandits>>"

  ciné maquis

    En février 1931, deux journalistes parisiens du Pathé-Journal étaient venus en Corse pour rencontrer SPADA, contre une forte rétribution. Ils rentrèrent largement dans leurs frais car ils en tirèrent un film (celui qui fut saisi à Nice) et un livre. 

   Voici la partie la plus significative de cette interview dans le maquis (en fait, au bord de la route, près du repaire de La Punta) en deux versions. La première vidéo possède le défaut d'un certain décalage entre l'image et le son. La seconde est l'émission de France 3 Corse "Ma Corse me suit partout" du vendredi 8 janvier 2010, à l'occasion du livre de Jean-Philippe ANTOLINI sur les bandits corses. Il faut attendre 11 minutes 30 pour voir ce fameux film.

   

 

 

   Quelques mois après avoir atteint ce sommet de gloire, SPADA n'était plus qu'un fugitif errant de grotte en grotte dans les Deux Sorru et le Cruzzini.
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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 12:01

   Afin que ses lecteurs continentaux ne perdent pas pied en lisant des articles avec des noms de lieux exotiques pour eux, "LE PETIT PROVENÇAL" du lundi 16 novembre publia une carte de situation des différents fronts policiers.

(Cliquer sur la carte pour l'agrandir)

 

  novembre 16 lundi carte

 

 

    On y voyait nettement que la partie la plus concernée était le centre de l'île, de part et d'autre de la dorsale montagneuse.

    Dans le coin supérieur gauche de la coupure publiée ici, on pouvait aussi lire qu'un navire de guerre avait comme mission d'empêcher une fuite par la mer de SPADA, car celui-ci aurait été vu près de son repaire de La Punta.


LA RECHERCHE DU PITTORESQUE

    Comme, visiblement, la feuille marseillaise ne savait pas quoi annoncer de spectaculaire, elle insista sur la haine entre les deux maîtresses de SPADA, Marie CAVIGLIOLI et Antoinette LECA, qui durent être mises dans deux cellules séparées de la prison d'Ajaccio.

    Pour faire pittoresque, elle publia également une photo de "vieux Corse, regagnant son village et que la chasse aux bandits ne paraît guère émouvoir."

 

  novembre 16 vieux Corse

   


LA LETTRE D'UN GRAND AVOCAT

   Le plus important se trouvait en page intérieure avec une lettre de Vincent de MORO-GIAFFERRI (dont on a raconté ici la rencontre avec le bandit BARTOLI) qui fit grand bruit.

   Le célèbre avocat, qui avait été député jusqu'en 1928, publia un texte (dans "L'ŒUVRE", semble-t-il) dénonçant la recherche du sensationnel qui animait les policiers et les journalistes. Il eut un très grand succès et il se retrouva dans plusieurs journaux de ces jours-ci, souvent sous le titre "De la mesure dans les mesures". "LE PETIT PROVENÇAL" du 16 novembre en publia la seconde moitié. Il manque la première où  de MORO-GIAFFERRI se désolait du sous-développement dans lequel se trouvait son "pauvre pays!".

Cliquer sur la coupure de presse pour l'agrandir.


novembre 16 lundi Moro-gaifferri

   La conclusion est à retenir: "Dans ce département français, entre toutes les terres de France, je supplie qu'on n'oublie pas la vertu essentielle de notre esprit national: la mesure."

 

ZAZA ET LE JUSTICIER ASSASSIN

  En première page de "L'HUMANITÉ" de ce jour-là, une photo montrait une autre personnage: SIMONETTI, "le meurtrier de Bartoli".

 

Simonetti   Jean SIMONETTI était un exploitant forestier qui avait été racketté plusieurs fois et qui monta une machination. Sous prétexte de négocier avec le bandit Joseph BARTOLI, il le rencontra à PALNECA "en compagnie d'une jolie fille qu'il (avait) fait venir de Toulon et qui servira d'appât" (dixit Jean BAZAL). Les deux hommes quittèrent le village, avec deux ou trois autres personnes, pour se détendre au col de Verde. Et c'est là que BARTOLI fut tué dans des circonstances encore obscures aujourd'hui. Pour les communistes, SIMONETTI était un capitaliste qui opprimait et assassinait les prolétaires. Le 16 novembre, on pouvait lire dans "L'HUMA":

    "Un seul résultat (de tout le déploiement de forces) a été obtenu: la mort de Bartoli. Or, celle-ci a été accompagnée de circonstances telles qu'elles constituent un encouragement au banditisme le plus éhonté.

   Dans cette affaire sanglante, la <<victime>>, c'est le bandit. Simonetti, le gredin capitaliste, qui l'a tué par traîtrise avec le concours d'une femme d'une moralité spéciale, du nom de Zaza, et de deux autres individus, a reçu, pour prix de son assassinat, la somme de 300.000 francs. L'honnête général Fournier (...) vient de faire filer sur le continent, par le paquebot <<Cyrnos>>, l'amazone qui fut en cette affaire collaboratrice zélée des autorités.

      (...)

   Voilà comment on assainit et on épure!

   Contre toutes ces infamies, les prolétaires de France ne peuvent manquer, à l'appel de la C.G.T.U., de se solidariser de plus en plus étroitement avec les travailleurs de Corse, victimes de l'état de siège".

 

   A l'inverse,  la presse "bourgeoise" ne tarissait pas d'éloge sur le justicier qui était dépeint par "LE PETIT PROVENÇAL" du 13 novembre comme un "robuste et charmant garçon de trente ans". Etait-ce vraiment le même personnage?

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 12:02

    "On est sur la piste du bandit SPADA", claironna "LE PETIT PROVENÇAL" dimanche 15 novembre 1931.

novembre 15 dimanche

   En fait, rien de concret n'était livré. Le fait important consistait en l'arrestation du colosse Mathieu Frassati (2,10m et 140 kilos!), accusé d'avoir aidé Bornéa.

 

    "L'HUMANITÉ" titra: "Tandis qu'on traque Bornéa, l'opinion de l'île s'émeut de l'action des "colonnes infernales".

  nov 14 Huma

 

    Il est piquant d'observer que le journal communiste utilise, pour condamner leurs activités, le terme de "colonnes infernales". En effet, les colonnes infernales étaient les opérations menées par les armées républicaines du général TURREAU lors de la guerre de Vendée (1793 - 1796), afin de détruire, par les moyens les plus brutaux, les dernières troupes vendéennes royalistes et les populations qui les recevaient.

    En tout cas, cet article signalait quelques arrestations mais insistait sur l'hostilité des Corses à toute coopération avec la police. Sa conclusion était:

    "Pour nous, notre opinion se confirme de jour en jour: les opérations actuelles n'ont pas été dictées par une volonté "d'épuration" qui se serait aussi bien manifestée des mois ou des années plus tôt." Argument que Léon DAUDET avait utilisé la veille dans "L'ACTION FRANÇAISE".

    "Derrière l'invasion policière de la Corse, il y a les "ministres corses", Landry et Pietri qui ont sans nul doute de bonnes raisons politiques... et surtout électorales de se débarrasser de gens qui les gênent."

    Ce jour-là, pas d'article de fond dans "L'ACTION FRANÇAISE" qui insista sur le "temps affreusement pluvieux qui continue à sévir sur la plus grande partie de la Corse" et qui annonça une arrestation à VICO: "Un inspecteur de la police mobile, accompagnant des gendarmes de la brigade de Vico, a procédé à l'arrestation dans cette localité d'un nommé Joseph Carlotti qui, plusieurs fois avait donné asile à l'assassin Caviglioli."

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 12:05

MAISONS ET ATTENTE  

En ce samedi 14 novembre, les lecteurs du "PETIT PROVENÇAL" purent connaître "Les Hôtes du Maquis", c'est-à-dire la liste des douze bandits recherchés. Et, pour montrer leur dangerosité, une photo en première page montra la maison de PALNECA d'où BARTOLI avait tiré sur deux gendarmes peu avant sa mort.

 

novembre 14 PP

 

   De son côté, "L'HUMANITÉ" faisait voir la maison de SPADA sur une photo encadrée par le cliché d'un garde mobile "à l'affut dans le maquis. Il semble bien qu'il n'y court pas grand risque".

 

novembre 14 Huma

 

   Comme ce policier, l'envoyé spécial du "PETIT PROVENÇAL", François PRIEUR, pensait que "Les positions sont prises. Après l'émoi du débarquement et de l'offensive, c'est maintenant l'attente. Chaque jour peut amener sa surprise et de longs jours peuvent s'écouler sous le signe du communiqué bien connu: "rien à signaler"".

   En attendant des faits nouveaux, le service des renseignements avait été décentralisé. Deux inspecteurs de police mobile qui étaient à AJACCIO furent détachés "à demeure dans chacun des secteurs investis: à Sari-d'Orcino (région Spada), à Guagno (région Caviglioni) (sic), à Guitera (région Bornéa) et à Palneca (région Bartoli)."


PREMIÈRES CARICATURES

   Des caricatures avaient commencé à être publiées. Comme exemple, voici celle que montra ce jour-là le journal "L'ŒUVRE", dessin qui a été repris par Ralph SCHOR dans sa communication déjà mentionnée.

 

novembre 14 l'oeuvre 

 

A BAS LA RÉPUBLIQUE

   Le 14 novembre fut aussi le jour d'un nouvel éditorial enflammé de Léon DAUDET, intitulé "Le cabinet Laval et l'énigme corse", dans "L'ACTION FRANÇAISE".


novembre 14 AF2
novembre 14 AF1

 

    Il commençait par critiquer Pierre LAVAL, "larve montée en <<homme d'Etat>> par tous les suce-pieds de la presse de grandissime information" (l'A. F. n'aima jamais LAVAL). Puis, ce royaliste s'en prenait au système électoral: "ce bonneteau grotesque et honteux qui ramène, tous les quatre ans, sa provision de bavards, de cloportes et de filous au Palais-Bourbon".

   Pour lui, l'expédition en Corse était "une diversion bien cocasse". Le cocasse venait de la présence comme préfet de MARLIER, que l'écrivain accusait de la mort de son fils Philippe.

   Il relevait ensuite des faits troublants:

    - "l'orchestration de presse à grand orchestre" pour faire oublier des erreurs de Paul REYNAUD, alors ministre des Colonies: "Il n'est plus question de ce rat clignotant, tout de blanc habillé, avec le casque, depuis qu'on traque et emprisonne les ravitailleurs de Spada".

    - "le choix de la saison, qui est celle des tempêtes et des pluies, alors qu'il était loisible de procéder à cette épuration en juin, juillet et août, ce qui eût en outre épargné la vie des récentes victimes du banditisme".

    - "Enfin, la rigueur des mesures prises vis-à-vis de toute une population honnête, dont lahttp://storage.canalblog.com/83/66/146803/18135919.gif colère, m'assure-t-on, commence à gronder sourdement."

   Il mentionnait ensuite les hommes politiques (ANQUETIL, CELICE, STEEG, SARRAUT, MARLIER) qu'il accusait de crimes dans les colonies, "dans des conditions plus atroces que celles infligées à leurs victimes par les Spada et les Bartoli". Et comme les efforts de moralisation n'aboutissent pas, la France s'affaiblit et les Allemands en profiteront: "un beau matin, on apprendra que les "Casques d'acier" sont entrés simultanément en Lorraine et en Alsace".


  La conclusion royaliste s'imposait donc logiquement:

   "Tout cela prouve que le mal qui attaque la France est intimement lié au régime; qu'aucun changement de gouvernement, qu'aucune rotation, qu'aucune élection, qu'aucun changement du mode de scrutin ne saurait plus arrêter la marche de la pourriture de démocratie, comparable à la pourriture d'hôpital. Delenda est Republica. Il faut détruire la République. C'est la besogne urgente et nécessaire".

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 12:00

COMBIEN D'ARRESTATIONS? 

  Une nouvelle positive sur la "une" du "PETIT PROVENÇAL" du vendredi 13 novembre 1931: la photo de l'arrestation, près de PALNECA,  d'un complice anonyme. Pour compenser cet anonymat, le journal montra également le visage de SPADA, le bandit-vedette.

 

novembre 13 Spada


    "L'ACTION FRANÇAISE" et "LE POPULAIRE", organe du parti socialiste S.F.I.O., de ce jour donnèrent le même bilan de 77 arrestations, dont 2 à COGGIA et à MARIGNANE (la même faute de frappe se retrouve dans les deux journaux qui ont dû utiliser la même dépêche de l'agence Havas). "L'HUMANITÉ" arrivait au chiffre de 174: faute de frappe également ou volonté de montrer la lourdeur de la répression?

 

    Cette lourdeur était décrite par François PRIEUR, "envoyé spécial" du "PETIT PROVENÇAL"

    "Un hydravion survole la baie de la ville. L'aviso "Toul" défile au large. Des gardes mobiles rentrent au pas cadencé. (...) Il continue à pleuvoir sur Ajaccio qui commence à pavoiser pour la journée de l'Armistice.

    J'ai parcouru en auto quelques coins de montagne occupés par les détachements de gardes mobiles. (...)

    Tous les villages que nous rencontrons ont à peu près le même aspect d'humbles maisons de pierre nue, perchées sur des hauteurs, rangées le long de la route, accrochées à la pente d'un mont, et dès l'entrée, des fourgons automobiles, des uniformes de gardes mobiles, la popote en plein air.

    Les gardes ne sont pas logés chez l'habitant. On a fait évacuer un certain nombre de maisons, dont les occupants se sont logés chez les voisins comme ils ont pu."

 

L'ÉTAT DE SIÈGE EXISTE-T-IL?

   La polémique  s'était alors déclenchée pour savoir si la Corse subissait l'état de siège. Tous les quotidiens de ce jour publièrent le communiqué suivant émanant des autorités gouvernementales:

    "Si l'état de siège n'a point été proclamé, comme on l'a dit, la circulation des habitants et des automobiles est, du moins, strictement réglementée. A 21 heures, dans les villages de Sari-d'Orcino, domaine de Spada; de Guagno et de Vico, domaine de Caviglioli, au Nord d'Ajaccio; de Guitera, où opérait Bornéa, et Palneca, où opérait Bartoli, à l'Est du chef-lieu, tout le monde doit avoir regagné son habitation.

    Quant à la circulation des automobiles, elle est plus rigoureusement encore réglementée. Ne peuvent franchir les postes de gardes, installés sur toutes les routes, que les automobilistes dûment autorisés. Les consignes, données aux gardes, sont extrêmement sévères. En aucun cas, un garde ne peut circuler seul et tous doivent être constamment armés. Dans les secteurs où les bandits se sont réfugiés, gardes et gendarmes ont l'ordre de tirer sur toute personne qui ne s'arrêterait pas à la première sommation. Telle est la rigueur des consignes."

 

   Mais "L'HUMANITÉ" n'avait pas ce point de vue.   Un article, toujours non signé, s'intitulait: "Dans l'île en état de siège, la terreur policière s'étend", avec un inter-titre: "Défendons les paysans corses!":novembre 13 Huma



   "La Corse est en état de siège. Nous l'avons dit. Les journaux bourgeois l'ont avoué. Un demi démenti officiel a été publié hier par le journal Le Temps. Mais le fait n'est pas contrôlable.

   La circulation est interdite. Les routes sont coupées. Le cri: Haut les mains! retentit partout.

   On arrête en masse: 174 personnes sont déjà sous les verrous. Quel est donc ce régime, sinon celui de l'état de siège?

   (...)

   Dans la zone occupée, la population brutalisée par la soldatesque gronde sourdement. Plusieurs envoyés de journaux signalent l'attitude de fierté et de protestation des paysans corses maltraités par les pandores qu'ils regardent avec un mépris hautain et qu'ils se refusent à renseigner sur les "hors la loi".

   (...)

   "Des cantons entiers subissent une occupation militaire odieuse. Contre les politiciens et les gros bourgeois corses, seuls responsables de la résistance du banditisme, il faut défendre les honnêtes paysans de l'île, victimes de l'état de siège."

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 12:01

    Les Deux Sorru eurent une place de choix dans la presse du 12 novembre 1931.

 

LA LIBÉRATION DE GUAGNO-LES-BAINS

    "LE PETIT PROVENÇAL" décrivit ce jour-là, dans un article daté du 11, le déplacement de commissaires de la police mobile pour contrôler des informations sur la présence de SPADA:

    "Par la route en lacets qui longe d'abord le golfe de Sagone, découvrant à chaque tournant des sites sauvages et pittoresques, puis qui grimpe vers Sari-d'Orcino, l'automobile des policiers a atteint Vico.

    Les forces de la garde mobile et de la gendarmerie qui, depuis 3 jours gardent toutes les routes et tous les chemins de ce secteur, n'avaient constaté, au cours de la nuit, aucun déplacement suspect à Vico.

    A Guagno-les-Bains, la police mobile a été beaucoup mieux accueillie qu'autrefois. Le fait d'avoir arrêté la plupart de ceux qui, ouvertement, étaient en relation avec le bandit Spada a redonné confiance aux honnêtes gens terrorisés. Des renseignements intéressants ont été recueillis, qui pourront être utilisés dans un avenir que l'on croit très prochain."


    Ce texte est illustré par une photo d'un "type de bandit" conforme aux images de cette époque, qui permit de montrer l'adversaire.

 

nov 12 jeudi type bandit

   

   Le compte-rendu du déplacement des policiers est reproduit de façon totalement identique (à l'exception de la phrase sur la route de Sagone à Vico) dans plusieurs journaux, comme "OUEST-ECLAIR" ou "LE JOURNAL DES DÉBATS".

    Pour mettre de l'ordre dans l'esprit de ses lecteurs, "LA CROIX" donne la liste des "régions centrales de l'île (où) le banditisme (avait été) érigé en "industrie"":

 -"Balogna, Guagno, Vico, ancien fief de Caviglioli, où l'on traque ses alliés;

  -Lopigna, théâtre d'un massacre dont l'auteur est le bandit Spada;

 -Palneca, résidence du bandit Bartoli;

 -Cozzano et Zicavo, localités où Bartoli exerçait son industrie sanglante;

 -Prunelli, clé du Fium'Orbo, où se cachent de nombreux hors la loi,

 -et Vezzani, où fut tué le bandit Perfettini, apache marseillais réfugié     au  maquis."

 

 COMBIEN D'ARRESTATIONS? 

    Un premier bilan des arrestations parut ce jour-là dans les journaux, avec des chiffres différents. "LA CROIX" écrit que 48 personnes ont été "arrêtées à PALNECA, BALOGNA, SARI-d'ORCINO et GUITERA". "L'HUMANITÉ" en compte 61, tout comme "LE JOURNAL DES DÉBATS". Pour "LE PETIT PROVENÇAL", il y avait 74 arrestations "pour complicité ou recel de malfaiteurs:

1° L'affaire du bandit André Spada a amené six arrestations, sa maîtresse Antoinette Leca, 34 ans, sa mère, la veuve Antoinette Leca, 72 ans, Pascal Leca, 20 ans, fils naturel du bandit Romanetti et deux comparses.

2° Pour le recel des bandits Caviglioli et Torre, 22 arrestations ont été opérées dans le secteur de Guagno. Au nombre des individus appréhendés figurent un propriétaire, Paul Benedetti, 50 ans, une hôtelière de Sagone, Marie Casanova, 36 ans, l'entrepreneur du transport postal, François Cipriani, un commerçant d'Ajaccio, Amédée Di Fabio, tailleur; le chauffeur d'automobile André Gardella."

 

   La liste ajoutait six arrestations dans l'affaire BORNEA  et trente-six dans l'affaire de BARTOLI. On arrive ainsi à 69 au lieu des 74 annoncées.

 

DES PAUVRES BOUGRES MANIPULÉS

   De son côté, "L'HUMANITÉ" se distingua en répétant l'analyse assénée le 9 novembre:

  "Tous les "bandits" corses sont de pauvres bougres qui, après avoir pris le maquis à la suite d'un coup de tête ou d'un acte de vengeance, deviennent des voleurs et des assassins très vulgaires. Mais on ne peut oublier qu'il y a peu de temps encore tout le beau monde flirtait avec eux. Les gens de la Haute, mêles et femelles, leur rendaient visite dans le "Palais Vert". Les journalistes montaient jusqu'à leurs repaires pour les interviewer. Les Spada et les Bartoli posaient devant les photographes et les cinématographes. On nous relatait leurs exploits, leurs amours.

   Et pendant de temps les bandits faisaient de bonnes affaires avec les coquins capitalistes qui mettent en coupe réglée "l'Ile de Beauté" et avec les politiciens dont ils se constituaient, contre espèces sonnantes et trébuchantes, les agents électoraux."

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 12:00

   Le jour de la victoire de 1918, la première page de "LE PETIT PROVENÇAL" montra que l'opération policière en Corse était passée à un cran supérieur.


    Tout d'abord, la zone d'intervention s'élargit géographiquement: en plus de ZICAVO et de GUITERA, les cantons de SARI d'ORCINO  ("où Spada a établi son quartier général") et de VICO ("résidence de Torre et de Caviglioni, le neveu") devenaient les nouveaux objectifs. Une faute de frappe: l'orthographe de CAVIGLIOLI. Une photo était censée montrer le maquis de cette zone.

  novembre 11 mercredi 1

 

 

UN GOUVERNEUR EN CORSE  

    D'autre part, l'organisation de la répression était décrite comme quasiment miitaire:

    "A la fin de la première journée d'opérations, dans le cabinet du préfet, une sorte de Conseil de guerre était réuni. Tous ceux qui, depuis la veille au soir, avaient battu la montagne ou fouillé le maquis, venaient rendre compte de leur mission, la gendarmerie locale, puis les commissaires spéciaux, ces derniers guêtrés de cuir et sanglés de vareuses de drap fort, et, enfin, siégeant, près du préfet, le général Fournier, gouverneur de la Corse."


    Ce titre de gouverneur pouvait intriguer. Il était expliqué plus loin:

    "Pour ne pas entraver l'action de la force armée, afin qu'elle ne reçoive pas des ordres différents, le préfet de la Corse s'est dessaisi de ses pouvoirs de police, qu'il a transmis au général Fournier, commandant supérieur de la défense en Corse. De ce seul fait, les régions occupées sont placées sous le régime de l'état de siège. Cette situation, bien qu'entraînant parfois des cas difficiles, est supportée avec la plus grande résignation par la population qui comprend maintenant la nécessité qu'il y avait à prendre de pareilles mesures."

 

LA LUTTE CONTRE LES INTEMPÉRIES

   De son côté, "L'ACTION FRANÇAISE", hostile à cette opération, donnait une vision très différente en insistant sur les difficultés provoquées par les intempéries:

  "Un temps affreux a sévi sur la Corse pendant toute la journée;" (il s'agit du 10 novembre) "nulle opération nouvelle n'a été faite et les forces de police se sont contentées de veiller minutieusement aux abords des localités entourées hier" (donc, le 9 novembre). "Les routes sont détrempées par la pluie et l'on signale que quelques voitures militaires sont restées embourbées."

 

   Tout à fait opposée est la vision héroïque du journal marseillais:

   "Samedi (c'est-à-dire le 7 novembre, jour du débarquement), à minuit, lorsque les premières colonnes s'ébranlèrent, la tempête battait l'île tout entière. Parmi les rafales de vent, sous une pluis violente, les dix-huit pelotons de trente-cinq gardes mobiles s'étaient mis en route. Chaque groupe était précédé de deux auto-mitrailleuses blindées. Devant ce déploiement de forces imposantes, les paysans qui descendaient de la montagne s'arrêtèrent interdits."

   On peut se demander s'il y eut vraiment beaucoup de Corses qui virent ce spectacle en pleine nuit et dans la tempête.


   Le quotidien royaliste répercuta aussi le bilan publié par les autorités officielles:

   "soixante et une arrestations; en outre, une demi-douzaine ont été opérées dans la région de Vico, mais non encore officiellement annoncées".


   Sur la feuille marseillaise, on insista sur les découvertes d'armes:

   "A la bergerie de Punta, près de Calcatoggio, dans le fief de Spada, la gendarmerie saisit trente fusils, dont vingt Mauser, de nombreux para-bellum et des munitions en quantités impressionnantes".

 

   Une curiosité: sur les 25 articles consacrés par l'AF à la question corse en novembre 1931 (voir la communication de Ralph SCHOR déjà mentionnée), celui du 11 semble être le seul à être surtitré "L'épuration de la Corse".

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 12:01

   Le titre en "une" du "Petit Provençal" du 10 novembre 1931 put satisfaire les lecteurs: "Les opérations ont commencé contre les les bandits qui terrorisent l'Ile de Beauté".


DÉBUT DE L'EPURATION

    Le premier objectif était le canton de ZICAVO, fief de BARTOLI. On apprit aussi que "des avisos croisent le long des côtes" pour éviter les fuites par la mer.

    Pour faire comprendre les difficultés des policiers, une photo montrait: "Un coin sauvage de la Corse, qu'il est facile aux bandits de transformer en forteresse: Le moulin d'Aïtone".

   Pour la première fois, le sur-titre était "L'épuration de la Corse", expression qui fut l'intitulé de la rubrique corse dans de nombreuses feuilles pendant tout novembre 1931.

 

  novembre 10 mardi

 

 

 

LÉON DAUDET CONTRE LES BANDITS DE PARIS

   Mais un autre journal fit parler de lui ce jour-là: "L'ACTION FRANÇAISE".

   Le quotidien nationaliste et royaliste donna son point de vue sous la plume de Léon DAUDET (le fils de l'auteur des "Lettres de mon moulin") qui occupait journellement la colonne de gauche de la première page tandis que "La Politique"  de Charles MAURRAS se trouvait toujours au centre.

   Le titre de l'éditorial était "Bandits corses et bandits de Paris". Le truculent DAUDET faisait la comparaison entre les deux catégories, les bandits de la capitale étant les politiciens corrompus. http://www.lesmanantsduroi.com/Images15/leon-daudet.jpg

    Le texte débutait en rappelant que l'on disait la Corse était dangereuse et que "l'un des auxiliaires des redoutables rançonneurs avait obtenu le mandat de conseiller d'arrondissement! C'est cocasse. Mais il est encore plus cocasse de voir un garde des Sceaux (Raoul Péret) recevoir une enveloppe mensuelle d'un voleur (Oustric), et n'encourir de ce fait que le blâme des sénateurs-juges. Il est encore plus cocasse de voir un ministre des Finances (Klotz) signer des chèques sans provision".

   Pour DAUDET, comme pour tous les maurrassiens, jouer des muscles ne suffit pas à créer l'ordre. Le véritable ordre ne peut exister que par la Monarchie. Les vrais bandits sont dans les cercles politiques parisiens. Dans ce refus de se joindre au camp des conservateurs primaires, et dans la dénonciation du système en place, on voit là un point commun avec les communistes (voir l'article précédent).

 

 

 

   L'éditorialiste poursuivait le parallèle entre les deux sortes de bandits:

    "Les procédés des bandits corses étaient des procédés rudimentaires, primitifs, des chantages ouverts et sylvestres, respirant la solitude et les senteurs âcres de la brousse parfumée. Ils avaient comme décor une table d'auberge, une feuille de papier d'emballage, un verre et une bouteille de ce vin corse, que pour ma part je trouve exquis, de saveur unique et pouvant tenir tête à n'importe quel produit de Touraine, d'Anjou ou du Beaujolais. Quand la somme convenue était versée, le rançonneur et le rançonné se quittaient bons amis. (...)

   Quelle différence avec nos bandits de Paris, contre lesquels aucune expédition punitive n'est jamais dirigée, ni, si elle est amorcée, - sous la pression de l'opinion - n'aboutit jamais!"


   Il citait ensuite l'exemple de Georges ANQUETIL, indicateur de police et escroc protégé par plusieurs politiciens, et il continuait:

   "Pour ma part, je préfère de beaucoup un Romanetti, ou n'importe quelle autre terreur du maquis, à cet écumeur de la jungle parisienne. Anquetil est un de ces êtres d'abjection qui devraient avoir le col coupé... en commençant par les pieds.

   Rien ne nous dit qu'il ne sera pas député, sénateur, voire ministre, un de ces jours. Il commandera alors à la maréchaussée et organisera des expéditions punitives.

   Mais à la tête de la Corse elle-même, tout récemment, il y eut, comme préfet, le sanglant bandit Marlier, organisateur, avec Lannes, beau-frère de Poincaré, de l'assassinat d'un enfant de quatorze ans et demi. Comment s'étonner de l'état archaïque de la justice en Corse, quand ce beau pays a été commandé, pendant des années, par un "Soleilland"  de cette espèce, que la Chambre, en 1924, avait, à l'unanimité, flétri. Il était dès lors très facile à prévoir, et nous n'y manquâmes point, que des conséquences de sang suivraient le maintien en fonctions du protégé de Millerand."

 

   Albert Soleilland était un ébéniste qui, en 1907, viola, tua et dépeça une fillette de 11 ans et dont le procès entraîna un grand débat sur la peine de mort. Le préfet Marlier lui était ici comparé car Léon DAUDET l'accusait d'être l'instigateur d'une  machination policière qui avait abouti à la mort mystérieuse de son fils Philippe DAUDET en 1923.

AF 10 novembre

   "La vérité est que le banditisme est beaucoup plus virulent et mieux organisé dans la police politique de Paris que dans le maquis corse. Les auxiliaires des bandits de Paris: un Mouton, directeur des Affaires criminelles à la Chancellerie; un André Benoist, directeur de la Police judiciaire; un commissaire tel que Benezech, un "expert" tel que le fameux Bayle, ont certes une autre importance et une autre surface que ceux et celles qui gardaient les chevaux et abritaient les fusils des vedettes corses de l'attaque à main armée. Ajaccio n'a pas à rougir. La ville de Paris lui rend des points; et que dire de ce jury de la Seine qui a acquitté la meurtrière de Plateau, la fille de police Germaine Berton, le meurtrier de Petliura, et condamné PAR ORDRE à cinq mois de prison le père du petit Philippe assassiné!"

   DAUDET fait ici allusion à des assassinats de personnalités royalistes qui auraient été organisés par la police politique.  


   "Telles étaient les réflexions qui me venaient à l'esprit en lisant que "l'épuration de la Corse se poursuit avec énergie et méthode".. Et l'épuration de Paris, quand la commence-t-on?"

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