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8 novembre 2021 1 08 /11 /novembre /2021 08:00

 

Le but de l'expédition militaire qui se préparait à Marseille fut dévoilé dimanche 8 novembre 1931.

 

Le Petit Marseillais de ce jour-là titra dans ses pages locales: "D'importantes forces de gendarmerie partent pour la Corse".

Chronique de l'épuration du maquis. 8 novembre: la flotte est partie

Le titre du Petit Provençal précisait:

"LA CAMPAGNE DU MAQUIS

_______________________

Une action de grande envergure va être menée contre le banditisme en Corse 

_______________________

Près de six cents garde-mobiles se sont déjà embarqués, hier"

 

Chronique de l'épuration du maquis. 8 novembre: la flotte est partie

 

 

   L'expression "La campagne du maquis" donnait l'impression qu'une véritable guerre avait commencé et qu'elle devait durer assez longtemps. D'ailleurs, Le Petit Marseillais n'hésita pas à écrire que "le môle E Nord a été animé d'une activité qui rappelait le temps déjà lointain de la guerre".

 

POURQUOI FAIRE ?

 L'article commençait par la justification de l'expédition:

"Après la sanglante tragédie de Bologna (sic! au lieu de BALOGNA), le gouvernement a pris des mesures énergiques pour tenter de réprimer l'action du banditisme en Corse. L'envoi du corps expéditionnaire avec un complet matériel de guerre pour lutter contre les hôtes indésirables du maquis indique la lutte sérieuse que le gouvernement a l'intention de mener. Jusqu'ici les gendarmes qui auraient la périlleuse mission de lutter contre les bandits ne disposaient que de moyens bien faibles."

    En fait, ce raisonnement ne tient pas car la fusillade de BALOGNA avait eu lieu le 2 novembre. Réussir à monter et à faire partir une telle expédition en cinq jours aurait été un véritable exploit. D'ailleurs, le journaliste, qui signe J. T., se contredit trois paragraphes avant la fin du texte en révélant: "Nous croyons savoir que les opérations seront dirigées par le général Huot, commandant la XVe région de gendarmerie, qui, dès mercredi dernier, s'est rendu en Corse, en hydravion". Ce mercredi était le 4 novembre.

 

 UN PROJET ANCIEN

    En réalité, le projet était bien plus ancien. Dans sa communication sur "La presse française continentale et l’extermination des bandits corses en 1931", au colloque sur "LE BANDITISME ET LES REVOLTES DANS LES PAYS MEDITERRANÉENS" (octobre 1981), Ralph SCHOR écrit: "A vrai dire, depuis le milieu de 1930, un policier, le commissaire Natali, avait été chargé de rassembler un maximum de renseignements sur les criminels et de préparer l'intervention des forces de l'ordre".

 

    Le gouvernement était présidé depuis janvier 1931 par Pierre LAVAL, qui était aussi ministre de l'Intérieur, et comprenait deux élus corses: François Piétri au Budget et Adolphe Landry au Travail et à la Prévoyance Sociale. Nul doute que tous les trois avaient discuté du projet depuis un bon moment.

 

    Il est à noter que le couplet sur les faibles moyens des gendarmes ne tenait pas beaucoup alors que les pandores corses venaient d'éliminer CAVIGLIOLI et BARTOLI les jours précédents.

 

LE CORPS EXPÉDITIONNAIRE

    De quoi se composait ce véritable corps expéditionnaire?

    Le Petit Provençal était assez disert sur le sujet:

"un matériel considérable de tanks, d'autos-mitrailleuses, de mitrailleuses, appareils à gaz, grenades; etc...

  Le contingent comprenait plus de cinq cents gardes mobiles avec armes et bagages. Un colonel et plusieurs officiers commandent le détachement."

   Le journal du lendemain comptera: "vingt camions automobiles pour assurer le ravitaillement, cinq autos blindées et un avion".

    Tout ce monde-là monta sur le cargo "El Djem" et une partie du matériel fut transportée sur le "Dougga".

    Même si J. T. écrit que "le commandant du navire avait reçu un pli cacheté avec l'ordre de ne l'ouvrir qu'en mer", la destination était un "secret de polichinelle".

   Dans la chronique maritime du Petit Marseillais, le départ de "El DJEM" est marqué mais le nom du port de destination est remplacé par la mention "p. la mer" (p. veut dire "pour").

 

Chronique de l'épuration du maquis. 8 novembre: la flotte est partie

 

UN BATEAU LÉGENDAIRE

   A propos du bateau, une légende se retrouve dans de nombreux ouvrages sur cette répression.

   On peut souvent lire, et encore dans de toutes récentes études, que les policiers embarquèrent sur "Le Djebel". Certains y voient même une illustration de la situation quasi-coloniale dans laquelle la Corse était réduite. En réalité, le navire réquisitionné s'appelait "El DJEM", du nom d'une ville tunisienne célèbre pour son amphithéâtre, le plus grand de l'Empire romain après le Colisée de Rome et celui de Capoue.

   La coupure de presse nous apprend que ce cargo de 1.500 tonnes appartenait à la Société maritime Coloniale et était commandé par le capitaine Briand.

   Une photo de ce navire est au centre de l'article avec d'ailleurs une erreur: le cargo est qualifié de paquebot.

 

GÊNES ET LE MAQUIS

   Dans le deuxième article de son étude sur "le problème du banditisme", paru le 8 novembre dans Le Petit Marseillais, Léon BANCAL démontra que "le banditisme est un produit de l'histoire et de la géographie". Il dénonçait les Génois qui "ne songeaient qu'à s'enrichir, si bien qu'ils en arrivèrent à mettre la justice en vente", suscitant la vendetta. Le bandit pouvait se cacher dans le maquis, "refuge préparé par la nature".

 

   Mais, les Génois étant partis, pourquoi le banditisme existe-t-il toujours?

 

 

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7 novembre 2021 7 07 /11 /novembre /2021 08:00

 

Début de notre rubrique quotidienne sur l'épuration du maquis en 1931.

 

   C'est avec un  plaisir évident que, le samedi 7 novembre 1931, Le Petit Provençal annonça à ses lecteurs que "Le Bandit corse BARTOLI a été abattu".

 

 

UNE MORT MYSTÉRIEUSE

 

   Le "correspondant particulier" du quotidien marseillais signala que Joseph BARTOLI avait été abattu près du col de Verde "par une personne dont on ignore l'identité, et sur laquelle les autorités gardent le plus grand secret".

 

Photo du cadavre de Joseph Bartoli publiée dans Détective, n° 161, 26 novembre 1931.

Photo du cadavre de Joseph Bartoli publiée dans Détective, n° 161, 26 novembre 1931.

   

   Cette nouvelle, bien énigmatique, était accompagnée du rappel de quelques méfaits du bandit, "dont sa présence lors de la tuerie de Lava". Les lecteurs étaient supposés savoir ce qu'il y eut à Lava. Mais il est vrai que la presse en avait beaucoup parlé les années précédentes.

 

    En fait, le 30 mai 1928, trois membres de la famille MANCINI avaient été assassinés dans leur bergerie du golfe de Lava par une bande dirigée par le bandit Mancini MadeleinePaul-François PERFETTINI.

   Le bruit courut que l'instigatrice en était Madeleine MANCINI (photo ci-contre), ancienne maîtresse du bandit Nonce ROMANETTI (1882-1926) originaire de Calcatoggio. Elle fut condamnée le 27 février 1929 aux travaux forcés à perpétuité pour la mort de son oncle et de ses deux cousins. Mais plusieurs journaux et les avocats de Madeleine réussirent à obtenir la révision du procès.   

 

   Joseph BARTOLI, adjoint de PERFETTINI, était présent à Lava et, du fond du maquis du haut Taravu où il était installé, avait également défendu son innocence.

 

   Il faudra attendre le 9 novembre pour que les lecteurs connaissent les circonstances de la mort de BARTOLI.

 

 

L'EXPÉDITION SE PRÉPARE

 

    Mais, le 7 novembre, on put aussi lire dans Le Petit Provençal l'annonce d'un événement bien plus important, sous le titre "D'importants détachements de gardes mobiles sont arrivés, hier, à Marseille". Le sous-titre expliquait encore mieux: "Ils se rendraient en Corse". La dépêche n'était pas mise en évidence. Non signée, elle était courte et placée dans les pages intérieures. Mais la lecture du texte est tout à fait explicite:

 

    "D'importants détachements de gardes mobiles venus de différentes villes de France et dont le point de concentration était Marseille, ont débarqué l'avant-dernière nuit en gare Saint-Charles.

 

    Ces gardes mobiles ont été immédiatement tranportés en camions automobiles au camp de Sainte-Marthe, en attendant d'être dirigés aujourd'hui, vers une destination qui serait, selon toutes probabilités, la Corse, où, en raison de la tragédie du maquis qui vient de se dérouler, d'exceptionnelles mesures sembleraient devoir être prises.

 

    Le matériel dont disposent les gardes a été embarqué, hier après-midi, sur un vapeur que l'on dit être spécialement affrété pour ce déplacement de troupes."

 

   On saura ensuite que ce vapeur était le "El Djem".

 

Chronique de l'épuration du maquis. 7 novembre: La mort mystérieuse de Bartoli, l'expédition se prépare, Bancal s'interroge.

 

   Comme pour la mort de BARTOLI, il était fait allusion à un fait que le lecteur était censé savoir. Qu'est-ce que "la tragédie du maquis qui vient de se dérouler"? L'agression de GUAGNO-LES-BAINS? La fusillade de BALOGNA

 Toujours est-il que le gouvernement avait décidé d'agir. A Marseille, plus personne ne pouvait l'ignorer.

 

 

LE DISPOSITIF DU PETIT MARSEILLAIS

 

​​​​​​    L'autre quotidien marseillais, Le Petit Marseillais, sut s'adapter très rapidement aux circonstances.

 

   Par chance, son envoyé spécial, l'excellent journaliste Jean AICARDI, "se trouve dans la région d'Ajaccio pour s'occuper de la tuerie de Balogna". Il signa le 7 novembre dans son quotidien à la fois l'annonce de la mort de BARTOLI et le compte-rendu des obsèques des gendarmes TOMI et KLEIN, tués à Balogna.

 

   Le même jour, Léon BANCAL (1893-1966), rédacteur en chef du Petit Marseillais, entama une série d'articles sous le titre "Le problème du banditisme". Elle dura jusqu'au 18 novembre.

 

   Intitulé "Les deux images", le premier texte montrait la difficulté à définir le terme de "bandit".

 

   "Au lendemain d'un événement tragique comme celui de Balogna, le bandit nous apparaît comme un criminel, qu'il faut traquer et détruire à la manière d'un bête malfaisante."

 

   "(...) Puis le temps passe. Sur les tombes des gendarmes, des villageois ou des bergers, les couronnes se rouillent, l'herbe pousse", et l'image du bandit devient celle d'un Robin des Bois.

 

   Le journaliste racontait qu'il est difficile d'avoir le point de vue des Corses mais qu'un Ajaccien finit par lui dire: "Ce sont des malfaiteurs, ni plus, ni moins".

 

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5 novembre 2021 5 05 /11 /novembre /2021 18:00

 

   Le paquebot "El Djem" a une place particulière dans l'histoire de la Corse.

 

   Navire allemand devenu français en 1919 au titre des réparations des dommages de guerre, c'est à son bord que de nombreux policiers et militaires furent transportés avec un équipement impressionnant (armes, munitions, blindés) pour réprimer le banditisme en Corse.

 

Solution de la devinette: EL Djem et la répression du maquis

 

IL Y A QUATRE-VINGT-DIX ANS

  

   En novembre 1931, le gouvernement français, dirigé par Pierre LAVAL, lança une expédition de grande envergure en Corse.

 

     Les bandits, qui n'étaient plus "bandits d'honneur" depuis longtemps, accumulaient les actions criminelles, humiliaient les pouvoirs publics et devenaient les vedettes des journaux et magazines.

 

     Dans ce blog, la série d'articles intitulée "Mauvaise pub pour Guagno-les-Bains" a évoqué la situation du banditisme de l'époque dans notre zone des Deux-Sorru.

 

   L'attaque de l'établissement thermal le 17 août 1931 fut le déclencheur. Des forces policières nombreuses et lourdement armées, amenées par "El Djem", débarquèrent à Ajaccio le 8 novembre 1931. L'île fut soumise à un véritable régime militaire. L'opération fut assez efficace car plusieurs hors-la-loi furent arrêtés (certains plusieurs mois après). Il est vrai que deux d'entre eux avaient été éliminés juste avant l'arrivée des renforts continentaux: François CAVIGLIOLI le 2 novembre et Joseph BARTOLI le 6 novembre.

 

   On parla alors de "l'épuration du maquis", terme qui, malgré son ambiguïté, est réutilisé pour cette nouvelle série du blog des Poggiolais. Evoquer largement ces épisodes n'est pas incongru sur ce blog car les Deux-Sorru furent souvent placés au centre de ces opérations. Le moment de cette publication n'est pas innocent car, en 2021, nous sommes exactement à quatre-vingts-dix ans de ces événements.

 

   La chronique sera quotidienne et s'étalera du 7 novembre au 2 décembre sous le titre "Chronique de l'épuration du maquis". 

 

 

NOTRE MÉTHODOLOGIE

 

     Cette "épuration" sera racontée uniquement au moyen d'articles parus dans des quotidiens continentaux. Nous verrons ainsi comment, jour après jour, pouvaient être informés les Français éloignés du théâtre d'opérations.

 

   La base essentielle sera constituée par LE PETIT PROVENÇAL et LE PETIT MARSEILLAIS, quotidiens marseillais ayant le grand tirage de tout le Sud-Est, le premier étant de gauche, l'autre étant de droite. Ils publiaient souvent des articles sur la Corse, en raison de la forte présence insulaire à Marseille. La collection en a été étudiée aux Archives Départementales de Marseille et sur le site Retronews.
   

Solution de la devinette: EL Djem et la répression du maquis
Solution de la devinette: EL Djem et la répression du maquis

 

   Nous nous servirons également de deux journaux très politisés: L'ACTION FRANÇAISE, royaliste, et L'HUMANITÉ, communiste. Eux aussi ont rendu compte de cette expédition mais en y ajoutant leurs propres analyses politiques, souvent originales par rapport à l'ensemble de la grande presse et très critiques sur l'initiative gouvernementale, avec, pour le premier, la verve inimitable de Léon DAUDET. Le site Retronews permet lui aussi d'accéder à leurs versions numérisées.

 

  Plusieurs emprunts seront faits à la remarquable étude de Ralph SCHOR La presse française continentale et l'extermination des bandits corses en 1931.

 

Solution de la devinette: EL Djem et la répression du maquis
Solution de la devinette: EL Djem et la répression du maquis

 

   Cette chronique ne sera pas une véritable étude historique et scientifique. Nos articles résumeront ou copieront les articles, photos et caricatures les plus significatifs de l'époque avec des commentaires réduits et partiels. Tout ne sera pas diffusé: nous nous centrerons sur les Deux-Sorru ou sur ce qui est général, mais pas sur tous les fronts établis par la police en novembre 1931.

 

   Cette série d'articles est un gros travail et il est possible que des erreurs s'y trouvent. Dans ce cas, n'hésitez pas à les signaler. Vous pouvez également faire part de vos réactions dans la rubrique "Commentaires" qui est sous chaque article. 

 

    Bien entendu, entre les parties de cette rétrospective, le blog continuera à vous informer de l'actualité de POGGIOLO et des villages voisins pour 2021. Ces informations paraîtront alors vers 18 heures, tandis que les articles de "Chronique de l'épuration du maquis" seront publiées  à 8 heures du matin.

 

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3 novembre 2021 3 03 /11 /novembre /2021 08:00

 

Après l'attaque des hôtels de GUAGNO-LES-BAINS et le meurtre qu'il y commit le 17 août 1931, voici quatre-vingts-dix ans (voir l'article La folle et sanglante agression de Guagno-les-Bains), François CAVIGLIOLI était pourchassé par la gendarmerie. Le lieutenant NEUVEGLISE, commandant de la brigade de VICO, ratissa toute la région pour retrouver le bandit. Mais celui-ci quitta TIUCCIA pour la montagne.

 

   L'initiative du choix du jour et du lieu de l'affrontement entre le bandit et le gendarme revint à CAVIGLIOLI. Le récit suivant est inspiré en grande partie du livre Avec les derniers bandits corses de Jean BAZAL paru en 1973.

 

Guagno-les-Bains vengé à Balogna

 

   Le matin du 2 novembre 1931, en compagnie de ses deux neveux TORRE Jean-Baptiste et CAVAGLIOLI Toussaint, François CAVIGLIOLI s'arrêta pour boire à la buvette du col de Saint-Antoine, au-dessus de VICO.

 

   Il fit du tir à la cible dont les échos durent parvenir jusqu'à la place Casanelli. Il arrêta le car d'Ajaccio et obligea les voyageurs à chanter un lamento avec lui. Il s'empara finalement d'une voiture et obligea un menuisier de BALOGNA à conduire le groupe jusqu'à ce village.

 

Balogna

Balogna

 

 A BALOGNA, les bandits s'arrêtèrent à un café où ils commandèrent un repas. Après avoir coupé le fil de la cabine téléphonique, ils attendirent et ils finirent par voir dans leurs jumelles une voiture de gendarmes qui grimpait la route sinueuse. Les hors-la-loi  se disposèrent pour l'embuscade qui aura lieu près du pont, un peu avant l'entrée du village.

 

    Quand le véhicule des forces de l'ordre arriva, il fut accueilli par une pluie de projectiles lancés par la mitraillette et le fusil de Jean-Baptiste et Toussaint. Le maréchal des logis TOMI et le gendarme KLEIN furent tués. Le gendarme SOYER, chauffeur de la voiture, eut le bras brisé (il fut ensuite amputé). Quant au  lieutenant NEUVEGLISE, il fut grièvement blessé à l'abdomen et à la poitrine.

 

   Mais le gendarme CHAZE parvint à sortir de l'automobile et à répliquer par des rafales de fusil-mitrailleur. François CAVIGLIOLI, qui s'était imprudemment approché, reçut une balle en plein front. Ses complices prirent alors la fuite, Toussaint étant blessé par un autre tir de CHAZE. La bande se réfugia dans le maquis autour de BALOGNA.  

 

 

Photo publiée dans "Détective" du 26 novembre 1931.

Photo publiée dans "Détective" du 26 novembre 1931.

 

Toussaint se constitua prisonnier le 1er décembre près de BELFIORE, à côté de VICO. Jean-Baptiste TORRE fut capturé à MUNA deux mois plus tard, le 10 février 1932, après avoir, paraît-il, été endormi par des beignets contenant un soporifique.

 

   L'agression de GUAGNO-LES-BAINS était vengée.

 

 

 La sanglante bataille de BALOGNA eut un grand écho dans la presse, dépassant celui de l'attaque de l'établissement thermal du 17 août. Voici le début de l'article paru en première page du PETIT PARISIEN du 3 novembre 1931. La seconde partie, non reproduite ici, rappelle en détails l'affaire des Bains.

 

Guagno-les-Bains vengé à Balogna

  

Une gravure en couleurs de la scène de l'attaque, qui se voulait "reconstituée avec les documents et les précisions de l'affaire" (mais qui comporte pourtant quelques erreurs), fit la première page du numéro 2134, daté du 15 novembre 1931, de L'Illustré du Petit Journal, lequel était le nouveau titre du Petit Journal Illustré depuis le 18 octobre.

 

Guagno-les-Bains vengé à Balogna

 

En tout cas, avant les derniers moments de CAVIGLIOLI, une spectaculaire expédition militaire en Corse avait été décidée par le gouvernement et elle débuta quelques jours après.

 

Ce sera le sujet de la prochaine série d'articles, "Chronique de l'épuration du maquis", qui débutera le 7 novembre.

 

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 18:00

D'une certaine façon, l'année 1931 s'est terminée comme commence l'année 2021: par un couvre-feu et une forte limitation des déplacements.

 

Il y a presque quatre-vingt-dix ans, le 13 novembre 1931, les journaux publiaient le communiqué officiel suivant émanant des autorités gouvernementales françaises:

 

"Le Petit Provençal" 13 novembre 1931.

"Le Petit Provençal" 13 novembre 1931.

 

Transcription du texte de l'article:

"Si l'état de siège n'a point été proclamé, comme on l'a dit, la circulation des habitants et des automobiles est, du moins, strictement réglementée. A 21 heures, dans les villages de Sari-d'Orcino, domaine de Spada; de Guagno et de Vico, domaine de Caviglioli, au Nord d'Ajaccio; de Guitera, où opérait Bornéa, et Palneca, où opérait Bartoli, à l'Est du chef-lieu, tout le monde doit avoir regagné son habitation.

    Quant à la circulation des automobiles, elle est plus rigoureusement encore réglementée. Ne peuvent franchir les postes de gardes, installés sur toutes les routes, que les automobilistes dûment autorisés. Les consignes, données aux gardes, sont extrêmement sévères. En aucun cas, un garde ne peut circuler seul et tous doivent être constamment armés. Dans les secteurs où les bandits se sont réfugiés, gardes et gendarmes ont l'ordre de tirer sur toute personne qui ne s'arrêterait pas à la première sommation. Telle est la rigueur des consignes."

 

A partir de ce 12 novembre 1931, tous les habitants de Sari d'Orcino, de Guagno et de Vico étaient confinés à 21 heures. Poggiolo, Guagno-les-Bains, Soccia et Orto étaient également concernés. En complément de ce couvre-feu, un contrôle strict (on ne disait pas encore "drastique") de la circulation automobile était institué.

 

Quelle était l'épidémie à combattre?

 

Maladie qui empoisonnait la Corse depuis longtemps, le banditisme avait connu une puissante poussée en 1931, illustrée par l'attaque le 17 août des hôtels de Guagno-les-Bains par la bande de François CAVIGLIOLI. Un curiste avait été tué. Le 2 novembre, une bataille rangée entre gendarmes et bandits à Balogna avait fait trois morts et trois blessés.

 

Le gouvernement dirigé par Pierre LAVAL envoya, selon un plan en fait élaboré depuis de nombreux mois, une armée de près de 600 gardes mobiles, avec auto-mitrailleuses et équipement de campagne, ... ainsi que de nombreux journlistes.

 

Paru dans "Le Petit Provençal" du 15 novembre 1931.

Paru dans "Le Petit Provençal" du 15 novembre 1931.

 

Débarquées le 8 novembre, les forces de l'ordre se concentrèrent sur le foyer d'infection le plus important (on ne disait pas alors "cluster"), c'est-à-dire les Deux Sorru, les Deux Sevi, la Cinarca et le Cruzzini.

"Le Petit Parisien" 11 novembre 1931.

"Le Petit Parisien" 11 novembre 1931.

"Le Petit Provençal" 11 novembre 1931.

"Le Petit Provençal" 11 novembre 1931.

 

Cette "épuration du maquis" dura pratiquement un mois. Le récit quotidien en a été donné sur ce blog à partir de trois journaux continentaux de l'époque (Le Petit Provençal, L'Humanité et l'Action Française) dans une série de 40 articles parus à partir du 3 novembre 2011.

 

 

Vous pouvez les lire l'un après l'autre à partir de celui intitulé:

LES 80 ANS DE L'ÉPURATION DU MAQUIS. Explications et méthodologie

 

Vous pouvez également suivre le lien L'épuration du maquis mais les articles y apparaissent dans l'ordre chronologique inverse.

 

Nous reviendrons plus tard sur ce fait majeur de l'histoire corse du XXe siècle.

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21 décembre 2018 5 21 /12 /décembre /2018 11:13
Storia nostra numéro 4: XIXe et XXe siècles

Jean-Pierre GIROLAMI termine sa série sur "les 50 dates qui ont fait l'histoire de la Corse" (présentée sur ce blog en janvier dernier) avec la quatrième partie consacrée aux XIXe et XXe siècles, parue aujourd'hui vendredi 21 décembre dans "Settimana".

Comme l'indique sa présentation: "Un panorama de l'histoire de la Corse s'est révélé ainsi par petites touches. Sans prétendre à l'exhaustivité, il présente une chronologie des événements principaux qui ont façonné cette île depuis le préhistoire, répondant ainsi à une curiosité légitime".

Et n'est-ce pas un fort symbole que cette chronologie s'arrête avec la victoire des nationalistes aux dernières élections?

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 18:01

Pour trouver la clef de l'énigme qu'il veut résoudre, le héros du roman policier de Didier DAENINCKX "Têtes de Maures" séjourne un temps à l'auberge des Deux Sorru, au-dessus de Guagno-les-Bains.

Guagno-les-Bains, cadre de roman (2/3: hôtel et fanfare)

Voici comment il y passe sa soirée (pages 98 et 99):

Assis près de la baie vitrée qui donnait sur la vallée sauvage du Fume Grosso, avec les inévitables chants polyphoniques en fond sonore, je m'étais régalé d'un sauté de veau corse suivi d'un flan à la châtaigne, effaçant les fatigues du voyage avec deux verres de vaccelli et un alcool de myrte offert par la maison. Avant de remonter dans ma chambre, je m'étais attardé devant la collection d'agrandissements de cartes postales anciennes qui décoraient les murs de l'accueil. La visite des scouts de Menton, la cuisson du pain au four communal, la bénédiction des cochons, les vieux devant la source d'eau chaude, le repas de mariage d'un Colonna et d'une Pinelli au café de la Liberté, un enterrement dans le cimetière en pente...

Guagno-les-Bains, cadre de roman (2/3: hôtel et fanfare)

Ces différentes remarques rendent immédiatement l'atmosphère des lieux.

Il est à remarquer que, dans le livre, la rivière est nommée "Fume" et non pas "Fiume".

Seulement, la topographie est un peu modifiée.

Le personnage est réveillé par "le passage d'une fanfare dans la rue en contrebas". Il va alors s'accouder à la rambarde du balcon et il observe:" on se rassemble devant la façade fraîchement ripolinée des thermes, dont j'aperçois l'ovale des fenêtres." Il se rend vite sur "la petite place décorée de drapeaux" où le conseiller général (dont le nom n'est pas donné) inaugure la maison médicalisée.

Ceux qui connaissent les lieux savent que la distance et la dénivellation entre l'hôtel et les thermes rendent ce réveil et cette observation impossibles. Quant à la place devant l'établissement thermal, elle n'a jamais existé.

Mais, au total, une bonne publicité pour le village.

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 18:02

Guagno-les-Bains est un élément central du roman de Didier DAENINCKX "Têtes de Maures". Même si l'histoire se déroule au printemps 2012, toute l'intrigue est basée sur l'attaque de la station thermale par François CAVIGLIOLI en 1931.

Cette agression des hôtels du lieu est bien décrite dans les pages 88 à 91. Ce texte peut être comparé à la relation faite alors par "Le Petit Marseillais" et reproduite dans ce blog: Mauvaise pub pour Guagno-les-Bains. N°1: la folle agression

L'auteur s'appuie sur les articles de journaux de l'époque qu'il a lus aux archives départementales d'Ajaccio décrites page 116:

"Les archives départementales sont reléguées près d'un parking abandonné, au milieu d'une cité mal finie. Une sculpture métallique, qui avait sûrement l'ambition de mettre un peu de fantaisie dans ce paysage utilitaire, finit de rouiller devant l'entrée du bâtiment. Installée dans un renfoncement du hall, une employée me demande mes papiers d'identité pour m'établir une carte de lecteur. La salle de consultation se trouve au premier étage, installée comme une classe d'école, avec ses tables et ses chaises alignées devant une estrade équipée d'un bureau".

La description est conforme aux faits sauf qu'il n'y a pas d'estrade dans cette salle.

(photo Google Maps)

(photo Google Maps)

Dans le roman, l'attaque des bandits aboutit à la mort d'un homme et de deux filles alors que, en réalité, seul l'adulte fut tué. Son nom est d'ailleurs transformé dans le livre.

L'activité de la station thermale avant le drame du 17 août 1931 est bien décrite par Didier DAENINCKX:

"Il était 9 heures du matin et la cloche de la chapelle Saint-Antoine résonnait encore dans la vallée. Devant le Grand Hôtel Continental, un autobus Citroën déposait un groupe de curistes arrivés la veille à Bastia par le paquebot de la compagnie Fraissinet. Les touristes quittaient la table du déjeuner pour se rendre vers les sources, les bains d'eau sulfureuse, la vaste baignoire de marbre, près de la source de la Voccia où, dit-on, se prélassait l'impératrice Eugénie. On s'affairait dans les chambres et les couloirs du Central, de la Villa des Fleurs, tandis que des camions montés de Vico livraient leurs cargaisons de produits frais aux restaurants. Un pêcheur proposait aux cuisiniers ses truites fario piégées au lever du jour dans les ruisseaux qui cascadent depuis le lac de Creno.

Le contraste est total avec l'apocalypse qui suivit immédiatement l'acte criminel dont la station thermale ne se releva pas:

La panique s'empara des curistes, des vacanciers. Un véritable exode précipita des centaines de familles sur les quais d'embarquement d'Ajaccio. En quelques jours, le bourg de Guagno-les-Bains fut déserté, on dut rapidement fermer les restaurants, les pensions de famille, on licencia le personnel des thermes, les services de voitures depuis Vico ou Ajaccio furent interrompus, et tous ceux qui travaillaient la terre, qui élevaient de la volaille, pétrissaient de la pâte, réduisirent leur activité.

Comme Didier DAENINCKX le fait dire au conseiller général des Deux Sorru (dont le nom n'est pas cité):

"Chacun a ici la nostalgie de l'âge d'or de Guagno-les-Bains, quand des centaines de curistes se succédaient tout au long de l'été, faisant vivre le commerce local".

Il ne fait pas de doute que cet "âge d'or" reviendra si chacun travaille pour y parvenir.

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 17:56
Correspondant de "Corse-Matin": un métier à risque

Une triste nouvelle: le grave accident qui a grièvement blessé la journaliste représentant "Corse-Matin" dans notre canton.

En voici l'annonce telle qu'elle a été publiée:

"Notre consœur Dominique Balotti, correspondante locale pour la région de Guagno-les Bains, a été victime d'une sortie de route inexpliquée alors qu'elle circulait à moto sur la route qui relie Vico au golfe de Sagone. Selon les médecins de l'hôpital d'Ajaccio où elle a été transférée, son pronostic vital est engagé."
Corse-Matin, 7 novembre 2012

On pourrait être étonné que ce blog répercute l'événement si longtemps (huit mois) après les faits. Mais qui savait que les articles sur notre canton étaient écrits par une femme? La signature qui apparaît dans le quotidien est J-M F, initiales d'un homme bien connu dans nos villages.

En réalité, la correspondante est fictive. Elle est un personnage du roman "Têtes de Maures" écrit par Didier DAENINCKX (édition L'Archipel) et qui est paru en avril dernier. Une partie de l'action se déroule à Guagno-les-Bains où le héros de l'histoire rencontre cette Dominique Balotti.

La journaliste est décrite comme "Une jolie brune élancée, habillée d'un blouson et d'un pantalon en cuir noir" qui utilise un smartphone et circule avec une "grosse Yamaha aux chromes étincelants". Elle habite "Grassa Coda, un hameau près de Vico" (???).

A la page 99, le héros du livre fait des recherches sur la zone de Guagno-les-Bains par internet et est "impressionné par la quantité de vidéos de massacres mises en ligne par les chasseurs de sangliers. Pas mal de reportages aussi sur les réfections de chapelles, à propos du renouveau des processions ou du balisage des sentiers de randonnée".

Correspondant de "Corse-Matin": un métier à risque

Il trouve une image du bandit François Caviglioli devant l'écriteau qu'il avait posé pour se réserver un territoire de chasse. Et, à partir de là,"un lien permettait d'accéder à un site comportant une série de courts articles consacrés aux principaux épisodes de la carrière du hors-la-loi". La page 100 nous apprend que le bloggeur est la journaliste.

Des points de ressemblance peuvent être facilement trouvés avec le Blog des Poggiolais, que l'auteur a réellement consulté, mais ce livre est un roman. Il mélange donc des éléments de réalité et d'imagination.

En tout cas, nous sommes désolés mais l'animateur du blog de Poggiolo ne ressemble pas non plus à cette charmante journaliste.

Correspondant de "Corse-Matin": un métier à risque

Il est à noter que l'annonce de l'accident dont elle est victime se trouve placée à la fin du livre, entre les avis de décès de Maître Sollacaro et de Jacques Nacer, qui, eux, ont été bien réels.

Le lecteur peut ainsi être amené à penser que l'accident a peut-être été provoqué, que le travail de correspondant local de "Corse-Matin" est très dangereux et qu'il faut bien du courage pour l'assumer sérieusement!!!

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Les événements liés au banditisme et à sa répression en 1931 ont été contés sur ce blog dans les séries d'articles

Mauvaise pub pour Guagno-les-Bains (5 articles)

et

L'épuration du maquis (35 articles)

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 17:47
Appel aux Aixois et Marseillais

Les lecteurs du blog des Poggiolais qui habitent Aix-en-Provence, Marseille et les communes voisines sont conviés à participer aux signatures de livres de Didier DAENINCKX:

- jeudi 27 juin 2013 de 18h à 19h30 à la librairie Goulard, 37 Cours Mirabeau, à Aix-en-Provence

- vendredi 28 juin 2013 à partir de 17h30 à la librairie Prado Paradis, 19 avenue de Mazargues, Marseille 8e.

L'auteur présentera son roman à suspense "Têtes de Maures" dont une partie de l'action se déroule à Guagno-les-Bains en 2012 et qui a pour base de départ le banditisme et l'épuration du maquis de 1931.

Présentation par l'éditeur: http://www.editionsarchipel.com/livres/tetes-de-maures

De prochains articles évoqueront ce livre.

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Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
  • Contact

Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

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